lundi 17 février 2020

Graeme Allwright - Le jour de clarté (1968)

Comme disait ma femme en partant au boulot ce matin en entendant s'échapper les échos assourdis du néo-zélandais trépassé d'hier par le soupirail de ma caverne électronique, "tu vas pas commencer à nous bassiner avec Graeme Allwright, tu l'écoutais déjà pas quand il était vivant"
Evidemment, cette Cassandre au petit pied n'était pas là quand j'avais 14 ans et que je déchiffrais laborieusement les tablatures de "La Ligne Holworth" en picking dans la méthode de guitare à Dadi.
A 93 ans, Graeme vivait en maison de retraite depuis un an, ce qui est la méthode la plus efficace pour partir rapidement. Pensez-y quand la cohabitation avec vos ascendants conservés à la maison devient trop pénible.

(c'était un message de notre sponsor que je suis obligé de passer : 
si j'avais le choix, y serait pas funéraire.)


https://www.mediafire.com/file/jq662d8d4cn9x75/GA-LJC.zip/file

vendredi 14 février 2020

Talking Heads - Rome Concert (1980)

L'autre jour j'ai assez mal parlé d'Adrian Belew, et je m'en excuse ici même en images; car j'ai depuis ce jour maudit révisé mon jugement, me faisant subir comme mortifications un paquet de concerts de King Crimson du début des années 80, et comme je recevais des messages télépathiques du fantôme de David Byrne de la même période par mon oreille non-acouphénée, j'ai fini par trouver sur un serveur russe un concert des Talking Heads enregistré à Rome en 1980, dans un état difficile à regarder, mais après l'avoir passé dans différentes moulinettes à laver les pixels et dénouer les noeuds qui ont séjourné dans l'eau (MacX DVD Ripper Pro, Handbrake, Compressor), je me suis retrouvé en possession d'un témoignage assez stupéfiant sur ce qu'était le groupe en tournée en 1980, entre leurs albums studio Fear of Music et Remain in Light, qui composent l'essentiel du répertoire de cette transe en danse scénique.
La mise en images est assez médiocre, on se croirait un peu au théâtre de l'Empire du Chorus d'Antoine de Caunes (post précédent) et le cadre 4/3 se prête assez mal à la valorisation du cheptel afro-funk qui se tortille sur scène, une bonne dizaine de gugusses en tout, et qui font un sacré boucan. Et parmi eux, oui, Adrian Belew, dont je découvre qu'il est l'auteur avec sa guitare d'un bon nombre de zigouigouis sonores que j'attribuais imprudemment à Brian Eno et ses synthés sur l'album Remain in Light dont celui-ci assura la pharaonique production. 
Malgré la frugalité de la captation vidéo, les musiciens emportent le morceau, après l'avoir joué sur place, parce qu'ils ont tous l'air possédés, en plus de prendre un plaisir évident et communicatif à jouer ensemble, les petits blancs new-yorkais maigrichons membres de la formation initiale et les pièces rapportées du Togo sous une bâche avec des vieux pneus pour ne pas les déclarer en douane.
J'étais un peu passé à côté du phénomène "Talking Heads, bêtes de scène", heureusement, il n'est jamais trop tard pour admettre ses erreurs grâce aux vidéos tombées du camion d'Internet.
D'ailleurs je ne manque jamais une occasion de remercier Internet, sans qui j'aurais sombré beaucoup moins vite dans la démence et le radotage à propos de choses disparues quand je n'étais pas présent pour les accompagner vers l'oubli réparateur et miséricordieux.
Le répertoire du concert filmé et le line-up du groupe à l'époque chevauchent hardiment celui du disque 2 du double CD The Name Of This Band Is Talking Heads mais la prestation est plus frénétique à Rome, sans doute à cause de la proximité du Pape, fan du groupe de la première heure.
J'ai aussi trouvé un Youtube soi-disant HD pour présenter le concert, mais n'oublions pas que la HD, il y a 40 ans, c'était du super-VHS (j'ai dit ça au pif mais évidemment, je découvre après-coup que ça a existé) 
Donc je vous mets la jaquette du DVD, le fichier vidéo désanamorphosé (il était en 16/9) et le clip promotionnel de Youtube pour 69,99 € dans l'attente du T-shirt dès que vous m'aurez fait les premiers virements sur mon compte Paypal aux Bahamas. 







https://www.mediafire.com/file/x2n6z8y9twfnbix/TH-1980.zip/file

et la traditionnelle vidéo pédagogique de pitchfork (vive pitchfork !)




lundi 10 février 2020

Rembob'INA : "Chorus" avec Antoine De Caunes (2020)

Cette semaine j'avais décidé de me taire. Ca part assez mal, avec la première diffusion sur LCP de la célèbre émission à base d'archives "Rembob'Ina" consacrée hier soir au magazine de rock Chorus présenté le dimanche midi par Antoine de Caunes entre 1978 et 1981. Replay sur le site de la chaine jusqu'à je sais pas quand. Pas d'inédits par rapport au triple DVD déjà édité par l'INA, mais belle madeleine de Proute pour ceux qui n'ont pas eu droit à la version piratée par leur grand-oncle geek.

http://www.lcp.fr/emissions/296412-rembob-ina-40-fevr20

samedi 8 février 2020

Heron Oblivion ‎- Heron Oblivion (2016)




Bon, y'en a un peu marre de toutes ces vieilleries.
Place aux jeunes qui se croient en 1969.
Pour toujours et à jamais.
Pour complaire à Greta Thunberg, je n'ai acheté l'album qu'en digital, c'est à dire sans support, auprès de la maison de disques plutôt que sur bandcamp, parce qu'ils avaient l'air de proposer en plus un digital booklet qui ferait un substitut-subutex aux notes de pochette.
Et y'a pas à dire, le support me manque.
Mais c'est sans doute un combat d'arrière-garde.

Les avis autorisés sont là
https://www.lesinrocks.com/musique/critique-album/heron-oblivion/
et là
https://www.soul-kitchen.fr/62356-heron-oblivion-heron-oblivion

jeudi 6 février 2020

Jean-Pierre Alarcen - Tableau N°1 (1979)

De loin, la nuit, par temps de brouillard, bourré sous acide (aujourd'hui on dirait plutôt binge-drinké aux benzodiazeps') on pourrait confondre la pochette du premier album de Jean-Pierre Alarcen avec celle d'un groupe de rock progressif grand-breton bien connu de tous les vioques du tiéquar, sauf de moi qui ai toujours fait un blocage. 
J'ai longtemps cotoyé les deux albums dans les bacs des soldeurs sans qu'ils ne m'évoquent quoi que ce soit de palpable, comme chantait Béranger dans Le Vieux.
Que voulez-vous, j'étais jeune, je conjuguais l'ignorance et la puissance, et je n'en savais rien. Chevauchant maintenant leurs antonymes, je vous assure que j'ai fière allure.


