vendredi 20 mai 2016

Murmure du monde (Compilation ECM 1999)

Murmure du monde (sampler Ecm)
par Francois Branchon le 01/02/1999

Le label ECM fête ses trente ans. Depuis le jazz des débuts, il s'est enrichi de musiques classiques et contemporaines (les "New series"), d'expériences transversales (les mélanges de Jan Garbarek par exemple). Fort de sept cent références, il est devenu une institution, comptant ses inconditionnels adeptes d'enregistrements parfaits comme ses détracteurs, fustigeant le son trop propre, l'atmosphère déshumanisée des productions, l'esthétisme hermétique des visuels. On n'a pas ici de position de principe à ce sujet : on en a détesté certains comme aimé d'autres. Ce disque catalogue permet de se faire une belle idée, puisque s'y retrouvent les excellents manieurs de rythmes Anouar Brahem, Zakir Hussain, Egberto Gismonti et Codona (le groupe du défunt Colin Walcott avec Don Cherry et Nana Vasconcelos), les plus atmosphériques Stephan Micus, Jan Garbarek et Nils Petter Molvaer (le Miles de "Bitches brew" en version électro-samplée norvégienne), le violoncelle caressant de David Darling, le classique Dino Saluzzi et aussi le plus rebutant Tomasz Stanko. Précisons que ce disque, réalisé en collaboration avec les Editions Autrement n'est disponible qu'en librairie, offert pour l'achat de deux de leurs ouvrages.

De la musique hors des sentiers des oreilles battues, des contingences, des nécessités formelles et des vicissitudes du marché, et pour tout dire intemporelle.

http://www.mediafire.com/download/bv77e1uh0c2l4c9/MdM.zip

jeudi 19 mai 2016

Robert Fripp, David Singleton, Andrew Keeling - The Wine of Silence (2012)

 Pour J.G, où que tu sois rendu, comme on dit à Nantes.
Ce disque est très "Requiescat in paquets", et me fait venir par moments les larmes aux yeux que ta mort n'a pas pu m'arracher.

The unique contents of this release are hard to divine from the cover, which lists three contributors: British progressive rock guitarist Robert Fripp, his longtime producer David Singleton, and composer Andrew Keeling. Together they accomplish something that has been done in parts before, but never in toto. The genesis of the work begins with Fripp's Frippertronics, improvisations that made extensive use of tape loops to build larger structures. These evolved into what Fripp called Soundscapes, which used digital electronics to replace and expand upon the tape component. This album is based onFripp's Soundscapes, which have been subject to two further steps. First, Singleton, with Keeling's help, scored them for orchestra. This kind of thing -- scoring classical-influenced rock improvisations for orchestral instruments -- has been done by the New York ensemble Bang on a Can and other groups, although not precisely with the effect Fripp and company accomplish here. The second step is more novel: the orchestral (and in two cases choral-orchestral) pieces are then subjected once again to electronic manipulations, many of which seem to divide the forces spatially. What's the overall effect? The group of pieces as a whole is quasi-sacred, and all the overlapping textures build and recede quietly in a manner a bit reminiscent of the music of Arvo Pärt. If you like the Eastern European minimalists, you'll probably like this recording; if not, you may find it a bit ponderous, with too many undifferentiated events happening at once. But even those at the negative reaction extremes will find a good deal of interest in the possibilities this unique concept opens up.

http://www.allmusic.com/album/the-wine-of-silence-mw0002342449





http://www.mediafire.com/download/bskb4oal4wk4zmb/RF_TWOS.zip




mercredi 18 mai 2016

J.G. est mort

J'ai bien fait d'aller le voir hier.
C'est les meilleurs qui partent les premiers.
C'est pas à E.G. que ça arriverait.

