jeudi 29 avril 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2005

Somewhere Else (2005)

Voici le premier tiers du triple album « Ascension of Shadows » de 1999, soit le CD Somewhere Else, qui ressort séparément, pour achever de perdre les fans.
Déjà chroniqué par votre droguiste habituel :


https://www.rythmes-croises.org/steve-roach-retrospective-1982-2000/



https://www.youtube.com/watch?v=Vx6VO72pgv8


New Life Dreaming (2005)

On peut parler de veine orchestrale ? 
Chouette alors. 
Perfect Dream, qui ouvre l’album, s’enfle progressivement d’une note unique, dotée d’une enveloppe harmonique kolossale, qui emplit tout l’espace de l’auditorium. C’est très simple, très pur, très beau. On se laisse scanner par l’onde sans choc, qui nous submerge du fond de l’infini. Inspiré d’idées empruntées sur Structures From Silence, Quiet Music et Dreamtime Return puis réimplantées en auto-greffes, ce disque est méditatif, apaisé et serein, ample et non pompier.

(4/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/new-life-dreaming

Possible Planet (2005)

Organique et grouillant; né du désir de créer un type d’environnement sonore décrivant l’émergence d’une forme de vie jusqu’alors inconnue hors de la soupe primordiale sur une planète lointaine. « Au cours d’une renaissance analogique, j’ai créé un synthétiseur modulaire, en m’imposant des rêgles : pas de MIDI, pas de clavier, pas d’ordinateur pour composer ou éditer les sons que j’en tirais. Il s'agissait de tourner les boutons, de le sentir du bout des doigts et d'amener le courant dans la direction souhaitée. Possible Planet a été enregistré lors de trois sessions live. Chaque session commençait après plusieurs jours de création et d'apprentissage des nuances d'un patch «vivant» que j'avais créé, à partir duquel les formes sonores étaient tirées. »

Le courant passe. Et c‘est vrai que par moments, on jurerait voir un entendre un podcast sur des insectes extra-terrestres. Même si Gestation et Cell Memory sont exigeants, comme on dit quand c’est chiant mais qu’on n’ose pas, là c’est juste l’équivalent sonique d’une séance dans un caisson d’isolation sensorielle, à écouter les flux biologiques qui nous constituent et nous traversent, tout en vibrations basses fréquence ; bien sûr c’est biologiquement discutable, des gens très bien n’ont pas de branchies pour traverser cette renaissance analogique, mais c’est spectaculaire et inattendu.

(4/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/possible-planet


The Dreamtime Box (2005)

reconditionné sous blister en peau de chaman sibérien, revoici 3 albums récents : Dreamtime Return (1988) 
+ New Life Dreaming (2005)
+ Possible Planet (2005), 
et après, au lit.

dimanche 25 avril 2021

Morice Benin - C'était en... (1976)

dessin de Gébé dans l'An 01
(cité par Morice dans le disque
caché dans cet article)
Depuis 1976 et la sortie du disque à Morice, on attendait le Grand Soir, mais à force d'attendre, en 2021, on a eu le Couvre-Feu à la place. 
Où c'est, quand c'est qu'on s'est Gourrés ? A partir de quel petit renoncement s'est-on mis à dévaler la pente fatale de la Route Pour Nulle Part ? C'est un peu une posture victimaire, de dire ça, mais très franchement, entre mon blacklistage, mon immunothérapie, mes acouphènes, ma lithémie et ma vie sexuelle, si je veux me victimiser j'ai d'autres sujets un peu plus saignants. 
Télérama me suggère que c'est au moment du rapport Meadows, publié en 72, qu'on s'est plantés. Juste avant le premier disque artisanal et autoproduit de Morice, en 1974, qui se vendra à plus de cent mille exemplaires, en des lieux insolites et militants, comme  sur le plateau du Larzac. Morice et ses appels vibrants à l'insurrection intérieure - du moins jusqu'à la fin des années 70, avant qu'il sublime sa colère en prenant un virage poétique - le plus urticant des chanteurs marginaux n'a guère ménagé sa peine.
Et comment se fait-il que nous n'ayons pas encore réalisé les promesses du prophète libertaire auto-révélé, lui qui nous exhortait à une révolte permanente contre cette société de merde dès l'âge où nos oreilles furent assez poilues pour que ça rentre comme dans du beurre ? 
Bien sûr il nous reste encore ses vieux disques, à condition de ne pas les jouer trop fort après 19 heures, sinon les flics de la Dictature Sanitaire arrivent, renseignés par un voisin collabo, et ils savent sur qui taper : d'abord DJ Wars, l'ex-playboy fumeur de crack aujourd'hui narcotique anonyme et cacochyme, celui qui est courbé sur ses platines et qui convertit illégalement ses vieux vinyles en mp3. 
Ensuite, les rares spectateurs, qui dépassent quand même la jauge de 6 personnes autorisée par la Préfecture.


