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lundi 5 octobre 2026

Arrière-Salles & Espaces Luminaires (2)

Backrooms, c'est pas un film, c'est un test de Rorschach. Et une allégorie de cette nouvelle Terra Incognita que sont les Espaces (Luminaires, mais très peu éclairés), engendrés par le putain de monstre de Frankenstein qu'est l'I.A. générative. Backrooms est pour moi le premier long métrage de l'ère de l'I.A, comme Toy Story était le premier film en images de synthèse. 
Il y a d'ailleurs des moments où les deux films se rejoignent, dans leurs ambiances funéraires et la question qu'ils portent : "Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?" (spoil : oui.)
Le scénario de Backrooms aurait pu être écrit par une I.A. tellement il est farci de stéréotypes. C'est l'ambiance générale qui sauve l'oeuvre du grotesque. Et le rendu image parvient à évoquer les bugs de l'I.A, bien que les décors existent vraiment, et qu'ils aient été construits dans un studio d'environ 3000 m2. Toutes ces salles vides forment un réservoir inépuisable de métaphores : on peut les remplir en esprit de tout ce qui nous manque pour faire corps, en tant que société humaine. Si on met tous les lycéens en colère à l'entresol, et qu'on installe une petite mezzanine, on peut aussi y accueillir plein de migrants. Et y faire disparaitre tout l'état-major antisémite du RN au 3eme Sous-Sol. Sans qu'ils se croisent jamais.

la BD Nameless, de Grant Morrison,
rend aussi malade que Backrooms.
Ou que la primaire à gauche.
Ou que les effets du réchauffement
sur Gaza, en Ukraine.
Si, si, c'est vaste à ce point. Et au-delà. Regardez le film si vous me croivez pas. Seul Chuck Norris a exploré l'intégralité des niveaux du complexe immobilier de la SCPI maudite. Deux fois. 
Backrooms, sur lequel nous nous sommes longuement épanchés tantôt, sans pour autant vider l'abcès, car l'infection est profonde et le lac de pus se remet à niveau toutes les nuits quand j'ai la faiblesse de dormir d'un mauvais sommeil, est un film d'une malignité déroutante, parce que l'auteur n'a que 21 ans, et que le métrage est à la fois retors et naïf, il exalte la morbidité des centres commerciaux déserts et de l'ultra-moderne solitude, en esquissant un pas un peu timoré vers la lutte contre l'artificialisation des sols. De mémoire, les plans où l'enfant met les mains dans le béton frais, à 7'11" du début du métrage, mains dont on retrouvera les moulages dans la plaque de ciment brisé juste avant le générique de fin, vers 1h42', quand la psychologue de bazar sera elle aussi brisée, et pour tout dire à tout jamais perdue dans les ruines de son esprit, comme Sam Lowry à la fin de Brazil.

Au fond du fond, au niveau moins 173 des espaces luminaires, le film suggère juste qu'on est seuls, d'une solitude accablante et sans remède, et qu'on va tous crever de ça, après avoir erré interminablement, surtout vers la fin, dans nos vieux pyjamas en peau. 
Mais qu'avant, des copies défectueuses de nos personnes seront réalisées en loucedé lors de nos arrêts contraints aux Toilettes excentrées du Leclerc Meubles de Basse-Goulaine, et qu'elles vivront une demi-vie abjecte, spectrale et autistique, prostrées dans les Espaces Luminaires qui n'ont d'autre existence que celle que nous lui prêtons, même si Lionel Naccache a révolutionné notre compréhension de la conscience et de la subjectivité en soulignant les liens profonds qui existent entre notre flux de conscience et la fiction.
https://www.odilejacob.fr/catalogue/art-et-litterature/fiction/habeas-corpus_9782415015992.php

Même le Pape, récemment en visite en France pour nous tirer les oreilles à propos de notre utilisation irresponsable de l'I.A. alors que seul le dieu des Chrétiens est le dépositaire légitime d'une intelligence supérieure via le truchement copyrighté du Saint Père, Léon dit le XIV, s’adresse à une jeunesse en quête de sens et met en garde contre le « vide intérieur » généré par Backrooms et ses prévisibles suites, maintenant qu'il a rempli les salles et vidé les bourses.

https://www.lemonde.fr/societe/live/2026/09/26/en-direct-visite-du-pape-a-paris-aucun-de-nous-n-est-un-numero-sur-une-carte-d-identite-ni-un-matricule-mais-une-personne-unique-affirme-leon-xiv-lors-d-une-messe-a-la-concorde_6782008_3224.html

ça faisait longtemps qu'on n'avait pas reçu
Xavier Gorce dans notre immodeste échoppe.
Le Pape, s'il avait des couilles, il excommunierait dans la foulée tout le cinéma d’horreur, ce frisson bourgeois qu’on ressent dans le confort de nos ventres repus d’intellectuels de canapés, auto-addicts à leur volupté devant ces mélodies du malheur, avec ou sans causes surnaturelles. Mais il fait gaffe, parce que pour la droite catho qui lit le Figaro, le nihilisme luminaire des films d'horreur, c'est peut-être de la pornographie spirituelle, qu'ils préfèrent, et on les comprend, à la pornographie normale, sale et triviale, qui dégrade l'estime de soi et donne mauvaise haleine et des boutons plein la gueule, et il ne voudrait pas se couper de la base de son électorat, déjà réduit pour des raisons historiques que je ne pourrai pas développer ici, bien qu'on observe un retour du besoin du sacré, à l'approche de l'effondrement civililsationnel, qui cette semaine sera jumelé pour des raisons de coût de production avec la sixième extinction de masse. 