Jean-Pierre Alarcen est un guitariste que j'ai longtemps associé abusivement à François Béranger, puisqu'il a certes co-signé plusieurs de ses albums en tant qu'arrangeur, mais pas qu'eux. Alarcen fut aussi musicien "de session" (il me semble qu'on appelait ça avec mépris des "requins de studio", ce que confirme le wiki, mais c'était au temps où l'on pouvait vivre de son art, qu'on fasse de la musique, de la BD ou qu'on écrive des livres sans images). Vous trouverez tout ça sur le lien discogs plus bas, je vous fais confiance. Il a également enregistré à la fin des années 70 deux albums de rock progressif (rires) symphonique (toussotements gênés) luxueusement produits, on parle alors de Alarcen rupin. (les rires reprennent au bout d'un moment) et un autre "Tableau n°2" vingt ans plus tard, que je n'ai pas encore écouté.
Que vous dire ? ses deux premiers albums réunis en 1988 ont leurs moments surannés, mais aussi leurs bons moments. Je dirais que c'est de la musique comme on n'en fait plus, mais il faut se méfier, avec les jeunes de maintenant, ils sont capables de tout.
Ici sur votre gauche vous avez le Tableau n°1 en prévisualisation Youtube de votre achat sur mon site, je vous laisse trouver comment insérer votre CB dans l'écran, je ne suis pas sans contact, plutôt tactile  même comme garçon, c'est pour ça que plein d'aspects d'internet me désolent et me désincarnent, qu'elle était siliconée ma vallée.


pleins de liens pour faire redécouvrir Alarcen, bien qu'il ne soit pas encore mort à ma connaissance et à l'heure qu'il est (9h35) :

Alarcen est énorme au Japon.
l'incontournable wiki, que on en vient à se demander comment on faisait avant
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Alarcen

une biographie autorisée avec des photos amusantes
http://pressibus.free.fr/zuzudisco/Alarcen/alarmain.htm

une discographie avec les crédits des musiciens
http://www.musikafrance.com/index.php/Jean-Pierre-Alarcen/Jean-Pierre-Alarcen.html

un article détaillé sur l'album de 1998
http://clairetobscur.fr/jean-pierre-alarcen-tableau-n/

l'avis d'un disquaire passionné
http://musicali.over-blog.com/article-jean-pierre-alarcen-88622370.html

l'avis d'un bloguiste enthousiaste
http://docoverblog.blogspot.com/2018/01/alternative-et-progressive.html

dans un univers parallèle, Alarcen part jouer avec Lavilliers (au lieu de Béranger) après le split de Montrose Sandrose
https://www.rockmadeinfrance.com/encyclo/sandrose/27928/

l'état des stocks chez discogs, le paradis du discomaniaque
https://www.discogs.com/artist/532430-Jean-Pierre-Alarcen

et finalement le fichier secret du téléchargement maudit


lundi 3 février 2020

Lovecraft Facts (8) : Adrian Belew

J'ai un vrai sourire
et ça transfigure ma disgrâce.
Non ?
Adrian Belew est un peu disgracieux. C'est un avis personnel. S'il aime la Nature, c'est avec Albert Jacquard, parce qu'ils ne sont pas rancuniers. Et ça ne s'arrange pas en vieillissant. Entendons-nous bien : l'auteur de ces lignes n'est pas sorti de la cuisse de Jupiter, mais ça ne nuit pas à sa vie professionnelle. Ou alors on m'aurait menti. En tout cas les gens se sont habitués, ou restent extrêmement discrets, et je n'en entends guère parler. Concernant Adrian, cette malédiction due à ses gênes est cruelle : il serait ingénieur informaticien, encore, ça passerait, mais ayant choisi la filière spectacle, c'est toujours un peu délicat pour lui de mettre sa tête sur les pochettes des disques (même si personne ne les achète plus) ou de s'exhiber en concert sans se mettre un sac poubelle 10 litres sur la tête, avec deux trous pour voir le manche de son outil de travail et un autre pour respirer. Et contrairement au personnage principal de Border, dont la laideur surnaturelle et préhumaine est due à des prothèses, lui ne peut se dessaisir le soir venu de sa hideur lovecraftienne en la mettant à tremper dans le verre à pied, et ses pieds dans le verre à dents. Elle est montée d'origine.
Si, j'ai regardé, hideur, ça existe bien dans le dictionnaire, même si personne ne l'emploie, pas même Lovecraft...ah si, tiens, Lovecraft, justement, dans Dagon : "Jamais je ne pourrai décrire telle que je la vis cette hideur innommable qui baignait dans le silence absolu d'une immensité nue. Il n'y a avait là rien à écouter, rien à voir, sauf un vaste territoire de vase. La peur que fit naître en moi ce paysage uniforme et muet m'oppressa tant que j'en eus la nausée." Il évoquait à mots couverts le visage d'Adrian, entr'aperçu dans un rêve lucide, ces songes au cours desquels la conscience onirique s'insurge du cauchemar qu'elle sait être en train de vivre et qui inspirent à l'innocent promeneur des sphères astrales, au sortir du sommeil, la rédaction de nouvelles d'épouvante un peu boursouflées, mais raisonnablement atroces.
Adrian essaye d'organiser une tournée en Chine
au profit des victimes du Coronavirus
mais ça ne prend pas longtemps avant qu'il soit reconnu.
Bien qu'il ait compensé sa relative laideur depuis tout petit en mettant au point une technique guitaristique hors pair et un phrasé tout à fait singulier, Adrian s'est quasiment fait virer pour mocheté de tous les groupes dans lesquels il a joué, les Talking Heads, Bowie, Frank Zappa (qui se pavanait pourtant volontiers sur les plateaux télé en se dépeignant sous les traits d'un progressiste refusant les diktats culturels en vigueur dans le monde du rock, comme par exemple les groupies, moi ça me parait admirable de pouvoir se refuser aux groupies, même si j'en ai fort peu et que ça serait donc virtuellement envisageable sans que ça soit ressenti comme un arrachement), King Crimson, au sein duquel il a pourtant cotisé trente ans, mais c'est vrai qu'ils faisaient des concours avec Robert Fripp pour savoir lequel avait le plus le charisme d'une moule et ça faisait fuir les trop rares clients, et finalement c'est Robert qui a gagné, et plus récemment Adrian s'est aussi fait lourder de Nine Inch Nails et de Porcupine Tree.
Si vous me croyez pas vous z'avez qu'à lire Internet, c'est écrit partout.
Et à chaque fois qu'il est remercié, il rentre chez sa mère, elle le console comme elle peut (les mères sont souvent balèzes en amour inconditionnel, c'est bien pratique quand on est un serial killer en fin de droits assedic ou un guitariste peu flatté par la nature) et il sort un album solo.
Un petit cercle d'initiés s'ébaubit alors "Rhhôôôhh bravo, Adrian, encore un beau crossover entre Mac Cartney et King Crimson", la presse spécialisée ronéotée  à un seul exemplaire sur le web s'en fait l'écho des savanes confidentielles, et l'artiste semble condamné à errer éternellement en quatorzième division blindée des Panzers de l'Echec Patent pour délit de sale gueule.
Ca fait déjà presque quarante ans que ça dure, et son dernier opus, Pop Sided, ne déroge pas à la règle, comme on dit dans le Landerneau des blogs musicaux : ni pire, ni vraiment meilleur que les précédents. Quoique Flux, un des plus récents, était vraiment pas mal. A condition de ne pas voir sa tête, évidemment, sinon ça fout tout par terre, dans ce monde où l'apparence compte plus que tout. Plus que d'avoir une belle guitare et de s'en servir, en tout cas.
Mais il existe une autre façon de voir les choses, si on sait les regarder avec l’œil du cœur : Adrian Belew, soi-disant parti de rien et arrivé nulle part, n'a finalement de merci à dire à personne. Il a joué dans beaucoup de groupes intéressants à des périodes où ceux-ci furent très créatifs, et en dehors de ça il a enregistré ce qu'il voulait comme il voulait, défrichant des champs expérimentaux dont aucun gratteux cyberculteur n'aurait osé retourner les grosses mottes avant lui; et en plus il a conçu des guitares, des applis mobiles et des racks d'effets.    
Et si ça se trouve, sa femme est ravissante.
Et il parvient tout à fait à vivre correctement de son art.
Lui.
Contrairement à moi et à Lovecraft.