La plus grande confusion règne autour des différentes orthographes admises de son identité de Morice, ce qui ne facilite pas le travail des moteurs de recherche. Mais il n'aurait guère apprécié d'être pisté par Google. Je l'ai longtemps écrit Maurice Bénin, mais il semble que la tendance Canal Historique lui ait finalement préféré Morice Benin, lui qui était né Moïse Ben-Haïm et qui aurait donc pu jouer dans le chat du Rabbin de Joann Sfar au lieu de nous saouler avec ses harangues incendiaires et mystiques.
C'est la première fois à mon connaissance que ce vinyle est rippé sur internet, comme on disait dans le temps d'un film qu'il était inédit à la télé.


--------
et l'indispensable bibliographie en forme d'hommage posthume :


jeudi 22 avril 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2004

Fever Dreams (2004)

Un bassiste déboule en intro du premier morceau de ces rêves fiévreux, Episode_1 (les 2 et 3 sont dès déjà dans les tuyaux). Un bassiste ? Un de ces mecs qui jouent des NOTES ??? il vient ajouter une petite touche « dub des cavernes » pas désagréable au tout-venant ethno-ambient. Ca démarre donc intriguant, mais en fait ça ne va nulle part. Les mêmes improvisations atonales à la guitare atmosphérique que d’habitude, fingers in the noise et cloud over the grotto, avec une basse répétitive et des tambours de guerre lasse pour faire passer la pilule, qui conserve pourtant la saveur des gouffres amers. Il faudrait que quelqu’un ose dire à Steve que les pédales d’effet qui scalpent les attaques d’accords plaqués à la guitare en n’en laissant sourdre que l’écho, existent depuis fort longtemps, et n’ont plus rien de chamanamanique. 
Le disque tente de s’auto-plébisciter comme une prémisse à la fièvre érotique, est-ce que je bandonéon ? pas beaucoup. Et mou.
L'écoute m'est dont d’un mortel ennui.
Mais n’oublions pas qu’il y en a qui aiment.
Et puis, écouter tout Steve, c’est un sale boulot, mais il faut bien que quelqu’un le fasse.

(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/fever-dreams

Holding the Space: Fever Dreams II (2004)

Les gars du marketing ont écrit des bibliothèques entières sur les vertus psychothérapeutiques des disques de Steve Roach. Le problème des musiques qui s’auto-proclament « soignantes » c’est qu’on ne peut plus tellement les jauger sur le plan musical, il faudrait pratiquer dessus les exercices spirituels prescrits par votre chaman, de façon régulière, et voir si on en sort en meilleure forme. En se situant sur le terrain du soin, et même parfois du tagada soin soin, Steve pense peut-être jouir de l’immunité diplomatique et musicale. Un hypnagogue affirme dans les notes de pochette toujours très fournies que grâce à Fever Dreams II, et à la Respiration Holotropique, il aurait retrouvé dans les tréfonds de l’inconscient collectif la trace du passage ancestral de son arrière grand-mère, disparue en 1858 et dont il n’avait plus de nouvelles depuis. (La Respiration Holotropique est une méthode d'exploration intérieure basée sur un travail de respiration combiné à des séquences musicales.)

