jeudi 9 octobre 2025

Kangding Ray - Sirāt Soundtrack (2025)

- Personne veut aller au Super U
racheter des champis ?
Peu importe que le film ratisse très large en termes d'allégories de l'épuisement de l'Occident - on peut même y voir sous un certain angle un clip de prévention un peu longuet contre les rave-parties illégales, financé en sous-main par le gouvernement marocain.
Sur le moment, c'est d'abord une chouette expérience de cinéma en THX® et gRRR (groupe de Réalité Réelle Ratée) qu'on n'est pas prêt d'oublier, surtout quand on a pris le soin de ne rien lire sur le film avant d'aller à sa rencontre, film qui retourne les boyaux et nous arrache la mousse des coussins longtemps après la projection, ce qui est désormais assez rare , et nous pensions à tort avoir déjà tout lu, tout vu, tout bu.
Avec ses oripeaux d'Easy Rider postmoderne, ses  minauderies dignes des films de droguiste de Barbet Schroeder jeune, ses tributs à Un taxi pour Tobrouk, au Salaire de la peur, au Burning man du Nevada et ses accès contemplatifs dignes d'Antonioni quand il était aussi rave qu'un céleri, il ouvre tellement de portes que chacun peut s'y découper à l'opinel dans les banquettes du van la signification ultime de son choix.
La bande-son, réalisée par un vrai DJ instille un univers auditif puissant qui assoit la crédibilité de cette fuite au désert d'une communauté de marginaux plus préoccupés du bien commun que bien des députés métropolitains, dans un contexte d'effondrement sociétal et un climat de fin du monde.
En plus, c'est un Français qui signe la musique, et il a fait plein d'autres disques très intéressants, pour peu qu'on soit sensible à l'électrotech minimaliste parcourue de glitches et saupoudrée de stridulations d'élytres !

6 commentaires:

  1. Aaaaaaah je ne l'ai toujours pas vu ce film ! Merci.

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  2. De rien. Le film étant assez rentre-dedans, il serait prudent de ne me remercier qu'après l'avoir vu : il est possible qu'alors tu me voues aux gémonies. Heureusement que des gens comme toi chroniquent des films un peu plus factuellement que je ne le fais avec mes ressentis d'impressions...

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  3. Hahaha c'est sans doute parce que je suis dans la catégorie factuel que j'apprécie autant le dépaysement comme par ici (allez, encore une fois : j'adore). Mais le spectre des réactions positives à ce film est très large, je suis vraiment curieux de voir ce que ça donnera chez moi.

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  4. Ah tiens ! Je reviens par ici, après l'avoir vu, enfin. Ben écoute, tout à fait d'accord avec ce ressenti, de film très rentre-dedans, je dirais même bien bourrin dans sa façon d'asséner ses symboles et ses allégories, mais étrangement le trip m'a suffisamment hypnotisé pour que ça ne me dérange pas plus que ça...
    Donc : merci pour de bon haha.

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    1. Dans mon camaïeu d'impressions photosensibles, j'aurais aussi bien pu évoquer le côté "terrorisme cinématographique" de la pelloche : on entre progressivement en empathie avec des personnes qui nous sont d'une radicale altérité (enfin toi je sais pas mais moi oui), et puis une fois que c'est fait, couic ! le réalisateur nous fait le coup du lapin. Mais c'est pas une impression, ça, c'est un début de raisonnement; alors que ce qui est très fort, dans ce film, c'est le sensoriel.
      J'ai lu des critiques cinéma du Monde parler de Sirat comme d'un "beau film nihiliste".
      Vais-je croire à cette absence de croyance ? Et me réfugier dans les comédies italiennes des années 60 ?

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  5. Hahaha de mon côté c'est cette même fameuse "expérience sensorielle" qui a bien marché voire fonctionné à fond (et qui a permis de fermer les yeux sur les irrégularités), alors que les gens avec qui j'ai vu le film ont trouvé le temps très long, mais c'est vrai qu'on dirait qu'il y a une forme de complaisance dans la façon de maltraiter les personnages les uns après les autres, limite comme dans un giallo sadique.

    (Sinon je ne me suis pas senti tant étranger que ça vis-à-vis du club de marginaux qu'on nous montre, sans partager leur mode de vie, mais c'est sans doute parce que je fréquente trop de festivals de type Aurillac...)

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