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jeudi 10 septembre 2026

Adieu Castaneda

Rentrée littéraire : extraits des " Confessions d'un Otto Addict, tome XXLVII 1/2" 

C'était pas le pied, je suis bien 
content de n'avoir pas connu ça.
1/ Entre 1968 et 1977, l’anthropologue américain d’origine péruvienne Carlos Castaneda relate, dans plusieurs best-sellers, les enseignements du chaman yaqui Don Juan Matus et de son « herbe du diable », tandis que les Beatles et le professeur de Harvard Timothy Leary popularisent les champignons psychotropes et le LSD, qu’ils considèrent comme des « amplificateurs de conscience ».

Les plantes enthéogènes se répandent alors sur l’Occident comme la vérole sur le bas-clergé breton, et engendrent le psychédélisme, ce bâtard culturel qui ouvre bien des chakras, entre celui du haut et celui du bas, chakras qui seront ensuite rapidement attaqués par les opioïdes, puis les dérives sectaires. Trop ballot.

Castaneda, je dois en entendre parler par le dessinateur Moebius, alors j'achète ses livres, je bois ses paroles, je m'enivre de sa philosophie, je répands des pétales de roses sur les traces de ses pas dans le désert de Sonora pendant trop longtemps, soit plusieurs volumes. Sous son influence, je commence même à fumer de l’herbe, parce que quand on est un jeune adulte au début des années 80, la marijuana c’est un rapport à l'interdit et à la transgression, et un message fort envoyé au gouvernement. 

C'est à 17 ans qu'il faut lire Castaneda.
C'est comme croire au Père Noël 
quand on est petit :
c'est absolument magique.
Plus tard, le doute s'insinue, l’herbe et surtout le shit me font trébucher dans la poursuite de mes études, les récits de Castaneda sont de moins en moins crédibles, ma copine part avec mon meilleur pote, alors je change de carburant et passe au mezcal, cet alcool de cactus aux propriétés psychotropes plus proches de l’absinthe que de la psilocybine ou du peyotl, plantes magiques de toute façon introuvables en Europe à cette époque de pré-mondialisation, et pour boucler mon mémoire de maitrise dans les temps, je me prescris des médicaments liquides, de ceux qu’on trouve dans toutes les bonnes pharmacies qui font aussi épiceries de nuit. 
Je jubile de mes envolées littéraires, inconscient du fait que voulant renier mon héritage bourgeois, je ne fais que m’inscrire dans une longue tradition familiale de pisseurs de vitriol.

Sous l’influence de l’infernal tord-boyaux, mon manuscrit prend l'allure d'un pamphlet. 
Ma soutenance à l’oral regonfle un peu ma note finale, après plusieurs mois passés auprès des Motards en Colère, à étudier leurs modes de communication. J’ai déjà un peu bavé tout ça par ici, sous une autre inspiration.

2/ En 1986, j’ai bien fini de bader Castaneda (bader signifie rester bouche bée, admirer ou contempler quelque chose ou quelqu'un, en patois provençal et occitan), Carlos et moi, le divorce est consommé, il est là, avec Fanny Ardant, sur l'étagère, et il ne dit plus rien lorsque parait cet article de Jodorowsky dans Métal Hurlant.

in métal hurlant canal historique n° 113 (1986)

En affirmant que « pour faire passer de gros mensonges il faut donner de petites vérités », Jodorowsky met le doigt sur le procédé littéraire et psychologique de Castaneda. La méthode de l'écrivain conteur, qu'il considérait à la fois comme un génie de la narration et un manipulateur hors pair, se décrypte comme suit :
- L'ancrage dans le réel : Castaneda intégrait dans ses récits de vrais détails ethnologiques, des descriptions botaniques rigoureuses et de réelles techniques de méditation ou d'observation. Ce sont ces « petites vérités » indiscutables qui captaient la confiance du lecteur.
- Le basculement dans le mythe : Une fois le lecteur mis en confiance, Castaneda pouvait introduire ses théories les plus folles, ses transformations en corbeau et ses voyages chamaniques multidimensionnels. Ces « gros mensonges » (ou inventions poétiques) devenaient alors totalement crédibles. 
Un peu comme sur mon blog, mais en version massifiée et industrielle.
Pour Jodorowsky, peu importait que les aventures de Castaneda avec le sorcier Yaqui Don Juan soient réelles ou totalement inventées. Il y voyait un acte de « charlatanisme sacré » ou d'art magique. Le mensonge, lorsqu'il est structuré ainsi, devient un outil pour bousculer la perception et éveiller la conscience. 
Jodorowsky étant lui-même un gros mytho amateur de fariboles, on comprend sa fascination ambiguë pour Carlos Castaneda. J'ignorais que les deux hommes se sont rencontrés en 1975. J’aurais gagné du temps.