Je ricane, mais le disque s’ouvre sur une plage qui évoque certes le pire du tribal-ambient ramolli, « Le Guérisseur Blessé » mais il est suivi du « Puits d’Energie », sur lequel plane le fantôme d’autant plus inouï qu’il n’est même pas mort de Jon Hassell et sa trompette polytimbrale, ce qui veut dire "plusieurs sons différents en même temps" (à ne pas confondre avec polyphonique, plusieurs notes en même temps, c’est merveilleux, j’apprends des trucs en me faisant suer...)
Une voix féminine vient faire des vocalises, un didgeridoo caverneux lui répond en chorus, ils nous font glisser dans les clichés du new age mais c’est agréable.
Sans conteste le meilleur de la série Fever Dreams, un opus tribal-ambient inspiré et varié.

(4/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/fever-dreams-ii

Spirit Dome (2004)

Encore une surprise-partie funéraire avec Vidna Obmana. En un sombre sanctuaire que nul rayon solaire n’a jamais caressé, le pouls d’une bête monstrueuse bat dans les oppressantes ténèbres, tandis que des pipeaux sculptés dans des fémurs humains entonnent d’antiques mélopées sans que l’on puisse entr’apercevoir à aucun moment les musiciens, qui de toute façon n’ont plus de visages depuis longtemps. Funestes mélopées, qu’on souhaiterait n’avoir jamais ouïes ! Comme dans « InnerZone », qui réunit les mêmes malfaisants, le fujara, cette flûte slovaque maudite, et une guitare électrique trafiquée de chez monsieur Bricolage, chromatiquement avariée et infirme, génèrent un environnement sonore malsain, spirituellement débilitant, soi-disant en réaction à l’environnement urbain pathologique dans lequel Steve et Vidna étaient coincés pendant les répétitions de « Innerzone », justement, autre grand disque malade. 
Ca n’excuse pas tout.
Jamais entendu un « live » aussi funèbre ! Il ravira votre arrière-petite nièce depuis qu’elle a viré gothique (c’est de son âge).
Attention : en cas d’infection par la Covid-19, l’écoute de Spirit Dome est un facteur important de comorbidité.
Montrez la pochette à votre médecin traitant, il comprendra.
Subtilement nuisible.

(1/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/spirit-dome-live-archive


Mantram (2004)
avec Byron Metcalf, Mark Seelig

De l’aveu même de ses géniteurs dans les notes de pochette, l’album a pour ambition de ralentir le cours du temps pour permettre au processus réflexif naturel d’émerger. Steve déploie ses nappes à grande longueur d’onde, que Byron et Seelig, complices réguliers, viennent émailler de flûtiaux et de percussions pour ce qui se veut un mandala sonore rayonnant de toute éternité
, sans début ni fin. D’où l’impression de faire parfois du surplace, de piétiner dans l’antichambre du Nirvana, en foulant aux pieds une bouillie premier (new) âge, il y a un côté mélasse, sirupeux, lénifiant qu’on n’entend pas souvent chez Roach. A part ça, c’est rythmé, serein, harmonieux. Presque mainstream.

(3/5)

Places Beyond: The Lost Pieces 4 (2004)

Collection disparate d’inédits de plusieurs périodes créatives. Une brocante à ciel ouvert, faite d’un peu d’espaces déserts, de pianos spatiaux, d’ethno-ambient,

à la limite du chill-out (terme décrivant plusieurs genres de musiques électroniques caractérisées par leur mélodie reposante et leur tempo modéré — « chill » est un mot argotique qui signifie « reposant » ; par métonymie, il désigne un style de musique planante que Steve n'aurait pas renié, bien que sa notion de musique "reposante" repose sur des conceptions pas tout à fait humaines : il est né des amours contrariés d'une mesa et d'un canyon, comme le révèle son patronyme "roacheux", attribué par ses parents adoptifs, un bulldozer de l'Arizona spécialisé dans les excavations de parkings souterrains, et une femme au foyer sans emploi recueillie au bord d'un ruisseau.
Pour parvenir à détendre l'âme d'un caillou il faut se situer à l'échelle du temps géologique, où l'on compte en en centaines de milliers d'années c'est pourquoi les disques de Steve sont très longs.
Dans la veine atmosphérique harmonieuse, cette collection d'inédits est plaisante.