Pendant ce temps, en Sierra Leone, les habitants des bidonvilles piégés par la montée de l’océan n’ont plus tellement d’appétence à aller se faire peur au cinéma devant un bon film de chtrouille. Rien d'aussi revigorant, pour un amateur de cringe lessivé par Backrooms, que de s'imaginer se réveiller dans la peau d'un Sierra Leonais  :

 Dans la pièce exiguë où il vit, Joseph Amara a les pieds dans l’eau. Toutes les heures, inlassablement, il écope à l’aide d’une bassine en plastique la pluie qui pénètre par le toit en tôle et inonde le taudis. Le 10 juillet, au cœur de la saison des moussons, la cadence devient parfois impossible à tenir, surtout lorsque l’océan Atlantique, juste en face, s’infiltre lui aussi. L’homme de 38 ans a encore subi une violente inondation il y a trois mois, en mai, durant laquelle il a perdu sa télévision et un réfrigérateur pourtant soigneusement surélevé sur une palette en bois. Ce jour-là, la mer est montée trop haut, jusqu’à 50 mètres derrière chez lui – la faute à une combinaison de fort coefficient de marée et de violentes averses. 

En ce mois de juillet, les pluies diluviennes qui descendent vers ces quartiers accrochés à la côte charrient avec elles des millions de déchets que recrache la ville chaque jour. « Les ordures bouchent les canaux d’évacuation des eaux usées, les canalisations débordent avant que l’eau n’atteigne la mer, et c’est tout le bidonville qui est inondé en quelques minutes », énumère Joseph Amara, pour raconter le piège dans lequel il se trouve enfermé depuis des années.
Dans le quartier informel voisin de Susan’s Bay, 10 000 personnes survivent dans des conditions similaires. Au pied d’une colline qui plonge droit dans l’océan, les habitations s’empilent les unes sur les autres, sur une pente raide, puis s’étalent sur des berges artificielles créées directement sur l’eau. Le paysage apocalyptique ressemble à une Venise de ferraille bâtie sur des tonnes de déchets.

Il est temps que ces gens découvrent les Backrooms,
pour pouvoir y ranger tout leur fourbi.

Pas de doute, on se sentirait aussi bien, c'est à dire aussi mal, en Sierra Leone que dans Backrooms, ou dans "I'm Thinking of Ending Things", ou dans "The Curse", mais là, c'est dans la Réalité Réelle Ratée, en 3D THX et en Odorama, nul besoin d'I.A. pour recalculer tout ça. Pour le prix d'un billet d'avion, on doit pouvoir s'engager dans une mission humanitaire sur place et récolter son quota d'émotions fortes et de restauration d'estime de soi, si on est un peu down dans sa life et qu'on regarde sa vie "comme un vieux magazine" (Capdevielle).


Prochainement sur vos écrans, un nouveau chef d'oeuvre du cinéma d'épouvante. 

Quant à moi, le temps de rédiger ces 2 articles en forme de crise de palu, j’ai glané plus de 10 nouveaux films d'horreurs eldritches (terme dont je suppute qu’on peut en attribuer la paternité au Palmer Eldritch du « Dieu venu du Centaure » de Phil K. Dick) et de chtrouille à découvrir… c’est ça ma malédiction à moi que j'ai !
...et maintenant je vais m'aider d'une I.A pour écrire un remake de Obsession, l'autre succès d'horreur de l'été, dans lequel Emmanuel Macron, souhaitant séduire la France, passe un pacte à 3 balles avec une entité maléfique croisée dans un magasin de farces et attrapes, le pays s'entiche follement de lui, (je vous la fais courte) et à la fin quand Macron meurt la France se réveille du maléfice, elle est ruinée, et à peu près dans l'état où qu'elle est maintenant.
Ah ben tiens finalement, j'ai pas eu besoin d'IA.

Annexes :

Le génie mortifère du capitalocène se décline en d'autres coloris :


le capitalisme de la solitude :

Mon article de légende sur les films de chtrouille. 

Pour une critique plus éclairante des arrière-salles, voir par ici la sobre chronique :

ou celle-ci :

jeudi 24 septembre 2026

Arrière-Salles & Espaces Luminaires (1)

« Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie »
Blaise Pascal, juste après avoir vu Backrooms

Cela fait un moment que je n'ai pas déposé ici quelques avis bien tranchés sur les productions audiovisuelles, films et séries ayant pour carburant l'angouasse, le malèze et son demi-frère difforme et malentendant le malêtre, leurs oncles et tantes l’épouvante et l’effroi, leur grand-mère l’horreur cosmique, ce genre de cinéma de genre scrofuleux que j'affectionne, en tout cas quand c'est original, et que ça dit quelque chose de l'état du monde et de l'humain qui l'habite, mais plus pour longtemps, rassurez-vous, nos ingénieurs et nos I.A. sont sur le coup. 