picC'est en tombant sur une vidéo récente ci-dessus que je me disais à nouveau qu'il n'avait pas de bol, parce que j'avais trouvé le disque Side Four enregistré avec cette formule de Power Trio très énergique, alors que la vidéo est un peu foirée : l'image est d'une hideuse frugalité, le son caméra n'est même pas repiqué de la console de mixage. Peut-être qu'il cherche plus à être qu'à avoir, et qu'au fond il s'en fout, à partir du moment où il conserve la liberté de faire ou de ne pas faire ce qu'il lui plait plait plait quand ça lui chante chante chante.Donc ce n'est peut-être triste que dans ma tête, cette histoire.
Et pour le happy end, je lis sur le french wiki que Jerry Harrison renoue avec Adrian Belew et s'accompagne du groupe Turkuaz pour rejouer Remain In Light sur scène en 2020, à l'occasion des quarante ans de l'album.
Alors il est où, le problème ?

english wiki, rich as my tailor :

Belew by discogs
https://www.discogs.com/artist/55902-Adrian-Belew


[EDIT]

Flux volume 2 - notes de pochette
(collection privée)
En complétant de manière raisonnée ma collection de Belews, je tombe par hasard sur la pochette intérieure de Flux (Volume 2) d’Adrian, qui consiste en une déclaration d'intention.
Je peux faire la fine bouche sur sa capacité à me faire rêver, mais Adrian est un pont entre les Anciens et les Modernes, son commentaire sur « la musique qui n’est jamais jamais deux fois la même » est inspiré comme un fragment d’Héraclite.
Nous, nous pensions que la musique, c’était des fichiers, et nous les collections avec avidité, les jeunes de maintenant la vivent comme un flux et ne se prennent pas la tête avec.



Adrian a mis autant d’enthousiasme à créer son appli  que Peter Gabriel en avait eu à faire son CD-rom interactif Eve en 1997.
Même si au final, toute randomisée que soit l’appli « Flux », la démo me porte à croire que ce qui sort du logiciel de Belew ne peut sonner que comme du Belew, le Géo Trouvetout du rock.

jeudi 30 janvier 2020

Claude Engel, Teddy Lasry, Bernard Lubat - More Creative Pop (1971)

En débusquant Bernard Lubat du bosquet de la pépinière des nouveaux talents du rire des serveurs de la mafia russe qui nous inondent de pourriels frauduleux de la BNP et d'allusions aussi menaçantes qu'infondées sur nos pratiques de consultation d'internet, j'ai aussi mis à jour des disques d'illustration musicale commis avec Eddy Louiss, Claude Engel, Jean-Pierre Alarcen... Rappelons que ces disques étaient mis à la disposition des professionnels de la radio-télévision pour sonoriser des films, des émissions, des reportages, moyennant une rétribution forfaitaire; c'était les débuts de ce qu'on a appelé plus tard "la musique au mètre" parce qu'on payait à la durée.

http://librarymus.blogspot.com/2018/12/claude-engel-teddy-lasry-bernard-lubat.html

Rien que le blog russe sur lequel j'ai trouvé l'album me plonge dans des abîmes de contemplation sonique (heureusement, pour l'instant j'en reste mouette)
plan B si la Russie est prochainement atomisée par la Chine : j'ai aussi mis l'album sur mon propre serveur russe
http://www.mediafire.com/file/0yivhfj7cytbldd/MCP_%255BVinyl%255D.zip/file

L'album est furieusement pop, avec une légèreté qui semble à jamais perdue dans le cul des early 70's. Des commentaires plus érudits, élégants et intelligents que les miens ne le seront jamais :
https://surfingtheodyssey.blogspot.com/2015/04/claude-engel-teddy-lasry-bernard-lubat.html

samedi 25 janvier 2020

Lovecraft Facts (7) : Toshio Saeki

Pendant les journées de plomb qui m'ont vu rédiger laborieusement  mon pensum en forme de testament spirituel sur The Lighthouse, l'illustrateur japonais Toshio Saeki se mourait. Il aurait pu dessiner haut la main le storyboard des scènes oniriques du film avec la sirène, n'eut été le tabou nippon frappant les organes génitaux d'interdiction de représentation.
En fait, Toshio Saeki nous quitta le 21 novembre 2019 à l'âge de 74 ans, mais l'annonce de son décès par sa famille n'eut lieu que le 14 janvier 2020. Une preuve supplémentaire, s'il en était encore besoin, de la fourberie asiatique.
Donc techniquement il était déjà entré puis ressorti des bardös, dont la visite ne dure que 49 jours maximum, mais ses proches avaient dissimulé son trépas, pour des raisons sans doute patrimoniales, car il doit être compliqué de revendiquer son héritage. Qui pourrait reprendre pour le faire fructifier son petit bazar de l'épouvante Ero-Guro (terme japonais contractant les mots érotisme et grotesque), un genre artistique qui semble avoir été inventé pour lui tout seul et qui voit surgir des scolopendres en plein coït, des décapitations pendant les préliminaires sexuels, des asticots dans les sushis et tout un bestiaire du malaise vagal venir s'épanouir avec la suffocante familiarité des rêves qui tournent mal ?

