jeudi 18 décembre 2025

René Pétillon - Bienvenue aux Terriens (1982)

1/ Au cours d'une crise de goutte je tombe sur Anna’s Archive, une énième caserne d'Ali-Baba dans laquelle se planquent bien plus de 40 voleurs, c'est la plus grande bibliothèque virtuelle clandestine du monde, elle est aux mains d'archivistes anonymes pour qui la piraterie s'intègre au sein d'un projet plus grand que niquer Babylone, visant à « cataloguer tous les livres existants » et à « suivre les progrès de l'humanité pour rendre tous les livres facilement disponibles sous forme numérique ». 
Inutile de cliquer, c'est un jpeg. L'image d'Anna’s Archive n'est pas Anna’s Archive.
Les éditeurs et les libraires la décrivent plutôt comme un immense entrepôt crapoteux, diffusant gratuitement des œuvres soumises au droit d'auteur, et donc plutôt à classer dans la catégorie des Fléaux & Autres Antéchrists provoquant à court terme la mort du livre papier. 

une couverture globuleuse de Caza
(warning ! including famapoual !)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Archive_d%27Anna

2/ Grâce à l'Archive d'Anna, qui jouit des mêmes initiales que les Alcooliques Anonymes, je relis tout Philippe Caza, ou presque, alors que ça ne se trouve pas comme ça, surtout ses récits fantastiques et /ou mysticoïdes parus dans Pilote au début des années 80. 
https://jesuisunetombe.blogspot.com/2020/12/caza-sanguine-1976.html

3/ Devant la médiocrité numérique des reproductions illicites de ces fac-similés d'avant-guerre, j'achète l'intégrale de ses Scènes de la Vie de Banlieue qu'ont récemment réédité les Humanos, béni soit leur sein doux, bien qu'à leur tour leur fin prochaine soit annoncée, comme il était écrit dans la prophétie auto-réalisatrice du paragraphe 1.  
https://johnwarsen.tumblr.com/post/797908424576974848/les-humano%C3%AFdes-associ%C3%A9s-plac%C3%A9s-en-liquidation
Sans doute que "Mourir, c'est rien, c'est l'après qui est pénible" (Audiard)
En tout cas, dans cette attente, mon libraire est content, c'est gagnant-gagnant.

Les pirates de banlieue de Caza, qui ont sans doute inspiré Terry Gilliam
pour The Crimson Permanent Assurance

Mmmppffbbgguuêrk !
4/ Je découvre que Le Bienvenue aux Terriens de René Pétillon est absent de la plus grande bibliothèque virtuelle clandestine du monde, alors que c'est quand même un livre très amusant. Je décide brusquement que c'est ma mission sur Terre de l'y introduire.

5/ Je scanne mon exemplaire du livre pour l'offrir en partage à tous les passants, et rendre une partie de ce que j'ai reçu, mais ce faisant je redécouvre combien c'est ennuyant, surtout si l'on veut éviter de casser la reliure, et les retouches des fichiers dans Photoshop sont bien fastidieuses, même pour un vieux geek refusant de créer des macros.  L'ouvrage sera-t-il prêt pour Noël, ou faudra-t-il que je me contente d'offrir aux badauds une de ces affreuses compilations musicales eXtinction-réveillon dont je détiens le hideux secret ?

6/ Faut-il expliquer qui était René Pétillon ? Je suis déjà épuisé rien qu'halliday, et je n'ai rien à me mettre pour le réveillon, il faudrait que j'aille trainer sur Vinted au lieu de continuer à m'enfoncer dans la démence numérique en ajoutant des bonus à l'album, grappillés dans les revues de l'époque, grâce à la base de données de bdoubliées.  Désolé, René, je vais botter en touche mon wiki.

7/ Et faut-il présenter Bienvenue aux Terriens, album qu'on pourrait accroire atypique dans le flux de sa production des années 80 ? La science-fiction n'est ici qu'un prétexte (l'auteur semble nourrir une prédilection pour les pires clichés de la SF américaine des années 40, voyages spatiaux, tentacules et prends la mienne famapouals) pour une avalanche de gags farfelus sur lesquels on peut goiser ou dégoiser à loisir, prétendre que ça rappelle Hellzapopin, Douglas Adams, les Monty Python, ou même Zucker, Abrahams and Zucker, les princes malpolis de l'absurde anglo-saxon. 