(3/5)

jeudi 15 avril 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2003

Life Sequence (2003)

Clinquant et frétillant comme le saumon remontant la longueur d’onde. Séquenceurs rutilants mitraillant les tympans de cascades harmoniques arc-en-ciel, chatoyant sur des tapis d'ondes positives, on est ici chez un disciple propret de Klaus Schulze (que Steve ne se cache pas d'appeler "papa Schulze" à longueur d'interview) qui présente le visage grassouillet et replet d'Eckardt Tolle pour un show pyrotechnique cristallin et maitrisé, mais un peu asexué. Deux ou trois moments d'architecture gracieuse, mais faut vraiment les chercher.


(2/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/life-sequence

Mystic Chords & Sacred Spaces (4 CD !!) (2003)

Avec un titre comme ça, il faut quand même s’armer de foi pour arpenter ces immensités arythmiques et atonales, dépeuplées du moindre autochtone, et s'aventurer sur chacun des 4 CD qui composent le voyage organisé vers des espaces délimités comme "sacrés", "labyrinthe", "futur récent", et "morceau d'infini", même sans se soumettre aux diktats des marchands de tapis du marketing, particulièrement en verve pour pérorer et postilloner sur ce quadruple album (« the creme de la creme of Steve's work », mais ils disent ça souvent).

CD #1 : dans la veine atmosphérique, c’est un opus imposant du sculpteur paysagiste d'espaces sonores, devis gratuit, travail soigné. Ne cherchons pas trop à le scruter des oreilles comme on dévisagerait un paysage visuel, mais laissons-le infuser à bas volume, en triant nos vieux relevés de CCP, en épluchant nos cactus pour faire une bonne omelette au peyotl, suspendons notre jugement pour un temps et respectons notre part du pari que Steve prend avec l'auditeur sur sa capacité à entrer dans le majestueux mais minimal royaume des mondes électro-acoustiques non rythmiques.
Nous voici en vue des contreforts liquides du travail "immersif" qui s’étalera (s’écoulera, même) sur le reste de la décennie.
C'est souvent froid comme un Vangelis sous barbituriques, mais si on ne s'immerge que là-dedans pendant quelques temps, on finira par la trouver bonne. C’est physiologiquement prouvé.
Le spectre d’effets secondaires s'étend du sédatif léger à l'anesthésie totale, c’est pourquoi les barbituriques sont de nos jours beaucoup moins prescrits en raison de leurs effets indésirables, du risque d'abus, et de l'arrivée sur le marché de molécules à l'action comparable mais aux effets secondaires réduits et à la toxicité limitée (entre autres les benzodiazépines). Ici on est moins neurotoxique que juste chiant. Ah, tiens, le jugement est revenu par la porte de derrière, après avoir fait le tour par le jardin.
CD #2 : sous une voûte immense, un accord cristallin se déploie en réverbérations inhumaines, qui ont commencé d’éclore bien des éons avant le début du morceau et persisteront longtemps après sa fin, émanant comme autant d’acouphènes divins tombés d’un céleste empire sur nos crédules esgourdes, ponctué de crissements d’oiseaux et d’insectes. Quiétude qui n’évolue que très lentement. Dans trois jours, l’organiste risquera peut-être un do# à la tierce majeure sur la partie haute du clavier, qui mettra plusieurs CDs à s’épanouir pleinement, mais je n’en mettrais pas mes ailes de chérubin à couper. Dans ce qui est peut-être un voyage rêvé vers un Groënland imaginaire, car dépourvu du moindre esquimau, toute chaleur n’est pas exclue, mais ça met très longtemps à fondre. Les esquimaux aussi.
CD 3 : l’équivalent sonore d’une de ces lampes à lave psychédélique des années 60 qui contenaient un liquide transparent dans lequel évoluaient des boules colorées de cire fondue, montant et descendant selon la chaleur dégagée par l’ampoule placée dans le socle.
On perd vite pied dans cet océan de sons retournés à l’état liquide, indifférenciés, et en plus on risque d’attraper des amibes. Même pour un professionnel du désert comme Théodore Monod/stéréo, 4 CD d’aridité aquatique, c’est trop ténu pour être écouté, mais quand le mental lâche prise et qu’on l’entend enfin, ça peut troubler : au moment où on cesse d’y prêter attention, ça peut s’offrir à vous. Etonnant, non ?
CD #4 : il faut encore un sursaut de foi pour entrer dans la « piece of infinity » sorte de caverne lumineuse pas vraiment mortifère, mais si languide que la somnolence est garantie et l’accident certain si écouté sur autoroute. On est à nouveau dans les limbes, qui désignent soit un état intermédiaire et flou, soit le séjour des âmes des justes avant la Rédemption, ou des enfants morts sans baptême. Comme je ne sais plus trop où je suis, au bout de 4 CD, mais que je me rappelle que je ne suis pas baptisé, je vais rester poli. Des fois que.