Jancovisqueux dans les Backrooms : 
au moins, on l'entend plus jacter.
Est-ce qu'on a vraiment besoin de films de chtrouille, cet été, après la canicule, la destruction en cours de divers pays lointains par d’autres qui ne le sont pas moins mais qui sont quand même assez proches dans le village global qu’est devenu ce monde rétrécissant comme peau de zob après une bonne prostatectomie, le Népal noyé sous une coulée de boue suite à un effondrement glaciaire dans l’Himalaya, un été agricole en enfer qui voit les récoltes dépérir sur pied dans les champs et la Coordination Rurale suggérer de manger les écolos first, et la faim subséquente qui vient, parce que sur un écolo, une fois que t’as fait un plateau de ribs au barbecue y reste pas grand-chose à bouffer dessus, en tout cas beaucoup moins que sur un vieux centriste adepte de la junk-food, les espèces animales domestiques et sauvages qui s’éteignent autour de nous, l'extrême droite aux portes du pouvoir, les politiques arborer un grand silence frisé sur tous ces problèmes, ah tiens un village de chez nous est anéanti par une tornade, je voudrais pas jouer les trouble-fête ni les Cassandre aux grands pieds, mais les Jancovisqueux et les Chevaliers à la Triste Figure du GIEC s'enhardissent à nous annoncer que ça va aller de pire en pire, en attendant l’arrivée d’El Nino sur nos côtes pour cet hiver ? hein, hein ?
Il faut aussi t'avouer, cher journal, qu’après m’être infligé la mini-série américaine Chernobyl, hyper réaliste, palpitante et terriblement angoissante sur la plus grande catastrophe nucléaire du temps présent avant la prochaine, je m’étais dit que la réalité dépassait l’affliction, et qu’au fond je n’avais nul besoin de me faire subir des horreurs boréales et des films éprouvants et aussi inconfortables que des coloscopies sans anesthésie pour contrecarrer ma tendance à l’anhédonisme, d’autant plus que malheureusement, tout ce que nous regardons nous envahit, même si l’on prend les précautions de ne pas s’y identifier avant de les voir, ou de s’en désolidariser après visionnage, bien qu’il soit alors un peu tard, comme le corbeau qui dit qu’on ne l’y prendra plus, ou l’Alien qui constate que c’est pas après avoir pondu dans Balladur qu’il faut serrer les fesses.

c'est dommage, 
ça partait bien de travers,
avant de tourner à la sitcom glauque.
Des tas de gens qui aiment le cinéma de bonne foi s’épargnent spontanément les calvaires filmiques, et restent au large des actualités télévisées, pour des raisons d’hygiène mentale dictées par le bon sens ; est-ce dans l’idée de rester jeune que j'ai récemment enchainé quelques déceptions perceptives dans l’audiovisuel d’épouvante ? Je suis resté sur ma faim, avec mon pantalon sur les genoux, que ce soit devant les séries récentes IT : bienvenue à Derry,  Something very bad is going to happen, qui partait pourtant pas mal, The beauty, qui partait beaucoup ouatezeuphoque, Paradise, post-apo de SF dont le pitch me semblait proche de La vérité avant-dernière de Philip K. Dick, série conseillée par un collègue qui ne l’avait finalement pas vu et dont je tairai le nom et l'adresse, épopées chronophages qui m’ont péniblé comme autant de moments migraineux dans la salle d’attente du dentiste, à me demander constamment si je ne pourrais pas trouver mieux à faire ailleurs, de préférence quelque chose de plus utile pour la grande famille humaine. Tous les feuilletons précités ne mènent nulle part, jamais.
Et les films Evanouis et Substitution-Bring her back ont peiné à ranimer mon enthousiasme, j'avais perdu la foi dans l'audiovisuel d'éprouvante, trop de trucs moches sans intelligence du pire, la littérature reprenait du lustre, parce que là, tu peux montrer, c’est-à-dire désigner par des mots, sans que ça se voie ( Brian Evenson, Thomas Ligotti, Mark Z. Danielewski font des descendants présentables de Poe et Lovecraft), passque si en matière d’effroi l’image qui montre la chose dévalue la chose, le mot qui la désigne, s’il est bien choisi, fait éclore la fleur malade et tremblogtante de la chose dans ton cerveau, et là c’est que du bonheur, en tout cas pour les malheureux qui se nourrissent de mauvaises vibrations sans prendre la peine de s'expliquer comment ils font pour les convertir en bonne nourriture.
https://jesuisunetombe.blogspot.com/2025/10/les-utopiales-2025-brian-evenson-contre.html

Ca c'est très bien, ça fait très peur,
mais c'est un livre.
Vous seriez pas mieux devant un livre 
que devant cet écran ?
ça me fait encore plus peur.
Et ton imaginaire prend alors le relais en montant dans ce train fantôme dont les wagons sont moulés dans la chair du langage. Ni l’image qui l'exhibe, ni le mot qui le désigne ne sont la chose qu’ils prétendent exprimer, l’image trahit la chose, et le mot la suggère, mais seule la chose est la chose, comme dirait Jean Charpentier; les mots et les images restent quand même des passerelles pour atteindre le sentiment, la sapience et le contact intime de la chose, chose sans laquelle la vie n’aurait pas cet irrésistible arrière-goût de vomi brûlé qui fait que que même dans les petites salles de quartier spécialisées dans les films Z piratés sur le site myduckisdead, dans les banlieues sinistrées, à Gaza, Tel-Aviv ou à Kiev, entre deux alertes au drone ou à la bombe, on en redemande.
Et puis j'ai regardé Widow's bay, thriller horrifico-comique, et ça m'a bien fait rire. La thématique n’est pas neuve (The Wicker man, 1973, The Third day, 2020) mais l’approche est malicieuse en diable, qui se cache dans les détails. Widow's bay, c’est un hybride inédit, jonglant entre humour, angoisse et attachement à des personnages d’anti-héros plombés par la vie. 
Certains réalisateurs s’épanouissent dans le tragique
mâtiné de gore, pour exprimer des faits de société
sur un mode métaphorique dans un tel écrin
d’hémoglobine que après, il faut relaver la cuisine.

exemple : « Substitution - Bring her back »,
raisonnablement insoutenable,
mais qui n'est jamais qu'un film
sur un deuil impossible,
regardé en faisant de la confiture avec
les framboises ramassées cette semaine, 
enfin plutôt celles de l'année dernière, 
parce que cette année, avec la canicule,
comment vous dire, les framboises,
bring them back !