https://resonancias.org/content/176/alejandro-jodorowsky-ce-qui-me-frappa-le-plus-chez-castaneda-c-etait-son-incroyable-bonne-education-sa-delicatesse


dans le genre bullshit psycho
d'Amérique du Sud, Miguel Ruiz
a lui aussi raflé la mise.
Et c'est nettement plus praticable.
Enfin, j'veux dire, essayez donc
d'avoir une parole impeccable
pendant 24 heures, et on en reparle.
3/ Soudain, vingt ans ont passé, et je zone sur la mailing-list à vocation spirituelle conscience-lucidité, un bulletin paroissial souterrain administré par une prêtresse du rêve lucide, auquel je m’intéresse faute de pouvoir le pratiquer, et Castaneda ressurgit souvent dans les conversations. Ils sont pas au courant, chez conscience & lucidité, qu’il a été démonétisé ? Petit florilège, pas plus tard que dans le lien hypertexte ci-dessous.
https://johnwarsennotdead.blogspot.com/2023/04/recapitulons-le-peu-que-nous-savons-sur.html

Sur la mailing-list conscience-lucidité, je me crois en présence de Grands Pratiquants, et je prends tout pour argent comptant. Les trolls les plus grimaçants suscitent en moi un respect sacré; ils relatent tous des expériences, en méditation ou en rêve lucide, qui me semblent très au-delà de mes capacités supposées. Il faudrait déjà que je parvienne à éteindre l'écran, et à l'époque même ça c'est au dessus de mes forces.
Concernant Castaneda, je comprends vaguement que nous serions en présence de contes initiatiques, d'allégories, de paraboles, qui désignent des réalités psychologiques comme les objets de pouvoir, les voiles émotionnels... A force de loucher sur les contenus quotidiennement renouvelés du groupe de diffusion de la mailing-list, je finis par me persuader commencer à vivre ce que Castaneda, Ignace de Loyola et Flopinette de la Croisette appellent une récapitulation, ou tout simplement un « examen de conscience » chez les AA; elle s’agrémente d’une évaluation « est-ce que j’ai été bon, mauvais, neutre ? » dans une version assez reposante, puisque personne ne te juge, même pas toi-même. 
J'ai fait un résumé des techniques de récapitulation telles que je les ai comprises ici :
https://johnwarsen.blogspot.com/2023/04/estropies-faisant-vachement-gaffe-la.html

4/ Soudain, vingt ans de plus n'ont fait rien qu'à passer, et je me suis à nouveau en vacances dans les Landes, là où tout a commencé et où tout finira, tralala, surtout si le nématode du pin se met dedans, (article commencé d'écrire avant les incendies de l'été 2026), sans ordinateur et avec pas d’clavier, juste mon maillot de bain et mon téléphone portable, et je retrouve quand même à partir d'un signal GPS capté dans ma tête, l'adresse hyper-secrète d'un blog qui démonte sans espoir de la reconstruire un jour la baraque à frites auto-fictionnelle patiemment érigée par Castaneda sur la plage de la littérature d'aventures intérieures tout au long de ses livres parus jadis dans la collection Témoins chez Gallimard, cette sublime série de contes d'émancipation spirituelle, mais aussi un des plus grands foutages de gueule de l'humanité quand elle erre au rayon spiritualités vivantes de la Fnac en quête de réponses. 

