mercredi 31 décembre 2025

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2025

The Reverent Sky (2025)

Des notes de piano maigrelettes et anomiques, délicatement réverbérées, étirées jusqu'à plus soif et au-delà. Apaisement et sérénité garantis sur facture, sauf si vous êtes agacés en intuitant (et demi) que Steve a déjà enregistré cette séquence ralentie un nombre incalculable de fois sur un nombre de disques innombrable, dont la tentative d'énumération conduirait à la sédation profonde bien avant son terme, car l'éternité c'est très long, surtout mise en musique par Steve.
Plus tard, un peu de drone rythmique posé sur des nappes à la fois anxiogènes et soporifiques (aah ! écouter ça en inhalant de l'éther sur un vieux chiffon pas très propre ! hélas, c'est depuis longtemps impossible sans ordonnance) et retour du Grand Sommeil azuré. Puis le bedeau qui joue avec deux doigts revient au piano dans la cave de l'église déserte, hésitant à jouer plus d'une note à la fois, pour ne pas ébranler le clocher, depuis lequel l'esprit souffle où il veut, mais pas sur ce disque, ou alors j'en ai trop pris. Même pour les fans hardcore, c'est Voyage au bout de l'ennui.

1/5


The Live Story (2025)

par Steve Roach & Vidna Obmana

Cet opus possède beaucoup de qualités qui font défaut aux productions récentes du Maitre : mystérieux, sépulcral, hanté de didgeridoos lovecraftiens et de percussions tribales, on a l'impression de retrouver le filon des années 90. C'est normal, puisque c'est l'intégrale des concerts donnés par Steve R. et Vidna O. entre 1997 et 2000, soit 4 dates entre Europe et USA. Un sommet de l'ambient tribal : plus de 7 heures de concert. Méchamment spectral.

4/5


Portals and Spirals - Limited Edition (2025)

Première pièce très séquentielle, dont le titre "Far places" renvoie à la difficulté du chemin quand il s'agit de revenir au Klaus Schulze de gauche en étant parti par la droite. Pas désagréable, et ça peut aussi illustrer un clip de présentation de votre simulation de cuisine en 3D lors de votre rendez-vous chez Mobalpa.
Seconde pièce à vocation cosmique, puis l'invasion des séquencers la rend à son tour très séquentielle aussi; évoquerons-nous la difficulté de revenir au Klaus Schulze de droite en étant reparti par la gauche, ou à prier pour que Steve Roach n'intervienne pas dans le soundtrack de la seconde saison de Pluribus, je ne le souhaite pas. On éprouve un étrange sentiment de déjà vu, qu'on avait déjà ressenti jadis, en se disant que c'était pas la première fois. C'est dommage, il y avait un tirage limité en vinyle avec une jolie pochette, ben y'en a plus, on a tout vendu. Le CD aussi. Même les copies numériques sont en rupture de stock.

2/5

Curandero (2025)

par Steve Roach & SoRIAH

Steve Roach veut souvent nous soigner d'une maladie dont nous nous ignorions porteurs, je ne sais pas si elle se confond avec la société occidentale dans son ensemble, auquel cas ça m'étonnerait que ça se soigne en écoutant des disques, mais des fois, après avoir écouté le remède sonore proposé, c'est pire qu'avant.
Il s'associe ici avec un mongol péruvien né et élevé en Californie, si j'ai bien compris son wiki, ils s'auto-canonisent mutuellement eux_mêmes "artistes estimés dans le domaine du chamanisme sonore" et produisent un gloubi-boulga cosmique strié de chant diphonique, de gongs, et de marées de vagues que les rochers dépassent à marée basse. 
Mais parviendra-t-on à être aussi malaisant que, au hasard, le feuilleton télévisé The Curse ? ou que "The Ancestor Circle (2014)" le disque commis par Steve avec l'inca (de conscience) Jorge Reyes ? A mon avis, non. Mais je n'ai peut-être pas pris assez de mescaline. Faut dire qu'avec le lithium, c'est assez déconseillé, même par Mélenchon.