(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/mystic-chords-and-sacred-spaces-complete-edition

Texture Maps (2003)


Attention, vieux inédits de la fin des années 80 en voie de recyclage. Au début du disque, on sent bien que Steve apprend à jouer du synthé, en mettant plein de réverb pour masquer son angoisse quand il ne sait pas finir ses phrases musicales, et aussi pour masquer les pains; un tic déplaisant qu’il conservera longtemps. Puis la dissonance harmonique s’installe et hante durablement ses prairies ondulantes de sons désaccordés, au bord du malaise. Et quelle morne plaine !

Le disque idéal pour faire fuir vos amis en fin de soirée (selon Télédrama)

(0/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/texture-maps

Space and Time (2003)

Compilation d’extraits de ses œuvres précédentes, à offrir à ceux de vos amis avec lesquels vous n’êtes pas encore fâchés (un indice : ce sont ceux qui n’ont pas fui la veille en fin de soirée)
Pas désagréable, mais la balade est un peu rapide : un morceau de Steve Roach de moins de quinze minutes donne toujours l'impression d'être tronqué. 
De fait, ici ils le sont tous.

(3/5)

jeudi 8 avril 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2002

All Is Now (2 CD) (2002)

Des fragments anonymisés des précédents albums (Core, Streams & Currents, Early Man et Innerzone) sont capturés vivants, retravaillés en concert, ramenés à la maison, malmenés au remixeur à légumes, noyés d’overdubs, puis renvoyés chez leur mère la queue entre les oreilles. Les notes de l’album précisent que cette approche d’autogreffe et d’allers-retours permanents entre le studio et la performance live s’est révélée plus payante que celle consistant à rester-en-tournée-jusqu’à-tomber, ivre d’ayahuesca light et de bière sans alcool entre deux groupies macrobio à grosses…lunettes.
Le concert à Portland, sur le premier CD, nous précipite dans des catacombes chantantes, qui débouchent inopinément sur un vaisseau spatial en partance pour le Big Nowhere, sa destination favorite.
En chemin, on transite par des endroits soniquement inconfortables, mais on ne s’éternise pas. Brian Enorme nous en préserve ! San Francisco et Oakland offrent des paysages variés, cauteleux, lysergiques et nauséeux à souhait. Le second disque propose un festival de glissandos de guitares spatiales ouatées de tonnes d’écho, avec apparition et disparition de sections rythmiques spectrales. 
Les amateurs de train fantôme sont à la fête. 
Si c’était un peu plus articulé, on jurerait entendre Jon Hassell. 
Mais ça ne l’est pas. 
Et pour un live, il y a beaucoup de temps morts.

(2/5)

https://music.apple.com/us/album/all-is-now-live-2002-live/649840784?app=itunes&ign-mpt=uo%3D4

Darkest before dawn (2002)


Une boucle atmosphérique d’environ 1’30’’ restitue à s’y méprendre le moment où la noirceur de la nuit nocturne s’assombrit encore quand elle comprend que l’aurore va la faire pâlir. Malheureusement, cette tentative de traduction sonore du moment tant redouté des condamnés à mort mais aussi à vie est éhontément bouclée et rebouclée pendant 74 minutes pour abreuver nos microsillons. L’auditeur lambda passe de l’émerveillement à la déconvenue en moins de temps qu’il n’en faut pour mettre à jour la supercherie. Nonobstant la plaisance de la séquence répétée à l’infini.