La période "ligne claire" de Pétillon.
Ca n'a pas duré.
Mais c'est surtout la même moulinette à naouak que dans les aventures de son héros fétiche Jack Palmer, travail sans équivalent ni affiliation ni influences reconnues en France, 
Pétillon dont on pourra aussi faire observer que le dessin, au cours de cet album constitué de courts récits dont la publication s'étale sur plusieurs années, s'affine, se bonifie (je tiens l'album "la Dent Creuse" comme l'apogée de son style graphique à la précision chirurgicale, où il parvient à insérer plusieurs gags visuels par case) avant de se simplifier plus tard jusqu'au assez moche (nous n'aurons pas droit ici à sa dernière incarnation de dessinateur de presse, plastiquement hideuse, mais normalement on s'en fout parce qu'un dessin de presse qui serait beau distrairait du propos, sauf chez Willem). Il y a donc bien une montée, suivie d'une descente, comme dans tous les cycles de la vie humaine, ouf, la morale est sauve. 

8/ Pendant que j'étais occupé à scanner la BD de Pétillon et à rédiger cet article, un internaute indélicat siphonnait mon compte sur le bon coin. Je ne m'en suis pas aperçu tout de suite puisque je ne recevais plus les alertes en provenance du site (mise en ligne de nouvelles annonces, réponses aux messages etc..) 
Pétillon est mort, mais je suis sûr
que Caza est dans le coup.
C'est la vengeance des piratés.

Le 16/12, n'ayant plus accès à mon compte, j'ai donc changé le mot de passe, j'ai alors découvert que l'escroc avait mis en ligne plusieurs annonces frauduleuses sous mon identité, et tentait d'obtenir un règlement par paypal... la nuit suivante il a réussi à craquer mon nouveau mot de passe, furieux que je lui aie fait échouer sa transaction, il a rebaptisé mon profil utilisateur en “fils de pute”, le chenapan, (avec un un noir bien joufflu comme avatar, donc en plus il est raciste !!) profil à partir duquel il insultait mes clients potentiels en leur disant des choses très osées sur leur maman... j'ai rechangé mon mdp, et activé la double validation, je devrais être tranquille un moment, mais j'aimerais bien savoir s'il a cracké mes mots de passe dans google chrome, ou s'il a utilisé une faiblesse sur un serveur "le bon coin", ou encore s'il a un logiciel spécifique pour tester des mots de passe... ça m'aiderait à anticiper son prochain coup. 

Je n'avais pas de compte chez uber, ces esclavagistes des temps post-modernes, mais il en a aussi créé un à partir de mon adresse, je m'en suis aperçu en recevant des notifications uber, donc je suis allé voir, il s'était créé un profil avec mon adresse mail et les paramêtres suivants : prénom Léotard nom de famille Corentin, au moins c'est un début de piste, Commissaire... avec la double validation que j'ai mise en place un peu partout, je le tiens à distance, mais je pense que c'est pas fini, ça peut même durer un moment... 
Est-ce une rétribution karmique pour avoir rippé et uploadé cet album de Pétillon ? L'humour cosmique est parfois dur à avaler, comme on le voit dans la géniale série Pluribus. Est-ce que ça me guérira du fantasme du partage ? J'ai bien peur d'avoir déjà répondu à la question. En attendant, voici un cyber-bouquin qui m'aura coûté cher en développement. Heureusement que je milite dans plusieurs associations de malfaiteurs sans but lucratif.

Le Très Saint Livre

L'avis d'un éclairé du genre sur Bienvenue aux Terriens

un autre album de Pétillon très amusant

un extrait de Bienvenue aux Terriens avec des scans issus d'un vieux Métal hurlant

Valérian et Laureline sont cachés dans ce dessin. Sauras-tu les identifier ?

jeudi 11 décembre 2025

John Landis - Blacks without soul (1987)

N'hésitez pas à le louer
à votre vidéoclub de quartier.
En fait, non. C'est moins drôle
que son prédécesseur
"Hamburger Film Sandwich".
A la faveur d'une crise de geekisme qui me touche tous les ans à la même heure, qui est aussi celle de la mort de maman, je teste une nouvelle plateforme de mise en ligne de contenus vidéo. En même temps ça me fait réviser mes logiciels de montage et d'encodage (FinalCutPro, HandBrake) qui auraient tendance à rouiller au fond du jardin. 
"Blacks without soul" est un sketch racialisé extrait du film (à sketches) "Amazon Women on the Moon" sobrement devenu "Cheeseburger film sandwich" dans sa version française. J'espère que jusqu'ici, vous suivez.
Il joue sur les deux sens du mot "soul". 
Et le reste n'est que littérature.
Il en existait déjà des versions sur youtube, mais sans les sous-titres vf. Voici le sketch en question :
Pour les Blancs sans soul, la situation est encore plus pire : ils ont beau tenter de s'approprier celle des Noirs, ça se voit grave, et le résultat est encore pire.
 