1/5


Drift into Here (2025)

Pour le solstice d'hiver, Steve déstocke une pièce de 30 minutes (pour lui, c'est l'équivalent d'un 45 tours !) précédemment réservée à son premier cercle d'adorateurs abonnés à son flux Bandcamp Premioume©. Pièce dont il précise qu'elle fut enregistrée live mais sans public, au temps du Covid, qui finira par nous paraitre "le bon vieux temps" dès l'apparition de la prochaine vérole cosmique. Assez plaisant, et harmonieux sans être mièvre. Idéal pour s'imaginer vivre en paix sur une planète gérée en bonne intelligence avec le vivant, au lieu d'entrer dans 2026 avec une agressivité décuplée par la lecture de la presse internationale et la fréquentation des réseaux sociaux.

4/5

dimanche 28 décembre 2025

Frank Zappa - Cheaper Than Cheep (2025)

Les gars du marketing ont décidé qu'il fallait célébrer les 50 ans du Physical Graffiti de Led Zeppelin. En rachetant un EP de 4 titres inédits. Puis celui des 50 ans du Wish You Were Here de Pink Floyd. En rachetant un album entier de chutes de studio.
Ca peut durer un moment : s'il faut nous réjouir de tous les disques qu'on écoute depuis un-demi siècle en nous laissant enfler par l'industrie musicale qui veut nous faire dépenser nos sous en nous expliquant qu'on a raison d'écouter les mêmes rengaines depuis 50 ans, ça va vite ressembler à une campagne d'autopromotion de france 3. 

50 ans que vous êtes au bon endroit ? Dans les faits, ça dit surtout 
que ça fait 50 ans que vous êtes au même endroit.
La vie étant mouvement, l'immobilisme nuit gravement à la santé.

Pas de risque que ça nous arrive avec Frank Zappa, qui n'a jamais campé deux fois au même endroit. Un peu moins prolifique depuis sa mort, il parvient encore et toujours à nous enchanter, de loin en loin. Cheaper Than Cheep est un concert inédit enregistré le 21 juin 1974 lors d'une répétition à Hollywood. Ce spectacle, initialement prévu pour une diffusion télévisée, n'avait jamais été publié en raison de problèmes techniques et d'une grève des techniciens de la SFP qui s'avéra particulièrement longue et dure. Il est finalement sorti le 16 mai 2025. 
On trouve le disque sur les plateformes spécialisées, et le film du concert sur Youtube.
La liste des titres est là
C'est épatant, surtout qu'il nous arrive avec 51 ans de décalage horaire, comme la lumière de ces étoiles mortes depuis belle lurette, sans parler de gai-luron.

mercredi 24 décembre 2025

[Compilation] : Prostaglandine & volailles festives (2025)

Je me suis pas fait suer pour rendre
la couverture réaliste, je préfère 
me concentrer sur la rédaction

Chaque année à la même heure, on me sonne les cloches, car je suis né un 25 décembre, un peu après minuit du soir. C'était pas pour faire le malin, c’est comme ça, je n'y peux rien, et mes parents encore moins. La blague avait été amorcée 9 mois plus tôt, à l'insu de leur plein gré. Comme il est dit dans "Comment zigouiller papa dans l'esprit de Noël et sans laisser de traces d'ADN ", remarquable ouvrage de bricolage rédigé par un admirateur du Professeur Choron :

"La personne toxique, qui vous hypnotise, réagit de façon totalement inconsciente. Elle ne fait que répéter les comportements transmis par sa famille d’origine. Ses comportements et/ou sa psychopathie, sont donc transgénérationnels."

 



Mes parents, qui vivaient dans l’opulence désormais obscène des trente glorieuses mais qui avaient attrapé le communisme par la conscience de classe transmise sous la contrainte par la génération précédente, ne pouvaient décemment pas me baptiser Jésus, au sortir de la cheminée utérine. Ni laisser les Rois Mages me couvrir de présents (myrrhe, encens, prostaglandine), eu égard à la tradition bouffe-curé qui régnait dans la famille athée et même mécréante jusqu'au blasphème.