Raconte comment tu as râlé auprès des opérateurs de télémarketing qui assurent le SAV et le contrôle qualité 24/24 chez Steve sans faire usage d’insultes à caractère discriminant (6, 99€ la minute)

Véritable pavé en mousse ricochant muettement sur la mare gelée de l'insomnie, "Il fait toujours plus sombre juste avant l'aube, et en plus on n'y voit que dalle" se distingue par sa sobriété instrumentale et ses vertus curatives sur le manque de sommeil.
Steve est parti du sample d'une chaudière à l'arrêt grossi 20 000 fois à l'aide du microscope électronique offert par ses parents pour son 8ème anniversaire afin de lui permettre de réaliser son rêve secret (délivré par un garagiste-chaman de Tucson au cours d'une transe rituelle d'exorcisme de boite de vitesse) : observer la vie intérieure des cailloux de l'Arizona, et nous entraine dans une sarabande sonique à couper le souffle puisqu'il fait du surplace pendant tout le disque.

(0/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/darkest-before-dawn

Day Out of Time (2002)

Que peut-on dire de la bande-son d’un film sans en avoir vu les images ? Ben en fait, c’est pas très grave : les créations sonores de Roach sont une invitation constante à fermer les yeux et se créer des films phosphéniques de cinéma gratuit, paupières closes. Certains fans hardcore y parviennent même les yeux ouverts. L’illustration de la pochette nous propose un rendez-vous avec nous-mêmes au milieu d’une plaine sableuse parsemée d’artefacts géologiques énigmatiques sous un ciel plombé, et induit la notion d’espaces désolés, ayant pris leur forme bien avant le début du disque, et qui persisteront longtemps après que l’auditeur sera retombé en poussière. 
A l’écoute il y a aussi une note de sérénité aquatique, comme un requiem pour crapauds. Pas de notes, pas de mélodies, cette année il n’en a pas plu, mais des états sonores semi-gazeux apparaissent, puis disparaissent. Méditons sur l’impermanence. Tranquillité des cratères martiens, sous lesquels des océans gelés patientent. 
« N’est point mort celui qui éternellement dort » pouvait-on lire dans le Necronomicon, vers qui s’applique souvent au fan de Steve Roach, tant il règne en ce lieu une atonie, 
un manque de vitalité, de vigueur qu’on peut vivre comme un lieu de repos ou de convalescence, loin des foules déchainées, parce que pas encore vaccinées.
Pour avoir crapahuté dans les canyons de l’Utah et de l’Arizona, et rêvé sur les turbulences nuageuses qui les surplombent, la bande-son est appropriée. 
Un acouphène minéral sous-tend tout l’album, une rémanence.
Encore un disque publicitaire déguisé, vantant les avantages d’être constitué de roches métamorphiques (granit, gneiss) : une sagesse minérale s’en exhale, parce qu’à part méditer, la seule activité pratiquée par les cailloux du coin, c’est l’érosion sous l’effet du vent et de la pluie.
Il rêgne ici un mystère qui manque parfois cruellement ailleurs.
Final très apaisé.

(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/day-out-of-time


Trance Spirits (2002)
avec Jeffrey Fayman et Robert Fripp

La tribu s'agrandit, donc la grotte aussi, mais malgré la présence de Robert Fripp aux Guitar Soundscapes et de Jeffrey Fayman aux percussions, l'impression d'ensemble reste froide. Glaciale, même, la faute aux nappes aux tonalités mineures et vaguement menaçantes, comme si nos guerriers sous tension allaient se lancer dans un nettoyage ethnique de la tribu d'à-côté, sans jamais mettre leur menace à exécution. Ils font du surplace, on entend bien le bruit du moteur mais jamais y'en a un qui aurait l'idée d'enclencher la première vitesse. Sur plusieurs morceaux (Trance Spirits et les suivants) j'entends un peu des échos de Jon Hassell, période Dream theory in Malaya, et c'est toujours ça de pris, mais ça ne nous rend pas le Steve techno-tribal ambient qu'on a connu dans les années 90 (et encore moins le Steve Maia Caniço tombé dans la Loire en 2019, mais c'est une autre histoire).

