lundi 13 janvier 2020

Lovecraft Facts (5)

Et voici donc pas plus tard que tout de suite la célèbre recette du poulpe à la sétoise façon Lovecraft, pot aux roses autour duquel je tourne depuis une bonne quinzaine.
Tiens, non, ce n'est pas un extrait des Plus slurpeuses recettes de l'immonde, ce n'est qu'une des milliers de photos à la con qu'on trouve sur Internet,  photo à l'esthétique affirmée mais ambigüe, puisqu'elle joue sur plusieurs registres, dont celui d'un érotisme chic et malsain, photo à laquelle on peut faire dire ce qu'on veut, sauf ce qu'elle pense. 
Vous allez me dire, elle ne pense peut-être pas à grand chose, si ventre affamé n'a pas d'oreille, ventre plein encore moins, mais justement, on regarde peut-être la photo dans le mauvais sens. 
Peut-être que c'est la dame qui a voulu manger la bête après avoir regardé une émission culinaire un peu bourrative de David Cronenberg dans sa première période, et dont la position des mains sur sa poitrine indique à la fois la satiété, une volupté indicible, et peut-être un désir tardif de préserver ce qu'il lui reste de vertu en masquant sa nudité. Et elle a peut-être eu les yeux - qu'on devine gourmands et malicieux - plus grands que le ventre, parce qu'on dirait bien qu'elle cale un peu. Mais peut-être qu'il s'agit d'autre chose, et que c'est la bestiole qui a essayé de s'introduire dans la dame parce qu'elle a un mode de reproduction ovovivipare comme dans Alien, et qui se trouve obligée d'élargir certains orifices pour forcer son passage dans d'étroits boyaux avant d'aller y pondre quelque larve d'outre-espace.
En tout cas quelque chose d'innommable nous est suggéré, et réclame notre connivence, notre adhésion, ou provoque notre dégoût, notre indignation. Il y a 10 ans j'avais légendé la même photo "Alerté trop tard, le Comité de préservation de la faune sous-marine n'a pu intervenir" et si vous me laissez 10 ans de plus, j'en trouverai une encore plus rigolote, mais après on va encore dire que c'est le Warsen qui se mord la queue.
Qu'on ait lu Lovecraft ou pas, qu'on ait joué à des jeux vidéo plus ou moins bien inspirés de son univers quand on était petit, c'est un peu comme s'il jouissait d'une autorité spirituelle et d'un copyright de principe sur tous les trucs à base de tentacules. Littérairement, on se rappelle que c'est le champion très daté du préfixe privatif, même si c'était une super-bonne idée que les mots déclarent forfait pour décrire la source d'effroi, décrire c'est tuer la peur de l'inconnu.
Par exemple, cette nuit je rêve que je trouve devant mon garage une femme "déguisée" en agent de police, faisant semblant de monter la garde ; tout de suite ma conscience onirique me signale qu'il est impossible qu'elle soit un vrai flic, qu'elle n'a donc aucune légitimité à être en planque devant chez moi, en même temps que sur le plan vibratoire je ressens une horreur atroce, je la perçois comme un démon et un cauchemar énergétique digne du pire David Lynch, elle va me dévorer donc je lui saute dessus avant qu'elle m'explose à la figure, et je suis bien sûr réveillé par les cris de ma femme, qui est en train d'être molestée sans raison valable.   
Je me confonds en excuses.
Je n'ai pas tous les jours la chance d'être confronté au sentiment d'horreur cosmique.
Je reconnais qu'il est indicible.

En plus, c'est pas pour prétendre que ce début de peignée somnanbulique ait servi à quelque chose, mais quand même c'est troublant ces trous noirs : ce matin elle a retrouvé les clés de la boite aux lettres et son second jeu de clés de voiture, qu'elle nous accusait effrontément d'avoir égarés depuis deux semaines.
Qu'en conclure ? que comme rejeton illégitime de l'horreur cosmique, les photos de Richard Kadrey comme celle que nous avons vue au début de cet exposé, sont plus probantes que beaucoup d'autres hybridations. 
Avec des mitraillettes à chargeur camembert, je trouve que ça le fait moyen.
Il faut dire que Brubaker et Philips sont des stakhanovistes du climat "black et mortifère".
On les comprend : pour se consoler des horreurs du monde, et parfois du gâchis de sa propre vie, le tord-boyaux à base de criminels et d'existences foutues est ce qui se fait de plus efficace.

8 commentaires:

  1. Rappelons la scène culte de Old Boy où je me suis arraché les yeux pour savoir s’il y avait trucage ou pas.

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    1. Merci de ne pas l'avoir divulgâchée, je ne l'ai pas encore vu, et ne sais si je le verrai un jour. Il est vrai que le cinéma coréen est toujours plein de surprises.

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    2. Ah ben pour le coup, je te le conseille très fortement. Tous ses films sont intéressants.

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  2. Je n’avais pas tilté mais c’est une tradition de l’illustration érotique nippone cf en russe tant qu’à faire https://ru.wikipedia.org/wiki/%D0%A1%D0%BE%D0%BD_%D0%B6%D0%B5%D0%BD%D1%8B_%D1%80%D1%8B%D0%B1%D0%B0%D0%BA%D0%B0

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  3. Je dois être frappé du syndrome de Tyler Durden quand j'écris mes petits éditoriaux, parce que j'avais complètement occulté le "genre tentacule" : ce que google comprend et traduit de ton wiki russe, alors que le french wiki évoque avec plus de précision le "Tentacule érotique" https://fr.wikipedia.org/wiki/Tentacule_%C3%A9rotique.
    Et que j'ai été jadis fasciné par le hentai, bien que je désapprouve aujourd'hui que les enfants jouent avec la nourriture.

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  4. et ce qui est pas banal, comme dirait la concierge de Lovecraft, c'est que Hokusai, dont le tableau est une poutre maitresse du concept, a été cité comme influence de James Jean dans l'article précédent.

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  5. Mais alors, tout est dans tout !
    si James Jean se met au hentaï, j'arrête de me moquer de Matzneff.
    Et dès que je suis japonais, je fais un procès pour plagiat à Richard Kadrey.

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