Les Rois mages, c'est plus ce que c’était :
Alors qu'ils s'apprêtaient à venir couvrir le petit Jésus de coffrets smartbox et d'abonnements à Canal +, Pierre-Édouard Stérin, Vincent Bolloré et Bernard Arnault ont été retenus au commissariat suite à un signalement pour harcèlement (ils voulaient profiter de leur visite pour convaincre le p'tit Jésus que la solution à deux Etats, pour la Palestine, c'était pas possible)
Sur le bas-relief ci-contre, on peut admirer Pierre-Édouard Stérin s'apprêtant à faire subir au p'tit Jésus des choses indicibles, en réponse aux frappes du Hamas

(attention, cette image n'est pas générée par Open AI, mais par Frank Quitely)





Cette année, les Rois mages, retenus dans les bouchons à la sortie du commissariat de Bethléem, ont donc été remplacés au pied levé par les Reines magesses, ma foi je ne me plaindrai pas de cette victoire tardive sur le sexisme et le patriarcat, le changement c'est maintenant, comme disait Hollande en 2012. Elles ne sont pas désagréables à regarder, c'est dommage qu'elles soient générées par I.A, et qu'elles mettent prochainement au chômage tous ces acteurs pornos qui n'auront bientôt plus rien à se mettre de quoi mettre leurs boules dans le sapin ni nourrir leurs enfants. 


Je rêvais qu'elles m'apportent une prostate neuve, mais elles sont un peu filoutes, elles m'ont dit se prénommer Ribouldingue, Croquignole et Filocharde, et m'ont juste refilé (en échange de ma carte bleue Premioume® accompagnée de son code secret) une compilation des meilleurs moments de 2025 que j'avais déjà, vu que c'est moi que je l'avais faite, et que je voulais la publier sur mon blog comme antidote à la reprise antisémite de "Couleur menthe à l'eau" d'Eddy Mitchell, et aussi pour contrer les effets délétères de mon florilège de Noël 2021.
Bon, allez, j'ai fait mes 50 lignes de blasphème, c'est bon, j'ai le droit de réécouter mon disque d'anniversaire.


Ambiance garantie pendant le réveillon, même sans parler de Gaza à table.






jeudi 18 décembre 2025

René Pétillon - Bienvenue aux Terriens (1982)

1/ Au cours d'une crise de goutte je tombe sur Anna’s Archive, une énième caserne d'Ali-Baba dans laquelle se planquent bien plus de 40 voleurs, c'est la plus grande bibliothèque virtuelle clandestine du monde, elle est aux mains d'archivistes anonymes pour qui la piraterie s'intègre au sein d'un projet plus grand que niquer Babylone, visant à « cataloguer tous les livres existants » et à « suivre les progrès de l'humanité pour rendre tous les livres facilement disponibles sous forme numérique ». 
Inutile de cliquer, c'est un jpeg. L'image d'Anna’s Archive n'est pas Anna’s Archive.
Les éditeurs et les libraires la décrivent plutôt comme un immense entrepôt crapoteux, diffusant gratuitement des œuvres soumises au droit d'auteur, et donc plutôt à classer dans la catégorie des Fléaux & Autres Antéchrists provoquant à court terme la mort du livre papier. 

une couverture globuleuse de Caza
(warning ! including famapoual !)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Archive_d%27Anna

2/ Grâce à l'Archive d'Anna, qui jouit des mêmes initiales que les Alcooliques Anonymes, je relis tout Philippe Caza, ou presque, alors que ça ne se trouve pas comme ça, surtout ses récits fantastiques et /ou mysticoïdes parus dans Pilote au début des années 80. 
https://jesuisunetombe.blogspot.com/2020/12/caza-sanguine-1976.html

3/ Devant la médiocrité numérique des reproductions illicites de ces fac-similés d'avant-guerre, j'achète l'intégrale de ses Scènes de la Vie de Banlieue qu'ont récemment réédité les Humanos, béni soit leur sein doux, bien qu'à leur tour leur fin prochaine soit annoncée, comme il était écrit dans la prophétie auto-réalisatrice du paragraphe 1.  
https://johnwarsen.tumblr.com/post/797908424576974848/les-humano%C3%AFdes-associ%C3%A9s-plac%C3%A9s-en-liquidation
Sans doute que "Mourir, c'est rien, c'est l'après qui est pénible" (Audiard)
En tout cas, dans cette attente, mon libraire est content, c'est gagnant-gagnant.

