lundi 18 janvier 2010

La gueule ouverte



Je fais pas mal de soins dentaires ce mois-ci, et c'est l'occasion de redécouvrir un court-métrage qui m'avait terrifié il y a 20 ans, beaucoup moins maintenant parce que je vois les ficelles, et qui préfigurait en quelque sorte la nouvelles génération de tortureurs-de-spectateurs-pas-tout-à-fait innocents qui allaient accoucher des Saw, Hostels... et dévoyer un genre mineur qui n'avait pas besoin de ça.
Ce vers quoi les films d'horreur tendaient alors, à leur façon pataude : induire une stupéfaction lovecraftienne, Lovecraft étant le maître étalon de la terreur quand on a 17 ans, qui inspirerait la terreur sacrée du Mal (qu'il soit incarné par d'occultes et malfaisantes entités ou des humains peu respectueux des enseignements du bouddhisme), et par contrecoup inclinerait à suivre des rêgles de droiture pour éviter de tomber dans des travers de porc, bien qu'on ne soit jamais à l'abri d'être sur la trajectoire d'un de ces malades mentaux et prétendus génies du mal (la mythification du Mal étant le dommage collatéral le plus affreux de l'aventure) dont les scénaristes facétieux et fatigués sont si friands.
Bref, des films moraux.
Ce que ne sont plus les films de trouille d'aujourd'hui, partis en live dans la surenchère pour contenter un public adolescent déjà gavé de gore par les jeux vidéo et le journal télé d'hier, et peu sensibles aux admonestations parentales.
Pour justifier le caractère éprouvant de ces films quand on les a laissés prendre un ascendant émotionnel sur nous, comme quand on confond pitié et compassion, on dit parfois "oui mais c'est un film sur l'Existence du Mal."
Tu parles.
J'en apprends plus sur le Mal en lisant les commentaires malintentionnés des démoneaux qui squattent des bloggueurs bien intentionnés (Moréas ou Assouline ) qu'en visionnant des courts-métrages d'épouvante. Les Monty Python auraient donné la pleine mesure du personnage du dentiste, qui ne franchit pas ici la frontière de la cocasserie.
Heureusement que je ne suis pas hypocondriaque.
Du coup, j'ai beaucoup plus de tendresse pour les films fantastiques qui, partant de la vie quotidienne, osent inventer une poésie plutôt que rebattre les cartes du mauvais sort.
C'était une soirée thématique sur le câble ou sur Canal+ il y a 20 ans, c'est les deux films qui m'en sont restés, et le plus excitant dans toute l'affaire ça a été de traquer les films sur internet à partir de souvenirs pas frais et de la tranche de foie de veau d'hier soir au souper.

Kitchen Sink \ Alison Maclean [1989] from veana on Vimeo.



La semaine prochaine, je vous parlerai de ma coloscopie.

3 commentaires:

  1. je viens de visionner le A. Maclean, merci de m'avoir remis en mémoire cette réalisatrice d'origine néo-zélandaise qui n'a réalisé je crois que 2 long-métrages : les formidables "Crush" et "Jesus'Son" !

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  2. argggggggh, la 2ème partie de "On Edge" n'est plus accessible ! :-(

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  3. Tout est impermanent.
    C'est marrant, ils ont laissé le début, ça laisse le suspense.

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