INJUSTE : terme employé pour désigner les avantages dont on a essayé de spolier d’autres gens, mais sans y arriver. Voir aussi MALHONNÊTETÉ, DISSIMULATION, et TIENS J’AI DU POT.
(Chad C. Mulligan, Lexique de la Délinquescence cité par John Brunner dans Tous à Zanzibar)

jeudi 4 décembre 2025

T.U.B.E. (the ultimate bootleg experience)

Un copain presque juif tellement il est monothéiste, mais en moins bon état que moi qui suis plutôt animiste, en tout cas souvent le jeudi, m'a vendu sur son lit de mort l'adresse d'un site où l'on trouve quantité de concerts d'artistes de variétés non disponibles dans le commerce. 

La brigade aéroportée de l'Arcom
se tient prête à intervenir
si vous rechutez pendant le réveillon
dans le blasphème et le download.

C'est vertigineux. 
Je consulte sans compulser les étagères infinies bourrées à craquer de concerts passés de vieilles gloires de la musique de jeunes subrepticement passés du côté de la musique de vieux, y rejoignant André Verchuren, Annie Cordy, Nina Hagen et Berthe Sylva, et je me tiens prudemment au bord de l'abîme du téléchargement illégal sans y tomber. (faire commerce avec la grande cyber-prostituée de Babylone, ça serait encore rester ancré à Babylone). 
Je me sens un peu comme l'homme qui lutte pour sa vie dans la parabole du miel au bord du précipice (recueillie dans "Les plus beaux contes zen racontés par ChatGPT et illustrés par Philippe Druillet", le must-have pour un nouveau Noël Extinction-Réveillon) :

 

 

Un homme marche dans la forêt lorsqu’un ours se met à le poursuivre. Terrifié, il court jusqu’au bord d’une falaise. Dans un réflexe désespéré, il se laisse glisser et s’accroche à une racine qui dépasse du flanc rocheux.
Au-dessus, l’ours l’attend, grognant.
En dessous, au fond du ravin, un autre danger — parfois un tigre, parfois des rochers, selon les versions — l’attend la gueule ouverte.
Alors qu’il se cramponne, il voit une ruche accrochée dans la paroi, tout près de lui. Une goutte de miel tombe sur son main.
Il porte la goutte à sa bouche…
Et il sourit : comme ce miel est délicieux !

jeudi 27 novembre 2025

Les Pires - Album 1er (1992)

Peut-on filmer les femmes si on est un homme ? Est-on légitime à écrire sur les Noirs si on est Blanc ? A parler des vieux si on est jeune, et réciproquement ?  A jouer de la musique traditionnelle inspirée du folklore des pays de l'Est si on est un Breton de Lannion ? 

Les Pires ne se sont pas posés la question trop longtemps. Ils avaient l'âme slave, point barre. Entre 1992 et 2000, ils enregistrent quatre disques, et tournent énormément, en France et à l'étranger. Ils chantent en faux russe ou en vrai yaourt au goût bulgare, et sur scène ils arrachent tout. Vous auriez dû venir. Il nous reste trois albums studio et un live pour nous consoler de leur absence persistante, pour toujours et à jamais. Voici le premier. J'ai trouvé les autres sur rutracker.org, et c'est comme ça que j'ai appris qu'ils avaient cartonné en Russie, à une époque où ça ne posait pas de problème de chanter en russe sans passer pour un suppôt de Poutine.


pour y goûter sans y toucher :


pour y toucher sans y goûter :

https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZOJ8AZBC60X5No3O8ztbKqAYjM3zJgHk8y

Ca n'apparait pas forcément à l'oreille, mais c'était aussi de gros déconneurs. Par exemple, ils suggéraient de reprendre les chansons en suivant les paroles sur la pochette, mais faut voir comment qu'ils les écrivaient, avec un alphabé cyrulnik même pas conforme. Bon courage pour le karaoké.