Les pirates de banlieue de Caza, qui ont sans doute inspiré Terry Gilliam
pour The Crimson Permanent Assurance

Mmmppffbbgguuêrk !
4/ Je découvre que Le Bienvenue aux Terriens de René Pétillon est absent de la plus grande bibliothèque virtuelle clandestine du monde, alors que c'est quand même un livre très amusant. Je décide brusquement que c'est ma mission sur Terre de l'y introduire.

5/ Je scanne mon exemplaire du livre pour l'offrir en partage à tous les passants, et rendre une partie de ce que j'ai reçu, mais ce faisant je redécouvre combien c'est ennuyant, surtout si l'on veut éviter de casser la reliure, et les retouches des fichiers dans Photoshop sont bien fastidieuses, même pour un vieux geek refusant de créer des macros.  L'ouvrage sera-t-il prêt pour Noël, ou faudra-t-il que je me contente d'offrir aux badauds une de ces affreuses compilations musicales eXtinction-réveillon dont je détiens le hideux secret ?

6/ Faut-il expliquer qui était René Pétillon ? Je suis déjà épuisé rien qu'halliday, et je n'ai rien à me mettre pour le réveillon, il faudrait que j'aille trainer sur Vinted au lieu de continuer à m'enfoncer dans la démence numérique en ajoutant des bonus à l'album, grappillés dans les revues de l'époque, grâce à la base de données de bdoubliées.  Désolé, René, je vais botter en touche mon wiki.

7/ Et faut-il présenter Bienvenue aux Terriens, album qu'on pourrait accroire atypique dans le flux de sa production des années 80 ? La science-fiction n'est ici qu'un prétexte (l'auteur semble nourrir une prédilection pour les pires clichés de la SF américaine des années 40, voyages spatiaux, tentacules et prends la mienne famapouals) pour une avalanche de gags farfelus sur lesquels on peut goiser ou dégoiser à loisir, prétendre que ça rappelle Hellzapopin, Douglas Adams, les Monty Python, ou même Zucker, Abrahams and Zucker, les princes malpolis de l'absurde anglo-saxon. 

La période "ligne claire" de Pétillon.
Ca n'a pas duré.
Mais c'est surtout la même moulinette à naouak que dans les aventures de son héros fétiche Jack Palmer, travail sans équivalent ni affiliation ni influences reconnues en France, 
Pétillon dont on pourra aussi faire observer que le dessin, au cours de cet album constitué de courts récits dont la publication s'étale sur plusieurs années, s'affine, se bonifie (je tiens l'album "la Dent Creuse" comme l'apogée de son style graphique à la précision chirurgicale, où il parvient à insérer plusieurs gags visuels par case) avant de se simplifier plus tard jusqu'au assez moche (nous n'aurons pas droit ici à sa dernière incarnation de dessinateur de presse, plastiquement hideuse, mais normalement on s'en fout parce qu'un dessin de presse qui serait beau distrairait du propos, sauf chez Willem). Il y a donc bien une montée, suivie d'une descente, comme dans tous les cycles de la vie humaine, ouf, la morale est sauve. 

8/ Pendant que j'étais occupé à scanner la BD de Pétillon et à rédiger cet article, un internaute indélicat siphonnait mon compte sur le bon coin. Je ne m'en suis pas aperçu tout de suite puisque je ne recevais plus les alertes en provenance du site (mise en ligne de nouvelles annonces, réponses aux messages etc..) 
Pétillon est mort, mais je suis sûr
que Caza est dans le coup.
C'est la vengeance des piratés.