Des fois on dirait Peter Sellers égaré dans un avatar d’« Un jour sans fin », remixé avec le « Fog » de Jean Charpentier, et plein d’autres trucs, franchement pour arriver à mélanger tout ça et en faire un spectacle attractif, chameau, heu, chapeau. Les chameaux c’est dans Laurence d’Arabite, j’me mélange, avec toutes ces horreurs que je mate la nuit en taquinant mon vieux chat cardiaque avec un taser pendant que ma femme dort à l’étage. Widow's bay, je trouve ça par moments jubilatoire comme je n’ai pas jubilé depuis longtemps tout seul dans le noir devant un écran, ou alors, même au temps de ma prostate. Comme ce que je raconte est incompréhensible, et beaucoup trop long, surtout vers la fin, le mieux c'est de regarder le 1er épisode et de voir si ça vous convient. Franchement, le bazar de l’épouvante, c'est intimidant si on n'a pas été initié petit, parce qu’on y vient rarement tout seul, mais les gags parsemés dans Widow's bay évoquent les mémoires de Didier T. racontant les moments paroxystiques de « High Anxiety » de Mel Brooks, en 1974, dans la cour du collège Charles Le Goffic, alors qu’il ne sortirait sur les écrans qu’en 1977, quand on serait au lycée Félix le Dantec, alors vraiment, la mémoire se fout de nous, et on devrait pas dire la mémoire, mais la "mais moi", parce que si on la laisse faire elle prend tout le lit et prétend penser à notre place, alors qu'elle n'est que l'écho de pensées passées. Bref, pour Widow's bay, il faut se laisser tenter et me faire un petit peu confiance, vous ai-je jamais déçus ?
Ok, mais j’avais bu.

Et Obsession, qui a cartonné cet été, un film de d'jeun'z sur les relations toxiques et l’hubris masculin, ça finit très très mal, et ça met en garde contre la volonté déchainée, c’est assez sympa. Attendons de voir ce que l’auteur nous fait derrière, rappelons-nous qu’Ari Aster, Robert Eggers et David Robert Mitchell étaient eux aussi en leur temps des jeunes gens prometteurs, avant qu'ils se fracassent la margoulette dans l’escalier de la cave qui menait à leur second film.

S’il vous reste un peu de bande passante pour une œuvre plus exigeante, cette année on a eu la saison 1 de Pluribus. C’est de l’horreur cosmique maquillée en crispation identitaire devant une proposition SF pandémique post-apo d’amour inconditionnel. J'invente rien, mais enluminé comme ça je ne spoile pas trop. Le mieux c'est toujours d'en savoir le moins possible avant d'assister à un spectacle audiovisuel, la difficulté étant de les sélectionner au jugé. Presque à l'aveugle. C'est pour cela qu'il faut bénir les critiques, quand elles sont stylées sans déflorer le sujet. Exemple : "Ce qui aurait pu être émouvant (une relation soudain désincarnée, puis incarnée à travers un intermédiaire) n'est qu'effleuré. Ce qui aurait pu être spectaculaire est évacué au profit de plans en hélico sur des jeep traversant le désert à toute allure. Ce qui aurait pu être raté l'est par contre au-delà de toute rédemption." J'entre en empathie avec ce commentaire, donc je m'épargne ce film, c'est autant de temps de gagné pour écrire sur mon blog avant le retour de l'infirmière. N'empêche même que avant, il y avait l’infiniment petit, l’infiniment grand, mais Pluribus inaugure une nouvelle catégorie : l’infiniment énorme. 


autre exemple de critique qui ne spoile pas : la critique du spectateur.
un commentateur d'allociné a rédigé deux critiques cinéma, 
présentées ici dans l'ordre inverse de leur parution : 
un drame sentimental de forte intensité s'y devine, 
remonté à la Memento de Christopher "fuck la synchro" Nolife.

Après ce parcours santé pour combattre la joie de vivre, le cancer du blockbuster mainstream et du feelgood movie, j'étais tout ragaillardi, que ma joie 2 meure, j'ai lu des critiques assez négatives sur Backrooms, mais plusieurs amis imaginaires m’ont signalé le métrage comme assez réussi, alors comme il venait de tomber dans le domaine public du téléchargement illégal et psychopathologique, j’ai téléchargé Backrooms…

J’ignorais tout des espaces liminaires, https://fr.wikipedia.org/wiki/Espace_liminaire (liminaux, voire luminaires, selon les sources et la proportion d’entre elles infectée par une I.A.) et des creepypastas, ce folklore de légendes urbaines tellement virulentes sur internet que sur le forum 4chan c’est Halloween tous les jours.
Le phénomène est tout à fait étranger à ma génération, qui ne fréquente pas les réseaux; on est nés trop vieux à internet; de mon temps quand on se faisait peur sur le web, c’était dans un autre style
D’habitude, je télécharge puis je mets de côté, pour les jours meilleurs qui viendront après l'effondrement, sur un disque dur que je ne rouvre jamais, attendu que l'offre en streaming sur une télé connectée excède déjà mon temps de cerveau disponible, mais là, je sais pas pourquoi, je regarde l’étrange métrage sans aucun délai ni apriori. 
Je le prends comme il vient, sans savoir qu’il est réalisé par un jeune homme de 21 ans d’après sa websérie, elle-même dérivée d’une creepypasta née pendant l’horreur de la profonde nuit sociale du Covid, sous Napoléon IV, qui n’en était pas à son premier reboot, quoi qu’il en coûte.

Image à l'origine des Backrooms, publiée par un internaute anonyme
sur le forum
4chan en 2019. S'ils l'avaient mise sur le bon coin,
ça se serait loué plus vite. Ils sont ballots, ces Américains.