Attention, n'essaye pas de refaire ça chez toi !
On ne peut pas du tout le rattacher à la tradition Wasp de l'épouvante à la Lovecraft, car celui-ci faisait ceinture l'impasse sur la sexualité, mais dès qu'il était question de mêler macabre, grotesque, sexe et violence, le tout avec une ligne claire digne des plus grands de la franco-belgitude, Saeki envoyait du pâté.
Qui mieux que lui pouvait faire enfourcher le vélo sans selle de Thanatos à la gracile Eros ?
Je vous aurais bien proposé une visite du monastère, mais il y eut en l'an de grâce 2018 une Grande Purge du contenu adulte sur Tumblr, visant à débarrasser la plateforme communautaire de micro-blogging de la racaille pédopornographique et nationaliste, purge sans doute légitime dans ses aspirations bien que fomentée par des rejetons puritains et bâtards de Lovecraft auprès de laquelle celles de Staline ne furent qu'aimables séjours de cure thermale à Lamalou-les-Bains. Les  algorithmes des logiciels de reconnaissance fessiale mis à contribution pour trier le bon grain de ce qui était innommable, indicible et inmontrable chauffèrent un peu devant les images ambigües de Saeki, mais dans le doute ne s'abstinrent pas d'effacer tous les contenus suspects. 
A la suite de quoi il devint malaisé de trouver des dessins d'Ero-Guro sur Tumblr. Ou même quelque esquisse de téton ou brouillon d'appendice caudal que ce soit. C'est le problème avec l'intelligence artificielle, elle ne fait pas dans la dentelle.
J'ai déterré un certain nombre d'articles en lien avec l'étonnant disparu, et j'ai appris tout ce qu'il y avait à en savoir dans le petit portrait vidéo concocté par Tracks.
Prudence avec ces images, elles sont neurotoxiques, et tout ce que nous regardons nous envahit.

Ca non plus !
(extrait de l'émission Tracks sur Arte)


Petite nécrologie de Libération


Quelques dessins anciens


Somptueuse Interview avec poison (supplément + 3€)


Encore une biographie, assez détaillée, images inédites


Quelques images ayant survécu à la Purge


Une gallerie assez riche de 2011


Que peut-on dire de gentilde propre et de sain sur Toshio Saeki sans déshonorer sa mémoire ni sa famille ? Que quand il était petit, il a peut-être vécu dans la baie de Minamata, ce qui expliquerait bien des choses.
Et que Cornélius a édité deux de ses livres en France.
Allez en paix.


mercredi 22 janvier 2020

Bernard Lubat - Bernard Lubat & His Mad Ducks (1971)

L'autre jour, quelqu'un a posté un album introuvable d'Yvan Dautin, et ça m'a fait très plaisir. Mais l'écouter, pour moi c'était comme mettre un coup de pied dans la porte ouverte de la boite de Pandore, qui ne pouvait que me revenir dans la figure. Car la plupart des chansons de l'album sont arrangées par Bernard Lubat, aux mélodies si particulières. 
Comment avais-je pu, en plus d'Yvan Dautin, oublier Bernard Lubat ?  Les bras m'en tombent, vous trouverez donc ci-dessous les liens pour finir l'article en kit. La colle sera livrée séparément.
L'un de ces liens contient un autre lien qui mène peut-être vers l'album. 





Mais comme tout est écrit en russe, vous aurez l'impression de jouer à la roulette éponyme avec les virus, sauf si vous êtes sur Mac, car personne ne se fait suer à écrire des virus pour Mac.
J'ignorais presque tout de la carrière de Lubat, avant de mettre le doigt dans un serveur russe, car n'oublions pas qu'Internet c'est l'effroi, mais c'est aussi l'extase.
Faut juste apprendre à doser, et s'y tenir.
"Bernard Lubat & His Mad Ducks" est plutôt rock, et même jazz-rock.
Parmi les canards fous de Bernard, on trouve Claude Engel, et Eddy Louiss, et même une certaine Annie Vassiliu dans les choeurs. Ce ne sont pas des nains de jardin.
L'écoute en est assez agréable, contrairement à d'autres commandos du rock progressif français de l'époque, qui ont plus mal vieilli. Sans doute se prenaient-ils plus au sérieux.  J'avoue que je l'ignore : je n'y étais pas. Mais tout ici transpire les joies simples de s'amuser entre amis, et ça leur suffit. Ils ne cherchent pas à envahir le Pénibilistan par la Face Nord.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Lubat

http://nightofthelivingvinyl.blogspot.com/2011/02/bernard-lubat-and-his-mad-ducks.html

http://www.rockandrollarchives.net/2018/02/bernard-lubat-and-his-mad-ducks-bernard.html

le lien maudit, il est là :
https://cloud.mail.ru/public/BE5X/snx1ULNTP

mardi 21 janvier 2020

Lovecraft Facts (6) : The Lighthouse

J'en avais un peu marre de me lover grave dans le crade autour de Lovecraft, alors je me suis dit "tiens et si j'allais au cinéma pour me changer les idées", mais comme je passe le plus clair de mon temps à me pâmer devant l’abîme du Temps généré par mon miroir, mon beau miroir 27 pouces à vortex (vortex \vɔʁ.tɛks\ masculin invariable. Tourbillon creux créé par un écoulement de fluide), finalement le cinéma a trouvé moyen de s'infiltrer chez moi comme un volute d'incendie austral passant sous la porte de mon bureau (que je cherchais vainement et à tâtons pour tenter une fois de plus d'en sortir) pendant que la maison brûle et que la veuve Chirac regarde ailleurs.

C'est un peu facile, de tout mettre
sur le dos des boucs émissaires 
J'attendais impatiemment la sortie illégale sous le manteau (dont Jésus Saint Paul Saint Martin donna jadis la moitié à un pauvre) du second film de Robert Eggers, ayant apprécié le climat franchement anxiogène et subtilement paranoïaque quoiqu'un peu malsain de son premier film "The Witch", très remarqué à l'époque par l'Amicale des Pétochards de Fauteuils, avec le soutien implicite de la Communauté du 1080p Tombé du Camion Juste Avant la Sortie en Salle, même si la résolution de l'intrigue du film m'avait paru décevante et en contradiction avec l'argument soutenu pendant tout le métrage qu'il était pas si long que mon article.
Un critique semi-professionnel s'en était ému, me privant du bon pain de mettre ses mots dans ma bouche puisqu'il les avait mis dans mes yeux :
Avouez que c'est quand même bien pratique de trouver grâce à internet des gens qui se creusent le ciboulot pour fournir des explications univoques à des films qui se complaisent dans l'équivoque et l'espièglerie de l'ambiguïté à choix multiple, pour peu que vous soyez hermétiques à l'implicite vous repartez les bras ballants et le bec dans l'eau.
L'important c'est de pouvoir réitérer ma protestation veloutée sur cette plate-forme à moi que j'ai, quitte à exiger des pouvoirs publics le tournage d'une fin alternative plus satisfaisante pour l'esprit humain et les lois de la sorcellerie en vigueur au XVIIeme siècle, et financée par le biais d'une campagne de crowfunding; protestation veloutée comme un yaourt aux fruits, brassée à ma mesure en jouissant comme un florent pagny âne florent pagny de ma liberté de penser et de me le dire, et de me le faire savoir à grands coups de millions de dollars claqués en bannières gif animées sur blogspot, et de la fredonner dans les commentaires des quelques milliers de blogueurs qui comme moi ont succombé à l'illusion égotiste de toute-puissance de décrire leurs impressions paradoxales du film, dans le fol espoir de devenir des influenceurs aussi constellés d'étoiles que des généraux sur Allociné, ou des leaders d'opinion aux centaines de suiveurs décérébrés sur Sens Critique, pour traumatique qu'ait été l'expérience du visionnage de The Witch, pas aussi éprouvante que le Possession de Zulawski, mais quand même, Eggers dès son premier film s’affirmait comme une valeur sûre du malaise cinématique, et c'est pas donné à tout le monde.
"Rejetée de leur communauté religieuse par un tribunal à cause de l'orgueil et l'intransigeance du père, une famille très pieuse et tourmentée par la vie coloniale sur une terre étrangère et hostile s'installe loin du village fortifié à la lisière de la forêt devant laquelle curieusement elle s'incline, avec interdiction aux enfants de s'éloigner. Les conditions de vie sont très rudimentaires, l'élevage et l'agriculture préférés à la chasse qui devient néanmoins une nécessité."
"Ma sorcière bien-aimée" versus "La petite prison dans la mairie", et bien plus que ça.