jeudi 20 novembre 2025

Hector Zazou / Katie Jane Garside - Corps Electriques (2008)

Du trip hop stratosphérique et expérimental, par le regretté Hector Zazou, infatigable défricheur de sonorités pas banales, entouré de quelques seconds couteaux pas manchots : Bill Rieflin, Lone Kent, Nils Petter Molvaer.
La voix de Katie Jane Garside est aussi sexy, dépressive et urticante que celle d'une adolescente devenue juste un peu trop vieille pour qu'on la renvoie jouer dans sa chambre avec une bonne fessée. Oui, je sais, ça fait boomer masculiniste toxique, de dire ça, mais n'oubliez pas que je ne suis pas le perdreau de l'année. 
J'aimais bien le trip-hop. Il y avait une mélancolie électronique repensée pour le monde moderne. Elégante avec Massive Attack, toxique avec Portishead, prometteuse avec le premier album d'Archive et celui de Morcheeba. Est-ce que quand je l'écoute ça la fait revivre ? Rien n'est moins sûr, mais ça vaut le coup d'essayer. En tout cas grâce à ce disque, c'est le 20 novembre toute l'année.

à l'écoute :


le koin du guique :


à la médiathèque de prêt grâce à votre abonnement Premioume®

https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZQ3GIZRDqjuHAoAC0hNtu6UnCxRXuyIuzV

dans la même collection :

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2021/10/hector-zazou-strong-currents-2003.html

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2021/08/hector-zazou-chansons-des-mers-froides.html

Corps Electriques : le remix de Daniel Goossens

vendredi 7 novembre 2025

Elisabeth Antébi - Les Evadés du futur (1973)

la fiche du film tel qu'il fut présenté aux Utopiales 2025.
Evadés du futur, et déjà prisonniers du passé.
Je ne sais plus qui a dit ça, mais je crois que c'est moi :  
  
"Le présent est l'instant éternellement fuyant et impalpable au cours duquel nous sommes expropriés du passé pour être projetés vers le futur (..) Pas étonnant que cette perspective nous terrifie au point de chercher refuge dans les raisonnements qui se mordent la queue, dans des tentatives hypermnésiques de remonter en 1973 pour y établir un camp de base puis une colonie de peuplement, ou dans l'humour, quantique ou non." 

Voici une nouvelle tentative de remonter en 1973, époque bénie où la télévision française n'hésitait pas à produire un documentaire réalisé par une femme (Une Femme ! dans la SF de 1973 !!!) qui réunit plusieurs auteurs majeurs de SF de l’époque : Isaac Asimov, Philip K. Dick, Théodore Sturgeon, Norman Spinrad, John Brunner, Robert Silverberg...
Tant qu'à geeker, autant que ça serve à kek choz', et que ça profite à touffes, et à troutes. 

Par ordre d'apparition :
- Une interview géniale de l'autrice du film :

- Un entretien avec Philip K. DICK, par Elisabeth Antébi, ainsi que pas mal d'autres trucs intéressants pour faire chuter la productivité de sa journée : 

- Les liens mystérieux aux noms imprononçables qui mènent aux 2 parties du film, visionnables en ligne ou téléchargeables :

 1ère partie : fiction

2ème partie : science et politique



attention, ne clique pas sur cette image, ce n'est qu'un jpeg
et tu risques de te retrouver en 1973 !

vendredi 31 octobre 2025

Les Utopiales 2025 : Brian Evenson contre les Evadés du futur

En route vers le totalitarisme cognitif.
Comment résister ?
Qu'irions-nous faire aux Utopiales 2025, dont nous avons pourtant gagné une place sur l'intranet de notre entreprise ? Donald Trump est le président le plus dystopique dont nous puissions rêver, et même dans les comic books outranciers et pseudo-transgressifs de Warren Ellis, Mark Millar ou Garth Ennis, ils n'en ont pas des comme ça. On pourrait rebaptiser l'évènement Les Dystopiales 2025, ça aurait meilleure gueule. 
Trump et ses séides transhumains et christo_fascistes veulent ravaler l'humanité au rang du borborygme, et rendent la littérature de SF kitsch et obsolète, un quart d'heure avant que le monde se délite en une bruine de flocons cendreux. 
Autant lire Cyberpunk - Le nouveau système totalitaire, un essai d'Asma Mhalla, écrit un peu vite mais c'est synchrone avec l'urgence de notre agonie démocratique.
https://www.lemonde.fr/livres/article/2025/09/19/cyberpunk-d-asma-mhalla-la-chronique-essai-de-roger-pol-droit_6641905_3260.html