Nonobstant le fait que toute cette histoire d’espaces luminaires, sorte de leucémie fictionnelle ayant d’abord métastasé sur internet avant de passer sous les fourches caudines de ces épiciers d’A24 qui ont le chic pour inaboutir des projets au pitch affriolant, doit beaucoup à La maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, qui avait aussi pris racine sur le web et dont je t’encourage à te procurer la récente réédition, si ne n’est fait, nonobstant aussi que certaines scènes ne mènent pour l’instant nulle part, parce que les creepypastas sont une auberge espagnole où chacun vient avec ses peurs intimes, pour les tartiner ensuite généreusement sur les murs de sa cellule. Et qu'ici, certaines clés symboliques sont désignées avec ostentation, mais que les portes sont peintes sur les décors, et les serrures ne s'ouvrent pas. Et sur quoi s'ouvriraient-elles, sinon sur d'autres espaces luminaires désaffectés ?

Georges et Louis sont les gars les plus qualifiés
pour nous expliquer les rouages secrets
des arcanes des Arrière-Salles.
J'ai hâte.
Ce qui fournit plusieurs dimensions tordues dans lesquelles creuser, comme l’a fait le réalisateur dans ses petites vidéos réalisées sur internet, beaucoup plus intrigantes que le résultat final de Backrooms, le film, où l’on a l’impression d’assister à la projection d’un fragment, de ne sucer que la partie émergée de l’iceberg, dont la masse cachée et ténébreuse promet encore de grands frissons, à condition que ces gougnafiers d’A24 ne contraignent pas les scénaristes à faire dans l’explicite lyrics, qui nous fait retomber comme un vieux soufflé à chaque fois qu’un semblant d’explication psychanalytique niveau première année de licence nous est asséné. Ce qui fait beaucoup de réserves et peu d’Indiens, nonobstant le fait que l’intrigue est maigrelette, mais que l’ambiance est anxiogène, et très réussie !
Je suis donc allé zyeuter sur internénette, il y avait des courts métrages pré-luminaires (hi hi) et des projets de suite.

La vingtaine de courts métrages réalisés par Kane Parsons sur le thème des Arrière-salles, en amont du long-métrage, et produits avec son argent de poche, cultive l’amour pour les tournages amateur, les scratchs des bandes VHS fatiguées et trop souvent réenregistrées, les créatures inidentifiables, les stockshots institutionnels abscons à tendance lynchienne, les équipes de recherche qui se perdent sans GPS dans les dédales des entrepôts Mondial Moquette, et je vais m’encorder avant de finir de les regarder, des fois que je disparaisse dans l’écran. On n’est pas dans Videodrome, on est un cran plus loin dans l‘horreur moderne du turfu du Cronenberg d'hier.
Mais une fois qu’on s'est dits et redits, pour s'en convaincre et s'en féliciter, que c’était un film sur l’inconscient humain, sur les nouveaux espaces de solitude numérique, que toute l’imagerie des arrière-salles semble vomie par une I.A. malade, que peut-on s'avouer de plus ? Il règne ici la même atmosphère mortifère que dans la dernière séquence de 2001, l'Odyssée d'mes spasmes, le Nameless de Grant Morrison... ou encore l'effroyable vidéo d'Ego sur ce peintre atteint d'Alzheimer : "Visite banale au musée de l'oubli" (pour le coup, rien que de relire le titre m'emplit d'une terreur indicible)


L' Espace Luminaires du BHV Parly 2 :
de l'intérieur, on ne remarque rien.
De l'extérieur, encore moins.

L’espace luminaire n’a besoin d’aucune justification : comme je disais dans un de ces articles à rallonge dont j’avais jadis le secret sur le cinéma d’éprouvante, mais c'était avant de voir la série Chernobyl qui rend toute fiction inutile : 
"si le Mal Absolu avait besoin de se justifier, il serait Témoin de Jéhovah."

C'est comme sur mon blog : plus il y aura d’explications, moins ça sera réussi. Quand je me contentais de passer des disques introuvables, tout le monde ne s'en portait que mieux. D'ailleurs, je vais en rajouter une couche, avant que la première soit sèche. 

Pourquoi Backrooms marche-t-il autant auprès des schnoques que des branleurs, alors que le gouvernement fait tout pour opposer les générations, de façon à ce que les premiers payent pour le chômage des seconds, et que les riches puissent poursuivre leur gloutonnerie apocalyptique, que nous vivons en direct live tout au long de la faillite des sociétés occidentales ? Et pourquoi Schnock, la somptueuse revue à dos carré qui étudie la culture populaire des années 60 et 70, n’évoque-t-elle pas les très riches heures du cinéma d’horreur d’il y a 60 ans, alors qu’ils ont sorti un numéro sur Pompidou, qui fait aussi peur aux enfants que Casimir ?


Ce qui fout les chocottes aux ados là-dedans, sachant que l’adolescence se poursuit désormais allègrement jusqu’à la quarantaine, vu qu’ils ne font plus de gosses, vu l'état du monde dans lequel ils seraient appelés à vivre, comment dire, on parlait tout à l'heure d'arrière-goût de vomi brûlé, donc les abstentionnistes d'enfants, on les comprend, passe-moi la cuvette j'ai encore la gerbe, c’est que c’est un film qui exploite le capitalisme de la solitude généré par les plateformes en ligne.
Et n'importe quel vigile sous-payé par l'agence d'intérim peut témoigner qu'il a souvent les tripes nouées quand il fait sa ronde de nuit dans les rayons déserts du Leclerc meubles de Basse Goulaine. Donc, c'est assez malin, de faire pétocher avec la modernité poétique de maintenant. Plutôt qu'en entretenant la peur de la méduse d'hier dans l'océan d'aujourd'hui.

Je rentre des Landes, où j'ai vécu au creux d'une vague,
une étreinte flasque avec une créature fantasque,
née du réchauffement et de la surpêche.
Il faudra écrire un autre article, celui-ci étant déjà trop long.