Tout concourait à faire de cette tragédie familiale un chaleureux calvaire, mais aussi un plaidoyer anti-obscurantiste, dans la mesure oùssqueu le Mal invoqué comme cause extérieure ne semblait exister que dans l'esprit de ces chrétiens fondamentalistes enfiévrés par le malheur qui s'abattait à coups redoublés sur leur humble chaumine (rudesse du climat, frugalité des récoltes, duplicité des animaux de basse-cour, puberté de la petite mettant son frère dans l'embarras scopique)
"Presque jusqu'à la fin, et c'est toute l'habilité du scénario, le spectateur est amené à penser que ce sont les personnages eux-mêmes, leur mode d'existence, leur isolement contraint, pour ne pas dire leurs dispositions mentales et les circonstances, qui les conduisent à ces extrémités."
C'est ce que je viens de dire, merci.
Sauf qu’à un moment donné, de manière inexplicable, l'intrigue se retourne, le film se parjure, les sorcières dansent, leurs ballets brossent, nos poils se hérissent, et Scorcese se met à tourner pour Netflix.  
Dommage. 
Mais ça avait un petit goût de revenez-y. 
C'était prétentieux, tordu, mais stylé.
D'où mon attente, sans doute disproportionnée, parce que je ne suis l'évolution du marché des films de chtrouille que de loin, qu'il est réputé chiche en Auteurs, et que Eggers avait l'air d'en être un, né d'une éclosion spontanée simultanée à celle d'un autre Fils à Pénible : Ari Aster (Hérédité, Midsommar).
Après avoir suscité de grandes espérances par leurs frayeurs digestes, tous deux sont parvenus à produire, réaliser et sortir un second film en 2019, faisant frissonner d’aise les bourrelets de graisse bio surbronzée des nombreux bobos friqués et autres branleurs californiens privilégiés qui se pressent chaque année à la grand-messe du film indépendant de Sundance dans l’espoir d’y trouver un remède à leur mélancolie de gosses de riches. 
Mystérieusement, ou alors c'est une Fatalité de niveau n+1 et c’est quand même pas de bol, The Lighthouse tombe dans le domaine public l'escarcelle des voleurs de coulures simultanément à sa sortie en salle, tout comme sa grande soeur possédée The Witch s'était retrouvée offerte et pantelante sur les plateformes où le Yog Sothoth du bittorent en freeleech rêgne en Maitre en 2015.

Prochainement en vente dans cette salle ?
Par égard pour ceux qui ne l'ont pas vu et désirent persister dans l'intention de ne pas en entendre parler, je ne voudrais pas déflorer le film, ni même débiter un boniment semblable à celui que mes estimés confrères, professionnels de l'invective cinéma ou proféreurs semi-pro d'anathèmes on-line, n'ont pas manqué d'asséner sur leurs organes de presse, tous ces blogs de cinéphagie si affriolants avec leurs dessous parfumés et leurs bonnes intentions d’apporter la lumière sur tel ou tel chef d’oeuvre méconnu du 7eme art, qu'on en parcourt une bonne dizaine pour se faire une idée cohérente de l'éventail du choix des possibles, et puis on finit par retourner au lit bouquiner du Lovecraft, parce qu'on s'est saoulé grave en laissant tourner l'heure de la dernière séance. Et puis la dernière fois que je me suis risqué à la critique cinéma, j'ai trouvé que c'était un genre littéraire difficile et exigeant. Qu'il valait mieux louvoyer pour contourner l'obstacle du divulgâchage, quitte à bifurquer vers l'expérimental, pour ne pas lasser le cyber-promeneur qui, dès qu'il tombe sur des expressions comme "chaque cadrage est tiré au cordeau" ou " force est de constater la rigueur implacable de l'intrigue", a tôt fait de débusquer derrière la sentence frappée au coin du bon sens le critique en herbe, l'exégète verbeux, celui qui comble son manque à être par l'écriture suppurante et plaintive, l'apprenti moraliste, voire le scabreux scatophage qui se complait dans une pénombre qu'il croit lovecraftienne alors que c'est juste les dieux jaloux d'ErDF qui lui ont coupé le jus pour défaut de paiement.

"La pipe qui s'éteint, la marée le lendemain" (vieux proverbe breton)

Pour dire quelques mots du film sans m'éventrer non plus sur les écueils des mystères qu'il recèle en ses flancs ventrus, je vais les évoquer de façon détournée, tout comme le film ne se gène pas pour aborder certains sujets en nous faisant croire qu'il nous parle de tout à fait autre chose.
L’histoire à laquelle nous sommes priés de croire est donc celle-ci : Deux hommes sont envoyés comme gardiens de phare sur une ile désertique et brumeuse. La durée du séjour a été convenue à l’avance : 4 semaines. L’époque est indistincte, et l’on doit se référer aux déclarations d'intentions et diverses notules pseudo-documentaires mais en fait commerciales (Electronic Press Kit) pour savoir quand et où ça se passe, alors qu'un carton "Au large de la Nouvelle Angleterre, 1895", par exemple, ça n'aurait pas coûté grand chose au producteur et ça aurait utilement renseigné le spectateur qui n'a rien voulu savoir du film avant de le voir, condition de virginité virtuelle requise quand je vais au cinéma ou quand il vient à moi en rampant sous la porte comme ce soir.
L'absence de datation historique est sans doute volontaire, le récit se veut intemporel et sans âge.
Dès le début, on se doute qu'il ne s'agit pas de petites vacances entre amis genre Brokeback Mountain dans votre villa les pieds dans l’eau, mais d'une âpre expérience de survie en milieu hostile, car le confort est rudimentaire (il n’y a pas de wifi) et les deux hommes ont très vite un rapport dominant/dominé, entre le vieux loup de mer qui a tout vu, tout lu mais pas encore tout bu (Willem Dafoe, rocailleux) et son taciturne apprenti (Robert Pattinson, blanc-bec pataud qui ne demande qu'à apprendre, tout en ayant son petit caractère) qui se retrouve commis d'office aux taches subalternes, alimenter la chaudière du phare en charbon, nettoyer la chambrée, préparer les repas... c'est l'occasion d'un douloureux travail de dégonflement de l'égo, et un questionnement de tous les instants sur la légitimité de son plan de carrière qu'il pensait tracé d'avance dans la hiérarchie des fonctionnaires assermentés de la compagnie des Phares et Balises.