Et si l'horreur était le sentiment
le plus légitime des artistes 
sensibles aux exigences de l'avenir ? 
Hein ?
Ou alors, perdre le peu de raison qu'il nous reste en errant dans les boyaux obscurs et malodorants des nouvelles de Brian Evenson, invité du festival cette année, lui qui défriche de nouveaux territoires horrifiques, et peut-être bien qu'il réinvente la SF aussi, mais je n'ai pas encore tout découvert du bonhomme, même si j'intuite que pour lui, le nihilisme est juste une blague un peu mièvre. A quoi bon aller me faire dédicacer sa Comptine pour la dissolution du monde, sinon pour me dédouaner de l'avoir emprunté sur z-library.sk et avoir oublié de le rendre ? Je déchiffre au compte-gouttes ses histoires dérangeantes, hermétiques et perverses; c'est du brutal. Lors de la parution de son premier recueil, alors qu'il était encore membre de l'Eglise Mormone, une de ses étudiantes expliqua qu’à la lecture de l’ouvrage, elle « s’est sentie comme quelqu’un qui aurait mangé quelque chose d’empoisonné et qui tenterait désespérément de s’en débarrasser. » C'est tout à fait ça, moi j'ai obtenu la sensation imminente d'un accident vasculaire cérébral, on est d'accord sur le fond, il ne me manque que son 06 pour débriefer.
Je préfère aussi relire la SF pessimiste et visionnaire des années 70. 
Brunner avait tout vu venir.

Aux Utopiales, il y a donc des livres, leurs auteurs vivants, mais aussi des expos, des débats, et des films de cinéma. Vu mon état, proche de l'Ohio, pas étonnant que je flashe sur la projection à venir des Evadés du futur, un documentaire réalisé en 1973 pour le Service de la Recherche de l’ORTF, qui réunit six des plus importants auteurs de SF de l’époque : John Brunner, Norman Spinrad, Philip K. Dick, Théodore Sturgeon, Isaac Asimov et Robert Silverberg. Un document rare et précieux, invisible sur les écrans depuis sa première diffusion télévisuelle il y a plus de 50 ans ! C'est vrai, il y a dans ce pays une fracture numérique, mais je dispose d'un compte Inamediapro, et je peux le voir quand je veux. Je risque toutefois d'être un peu blasé, à force de m'injecter de la SF périmée. 

Déjà que. 
Le cinéma SF de maintenant a le même goût bizarre que les livres : bien que le Mickey 17 de Bong Joon Hoo m'ait fait rire, c'est pas vraiment de la SF, c'est un pamphlet, un film politique sur le monde d'aujourd'hui, comme Evanouis (Weapons) qui est plutôt une bonne surprise, lui qui s'inscrit ostensiblement dans la filiation des films de variétés de Maritie, Gilbert et John Carpentier (Top à the Thing, Numéro Un NewYork 1997, etc). 
Le scénario et l'ambiance d'Evanouis m'évoquent aussi les nouvelles contemporaines de Maria Enriquez. Elles ne contreviennent pas au principe de Murphy de Warsen :  si le Mal Absolu avait besoin de se justifier, il serait Témoin de Jéhovah.

Je préfère quand même celles de Brian Evenson, beaucoup plus tordues, mais qui sont infilmables, parce qu'il bidouille le code source du langage pour parvenir à déclencher un Bataclan littéraire avec nos neurones dans le rôle des victimes consentantes. 
La SF cyberpounque à l'écran, aujourd'hui c'est plus les séries télé, Black Mirror, Upload, Mr Robot, Alien : Earth... En musique de terreur, on retiendra cette semaine le tuto de Bernard Herrmann pour composer la musique de Psychose, trouvé dans les rushes d’un reportage que j’ai monté hier sur des tailleurs de pierre.