Et pour les vieux ? De mon temps, les backrooms c'était des salons privés, où, dans certains clubs, les habitués pouvaient se rencontrer dans l'obscurité pour des relations sexuelles entre hommes, et vas-y que j'te, hardi petit.
Ces « arrière-salles » furent le siège, si je puis me faire mettre, de la naissance d’une légende urbaine glauquissime. Dans les années 1970 et au début des années 1980, le journal Libération cultivait une ligne éditoriale libertaire radicale, faisant fi de la censure classique des media grand public. Sa célèbre rubrique du courrier des lecteurs, d'une liberté totale, publiait des textes crus abordant sans filtre la sexualité, le militantisme et les pratiques marginales. Un petit malin trouva drôle de poster une lettre dans laquelle il prétendait se livrer à des pratiques à base de fist-fucking et de verre pilé. Un canular de pure provocation : L'objectif de l'auteur était de tester les limites du journal pour voir s'il oserait publier l'impubliable. La parution de ce faux témoignage d'inspiration criminelle suscita un profond dégoût, poussant la direction de Libération à réaliser que l'absence totale de censure transformait le journal en déversoir de fantasmes ultra-violents ou de fausses histoires sordides. Et ce fut la fin de la rubrique du courrier des lecteurs. Longtemps avant l'invention du dark web. Où des canulars un peu plus chiadés comme Backrooms triompheraient plus tard. Au temps pour la poésie de l’innommable : dès qu'on la nomme, c'est fichu. Bien qu'ayant d'excellentes idées sur les Grands Anciens, Lovecraft était trop volubile sur les adjectifs. Comme moi, mais en pire. 

Ce qui fait que Backrooms fonctionne aussi bien pour les boomers doomers, ces vieux qui ne sont jamais que des jeunes qui le sont restés trop longtemps, à part les troubles de la désorientation liés au fait qu'ils se rappellent vaguement de cette histoire dans Libération mais qu'ils ne voient pas bien les liens avec l'espace Luminaires de Parly 2, c'est que Si vous avez cru comme moi aux promesses des sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) dont le principe est de collecter l'argent de plusieurs épargnants pour acheter et gérer un grand patrimoine locatif (bureaux, commerces, entrepôts), il est tout à fait normal de faire caca culotte, comme dit ma fille pubère, ou de se chier dessus, comme disent les sexagénaires cacochymes, parce que dans la Réalité Réelle Ratée, au moment du Covid, des trillions d’hectares de bureaux se sont ainsi retrouvés subitement vacants, et du jour au lendemain, la cabane du petit épargnant est tombée sur le chien, et cet investissement pierre-papier de « bon père de famille » pour s’assurer de meilleurs jours à la retraite a sombré au fond de l’océan des fausses bonnes idées d’épargnants échaudés par la chute des actions Eurotunnel. J’ai vu la valeur liquidative de mes parts fondre comme de la graisse de phoque dans une poêle chaude sous la canicule 2026. Donc, caca culotte, faut pas exagérer. C'est des problèmes de riches; mais ce film qui met en scène des mondes-gigogne, constitués d’une enfilade d’environ 16 millions de mètres carrés de showrooms Saint Maclou vierges de tout mobilier, éclairés de néons jaunâtres et grésillants, conçus de traviole par l’architecte dément Abdul Al-Bouygues, le plus souvent déserts mais hantés par intermittence par les forces du Mal travesties en homoncules peu avenants, mais je suspecte notre mauvaise conscience d’occidentaux masculinistes postcoloniaux d’engendrer les seconds en parcourant les premiers, présente un visage d'une inquiétante étrangeté, et c'est cumulativement cauchemardesque, parce que la présence d’espaces cachés à la limite de notre réalité, c'est une belle métaphore de l'inconscient. C'est aussi un film sur la solitude moderne, l'échec des relations, la culpabilité, le confinement et les couleurs de moquette murale qu'il vaut mieux éviter si on veut pas faire une dépression carabinée.

Je viens de finir d'emménager dans les Backrooms,
y'a pas de wifi, je vais pouvoir me remettre à lire.

C’est pour ça que j’ai moi aussi bien aimé Backrooms, pas du tout conçu pour défriser les vieux geeks, mais plutôt terroriser les jeunes cons qui ont vécu les déserts relationnels des confinements successifs lors de la dernière pandémie.
Ce n'est donc pas un petit exploit d'avoir réuni plusieurs générations de Princes de l'Inquiétude devant un film qui reste un peu léger sur le signifiant qu'il affiche, mais qui déborde d'un signifié qui rend d'abord très triste, puis gravement malade, et après on meurt dans les semaines qui suivent la projection, sans bruit et d'un truc assez rare, une voiture noire s'arrête devant la maison, on y porte discrètement une forme sous une bâche, et on n'entend plus jamais parler de vous. Sauf si j'essaye de comprendre cette définition du wiki qui dit que sessui qui dit qui y est, selon laquelle le signifié est la représentation mentale du concept associé au signe, tandis que le signifiant est la représentation mentale de la forme et de l'aspect matériel du signe. Auquel cas je survis plus longtemps, mais péris d'une attaque cérébrale en méditant aux cabinets sur cette définition, tout en consultant Télérama pour trouver quoi télécharger pour me faire peur la semaine prochaine.