Ces gars-là, y viennent d’inventer l’ambiance oppressante et neurotoxique, au lieu d’inventer la roue. Bien sûr ils sont ravis de leur trouvaille, on les sent éprouver la joie de taper sur le même clou, mais le tribal ambient synthétique, ça reste aussi plaisant qu’un piano mécanique sous de tristes tropiques.

(1/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/trance-spirits

InnerZone (2002)


Emergence du concept expérimental du "tranquillement dérangeant", à ne pas confondre avec la quiétude troublante. Les disques cosignés avec Vidna Obmana durant cette période ne sont pas de tout repos. Le nom des coupables : un fujara, sorte de flûte traditionnelle slovaque systématiquement désaccordée dès lors qu'on joue en mi dièze, et une guitare électrique trafiquée de chez trafiquée, chromatiquement altérée par une multitude de processeurs d'effets électroniques. C’est parfois beau comme un défilé de chenilles processionnaires un peu ivres, et inquiétant comme une cérémonie de solstice qui partirait de travers, comme dans Midsommar. 
On cultive ici la limbe, la stase. 
Une oeuvre contemplative qui séduira ceux qui se sont laissés imprudemment enfermer à la cave et qui, à l'usage, découvrent que finalement ils ne détestent pas méditer à califourchon sur le tas de charbon. Ou errer dans les catacombes de leur esprit en espérant trouver la sortie par la respiration consciente et la cohérence cardiaque.
Clapotis amplifiés, dissonances antiques, jusqu’au malaise vagal. 
Où peuvent-elles être, ces clés de la cave ?
C’est diablerie, messires.

(1/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/innerzone

jeudi 1 avril 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2001

Pure Flow (2001)

Florilège de morceaux déjà parus sur divers albums, agrémentée de deux inédits. 
Ici, on privilégie les flux, et leur pureté; d’où le titre. En fait de flux, les ambiances y sont ténues. C’est un camaïeu d’éclosions lentes, indistinctes et ouatées, nimbées de réverbérations délicates et lointaines, dans la gamme de fréquences élevées du spectre audible. Paysages atmosphériques de haute altitude, pauvres en oxygène. C’est à l’auditeur d’amener le sien, sans doute. 
Minimal et tranquille.
Mais un peu répétitif.
Mais tranquille.

(1/5)


Streams and Currents (2001)

Encore des flux. Steve creuse souvent le même micro-sillon sur plusieurs disques d’affilée, jusqu’à voir le fond de son inspiration. Le disque a été « créé pour une lecture continue à faible volume. C'est merveilleux dans ce mode », dit la réclame. 
Aah, c’est pas pour écouter, alors. C’est un CD à entendre à l’insu de son plein gré.
Le propre de cette musique ambiante n'est-il pas de pouvoir se faire oublier, de se faire entendre quand on ne l’écoute plus, juste comme si elle n'était pas là, comme si elle n'avait jamais existé ? De se donner quand on n’en attend plus rien ?
De plus, beaucoup de disques de Steve Roach de la décennie 2000 ressemblent à des phénomènes météo, à évolution lente.
Dès lors, la critique est inappropriée : à partir de quel point de vue pourrais-je jauger et apprécier tel nuage plutôt qu'un autre ? De quel droit préfèrerais-je l’orage au beau temps ? Ou au brouillard maussade ? Il est par ailleurs peu commun dans la Nature que les cumulo-nimbus se rassemblent spontanément pour dessiner au ciel une vue d’artiste de la bataille de Little Big Horn, ou y esquisser au fusain la lignée des lamas du Bouddhisme tibétain. On reste le plus souvent dans l’abstrait et l’informel. De même, quand un morceau de Steve Roach prend des formes reconnaissables, ou qu’il m’évoque des images, c’est comme un test de Rorschach auditif, même si ici un peu trop d’écho et de guitare trafiquée ne peut masquer le vide et dévoile même le problème de tous ces disques qui n’hésitent pas à se vendre comme autant de médicaments de l’âme : à force de les écouter, on ne devient pas plus lucide et conscient, mais plutôt hébété et saoulé de réverbération numérique. On baigne alors jusqu'aux genoux de la tête dans une sorte de purée sonore peu ragoûtante et vaguement lumineuse, un brouillard pas franchement menaçant, mais inhabitable à des humanoïdes, qu'ils fussent associés ou sociopathes.

