samedi 18 janvier 2020

Alessandro Cortini - Volume Massimo (2019)

Vous n'êtes pas responsable de la tête que vous avez, mais de la gueule que vous faites. C'est ce qu'on lit parfois sur la porte du bureau de l'urbanisme où l'on vient humblement demander l'autorisation municipale de construire une cabane à poules au fond du jardin. Une fois la porte poussée, on découvre qu'ils font une tête pire que la  notre.
Avec ses grosses lunettes, Allessandro Cortini ressemble à un ingénieur des Ponts et Chaussées italien un peu suspect dans un giallo [ˈd͡ʒallo] de Dario Argento, mais qui mourra avant la fin, prouvant ainsi sa lâche sincérité de victime. 
Et un peu aussi à Winslow Leach, l’auteur-compositeur qui commence aussi mal qu'il finit dans Phantom of The Paradise.
Voilà pour les clichés.
Sans voir sa tête pour le moment.
Faut me croire sur parole.
Il n’y a pas de sot métier, mais Allessandro est claviériste dans Nine Inch Nails. 
Avouez que ça la fout mal.
Ongles de neuf pouces, ça fait longtemps que j'ai cessé d'être à l'écoute de leur petite entreprise d'épouvante sonique, bien avant qu'ils viennent cachetonner dans le bar minable des génériques de fin de la saison 3 de Twin Peaks. Je ne savais même pas qu'ils avaient un clavier.
Dans le disque d'Allessandro, dont j'ignorais tout avant de le connaitre, ça ne s’entend pas. 
Et on ne voit toujours pas sa tête. 
Ce qu’on voit sur la pochette, c’est deux hommes aux visages masqués par des ornements de cou qui sont à mi-chemin de l’abat-jour Ikea et du cache qu’on met à nos petits amis à poils, à plumes, à cornes et à dards pour les empêcher de se lécher le cul et/ou de s’arracher les fils avec les dents après l’opération. On suppose que le côté lampadaire/mégaphone sert à focaliser la lumière/le son qu’on diffuse sur une zone plus précise, et que le côté blague du vétérinaire permet d’entretenir la démangeaison sans infecter la plaie.
Musicalement, c'est un peu ça : le disque oscille malicieusement entre démangeaison et incandescence.
Incandescence parce que le son des synthés est chaud et analogique, comme dans ces vieux amplis guitare à lampe dont on attendait que le filament soit chaud pour entendre les plonks et replonks qu'on y jouait, monstrueusement amplifiés.
Son chaud et avec du sustain pour une musique froide et sans ornements, ou si peu.
Démangeaison parce que c'est musicalement frugal, on aimerait qu'il y ait plus à ronger autour de l'os, mais non, la fête s'est finie dans les années 70, on est entrés dans un monde post-rock, post-fun, post-tout et sans doute bientôt post-post, et comment ferai-je alors pour poster, et encore, selon les effondrologues les plus en vogue, on n'a encore rien vu.
De l'ambient énervée, agacée ? Quelque chose d'obstiné, en tout cas, retenu mais en tension, sourdement. Pour les catégorisations de spécialistes de la valse des étiquettes, je vous laisse voir avec mes collègues. Ils sont Légion. On murmure les noms de Boards of Canada, de synthwave, de neurasthénie atonale, à moins que j'invente à mesure. Et puis après, je vous laisse passer en caisse. Ca fait trois mois que je l'écoute, mais je viens juste de trouver la vidéo du morceau qui me séduit plus que les autres, et les mots pour le dire.



C'est musicalement retors, vous en conviendrez, mais au niveau vidéo, c'est un peu une image fixe. Comme l'avait osée Piotr Tenmin dans son célèbre film "L'Appel de la nature" tel qu'il est montré dans l'article de la désencyclopédie sur la narration non linéaire pour les nuls. C'est pour ne pas faire fumer les serveurs dans les souterrains climatisés de San Francisco et risquer de refoutre le feu à la Californie que Greta Thunberg a récemment appelé à ne mettre en ligne que des vidéos immobiles, à destination des inconscients qui écoutent de la musique sur youtube.
L'image fixe, c'est le vrai label qualité "développement soutenable" de la vidéo en ligne.
Si on veut s'encanailler un peu et faire la nique à Greta, on peut regarder en douce une vidéo un peu plus arty avec nos deux danseurs lampadaires contemporains qui bougent.



Avec leurs pas chassés et leurs petits quiproquos d'intermittents du spectacle qui projettent leur propre angoisse du lendemain parce qu'ils n'ont pas fait leurs 507 heures, ils font songer aux deux gardiens de phare du film "The Lighthouse" qui retiendraient leur propre lumière, mais l'article a du mal à s'écrire tout seul, alors il faudra revenir plus tard. 
Bon mais alors c'est où qu'on voit sa tête, à Allessandro, qu'on puisse dire du mal ?
Ben c'est là.



Et le disque il est où ?
Ben il est là.
http://exystence.net/blog/2019/09/27/alessandro-cortini-volume-massimo-2019/


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