Quand elle en a marre d'errer à la Fnac, l'humanité retourne dans les Landes,
avec sa planche de surf-sur-ego/méditation. Surf-sur-ego ? un nouveau sport de l'extrême,
pratiqué sur plage déserte, dès 7 heures du matin. Surf-sur-ego  :
mon Dieu ! qu'il y a de la surface ! Que tout ça soit à moi, je peux pas y croire !
Certes, personne n’a dit ça qu’il fallait méditer sur un banc (à part les marchands de bancs),
mais l’assise à genoux favorise la verticalité de la colonne vertébrale,
et la verticalité m'aide à repérer où sont le haut et le bas de moi,
et aussi d’observer mes pensées comme des mouches. Bzzz ! 😘

Ces articles démystificateurs du fakelore, comme ne disent pas les d'jeunz's de maintenant, mais ils devraient, s'ils ne veulent pas répéter les erreurs de leurs ainés, sont pétillants d'intelligence. D'ailleurs, tout le blog est passionnant, il émane d'un érudit et permet de se noyer à nouveau dans les mystères du chamanamanisme dont on cherchait pourtant à s'extraire pour cause d'enfumage, faute d'interlocuteur valide.
(L'auteur du blog, Jean-Luc Colnot, est diplômé en langue hébraïque et en études latino-américaines de l’Université d’Aix-en-Provence, et vit désormais en Bolivie où il explore la sagesse andine des Kallawaya, prestigieuse communauté d’hommes-médecine dont les connaissances magiques et médicales ont été déclarées patrimoine mondial en 2003 par l’UNESCO.)




faudrait pas qu'ça grandisse,
parce qu'après, on peut plus
les rentrer pour l'hiver.

En plus, ça n'existait pas en poche, et ça coutait un bras, tous ces récits flippants de sorcellerie sud amérindienne. 
Quelle magie ! quelle imagination dans la supercherie ! 
Encore un qui a su abuser de notre candeur étudiante, et capter une part importante de notre crédulité et de notre pouvoir d'achat. 
A l’aube du crépuscule de ma vie, me voici plus aguerri, moi on ne m'y reprendra pas à relire de la science-fiction anthropologique. Je peux à peine jouer trois des quatre accords toltèques sur ma guitare en bois d'arbre.
Et bien que mes cactus fourrés à la mescaline aient bien profité de la canicule, je ne me sens toujours pas prêt à les goûter, surtout en relisant ce que Colnot en dit dans ce dernier article miraculeusement retrouvé juste avant de publier le mien.





samedi 18 juin 2022

Alain Chamfort - Trouble (1990)

En 1980, Souchon pleurniche "Tu vois pas qu'on s'aime pas ?" sans même écouter la réponse. Et il en vend des caisses, et les filles se jettent sur lui et déchirent ses pochettes, révélant son LP de 30 cm.
Salami de figue à la pistache
(encore en vente sur ordonnance sur Zamnesia.fr)
Dix ans plus tard, Chamfort pousse le bouchon un peu plus loin en susurrant "Personne n'aime personne". 
On dirait du Cioran adapté par Roland Jaccard, l'immortel auteur de la chanson de saillie «J’ai beaucoup aimé les Japonaises, jusqu’à ce que j’en rencontre une.» Mais à part ça, amateur de cavités juvéniles et ami de Matzneff comme j'ai pu le découvrir dans "Ma vie et autres trahisons", mais aussi laudateur de Zemmour au crépuscule de sa life, comme beaucoup de prétendus nihilistes avant lui. Pas de quoi se vanter post mortem.
Normal, c'est les années 90 : l'argent roi, les filles faciles, la cocaïne à pleines narines, le saphisme chic, le dandysme désabusé, le salami à la pistache. 

Et que nous reste-t'il de cette époque ? une assignation à comparaitre retrouvée dans la poche d'un vieux complet sous blister, un peu de lactose dans une toute petite pochette plastique, une aversion pour le cynisme sophistiqué, et les disques d'Alain Chamfort. 
Enfin, pour tout dire, je ne connais que celui-là, et encore, depuis tantôt, mais il tourne en boucle, parce que "Ce ne sera pas moi" semble avoir emprunté ses harmonies et ses orchestrations au générique de Twin Peaks (la série) et que "Personne n'aime personne" est une chanson élégante avec happy end (je suis pas une fille compliquée au niveau des rimes riches). Le reste est assez sympa, même si je ne suis pas du tout ici comme chez moi. Et pourquoi pas Alain Chamfort, à moins de rester tristement hétéronormé, genré et racisé ?

« Reconnais tes erreurs cachées.
Approche-toi de ce que tu trouves repoussant.
Aide ceux que tu crois ne pas pouvoir aider.
Tout ce à quoi tu es attaché, abandonne-le.
Va dans les lieux qui t’effraient. »
(conseils donnés à une yogini tibétaine par son maître, rapportés par Pema Chödrön.)