mardi 17 mai 2016

J.G. est vivant

Je me dis que je peux aller voir J.G. demain après-midi, s’il est toujours là. J’appelle V. pour savoir dans quel pavillon il est. Elle me dit qu’ils vont le débrancher ce soir (il est sous oxygène), que demain il sera trop tard. Alors ça me prend comme une envie de chier, j’y vais pendant ma pause déjeuner. Pas de tramway, du fait de la manif contre la loi travail. Tant pis. Pedibus cum jambis. Des tas de gens sillonnent la ville dans une atmosphère bon enfant, hormis les grappes de CRS massés aux points stratégiques, lourdement casqués et armés. Une fois sorti du centre-ville, les tramways assurent le traffic vers la périphérie. Quand j’arrive dans la chambre de J.G., il est en train de manger une assiette de boeuf-carottes de bon appétit, en pyjama d’hôpital, ces sortes de longues blouses en papier bleuté qui s’arrêtent au genou. Il n’a pas l’air du tout d’être en train de mourir. D’ailleurs, c’est bête, d’avoir écrit « J.G. est en train de mourir » : on peut parfois agoniser, mais « être en train de mourir », ça n’existe pas. La mort est un bref passage, l’inverse de la naissance, pas de la vie. La vie n’a pas de contraire. J’ai dû lire ça chez les bouddhistes. Les collègues qui sont arrivés avant moi pour rendre visite au mourant (sic) me disent qu’il leur a dit que tant de monde venait le voir qu’il avait repoussé sa mort au lendemain. Ils s’en vont en sanglotant. Je comprends que c’est éprouvant de converser avec quelqu’un dont on sait qu’il sera mort demain. Nous voilà seuls. Je fais quelques blagues, je lui demande où ça en est cette petite black qu’il devait me présenter à Noël 2013, il me répond que c’est assez mal engagé. Il est serein, il a mis sa maison en ordre, et préfère qu’on le débranche plutôt que de descendre à 23 kgs, vu qu’il a un cancer génomique (?) incurable. Il me remercie d’être venu le voir, malgré notre peu d’intimité, on a passé de bons moments ensemble au boulot quand moi-même j’étais un « rigolo » (quelqu’un qui se complait dans un rôle de personnage facétieux ou grotesque, trait de caractère que nous partagions et qu’il n’a jamais abandonné). Je lui dis d’aller vers la lumière, il me répond « je sais, Inch Allah ». Je me sens mal, je m’asseois sur la chaise, puis par terre, m’excusant de peut-être tourner de l’oeil, la charge émotionnelle d’assister au dernier repas du condamné est trop forte. Je regarde ses pieds nus, stupidité par mon malaise. Il me tend son brumisateur, je m’hydrate, mais je dégouline de sueurs froides, et ça continue à tourner. La conversation s’épuise rapidement, je l’embrasse et lui dis au revoir, et à un de ces jours, et je sors de sa chambre, les jambes flageolantes. Je me fais serrer dans l’ascenceur par des infirmières qui me trouvent un peu décomposé, me forcent à m’asseoir dans le hall, me font boire une petite bouteille d’eau et manger un sachet de sucre. Je me dis que mon fils, qui n’habite pas très loin, va me payer un café. Je l’appelle, il rentre juste de la manif, on n’a pas bouffé, je l’invite à déjeuner au burger d’à-côté, c’est son anniversaire, il est content. Il me dit de ne pas être triste, que la vie continue. C’est aussi ce que m’a dit J.G. Je regrette de ne pas lui avoir demandé s’il avait aimé et été aimé, mais ça ne me regarde pas.

samedi 14 mai 2016

J.G. est en train de mourir


Il est à l’hôpital depuis 1 semaine et demie, il y est entré pour des examens, il avait de l’eau dans les poumons. Ils lui ont trouvé un cancer du poumon qui s'est généralisé, des métastases partout.
Il va mourir, c’est une question de jours.
Faut pas aller à l’hôpital.
Pour l’instant il est dans le déni, faut le comprendre, il devait sortir hier.

Je le connais parce qu’il est journaliste, qu’on a travaillé ensemble, que c’est un bon camarade, toujours prêt pour la déconne. Un peu trop, d'ailleurs. Il est incapable de parler sérieusement. Il s’était spécialisé dans le fait divers sordide, il connait tous les flics et tous les avocats de la région. Toujours de bonne humeur. Il a deux filles de 10 et 12 ans, dont je connais bien la maman (séparée de J.G.) pour l’avoir emmenée quelques semaines en réunions A.A. avant qu’elle décide que les bondieuseries, ça allait bien comme ça, et que les A.A. c’était une bande de culs bénits, et qu’ils aillent se faire voir. Je sais qu’elle repicole de plus belle, elle ne m’appelle plus. Je ne vais pas lui courir après, l’attrait vaut mieux que la réclame.

Les autres trucs avec J.G, c'est qu'il a toujours vécu sa vie comme un acteur comique. Il jouait un rôle de sa composition, comme un autre J.G : José Garcia dans Rire et Châtiment. Le mec tellement drôle, tellement dans la joke infinie (j'ai vu J.G psalmodier pendant des jours le discours en pseudo-allemand de Charlie Chaplin dans le Dictateur, ou parfaire son imitation de Jean-Marie Le Pen) que sa femme se barre tellement elle en a marre de vivre avec un plaisantin. Dans le film comme dans la vraie vie de J.G.