Le monde se divise en deux catégories. Capisce ?
Pour l'aspirant Lighthouse Keeper, le stage de fin d'études se transforme rapidement en colonie pénitentiaire au phare Ouest. Les corvées s'accumulent, son maitre de stage est de plus en plus renfrogné de chez renfrogné et il s'est octroyé toutes les gardes de nuit là-haut dans le phare, et au cours des soirées qu'ils passent entre garçons qu'il faut bien animer avec les moyens du bord bien qu'on soit à terre, se déploie une conception un peu homophobique de la masculinité fin de siècle (le 19eme, parait-il) à grands coups de chants de marins, d'anecdotes pas piquées des hannetons et de grandes lampées de tafia englouties cul sec. Le petit Robert va dégringoler de mauvaise surprise en déception intime, et une suite de petites escarmouches verbales engendrera un inconfort relationnel croissant entre les deux hommes, on voit le moment où pour se venger nos compères vont dégrader la note de leur gîte rural sur Airbnb, mais y’a toujours pas le wifi. 
On ne peut qu'assister impuissants et de plus en plus hallucinés à la dégradation de l'humeur de Robert, parallèle à celle de la météo; pour une raison qui restera obscure, nous avons accès aux représentations internes de Robert, mais pas à celles de Thomas (c'est vrai que je ne vous avais pas dit avant que le vieux s'appelait Thomas, mais les identités de nos deux larrons seront de plus en plus fluctuantes et vacillantes au fur et à mesure qu'on s'avance dans le film vers un dénouement qu'on espère éclairant mais qui ne le sera que pour les thuriféraires de la pensée symboliste, car Eggers, comme Lovecraft, conchie l'époque actuelle et sa médiocrité crasse, et semble se réfugier dans une vision passéiste du cinéma pas réactualisée depuis Murnau, bien que son film soit parlant à ce sujet)
Vous visionnez de vieux films, les vôtres se situent au XIXe siècle. Êtes-vous seulement intéressé par le passé ?
Il est vrai que j’aime Dickens, Dostoïevski, Tolstoï, les sœurs Brontë, Mary Shelley, Virginia Woolf, D.H. Lawrence… Je sais que je devrais passer plus de temps à m’intéresser aux œuvres d’aujourd’hui, mais je reviens toujours à celles-là. D’ailleurs ma femme est consternée que je lise si peu de livres écrits après la Seconde Guerre mondiale ! (interview d'Eggers dans Télédrama)
Les faits sont les suivants :
- tandis que le jeune vieillard auto-intronisé Gardien de la Lumière se paye de belles tranches d'on ne sait pas trop quoi toutes les nuits en haut du phare, l’apprenti en est réduit à des rituels magico-religieux assez minables, faut bien dire ce qui est, avec une pauvre idole de bois trouvée dans la bourre de son matelas, n'évoquant que de très loin la féminité ondine ou terrestre.

Les vieilles morues sont en alerte.
- une sirène vient d'ailleurs s'échouer sur les cailloux, promesse d'amour de vacances de travaux forcés avec ses lèvres aguicheuses, mais l'idylle tourne court. Ce n'était sans doute qu'Arielle Dombasle venant vanter les mérites d’un océan sans plastique. (ne cliquez pas sur le lien, ça fait trop peur)
- les locataires précédents du phare, qui avaient pourtant promis avoir pris soin de vidanger la cuve étanche qui collecte leurs déjections en l'absence de tout-à-l'égout, ont sans doute menti, car la voici déjà pleine; et quand on va mettre de la chaux vive dessus, on se fait attaquer par des mouettes acariâtres qui en sont restées aux Oiseaux d'Hitchcock.
- la météo qui devait être radieuse suite à la présence d’un anticyclone au-dessus d'Arkham fraîchit méchamment, il devient temps de sortir les cirés mais par malchance ils ont un peu moisi dans le placard de la buanderie.
Je ne vous en dis pas plus, sinon on va spoiler en s'poilant.

S'ils avaient eu un peu de wifi,
bien des drames auraient été évités
Ces petites contrariétés s’accumulent et viennent gripper un quotidien déjà pas facile à vivre pour nos hommes qui se chamaillent pour des vétilles, s'accusant mutuellement d'incompétence, de mythomanie maritime et qui s'invectivent maintenant dans une atmosphère de huis clos théâtral ranci de rancoeurs recuites et franchement délétère, parce que le vieux émet force pets sonores et odorants, à tel point qu'à chaque fois que y'en a un qui allume sa clope on s'étonne que tout le phare n'explose pas.
Tout ceci étant exposé au sein d'un cadre carré (1.19:1) d'une éprouvante exiguïté, dans un noir et blanc gris charbonneux à peine adouci par un grain synthétique rajouté au papier de verre numérique. On y suffoque comme dans des chaussures trop petites. Sur le plan du stylisme, c’est somptueux, et bourré de références cinéma, théâtre, littérature, Kubrick, Beckett, Richard Corben (pour la taille disproportionnée du vagin de la sirène, qu'on aperçoit pendant une seconde 3 images, je le sais parce que j'ai déjà revendu toutes mes captures d'écran à la criée en ligne de la Turballe)
Ca, y'a pas à se plaindre du côté des alibis culturels, ils sont en béton, et le cinéphile, le vrai, celui qui déteste la vie et s'en protège dans les salles obscures ou devant le vide sidéral de son homecinéma qui lui masque la vacuité de son inexistence, est vraiment à la fête.

C’est aussi un film qui se croit malin et demi; à partir du moment où les faits et les récits qui les encadrent commencent à diverger de façon irréconciliable, on se dit que soit nos amis yoyotent, soit la Réalité se délite. Quand on prétend vous apporter la preuve absolue que vous êtes un gros demeuré alors que votre monologue intérieur validait jusqu’alors une toute autre théorie, bonjour la dissonance cognitive, et c'est alors la porte ouverte aux décompensations psychiatriques. En multipliant les pistes, Eggers n’en valide aucune, nous laissant face à une tache de Rorschach filmique, qui devient le reflet de nos propres névroses.
Quand le film s'achève, on ne sait pas trop ce qu'on a vu. J'ai lu autant de théories distinctes que j'ai parcouru d'articles de blog. Pour ma part, je crois que l’âpreté des conditions de vie des petites gens avant l’avènement du wifi me semble le vrai thème du film, en tout cas le seul qui soit traité un peu sérieusement : les autres sont vraiment esquissés d'une main de fumiste.
Mais chaque plan est tiré au cordeau, et l'intrigue suit son cours implacable.
Peut-être que ces deux-là n'ont été envoyés sur cette ile mystérieuse que pour distraire les songes de celui qui, dans sa demeure de R'lyeh la morte, rêve et attend. Si vous voyez qui je veux dire sans prononcer son nom, ça m'arrange. J'ai déjà bien assez de problèmes comme ça avec les entités.