D'ailleurs, on n'entre pas ici comme chez Jean Moulin, bien que très tôt ce matin j'aie manié la pelle du 18 juin, dont c'est l'anniversaire, pour éviter les chaleurs potagères. Avec Chamfort à donf pour faire pousser les betteraves.

jeudi 3 juin 2021

Les Quatre Barbus - Honneur aux barbus (2019)

Les Quatre Barbus est un groupe vocal français de quatre chanteurs portant la barbe (éventuellement fausse), fondé en 1938, qui connut son plus grand succès dans les cabarets parisiens des années 1950 puis, par le disque, dans les années 1960. 
Le groupe a fait ses adieux en 1969. (wiki) Bref, je vous parle d'un temps que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaitre, et pourtant je ne les ai pas, même si ça commence à me tirer sur la couenne. 
En France, pays de la diversité et du rayonnement culturel fossile, on trouve antoutépourtou au choix dans le commerce soit L'Anthologie 1938-1962 triple album de Frémeaux sorti en 2016, soit le quatuor de cédés Honneur aux barbus de 2019 chez EPM. Qu'on peut aussi pré-entendre chez qobuz :
La liste des titres est là :
Leur très véridique histoire est ici :
Je diffuse les 2 premiers cédés downgradés de la compilation EPM qui en compte quatre, et déjà c'est beaucoup trop. Leur écoute en continu provoque de sévères troubles conscientiels contre lesquels même Jean-Baptiste Morizot n'a pas de solution.
Une fois que ma proposition musicale vous aura envoutés, pour tout achat de l'album, le ministère du Blasphème et du Download vous offre un livre : "Comment vivre avec une victime des Quatre Barbus : Le traumatisme des proches," dédicacé par Manuel Valls, une lecture saine et utile utile pour les conjoints devant surmonter au quotidien le fléau sonore.  

jeudi 23 mai 2013

L'auto-fictif

Ca faisait des siècles que je n'étais pas allé voir le blog d'Eric Chevillard.

C’est incontestable, on a parfois besoin d’autrui. Je n’aurais jamais réussi à m’ennuyer comme ça tout seul.

Je suis évidemment favorable au don d’organes et tout à fait disposé, quand je mourrai, à recevoir d’autrui un cœur battant et un cerveau bien irrigué.

Tandis qu’une méchante petite pluie grise déprime notre printemps, une formidable tornade dévaste l’Oklahoma. Que peut décidément le cinéma français contre les blockbusters américains ?

La brute sanguinaire n’attend qu’une chose pour assouvir ses pulsions sadiques : que tu te moques de sa religion d’amour.

Au terme de ses jours, quelqu’un lui demanda ce qu’il changerait à sa vie si c’était à refaire. – Peu de choses, répondit le vieil écrivain, mais j’éviterais cette fâcheuse répétition du mot tabouret à la page 3 de mon premier livre qui m’a complètement pourri l’existence.

Voilà, c'est peu et c'est déjà beaucoup pour aujourd'hui.

mercredi 14 mars 2012

En suivant les liens publicitaires qu'on trouve sur ce blog...

... je suis arrivé là :

La vache !

Effectivement, ça donne envie de mourir en paix, entouré de graphistes compétents et aux petits soins.

Je n'ai pas osé pousser l'investigation plus loin pour savoir ce qu'était un sublimatorium, mon ambition (démesurée, je le conçois, après des années passées dans la honte d'être ce que je suis, au mépris de toute logique, hélas l'orgueil n'est jamais que de la honte inversée,  il m'en reste quelques caisses et je n'y peux pas grand chose à part prier pour en être délivré, mais j'ai pas une main de libre en ce moment) mon ambition disais-je étant  que ma maison soit un vaste Sublimatorium® où je puisse vivre en paix entouré des miens et profiter en pleine conscience des quelques années qu'il me reste à tirer avant l'inévitable cancer du tabac auquel mon Ego croit pouvoir échapper sans dommages, dans son rêve imbécile d'immortalité sans cesse contredit par les statistiques...
Enfin, je suis quand même content d'avoir de nouveaux amis oeuvrant dans ma branche...