Devant ce succès phénoménal de l'été 2026, 
rigoureusement identique à la version normale
(j'ai passé les 854 plans du films à la loupe 
pour m'assurer qu'il n'y avait aucune variation)
à part qu'ils ont dissimulé un des courts métrages expérimentaux
 (et finalement assez prévisibles quand on s'est tapé les 25 précédents) 
de Kane Parsons derrière le générique de fin. Enjoy.

jeudi 12 février 2026

[Compilation] : choses entendues dans Better call Saul (saisons 1 à 6)

Un amateur éclairé a créé dans Spôtifaille une plaie-liste qui reprend toutes les musiques qu'il a entendues dans les 6 saisons de la série Better call Saul, série que j'ai commencé à regarder après avoir succombé aux charmes de Pluribus, en me disant que Vince Gillingham pouvait désormais tout me faire (sauf caca dessus). 
Comme si je postulais que Better call Saul aie été une prémisse forcément réussie de Pluribus, que j'avais zappée à l'époque de sa diffusion, parce que je voulais que le silence qui suive Breaking bad soit toujours du Breaking bad. Pardon, cher journal, de m'épancher ainsi sur ton épaule de mes affres de téléspectateur. Heureusement que tu es là pour ça.


la plaie-liste originale sur laquelle tu peux cliquer, surtout si tu as un compte Spotify.

La plaie-liste de Better call Saul comporte 213 morceaux, et dure 14 heures; il y a des guitares psyché, du blues, du jazz des années 40, du jerk et du cha-cha, des groupes vocaux comme les Ink Spots, qui ignoraient être racisés, du rock blanc comme Little Barrie qui doit beaucoup à Stevie Ray Vaughan qui doit beaucoup aux Noirs bien qu'il soit mort d'autre chose, un soupçon de folklore western, du connu, du farfelu et des pépites. Je l'ai écoutée en remplissant ma demande de retraite progressive auprès de la Carsat, et c'est pas facile de faire deux choses à la fois quand on prétend être un homme, même sans prostate. J'en ai extrait grâce à spotifymate une grosse trentaine de morceaux qui me plaisent bien. Vous les trouverez ci-dessous. Il y a même un morceau mystère et surnuméraire qui ne fait pas partie de la bande-son mais qui pourrait, et que vous retrouverez aisément en réécoutant le florilège original de 213 morceaux sur Spotify, gaiement haché de publicités intempestives mais il faut bien vivre. Ca sera toujours mieux que d'aller s'encanailler devant la 11e édition de La Nuit de la Déprime aux Folies Bergère avec Raphaël Mezrahi, Jean-Félix Lalanne et Catherine Ringer (qui a encore une belle voix quand elle reprend Barbara).

le fac-similé de la plaie-liste, avec tous les boutons qui donnent envie de cliquer partout
et de se perdre sur Spotify comme sur un champ de bataille 
où l'on aurait déjà tout perdu même la bataille alors ça serait pas la peine d'y aller.
Même si les généraux nous y contraignent.


Au passage, en tant que cyberplouc, je suis surpris par la richesse du catalogue de Spotify, par la qualité de la présentation des artistes et des œuvres, par l'immédiateté des réponses aux requêtes, par l'abime vertigineux qui s'ouvre sous ces « étagères infinies », c’est à dire l’immensité de catalogues de contenus dans lesquels on passe davantage de temps à choisir quoi écouter plutôt qu’à simplement … écouter. Quel dommage que la plateforme ne rémunère pas les artistes correctement; c'est pas de chance, et un vrai manque de classe.



Quand j'aurai fini les 6 saisons de Better call Saul, j'ai bien peur de vouloir revoir Breaking Bad, dont elle constitue une épopée préliminaire, bien que les acteurs y paraissent plus âgés, vu qu'elle a été tournée après, et que de de ce côté-ci de la réalité, la machine à laver le temps ne le remonte que dans un seul sens : celui qui descend.


Ma sélection, partiale et partielle.


  

jeudi 5 février 2026

IT : Bienvenue à Derry (2025)

Le mieux dans la série "IT : Welcome to Derry", c'est son générique. Il recycle avec malice l'imagerie amerloque des années 40-50, recyclage désormais symptomatique de la crampe culturelle (qui tourne à la tétanie, mère du tétanos) autour de "l'âge d'or" de la civilisation américaine, qui devient d'autant plus mythique qu'on s'en éloigne, dans le temps, dans l'espace et dans l'esprit. 

Pour le reste, je me suis un peu fait enfler par la critique du site Ecran large, souvent avisé dans l'évaluation du cinéma de genre, mais là, bof bof, j'ai regardé 5 épisodes en 2 jours et après je n'y suis plus revenu, c'est tombé de moi comme un vieux paletot usagé en attaquant Better call Saul, série pourtant ardue, pour d'autres raisons. Je me rappelle avoir éprouvé une pétoche singulière en lisant le livre "Ca" de Stephen King, mais la littérature de trouille a cet avantage sur le cinéma, c'est qu'on peut dire sans montrer, alors que dès qu'on montre, le danger est objectivé et l'adrénaline redescend.

samedi 28 juin 2025

White Lotus season 3 Unofficial Soundtrack (2025)

On peut bien jazzer sur la vacuité spirituelle et télévisuelle de la saison 3 de White Lotus, qui donne 1/ une méchante envie de la dé-voir, 2/ qui fait regretter de ne jamais l'avoir regardée, au point de 3/ souhaiter s'en faire ablationner le souvenir comme dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, 4/ de revoir plutôt La Plage de Danny Boyle, 5/ de se faire une fracture ouverte de la bite après avoir pris du viagra à Bangkok parce qu'on est trop vieux pour ce genre de conneries, enfin on peut bien imaginer tous les tourments jusqu'à la fin de l'éternité pour se repentir de cette saison 3, mais la bande-son du feuilleton est foutrement épatante. Elle est essentiellement constituée de pépites de la variété thaïlandaise, des années 50 à 80. 
C'est aussi magique que les podcasts de musique du monde de tazikentongs, bien qu'il y manque les commentaires érudits de Jean de la Technique, un nobliau rennais déclassé qui illumine à peu de frais les soirées musicales de son tiéquar. 
Sur Spotify, un amateur tout aussi éclairé a collecté ces trésors musicaux de la saison ratée de la série jusque-là réussie sur le désenchantement occidental, et les a rassemblés en une liste de lecture publique, alors ne boudons pas notre déplaisir. 
Soundtracker UK, même si pour faire ça tu as utilisé une I.A., béni soit ton saint nom. Par contre, maudit sois-tu pour avoir suscité en moi une extrême convoitise, j'aimerais bien récupérer tout ça en dur, sous forme de fichiers mp3, je ne suis pas de cette génération qui se satisfait des flux de stream virtuel naviguant dans l'éther, je sais très bien qu'un jour prochain internet va s'effondrer, et je reste attaché aux fichiers résidant sur disque. 