Robert prépare déjà son prochain film :
l'adaptation du Necronomicon
Au final, on peut se permettre de croire avoir vu :
- un documentaire sur les troubles de la dissociation de personnalité, sous couvert d'un face-à-face mortifère entre deux gardiens de phare (Fight Club, explicitement cité dans au moins une scène de bagarre en état d'ivresse)
- une pochade sur les marins d'eau douce, mythomanes par nécessité : ceux qui restent à terre,  les "rampants" qui se racontent des histoires, puis y croient jusqu'à la déraison pour oublier leur haine d'eux-mêmes. Car plus une personne se trouve nulle, plus en général est aura développé de l'orgueil par-dessus pour arriver à survivre.
- une farce sinistre sur la rouerie du patronat. Mais je venais de voir Robert Pattinson dans une vraie farce sinistre, dont les enjeux ne se révèlent que dans les derniers plans et font qu'on peut sortir en ricanant de la séance, comme si on avait été mordu par un gilet jaune, le cas de The Lighthouse est plus tangent.
- une allégorie de l’aliénation au travail. Haha. Elle est bien bonne.
- une expérience sensorielle inédite où l'on doute souvent de ce que l'on voit, entend, ressent.
- Déposez vos autres suggestions ici.



Quelques pistes pour finir de noyer la sirène :

http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18686495.html

https://www.vox.com/culture/2019/10/15/20914097/robert-eggers-lighthouse-interview-witch

https://explicationdefilm.com/2020/01/03/the-lighthouse/

https://collider.com/the-lighthouse-ending-explained/?amp

https://blogs.mediapart.fr/iconoclash/blog/030120/lighthouse

samedi 18 janvier 2020

Alessandro Cortini - Volume Massimo (2019)

Vous n'êtes pas responsable de la tête que vous avez, mais de la gueule que vous faites. C'est ce qu'on lit parfois sur la porte du bureau de l'urbanisme où l'on vient humblement demander l'autorisation municipale de construire une cabane à poules au fond du jardin. Une fois la porte poussée, on découvre qu'ils font une tête pire que la  notre.
Avec ses grosses lunettes, Allessandro Cortini ressemble à un ingénieur des Ponts et Chaussées italien un peu suspect dans un giallo [ˈd͡ʒallo] de Dario Argento, mais qui mourra avant la fin, prouvant ainsi sa lâche sincérité de victime. 
Et un peu aussi à Winslow Leach, l’auteur-compositeur qui commence aussi mal qu'il finit dans Phantom of The Paradise.
Voilà pour les clichés.
Sans voir sa tête pour le moment.
Faut me croire sur parole.
Il n’y a pas de sot métier, mais Allessandro est claviériste dans Nine Inch Nails. 
Avouez que ça la fout mal.
Ongles de neuf pouces, ça fait longtemps que j'ai cessé d'être à l'écoute de leur petite entreprise d'épouvante sonique, bien avant qu'ils viennent cachetonner dans le bar minable des génériques de fin de la saison 3 de Twin Peaks. Je ne savais même pas qu'ils avaient un clavier.
Dans le disque d'Allessandro, dont j'ignorais tout avant de le connaitre, ça ne s’entend pas. 
Et on ne voit toujours pas sa tête. 
Ce qu’on voit sur la pochette, c’est deux hommes aux visages masqués par des ornements de cou qui sont à mi-chemin de l’abat-jour Ikea et du cache qu’on met à nos petits amis à poils, à plumes, à cornes et à dards pour les empêcher de se lécher le cul et/ou de s’arracher les fils avec les dents après l’opération. On suppose que le côté lampadaire/mégaphone sert à focaliser la lumière/le son qu’on diffuse sur une zone plus précise, et que le côté blague du vétérinaire permet d’entretenir la démangeaison sans infecter la plaie.
Musicalement, c'est un peu ça : le disque oscille malicieusement entre démangeaison et incandescence.
Incandescence parce que le son des synthés est chaud et analogique, comme dans ces vieux amplis guitare à lampe dont on attendait que le filament soit chaud pour entendre les plonks et replonks qu'on y jouait, monstrueusement amplifiés.
Son chaud et avec du sustain pour une musique froide et sans ornements, ou si peu.
Démangeaison parce que c'est musicalement frugal, on aimerait qu'il y ait plus à ronger autour de l'os, mais non, la fête s'est finie dans les années 70, on est entrés dans un monde post-rock, post-fun, post-tout et sans doute bientôt post-post, et comment ferai-je alors pour poster, et encore, selon les effondrologues les plus en vogue, on n'a encore rien vu.
De l'ambient énervée, agacée ? Quelque chose d'obstiné, en tout cas, retenu mais en tension, sourdement. Pour les catégorisations de spécialistes de la valse des étiquettes, je vous laisse voir avec mes collègues. Ils sont Légion. On murmure les noms de Boards of Canada, de synthwave, de neurasthénie atonale, à moins que j'invente à mesure. Et puis après, je vous laisse passer en caisse. Ca fait trois mois que je l'écoute, mais je viens juste de trouver la vidéo du morceau qui me séduit plus que les autres, et les mots pour le dire.



C'est musicalement retors, vous en conviendrez, mais au niveau vidéo, c'est un peu une image fixe. Comme l'avait osée Piotr Tenmin dans son célèbre film "L'Appel de la nature" tel qu'il est montré dans l'article de la désencyclopédie sur la narration non linéaire pour les nuls. C'est pour ne pas faire fumer les serveurs dans les souterrains climatisés de San Francisco et risquer de refoutre le feu à la Californie que Greta Thunberg a récemment appelé à ne mettre en ligne que des vidéos immobiles, à destination des inconscients qui écoutent de la musique sur youtube.
L'image fixe, c'est le vrai label qualité "développement soutenable" de la vidéo en ligne.
Si on veut s'encanailler un peu et faire la nique à Greta, on peut regarder en douce une vidéo un peu plus arty avec nos deux danseurs lampadaires contemporains qui bougent.



Avec leurs pas chassés et leurs petits quiproquos d'intermittents du spectacle qui projettent leur propre angoisse du lendemain parce qu'ils n'ont pas fait leurs 507 heures, ils font songer aux deux gardiens de phare du film "The Lighthouse" qui retiendraient leur propre lumière, mais l'article a du mal à s'écrire tout seul, alors il faudra revenir plus tard. 
Bon mais alors c'est où qu'on voit sa tête, à Allessandro, qu'on puisse dire du mal ?
Ben c'est là.



Et le disque il est où ?
Ben il est là.
http://exystence.net/blog/2019/09/27/alessandro-cortini-volume-massimo-2019/


lundi 13 janvier 2020

Lovecraft Facts (5)