Le 16/12, n'ayant plus accès à mon compte, j'ai donc changé le mot de passe, j'ai alors découvert que l'escroc avait mis en ligne plusieurs annonces frauduleuses sous mon identité, et tentait d'obtenir un règlement par paypal... la nuit suivante il a réussi à craquer mon nouveau mot de passe, furieux que je lui aie fait échouer sa transaction, il a rebaptisé mon profil utilisateur en “fils de pute”, le chenapan, (avec un un noir bien joufflu comme avatar, donc en plus il est raciste !!) profil à partir duquel il insultait mes clients potentiels en leur disant des choses très osées sur leur maman... j'ai rechangé mon mdp, et activé la double validation, je devrais être tranquille un moment, mais j'aimerais bien savoir s'il a cracké mes mots de passe dans google chrome, ou s'il a utilisé une faiblesse sur un serveur "le bon coin", ou encore s'il a un logiciel spécifique pour tester des mots de passe... ça m'aiderait à anticiper son prochain coup. 

Je n'avais pas de compte chez uber, ces esclavagistes des temps post-modernes, mais il en a aussi créé un à partir de mon adresse, je m'en suis aperçu en recevant des notifications uber, donc je suis allé voir, il s'était créé un profil avec mon adresse mail et les paramêtres suivants : prénom Léotard nom de famille Corentin, au moins c'est un début de piste, Commissaire... avec la double validation que j'ai mise en place un peu partout, je le tiens à distance, mais je pense que c'est pas fini, ça peut même durer un moment... 
Est-ce une rétribution karmique pour avoir rippé et uploadé cet album de Pétillon ? L'humour cosmique est parfois dur à avaler, comme on le voit dans la géniale série Pluribus. Est-ce que ça me guérira du fantasme du partage ? J'ai bien peur d'avoir déjà répondu à la question. En attendant, voici un cyber-bouquin qui m'aura coûté cher en développement. Heureusement que je milite dans plusieurs associations de malfaiteurs sans but lucratif.

Le Très Saint Livre

L'avis d'un éclairé du genre sur Bienvenue aux Terriens

un autre album de Pétillon très amusant

un extrait de Bienvenue aux Terriens avec des scans issus d'un vieux Métal hurlant

Valérian et Laureline sont cachés dans ce dessin. Sauras-tu les identifier ?

jeudi 11 décembre 2025

John Landis - Blacks without soul (1987)

N'hésitez pas à le louer
à votre vidéoclub de quartier.
En fait, non. C'est moins drôle
que son prédécesseur
"Hamburger Film Sandwich".
A la faveur d'une crise de geekisme qui me touche tous les ans à la même heure, qui est aussi celle de la mort de maman, je teste une nouvelle plateforme de mise en ligne de contenus vidéo. En même temps ça me fait réviser mes logiciels de montage et d'encodage (FinalCutPro, HandBrake) qui auraient tendance à rouiller au fond du jardin. 
"Blacks without soul" est un sketch racialisé extrait du film (à sketches) "Amazon Women on the Moon" sobrement devenu "Cheeseburger film sandwich" dans sa version française. J'espère que jusqu'ici, vous suivez.
Il joue sur les deux sens du mot "soul". 
Et le reste n'est que littérature.
Il en existait déjà des versions sur youtube, mais sans les sous-titres vf. Voici le sketch en question :
Pour les Blancs sans soul, la situation est encore plus pire : ils ont beau tenter de s'approprier celle des Noirs, ça se voit grave, et le résultat est encore pire.
 
INJUSTE : terme employé pour désigner les avantages dont on a essayé de spolier d’autres gens, mais sans y arriver. Voir aussi MALHONNÊTETÉ, DISSIMULATION, et TIENS J’AI DU POT.
(Chad C. Mulligan, Lexique de la Délinquescence cité par John Brunner dans Tous à Zanzibar)

jeudi 4 décembre 2025

T.U.B.E. (the ultimate bootleg experience)

Un copain presque juif tellement il est monothéiste, mais en moins bon état que moi qui suis plutôt animiste, en tout cas souvent le jeudi, m'a vendu sur son lit de mort l'adresse d'un site où l'on trouve quantité de concerts d'artistes de variétés non disponibles dans le commerce. 

