dimanche 19 février 2017

The Doors - The End (1966)

Amis déclinistes & âmes déclinantes, bonsoir.
Le saviez-vous ? Quand il a écrit « The End », Jim Morrison cherchait juste un morceau pour mettre au bout de son premier 33 tours.
Il se disait qu’avec un titre comme ça, les gens comprendraient que le disque, il était fini.
C’était un gars pratique.
Son groupe s’appelait « les Portes » parce qu’il avait croisé Aldous Huxley au Bricodépot de Santa Fe et qu’ils avaient eu une conversation lumineuse sur les portes de douche pivotantes en 77/81 cm.
Huxley considérait qu’il vaut mieux les laisser fermées quand on a pris de la mescaline, pour concilier le légitime besoin de transcendance de l'être humain et son tout aussi légitime besoin d’intimité quand il prend une douche.
Morrison quant à lui les préférait ouvertes, et surtout nettoyées au Javel, pour ne pas tripper involontairement sur les taches de moisissure en les prenant par mégarde pour des aliens télépathes, et au risque de s'enrhumer les génitoires.


Jim mime l'ouverture en 77/81 cm
devant Aldous, médusé.

Quand il écrit «The End», Jim Morrison n’est qu’au tout début de sa carrière courte mais brève, mais comme il a été formé à l’école du Chamanisme iakoute du Dieu Poney, et qu'il a eu des expériences mystiques depuis tout petit dans les marges de ses cahiers, il bénéficie déjà d’un accès simultané à toutes les strates temporelles de son existence, et peut aussi bien évoquer le goûter à base de doughnuts et de beurre de cacahouète qu’il a pris dans l’après-midi du 5 avril 1952 dans un jardin d’Albuquerque, qu'anticiper par l’esprit son futur trépas dans une baignoire parisienne dans la nuit du 2 au 3 juillet 1971 (ce qui fut une façon assez élégante de résoudre in fine le dilemme des Portes de douche pivotantes en 77/81 cm).
A l'époque il a encore toute sa tête, et il se dit que sa fin prochaine fera un meilleur sujet de chanson que le goûter de ses 11 ans.
Il n’a pas tort. L’histoire du rock, Philippe Manoeuvre et Francis Ford Coppola lui donneront raison.



Malgré son titre prometteur, la chanson «The End» des Doors n'est pas vraiment l'hymne des déclinistes, qui lui préfèrent «Les Vieux» de Jacques Brel. 
Ou encore «Tiens, voilà du boudin», la revigorante marche officielle de la Légion étrangère en France. 
«Nos anciens ont su mourir / Pour la gloire de la Légion / Nous saurons bien tous périr / Suivant la tradition.»
Là, on aspire à sa propre fin, par les deux bouts du boudin, c'est clair.
C'est du pur déclinisme, sous ses oripeaux boudinesques charcutiers.
Mais cadencée à 88 pas par minute, la ritournelle satisfait peu aux exigences psychédéliques de Jim Morrison, qui réclament une scansion plus chaloupée. 
Et puis, «Tiens, voilà du boudin», c'est des vers à 5 ou 7 pieds.
Va essayer de boire de l’ayahuesca dans des vers à 7 pieds : rien que pour les porter à tes lèvres, tu vas en mettre partout sur la nappe.


La nappe.
Il est déconseillé de la laver à 90°.

C'est pourquoi Morrison se détourne assez rapidement de son idée première, qui est d'adapter «Tiens, voilà du boudin» en amerloque pour accélérer l'enrôlement des hippies pour le Vietnam, car ceux-ci renaclent devant la conscription. 
Ca l'arrangerait bien que la vermine gauchiste s'envole pour Hanoï, car il vient de quitter sa Floride natale et cherche un appartement sympa à San Francisco, de préférence un T3 + sdb dans le quartier Haight-Ashbury, mais on est en plein Flower Power, et pas moyen de trouver une piaule pour lui et sa copine.
Tant de contrariétés domestiques et immobilières le ramènent à ses démons, le grignotage de drogues douces, dites au lait, par opposition aux drogues dures (à croquer).