(1/5)


Core (2001)

A l’époque, Steve se trouve au carrefour des genres déjà abordés, dont un bon paquet qu’il a inventés lui-même : futurisme primitif, tribal ambient, ethno-dépressif, transe de séquenceur classique et électronica fluette.
Il décide alors de tous les embrasser simultanément, en mixant les éléments organiques, électroniques, rythmiques et atmosphériques de ses mondes sonores dans le même poëlon. Il se détourne des concerts, des filles faciles, de la mauvaise coke et des blagues à trois balles, pour retrouver l’essentiel de son art. Ce sera hard. Core en naitra. Des copeaux d’autres disques sont ici fondus, raffinés, transmutés, restructurés, et ce parcours santé à travers les différents plans astraux de Steve est plaisant et varié, sans pour autant se résumer à une bande démo de sa palette d’artiste, toutes ses facettes sont exprimées et coulissent habilement les unes dans les autres, sans s’attarder plus que de raison. 
Une très bonne surprise.

(4/5)


Blood Machine (2001)
(en collaboration avec Vir Unis)

Malgré la pochette qui laisse craindre et espérer la bande-son d’un documentaire un peu ollé-ollé sur la vie sexuelle des plantes carnivores, on est vite saturé/submergé de beats cliniques/géométriques… album séquencé/saccadé ad lib/itum, plus synthétique qu’organique, même si ça grésille dans les sous-couches. C’est pas que ça manque de lumière, mais c’est un peu trop propre par terre, ça tient plus de la culture de brins d’ADN au labo que de la grouillante jungle poussant sur l’humus fécond des disques antérieurs en décomposition. Car comme Véolia Propreté, Steve s'est engagé à faire du déchet une ressource.
« Impulse » ou « Mindheart Infusion » sont pas mal dans le genre tribal ramolli, mais l’alchimie sent le plastique neuf. C’est fâcheux. Ennuyeux. Peu inspiré.

(1/5)


Early man (2001) : Réédition augmentée (2 CD)

A peine paru l’an passé, et déjà réédité en version augmentée d’un second cédé « L’homme Préhistorique décomposé » auquel les mêmes qualités s’appliquent : spectral, organique, liquide, voire boueux par endroits (pensez à prendre vos bottes avant de vous aventurer dans ses obscurs conduits), et surtout caverneux avec peintures rupestres. Tel un Rahan des âges cyber-farouches, Steve voulait créer un son d’apparence ancienne, et usé par le temps. « C’est vraiment devenu comme une fouille archéologique alors que je passais au tamis différents mondes sonores pour découvrir le noyau de l'homme primitif. »
Dans « Late Dawn », deux espaces sonores (la jungle et la grotte) se superposent pour en créer un nouveau, inédit et accueillant, à condition de ne pas abuser des sandwichs au pangolin que d’affables aborigènes vendent à la boutique-souvenir à côté de l’entrée du parc.
On peut somnoler et oniriser tout son saoul sur cet album atmosphérique, sans craindre de se réveiller en sursaut et l’échine couverte d’une mauvaise sueur parce qu’on s’est brusquement retrouvé confronté au porc de l’angoisse dans un souterrain maudit, comme ça arrive fréquemment avec d’autres disques roacheux, et aussi dans le final du Don’t Look now de Nicolas Roeg.

(3/5)


Time of the Earth (2001) 

c’est la bande son du DVD éponyme qui sortira ensuite sous forme d’album audio
=> voir Day Out of Time (2002)

Structures From Silence (2001)

réédition de l’album éponyme de 1984, sans bonus ni adjuvant de synthèse. 
Se référer à l’article de référence, dit "l'article 1" :