La brigade aéroportée de l'Arcom
se tient prête à intervenir
si vous rechutez pendant le réveillon
dans le blasphème et le download.

C'est vertigineux. 
Je consulte sans compulser les étagères infinies bourrées à craquer de concerts passés de vieilles gloires de la musique de jeunes subrepticement passés du côté de la musique de vieux, y rejoignant André Verchuren, Annie Cordy, Nina Hagen et Berthe Sylva, et je me tiens prudemment au bord de l'abîme du téléchargement illégal sans y tomber. (faire commerce avec la grande cyber-prostituée de Babylone, ça serait encore rester ancré à Babylone). 
Je me sens un peu comme l'homme qui lutte pour sa vie dans la parabole du miel au bord du précipice (recueillie dans "Les plus beaux contes zen racontés par ChatGPT et illustrés par Philippe Druillet", le must-have pour un nouveau Noël Extinction-Réveillon) :

 

 

Un homme marche dans la forêt lorsqu’un ours se met à le poursuivre. Terrifié, il court jusqu’au bord d’une falaise. Dans un réflexe désespéré, il se laisse glisser et s’accroche à une racine qui dépasse du flanc rocheux.
Au-dessus, l’ours l’attend, grognant.
En dessous, au fond du ravin, un autre danger — parfois un tigre, parfois des rochers, selon les versions — l’attend la gueule ouverte.
Alors qu’il se cramponne, il voit une ruche accrochée dans la paroi, tout près de lui. Une goutte de miel tombe sur son main.
Il porte la goutte à sa bouche…
Et il sourit : comme ce miel est délicieux !

jeudi 27 novembre 2025

Les Pires - Album 1er (1992)

Peut-on filmer les femmes si on est un homme ? Est-on légitime à écrire sur les Noirs si on est Blanc ? A parler des vieux si on est jeune, et réciproquement ?  A jouer de la musique traditionnelle inspirée du folklore des pays de l'Est si on est un Breton de Lannion ? 

Les Pires ne se sont pas posés la question trop longtemps. Ils avaient l'âme slave, point barre. Entre 1992 et 2000, ils enregistrent quatre disques, et tournent énormément, en France et à l'étranger. Ils chantent en faux russe ou en vrai yaourt au goût bulgare, et sur scène ils arrachent tout. Vous auriez dû venir. Il nous reste trois albums studio et un live pour nous consoler de leur absence persistante, pour toujours et à jamais. Voici le premier. J'ai trouvé les autres sur rutracker.org, et c'est comme ça que j'ai appris qu'ils avaient cartonné en Russie, à une époque où ça ne posait pas de problème de chanter en russe sans passer pour un suppôt de Poutine.


pour y goûter sans y toucher :


pour y toucher sans y goûter :

https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZOJ8AZBC60X5No3O8ztbKqAYjM3zJgHk8y

Ca n'apparait pas forcément à l'oreille, mais c'était aussi de gros déconneurs. Par exemple, ils suggéraient de reprendre les chansons en suivant les paroles sur la pochette, mais faut voir comment qu'ils les écrivaient, avec un alphabé cyrulnik même pas conforme. Bon courage pour le karaoké.




jeudi 20 novembre 2025

Hector Zazou / Katie Jane Garside - Corps Electriques (2008)

Du trip hop stratosphérique et expérimental, par le regretté Hector Zazou, infatigable défricheur de sonorités pas banales, entouré de quelques seconds couteaux pas manchots : Bill Rieflin, Lone Kent, Nils Petter Molvaer.
La voix de Katie Jane Garside est aussi sexy, dépressive et urticante que celle d'une adolescente devenue juste un peu trop vieille pour qu'on la renvoie jouer dans sa chambre avec une bonne fessée. Oui, je sais, ça fait boomer masculiniste toxique, de dire ça, mais n'oubliez pas que je ne suis pas le perdreau de l'année. 
J'aimais bien le trip-hop. Il y avait une mélancolie électronique repensée pour le monde moderne. Elégante avec Massive Attack, toxique avec Portishead, prometteuse avec le premier album d'Archive et celui de Morcheeba. Est-ce que quand je l'écoute ça la fait revivre ? Rien n'est moins sûr, mais ça vaut le coup d'essayer. En tout cas grâce à ce disque, c'est le 20 novembre toute l'année.