Tous ces artistes sont des génies.
Et pourtant Télérama n'en parle pas.
C'est un peu compliqué, de pirater Spotify. Je ne m'étais jamais penché sur le problème, mais y'a des étapes intuitives, et des phases de découragement à respecter. 
Et puis j'avais oublié, mais je redécouvre que c'est très chronophage. Il faut le temps d'encaisser que même en dérobant le compte Spotify Premioume® de sa femme, on croit télécharger la playlist, mais elle est encodée dans un format propriétaire à Spotify, et macache bono pour l'écouter autrement que dans le lecteur hors ligne de Spotify. Le lendemain, on teste un soi-disant aspirateur de Spotify comme NoteBurner Spotify Music Converter, qui prétend repomper la playlist et la recracher en mp3, mais il n'aspire rien du tout, et prétend que la connexion est mauvaise (faut peut-être changer le sac de l'aspiro ? ) 

Le surlendemain on se dit qu'on pourrait enregistrer le flux audio en direct avec ce bon vieux Quicktime Player, puis découper les fichiers dans Final Cut Pro X. Mais on ne peut pas copier/coller les références des titres dans Spotify, tout est fait en vectoriel ou je sais pas quoi, et même si on développe les crédits de chaque chanson, c'est pareil, pas de copie possible. Va-t-on déchiffrer à l'oeil puis recopier à la main dans un tableur les noms des morceaux et des artistes, retrouvant l'émulation prosélyte des moines copistes du Moyen Age ? Pour ceux qui sont écrits en thailandais, c'est mal engagé. 

Il doit y avoir un autre moyen. 
A l'aube du troisième jour, on tente Vcows, on teste Uniconverter16-mac, on installe SpotiFlyer-macos-x64. Mais rien ne marche.
Le dépit est l'enfance de l'illumination, mais pendant ce temps, notre humeur se dégrade. Au bout de ces 3 jours, ruminant nos échecs dans l'impasse numérique en dégageant une odeur corporelle peu engageante par ces chaleurs, on découvre au bout de la nuit des encodeurs en ligne comme SpotifyMate. Il n'installe pas de virus, ne demande pas d'abonnement si on prend les morceaux un par un, et respecte les crédits et les illustrations. Merci à lui. Par contre, je ne remercie pas le démon du téléchargement illégal, qui m'a repris comme en quarante et qui veut me persuader qu'il me fallaitt à tout prix posséder ces putains de fichiers qui font chier à être tant protégés. 

Au moins, pendant ce temps je ne suis pas la proie des Yahoo Boys, les cyber-pirates nigérians de l'amour, flibustiers de l'arnaque en ligne que l’extrême numérisation de nos modes de vie ne fait que renforcer.
Faut dire que sans prostate, je suis moins sensible à leurs boniments. Et comment qualifier le mouvement de dénumérisation qui le plus souvent infuse mon nouveau mode de vie ? Une analoguisation ?


Et que serait ma vie de papigeek sans la découverte tardive de Audio Normalizer qui corrige gracieusement les niveaux entre les différents fichiers mp3 ? mmh ?

jeudi 4 juillet 2024

Mac Quayle - Mr. Robot, Vol. 8 (Original Television Series Soundtrack) (2023)

On n'a pas osé prévenir Mac Quayle que la série Mr. Robot s'était achevée en 2020, dans une stupéfaction télévisuelle rarement atteinte depuis la fin de la série Le Prisonnier (1967). 
Par voie de conséquence, il a continué à produire sa musique d'ambiance neurotoxique et anxiogène pour alimenter les retournements scénaristiques des prochains reboots, préquels et spin-offs, et nous en livre déjà le Volume 8, alors que Mr. Robot, la série ne compte que 4 saisons, comme Vivaldi. 
Comme ça, si d'ici là Vladimir P. résoud nos problèmes de façon définitive, nous aurons de quoi fredonner des mélopées synthétiques plaintives et décharnées dans nos caves tout au long du prochain hiver nucléaire. Si c'est Jordan B. qui s'en charge, récent outsider dans les soirées électorales de stupéfaction télévisuelle promis à un bel avenir, on jouera tous dans le reboot à bas bruits de bots du Prisonnier (1967) dans lequel Rami Malek sera ravi de faire des apparitions en guest star totalitaire, avec sa machoire soudée et sa moue vitreuse légendaire. 
Une petite nouveauté dans cette livraison : Mac Quayle s'écarte de ses canevas habituels électro-downtempo-lowfi pour dépressifs en manque de médocs, pour explorer des territoires musicaux jadis défrichés par Bernard Herrmann, plus émotifs et narratifs, même si on reste dans une gamme de coloris d'ennemis résolus de la Joie.  
Est-ce qu'il se moque ? et si oui, de qui ? il faudrait revoir la série pour apprécier l'illustration ou le contrepoint sonore qu'offre la musique dans son contexte filmique, mais je ne suis pas encore assez suicidaire pour refaire le grand 8. Je vais attendre le 8 juillet.

https://macquayle.bandcamp.com/album/mr-robot-vol-8-original-television-series-soundtrack