[Ajout tardif]

- un compte rendu un peu moins fumiste que le mien :

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2025/11/14/utopiales-2025-diversites-en-resistance/

- les podcasts de ActuSF : les tables rondes des Utopiales

https://www.actusf.com/detail-d-un-article/utopiales-2025-r%C3%A9sistance-absolue

jeudi 16 octobre 2025

OM - BBC Radio 1 (2019)

Blasphème ou Révélation ?
Théophanie ou marchands du temple ?
Quand il était petit, le groupe OM produisait une sorte de doom metal hypnotique, fruste et masturbatoire, qu'ils eurent la bonne idée, un jour qu'ils revenaient bredouilles de la cueillette des champignons, de pimenter aux chants liturgiques. 
Une guitare basse furibonde et placide qui ferait peur à Lemmy Kilminster, un bûcheron bien membré à bord d'une moissonneuse-batteuse qui a coûté un bras en leasing au Crédit Agricole, et ce nappage de chants religieux issus des trois monothéismes de l'Occident. Et un peu de sitar et de tablas, voire du violoncelle (qui inspire la même terreur sacrée que le mellotron dans les vieux King Crimson) et éventuellement des voix féminines quand le budget le permet, parce que ça fait vendre. Oh dis donc mais c'est que ça commence à faire du monde en studio, je ne sais pas si la production va payer le déjeuner de tous ces gens à la cantine ce midi. Et puis, nous vomissons l'Islam politique, mais apprécions les extraits du Coran psalmodiés par un muezzin en goguette, à partir du moment où c'est remixé par des Occidentaux, comme David Byrne et Brian Eno dans My life in the bush of ghosts, nous n'y voyons nulle hypocrisie, on s'en fout de ce qu'il psalmodie, parce que ça fait joli et que nous n'en sommes plus à une contradiction près.

Nos joyeux lurons sont doués pour
enchaîner d'entrainantes gigues
Lors de la dernière pandémie, comme ils tapaient comme des sourds et déclamaient des textes hermétiques d'un air arrogant,  j'ai trouvé OM très sain(t), et pour contrer les effets délétères de la prochaine, je suis en quête d'un nouveau substitut sonique, dans la même gamme de coloris, et c'est pas facile. Car OM n'a enregistré que 3 albums studio entre 2007 et 2012, ceux qu'on trouve sur l'étagère du haut de cette page de Pitchfork, et qui creusent le macro-sillon de la pollinisation croisée entre la spiritualité fastueuse de Dead can Dance et les rototos acidulés du Pink Floyd période Set the secrets for the heart of the sun, période qui n'a duré que le temps de ce morceau, le tout finement entrelardé d'un hachis de doom / stoner, en tout cas ce sont les étiquettes qu'on leur colle le plus souvent.

Est-ce que ça fâcherait Dieu d'être immortalisé 
sur une pochette de disque de rock ? 
c'est mon album préféré, 
et c'était déjà la fin.
Il existe aussi une quantité d'EPs sur scène, d'une thrashitude lassante car un peu morne. Le doom, au départ on se dit que c'est sympa pour les groupes qui ne savent pas jouer, ils participent à la sarabande metal, un peu au ralenti, en léger différé, comme des personnes en situation de handicap et sous lithium, alors les piles durent trois fois plus longtemps. 
La légende de Saint Wiki, auquel il est judicieux de faire l'offrande d'une dizaine de sesterces en ce moment, raconte qu'ils auraient donné des concerts qui duraient 5 heures à Jérusalem, tellement ils jouaient lentement, et BHL y a trouvé matière à les accuser d'antisémitisme, alors que c'était peut-être juste de l'antisionisme. 
Va savoir. 

En tout cas, sans pouvoir deviner si la démarche mixant doom et religiosité de façade était putassière, émanant de prétentieux qui se la pètent, ou au contraire relevait d'une élévation spirituelle et artistique à faire pâlir bien des candidats à la crucifixion, ils étaient bien partis pour monter en puissance avec leurs arrangements de plus en plus chiadés, sous la houlette de Steve Albini, et puis l'aventure tourna court. 
Snif. 