à l'écoute :


le koin du guique :


à la médiathèque de prêt grâce à votre abonnement Premioume®

https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZQ3GIZRDqjuHAoAC0hNtu6UnCxRXuyIuzV

dans la même collection :

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2021/10/hector-zazou-strong-currents-2003.html

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2021/08/hector-zazou-chansons-des-mers-froides.html

Corps Electriques : le remix de Daniel Goossens

vendredi 7 novembre 2025

Elisabeth Antébi - Les Evadés du futur (1973)

la fiche du film tel qu'il fut présenté aux Utopiales 2025.
Evadés du futur, et déjà prisonniers du passé.
Je ne sais plus qui a dit ça, mais je crois que c'est moi :  
  
"Le présent est l'instant éternellement fuyant et impalpable au cours duquel nous sommes expropriés du passé pour être projetés vers le futur (..) Pas étonnant que cette perspective nous terrifie au point de chercher refuge dans les raisonnements qui se mordent la queue, dans des tentatives hypermnésiques de remonter en 1973 pour y établir un camp de base puis une colonie de peuplement, ou dans l'humour, quantique ou non." 

Voici une nouvelle tentative de remonter en 1973, époque bénie où la télévision française n'hésitait pas à produire un documentaire réalisé par une femme (Une Femme ! dans la SF de 1973 !!!) qui réunit plusieurs auteurs majeurs de SF de l’époque : Isaac Asimov, Philip K. Dick, Théodore Sturgeon, Norman Spinrad, John Brunner, Robert Silverberg...
Tant qu'à geeker, autant que ça serve à kek choz', et que ça profite à touffes, et à troutes. 

Par ordre d'apparition :
- Une interview géniale de l'autrice du film :

- Un entretien avec Philip K. DICK, par Elisabeth Antébi, ainsi que pas mal d'autres trucs intéressants pour faire chuter la productivité de sa journée : 

- Les liens mystérieux aux noms imprononçables qui mènent aux 2 parties du film, visionnables en ligne ou téléchargeables :

 1ère partie : fiction

2ème partie : science et politique



attention, ne clique pas sur cette image, ce n'est qu'un jpeg
et tu risques de te retrouver en 1973 !

vendredi 31 octobre 2025

Les Utopiales 2025 : Brian Evenson contre les Evadés du futur

En route vers le totalitarisme cognitif.
Comment résister ?
Qu'irions-nous faire aux Utopiales 2025, dont nous avons pourtant gagné une place sur l'intranet de notre entreprise ? Donald Trump est le président le plus dystopique dont nous puissions rêver, et même dans les comic books outranciers et pseudo-transgressifs de Warren Ellis, Mark Millar ou Garth Ennis, ils n'en ont pas des comme ça. On pourrait rebaptiser l'évènement Les Dystopiales 2025, ça aurait meilleure gueule. 
Trump et ses séides transhumains et christo_fascistes veulent ravaler l'humanité au rang du borborygme, et rendent la littérature de SF kitsch et obsolète, un quart d'heure avant que le monde se délite en une bruine de flocons cendreux. 
Autant lire Cyberpunk - Le nouveau système totalitaire, un essai d'Asma Mhalla, écrit un peu vite mais c'est synchrone avec l'urgence de notre agonie démocratique.
https://www.lemonde.fr/livres/article/2025/09/19/cyberpunk-d-asma-mhalla-la-chronique-essai-de-roger-pol-droit_6641905_3260.html