Un jour qu'il se promène sur la plage de Venice Beach, à peine légèrement bourré sous acide, le chanteur improvise l'histoire d'un assassin qui traverse une maison puis parvient à la porte d'une salle où se trouvent ses parents.
Il se laisse porter par son flow oedipien :
"The killer awoke before dawn, he put his boots on
He took a face from the ancient gallery
And he walked on down the hall
He went into the room where his sister lived, and, then he
Paid a visit to his brother, and then he...
He walked on down the hall, and...
And he came to a door, and he looked inside
Father?  Yes son ? I want to kill you
Mother, I want to..."
On le voit, c'est non seulement assez chamanique, mais même carrément chamanique ta mère, comme chanson.


Bien des années après la disparition de ce zélé propagateur du mythe freudien, le misérable Frank Zappa se livrera à une pitoyable parodie des complications oedipiennes de ce pauvre Jim.
Dans Tiny Sick Tears, on l'entendra déclamer :
"You take a mask from the ancient hallway
Make it down to your father's room
And you walk in
And your father, your tiny sick father
Is beating his meat to a playboy magazine
He's got it rolled into a tube
And he's got his tiny sick pud stuffed in the middle of it
Right flat up against the centerfold
There he is, your father, with a tiny sick erection
And you walk in and you say:
"Father I want to kill you"
And he says: "Not now, son, not now"



Ces gens-là n'ont rien de sacré.

_______

Dans le cadre de notre politique de transparence vis-à-vis des faits alternatifs évoqués dans cet article,  voici la liste des sources qui ont été torturées jusqu'à ce qu'elles avouent des choses qu'elles n'avaient pas commises :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jim_Morrison
https://fr.wikipedia.org/wiki/The_End_(chanson_des_Doors)
http://www.songfacts.com/detail.php?id=231
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Boudin_(marche_de_la_Légion)
http://wiki.killuglyradio.com/wiki/Tiny_Sick_Tears
http://www.lesinrocks.com/2017/02/08/actualite/drogue-plaisir-exactement-11911339/

Ah non, le dernier je n'ai pas réussi à le caser.
Ni l’attentat que Donald Trump vient d’inventer en Suède.
Je manque encore un peu d’entrainement.
Mais ça viendra.
Ou pas.

5 commentaires:

  1. Salaud de Santana. C’est ben vrai que The End dans Apocalypse m’a convaincu qu’il y avait une autre musique que celle de Joe Dassin. Et tu passes sous silence le film de Stone, ce qui est fort suspect.

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  2. C'est parce que je l'ai vu Stoned, je m'en rappelle pubien (à un poil près). Il existe aussi une parodie simpsonienne du film de Stone avec Homer qui fait un trip psychédélique après avoir ingéré le chili concarneau du chef Quimby assez monumentale.
    Ce qui m'étonne dans tout ça, c'est que plus je peaufine mes petites âneries en THX, moins j'en suis satisfait.
    Je pense que c'est juste pour contrer ma tendance à pontifier.

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  3. Cher Mr Warsen, on apprend plein de choses dans vos articles très instructifs. J'ai singulièrement aimé la nappe de Mr Kounen. Mais je me pose une question : si le photographe a bu de l'ayahuasca, il n'y a pas que la nappe qui se transforme ; l'appareil photo aussi. Dans ces conditions, comment a-t-il été possible de la photographier ?

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  4. J’avoue que je l’ignore, et que je n’ai pu pour l’instant trouver de wiki éclairant sur ce sujet. Peut-être faudrait-il envisager de le créer ? Il faudrait aussi poser la question à monsieur Coppola, qui est un génie de la stature de Francis Masse : dans le documentaire « Hearts of Darkness » sorte de making-off de Apocalypse Now, sur le tournage duquel on ne biberonnait pas que de la Badoit et on n’inhalait pas que de la farine, et dont le visionnage inspira la rédaction de mon modeste entrefilet, il raconte que les caméras se transformaient souvent en hélicopeutères vietcongs et les marlonbrandos en épaves bredouillantes, sans parler du fait que Martin Sheen s’est fait mordre par un infarctus après 6 semaines de tournage, et pourtant le film a fini par se faire. La discipline militaire qui régnait sur le plateau lui a sans doute permis de pallier à ces impondérables. Discipline qui fit défaut jusqu’à la fin à monsieur Morrisson, sans quoi il aurait eu la décence d’enfiler un pyjama avant de rendre son âme à Dieu dans sa baignoire.

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