Méfions-nous, car le groupe peut rester en sommeil pendant des décennies, tel Cthulhu lové sur lui-même, quand on est plein de tentacules c'est fastoche, dans les profondeurs englouties de R'lyeh-la-vieille, au fond de l'océan Pacifique où meurent les récifs coralliens sous les coups du GIEC, attendant le moment où les étoiles seront alignées pour se réveiller et reconquérir le monde, et d'un seul coup  il y a ce live de 2019, enregistré dans les studios de la BBC, que même ChatGPT a été incapable de me trouver une explication, à part d'aller repomper les données sur discogs.com, et il est pas mal, ce live, à part qu'il n'est plus disponible sur bandcamp, dont acte. 
Il donne une bonne idée du potentiel de OM, et puis maintenant que les otages israéliens survivants sont libérés et que les dead can dance, ça vaudrait le coup de refaire un concert à Jerusalem, un peu moins bourrin que la dernière fois. Ou alors à Gaza. Unplugged dans les gravats, s'il le faut. 
Ca serait pas pire.

les liens qui libèrent pas :

https://www.sputnikmusic.com/review/51084/Om-Advaitic-Songs/

https://theobelisk.net/obelisk/2019/10/23/om-bbc-radio-1-review/

jeudi 9 octobre 2025

Kangding Ray - Sirāt Soundtrack (2025)

- Personne veut aller au Super U
racheter des champis ?
Peu importe que le film ratisse très large en termes d'allégories de l'épuisement de l'Occident - on peut même y voir sous un certain angle un clip de prévention un peu longuet contre les rave-parties illégales, financé en sous-main par le gouvernement marocain.
Sur le moment, c'est d'abord une chouette expérience de cinéma en THX® et gRRR (groupe de Réalité Réelle Ratée) qu'on n'est pas prêt d'oublier, surtout quand on a pris le soin de ne rien lire sur le film avant d'aller à sa rencontre, film qui retourne les boyaux et nous arrache la mousse des coussins longtemps après la projection, ce qui est désormais assez rare , et nous pensions à tort avoir déjà tout lu, tout vu, tout bu.
Avec ses oripeaux d'Easy Rider postmoderne, ses  minauderies dignes des films de droguiste de Barbet Schroeder jeune, ses tributs à Un taxi pour Tobrouk, au Salaire de la peur, au Burning man du Nevada et ses accès contemplatifs dignes d'Antonioni quand il était aussi rave qu'un céleri, il ouvre tellement de portes que chacun peut s'y découper à l'opinel dans les banquettes du van la signification ultime de son choix.
La bande-son, réalisée par un vrai DJ instille un univers auditif puissant qui assoit la crédibilité de cette fuite au désert d'une communauté de marginaux plus préoccupés du bien commun que bien des députés métropolitains, dans un contexte d'effondrement sociétal et un climat de fin du monde.
En plus, c'est un Français qui signe la musique, et il a fait plein d'autres disques très intéressants, pour peu qu'on soit sensible à l'électrotech minimaliste parcourue de glitches et saupoudrée de stridulations d'élytres !

jeudi 2 octobre 2025

Yvan Dautin - La Plume Au Coeur (2021)

Pauvre Yvan Dautin. 
Il est un peu un prisonnier de l'inutile poète maudit de la chanson française, au moins par rapport à moi, qui ne suis que maudit, et encore, que par ma femme. 
Parmi ses influences évidentes, on pense à Boby Lapointe et à Julien Clerc, dont il assura un temps les premières parties. Mais sans avoir le génie des mathématiques langagières de Boby, ni le charisme de chèvre revêche, et encore moins le sens de la rengaine du chanteur populaire. Alors que tant de gens utilisent l'I.A. pour produire des versions d'eux-mêmes améliorées, Yvan Dautin  n'a jamais été doté que de sa seule intelligence naturelle et de sa sensibilité d'écorché vif avec un couteau à huitres pas bien rincé pour débagouler ses ritournelles, alors il est à la fois grinçant et d'une mélancolie sourde, mais pas muette, un mélange inédit mais pas forcément réussi de burlesque et de tragique, parfois inextricablement imbriqués dans la même chanson; comment voulez-vous qu'on s'y retrouve ? Le public ne peut tolérer la confusion des genres, et encore moins la savourer. Surtout quand dans l'écriture tout est suggéré à petites touches énigmatiques, qu'on ne peut plus discerner l'art du cochon. 
Si vous êtes hermétiques à la polysémie poétique, convenons que l'affaire est assez mal engagée, et restons-en là.  
Le coffret des 4 CDs  rétrospectifs est à 16 € chez EPM, hors frais de port. 
J'en ai eu pour mon argent.
Je vous mets le premier CD. 
Il couvre la période 1971/1975, où l'on pouvait encore croire qu'un jour, ça marcherait.