Et si l'horreur était le sentiment
le plus légitime des artistes 
sensibles aux exigences de l'avenir ? 
Hein ?
Ou alors, perdre le peu de raison qu'il nous reste en errant dans les boyaux obscurs et malodorants des nouvelles de Brian Evenson, invité du festival cette année, lui qui défriche de nouveaux territoires horrifiques, et peut-être bien qu'il réinvente la SF aussi, mais je n'ai pas encore tout découvert du bonhomme, même si j'intuite que pour lui, le nihilisme est juste une blague un peu mièvre. A quoi bon aller me faire dédicacer sa Comptine pour la dissolution du monde, sinon pour me dédouaner de l'avoir emprunté sur z-library.sk et avoir oublié de le rendre ? Je déchiffre au compte-gouttes ses histoires dérangeantes, hermétiques et perverses; c'est du brutal. Lors de la parution de son premier recueil, alors qu'il était encore membre de l'Eglise Mormone, une de ses étudiantes expliqua qu’à la lecture de l’ouvrage, elle « s’est sentie comme quelqu’un qui aurait mangé quelque chose d’empoisonné et qui tenterait désespérément de s’en débarrasser. » C'est tout à fait ça, moi j'ai obtenu la sensation imminente d'un accident vasculaire cérébral, on est d'accord sur le fond, il ne me manque que son 06 pour débriefer.
Je préfère aussi relire la SF pessimiste et visionnaire des années 70. 
Brunner avait tout vu venir.

Aux Utopiales, il y a donc des livres, leurs auteurs vivants, mais aussi des expos, des débats, et des films de cinéma. Vu mon état, proche de l'Ohio, pas étonnant que je flashe sur la projection à venir des Evadés du futur, un documentaire réalisé en 1973 pour le Service de la Recherche de l’ORTF, qui réunit six des plus importants auteurs de SF de l’époque : John Brunner, Norman Spinrad, Philip K. Dick, Théodore Sturgeon, Isaac Asimov et Robert Silverberg. Un document rare et précieux, invisible sur les écrans depuis sa première diffusion télévisuelle il y a plus de 50 ans ! C'est vrai, il y a dans ce pays une fracture numérique, mais je dispose d'un compte Inamediapro, et je peux le voir quand je veux. Je risque toutefois d'être un peu blasé, à force de m'injecter de la SF périmée. 

Déjà que. 
Le cinéma SF de maintenant a le même goût bizarre que les livres : bien que le Mickey 17 de Bong Joon Hoo m'ait fait rire, c'est pas vraiment de la SF, c'est un pamphlet, un film politique sur le monde d'aujourd'hui, comme Evanouis (Weapons) qui est plutôt une bonne surprise, lui qui s'inscrit ostensiblement dans la filiation des films de variétés de Maritie, Gilbert et John Carpentier (Top à the Thing, Numéro Un NewYork 1997, etc). 
Le scénario et l'ambiance d'Evanouis m'évoquent aussi les nouvelles contemporaines de Maria Enriquez. Elles ne contreviennent pas au principe de Murphy de Warsen :  si le Mal Absolu avait besoin de se justifier, il serait Témoin de Jéhovah.

Je préfère quand même celles de Brian Evenson, beaucoup plus tordues, mais qui sont infilmables, parce qu'il bidouille le code source du langage pour parvenir à déclencher un Bataclan littéraire avec nos neurones dans le rôle des victimes consentantes. 
La SF cyberpounque à l'écran, aujourd'hui c'est plus les séries télé, Black Mirror, Upload, Mr Robot, Alien : Earth... En musique de terreur, on retiendra cette semaine le tuto de Bernard Herrmann pour composer la musique de Psychose, trouvé dans les rushes d’un reportage que j’ai monté hier sur des tailleurs de pierre.



[Ajout tardif]

- un compte rendu un peu moins fumiste que le mien :

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2025/11/14/utopiales-2025-diversites-en-resistance/

- les podcasts de ActuSF : les tables rondes des Utopiales

https://www.actusf.com/detail-d-un-article/utopiales-2025-r%C3%A9sistance-absolue