Et voici donc pas plus tard que tout de suite la célèbre recette du poulpe à la sétoise façon Lovecraft, pot aux roses autour duquel je tourne depuis une bonne quinzaine.
Tiens, non, ce n'est pas un extrait des Plus slurpeuses recettes de l'immonde, ce n'est qu'une des milliers de photos à la con qu'on trouve sur Internet,  photo à l'esthétique affirmée mais ambigüe, puisqu'elle joue sur plusieurs registres, dont celui d'un érotisme chic et malsain, photo à laquelle on peut faire dire ce qu'on veut, sauf ce qu'elle pense. 
Vous allez me dire, elle ne pense peut-être pas à grand chose, si ventre affamé n'a pas d'oreille, ventre plein encore moins, mais justement, on regarde peut-être la photo dans le mauvais sens. 
Peut-être que c'est la dame qui a voulu manger la bête après avoir regardé une émission culinaire un peu bourrative de David Cronenberg dans sa première période, et dont la position des mains sur sa poitrine indique à la fois la satiété, une volupté indicible, et peut-être un désir tardif de préserver ce qu'il lui reste de vertu en masquant sa nudité. Et elle a peut-être eu les yeux - qu'on devine gourmands et malicieux - plus grands que le ventre, parce qu'on dirait bien qu'elle cale un peu. Mais peut-être qu'il s'agit d'autre chose, et que c'est la bestiole qui a essayé de s'introduire dans la dame parce qu'elle a un mode de reproduction ovovivipare comme dans Alien, et qui se trouve obligée d'élargir certains orifices pour forcer son passage dans d'étroits boyaux avant d'aller y pondre quelque larve d'outre-espace.
En tout cas quelque chose d'innommable nous est suggéré, et réclame notre connivence, notre adhésion, ou provoque notre dégoût, notre indignation. Il y a 10 ans j'avais légendé la même photo "Alerté trop tard, le Comité de préservation de la faune sous-marine n'a pu intervenir" et si vous me laissez 10 ans de plus, j'en trouverai une encore plus rigolote, mais après on va encore dire que c'est le Warsen qui se mord la queue.
Qu'on ait lu Lovecraft ou pas, qu'on ait joué à des jeux vidéo plus ou moins bien inspirés de son univers quand on était petit, c'est un peu comme s'il jouissait d'une autorité spirituelle et d'un copyright de principe sur tous les trucs à base de tentacules. Littérairement, on se rappelle que c'est le champion très daté du préfixe privatif, même si c'était une super-bonne idée que les mots déclarent forfait pour décrire la source d'effroi, décrire c'est tuer la peur de l'inconnu.
Par exemple, cette nuit je rêve que je trouve devant mon garage une femme "déguisée" en agent de police, faisant semblant de monter la garde ; tout de suite ma conscience onirique me signale qu'il est impossible qu'elle soit un vrai flic, qu'elle n'a donc aucune légitimité à être en planque devant chez moi, en même temps que sur le plan vibratoire je ressens une horreur atroce, je la perçois comme un démon et un cauchemar énergétique digne du pire David Lynch, elle va me dévorer donc je lui saute dessus avant qu'elle m'explose à la figure, et je suis bien sûr réveillé par les cris de ma femme, qui est en train d'être molestée sans raison valable.   
Je me confonds en excuses.
Je n'ai pas tous les jours la chance d'être confronté au sentiment d'horreur cosmique.
Je reconnais qu'il est indicible.

En plus, c'est pas pour prétendre que ce début de peignée somnanbulique ait servi à quelque chose, mais quand même c'est troublant ces trous noirs : ce matin elle a retrouvé les clés de la boite aux lettres et son second jeu de clés de voiture, qu'elle nous accusait effrontément d'avoir égarés depuis deux semaines.
Qu'en conclure ? que comme rejeton illégitime de l'horreur cosmique, les photos de Richard Kadrey comme celle que nous avons vue au début de cet exposé, sont plus probantes que beaucoup d'autres hybridations. 
Avec des mitraillettes à chargeur camembert, je trouve que ça le fait moyen.
Il faut dire que Brubaker et Philips sont des stakhanovistes du climat "black et mortifère".
On les comprend : pour se consoler des horreurs du monde, et parfois du gâchis de sa propre vie, le tord-boyaux à base de criminels et d'existences foutues est ce qui se fait de plus efficace.

vendredi 10 janvier 2020

James Jean, la fureur de peindre

En cherchant une image un peu fofolle pour faire une carte de voeux décalée qui ferait suffoquer ma mère si elle avait Internet dans son urne funéraire, feuilletant d'un index squameux un vieux Heavy metal tout moisi bien qu'il soit numérique, je retombe sur les lapinous de James Jean, lapinous qui m'émeuvent au-delà du dicible en cette période de diète post-réveillon où j'applique un régime visuel hyper-strict à base de méduses et de poulpes à la provençale façon Lovecraft.


Certes, mon rédactionnel n'est pas à la hauteur de son illustration, et n'y sera jamais, même avec un petit escabeau, soyons lucide un instant, avant de reprendre notre radotant babil sur Matzneff et Lovecraft : le réseau secret (préface de Neal Stephenson et Thierry Ardisson)
Mais ça fait quand même du bien de voir un peu de Beauté ici-bas.

J'ai mis ma coquille anti-Matzneff

Mon chien a chopé la myxomatose, et moi j'ai attrapé une Illustratore.
Nous vl'a beaux pour vous souhaiter la bonne année.
Mais on va appeler le vétérinaire.

L'Amoco Cadix a des yeux de velours

Détartrage gratuit

- Si je trouve la sortie de ce champ de pavots, promis, j'arrête l'exta.
- Pourquoi, y t'en reste ?

Silence ça coupe

Non, je n'ai pas vu Sancho passer.

Zut, j'ai glissé dans mes Barrilla au parmesan

Voilà c'que j'en fais, moi, des pédophiles.

Finalement, il me restait assez de Barrilla pour adopter un pauvre

Voilà, tout ça c'est parmi ses travaux les plus récents.
Sur son site.
Ca me fait beaucoup penser à Mucha, mais ça vient sans doute de la palette chromatique sélective.
Et aussi du fait que j'essaye de faire croire que j'ai de la culture.
Ah tiens non je viens de regarder son wiki : "James Jean s'inspire grandement des acteurs de l'Art Nouveau puisqu'on y retrouve des influences de MuchaPaul Ranson ou William Morris. À noter également la prégnance importante d'Hokusai dans son œuvre." Rôôhh ils ont pompé sur moi avant que j'aie fini d'écrire cet article, ils sont vraiment forts chez wikipedia.

C'est pas du tout ce que vous croyez, en fait j'attends mon train depuis avant la grève d'avant la guerre

Moi aussi, même si j'ai l'air encore plus tartignolle que ma belle-soeur

Moi je me taperais bien une petite bibine
La contemplation de la Beauté ne serait-elle pas le Véritable Escabeau nous permettant de nous élever au-dessus de notre condition de pêcheurs, à condition de ne pas se prendre les pieds dedans, ni d'essayer de monter la marche de trop, et encore moins de proposer à la Beauté de boire un dernier verre en la raccompagnant chez elle après l'avoir décrochée du mur ? à ce moment-là il sera bien tard pour s'apercevoir que ce n'était pas une super-bonne idée.
Evidemment ce billet est un hommage au blog de Li-An qui reste l'Encyclopedia Galactica de l'illustrateur Inconnu.
Avant de vous quitter, je vous rappelle le dicton du jour : « Happiness only real when shared » - Christopher McCandless comme je le lis au frontispice d'un blog littéraire hyper-secret, avant de me renseigner à l'accueil et de comprendre que c'est ce qu'écrit le pauvre garçon de Into the Wild peu avant de mourir.
Ooh mais alors c'est parfaitement raccord avec la tonalité douce-amère de mon blog, qui ressemble de plus en plus à un vieux numéro de Métal Hurlant, qui fond dans la bouche, pas dans la main !