Comment va-t-il se confronter à la mort ?

Dans l’Infinie Comédie, livre-monde illisible de 1500 pages et de David Foster Wallace, que je lis en pénitence de mes péchés contre l’esprit (je ne commets plus de péchés contre la chair car je n’ai plus les moyens) je tombe sur ce passage, sans doute inspiré des longues conversations que l'auteur a eues avec les A.A. de Boston :

« Pendant un Engagement du groupe Drapeau blanc chez le Groupe Ça Fait Chier Mais Faut Pas Boire Quand Même à Braintree en juillet dernier, Don G., sur l’estrade, confia publiquement sa honte de n’avoir toujours pas bien compris ce qu’était une Puissance Supérieure. La 3e des 12 Étapes des AA de Boston consiste à orienter sa volonté Malade vers l’amour de « Dieu tel que nous Le concevons ». La liberté de choisir son propre Dieu est l’un des arguments les plus vendeurs des AA. Vous fabriquez vous-même votre propre conception de Dieu ou d’une Puissance Supérieure ou de Qui/Quoi que ce soit. Or Gately, au bout de dix mois d’abstinence, sur l’estrade du CFCMFPBQM à Braintree, explique qu’il est totalement désemparé et pense qu’il est peut-être préférable que les Crocodiles du Drapeau blanc le secouent par les revers de son blouson et lui disent clairement quel est le Dieu des AA, lui donnent des ordres dogmatiques et stricts afin qu’il puisse enfin orienter sa volonté Malade vers cette fameuse Puissance Supérieure. Il a déjà observé que certains catholiques et fondamentalistes devenus des AA avaient depuis l’enfance la notion d’un Dieu sévère et punitif et il les a entendus exprimer leur Gratitude aux AA de leur avoir permis de passer à une autre notion, celle d’un Dieu aimant, miséricordieux et nourricier. Mais ces types-là avaient au moins une notion, merdique ou non, de Lui/Elle/Ça comme point de départ. On pourrait penser que c’est plus facile, justement, d’Entrer avec zéro schéma conceptuel ou nominal, que c’est plus facile d’inventer un Dieu Supérieurement Puissant à partir de nib et de s’en forger une idée, mais Don Gately assure que ça n’a pas du tout été le cas pour lui jusqu’ici. Ce qui se passe, c’est qu’il suit les conseils spécifiques parcimonieux des AA, s’agenouille chaque matin pour demander de l’Aide, puis chaque soir au coucher pour dire Merci, qu’il ait l’impression de parler à Quelqu’un/chose ou non, et qu’il a réussi à rester sobre jusqu’à ce jour. Mais sa « conception » de « l’angle Dieu », après dix mois de concentration et de réflexion à s’en faire fumer les esgourdes, s’arrête là. Publiquement, devant des AA plutôt durailles et peu enclins à la rigolade, il déclare, à la fois comme un aveu et une plainte, qu’il se sent comme un rat de laboratoire auquel on a appris un seul itinéraire pour atteindre le fromage et qui trottine, trottine ratiquement dans le labyrinthe. Le fromage étant Dieu dans la métaphore. Gately n’arrive pas encore, dit-il, à accéder à une Vue d’Ensemble spirituelle. Le rituel des prières quotidiennes S’il vous plaît et Merci lui donne l’impression d’être un batteur au base-ball qui aligne les coups gagnants et qui, par superstition, refuse de changer de slip, de chaussettes et de routine d’avant-match tant que la série continue. La sobriété étant la série de coups gagnants, explique-t-il. Le sous-sol de l’église est complètement bleu de fumée. Gately trouve que c’est là une conception assez bancale d’une Puissance Supérieure : un itinéraire fromager ou un athlète pas lavé. Il dit que, quand il essaie de dépasser les formules élémentaires automatiques apprises par cœur, du genre Aidez-moi-à-tenir-encore-une-journée-s’il-vous-plaît, quand il s’agenouille à d’autres moments pour prier, méditer, tenter d’arriver à une Vue d’Ensemble spirituelle haut de gamme d’un Dieu selon son entendement, eh bien alors là, c’est le Néant – pas simplement rien mais le Néant, un vide sans limite qui lui paraît pire encore que l’espèce d’athéisme irréfléchi qui était le sien quand il est Entré. Il dit qu’il ne sait pas s’il s’exprime bien, si tout cela a un sens ou si c’est juste symptomatique d’une volonté et d’une « spiritualité » absolument Malades. Et le voilà en train de confier au public de Ça Fait Chier Mais Faut Pas Boire Quand Même des pensées douteuses et obscures qu’il n’aurait jamais osé exposer, d’homme à homme, à Francis le Féroce. Il n’a même pas les couilles de regarder F. F., dans le rang des Crocodiles, au moment où il avoue que cette histoire de conception de Dieu lui donne envie de gerber de trouille. Quelque chose qu’on ne peut ni voir, ni entendre, ni toucher, ni sentir. Ça, d’accord, à la rigueur. Mais quelque chose qu’on ne peut même pas ressentir ? Parce qu’il en est là quand il cherche une entité quelconque à laquelle il pourrait adresser des prières sincères. Le Néant. Quand il essaie de prier, voilà ce qu’il voit dans sa tête, voilà l’image qu’il se fait de ses prières, des ondes cérébrales, un flot ininterrompu, qui irradient sans fin dans l’espace, au-delà de lui-même, sans jamais rencontrer quoi que ce soit, encore moins quelque chose avec des oreilles. Surtout pas quelque chose avec des oreilles, qui l’écouterait un tout petit peu sans s’en tamponner le coquillard. Ça lui fout vraiment les boules, il a honte de parler de ça au lieu de se féliciter d’avoir passé une journée de plus sans ingérer de Substance, seulement voilà, c’est comme ça. Et puis c’est tout. Il n’est pas plus avancé, rapport à la 3e Étape, que le jour où le contrôleur judiciaire est venu le chercher à la maison d’arrêt de Peabody Holding pour le conduire en désintox. Cette idée de Dieu le fait gerber, c’est tout. Et lui fait peur.
Et ça recommence, toujours pareil. Le groupe de gros fumeurs de CFCMFPBQM se lève, applaudit, les hommes sifflent avec deux doigts et rappliquent pendant la pause-tombola pour lui serrer la pogne ou parfois même essayer de l’embrasser.
On dirait que chaque fois qu’il se laisse aller à révéler publiquement tout ce qui foire dans son abstinence, les AA de Boston lui tombent dans les bras pour lui répéter que c’était bon de l’entendre, qu’il doit Continuer à Venir, pour eux sinon pour lui, quelle que soit la signification de cette putain de formule. »


C’est assez bien vu, à défaut de parler aux gens qui ne fréquentent pas les A.A. J'ai eu longtemps les mêmes problèmes que Don Gately. Je crois que je peux me préparer à retourner aux AA après la mort de J.G. avec son ex. Ca ne peut pas me faire de mal, je suis un peu en dehors du programme depuis quelques années. Faut juste qu'elle ait à nouveau envie de s'en sortir.

Aujourd'hui elle doit amener ses filles à l'hôpital pour qu'elles disent au revoir à leur papa.

Ce qui me fait chier, c'est que J.G. avait arrêté de fumer sans difficulté il y a 10 ans, que le cancer du poumon l'a pris en traitre au lieu de s'attaquer à un(e) journaliste de la station dont je tairai le nom qui a eu son diplôme dans une pochette surprise, et que J.G. n'a pas eu le temps de faire ses valises ni de nettoyer sa maison avant son départ proche, contrairement à mon ami J.M, qui a eu trois ans de chimio pour se préparer avant de nous quitter en juin dernier.
J'éprouve donc un sentiment d'injustice divine, malgré mon peu de représentations religieuses.

L'autre truc qui me fait chier, c'est qu'à un Noël récent, je m'étais ouvert à J.G. de mes tendances blackophiles, et que lui, toujours le coeur sur la main, m'avait promis de me présenter une de ses copines bien bronzées pour que je lâche le fantasme pour la réalité. Là, ça me parait assez mal engagé. 
Tu fais chier, J.G.

mercredi 4 mai 2016

Mon voisin n'est plus

J'ai appris que mon voisin d'en face est mort dans la nuit, à 53 ans, d'un cancer du poumon.
Je n'étais même pas au courant qu'il était malade.
Carpe diem.

lundi 2 mai 2016

Hubert Mounier n'est plus

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2016/05/02/mort-d-hubert-mounier-fondateur-du-groupe-l-affaire-louis-trio_4912312_3382.html

C'est la meilleure mauvaise nouvelle de la journée.
L'homme aux mille vies (produit par le bassiste d'XTC) et Mobilis in Mobile sont d'excellents albums de french rock'n'variété.
53 ans, crise cardiaque.
Carpe Diem.

mardi 19 avril 2016

Les aventures de Steve Roach et Robert Logan (2016)

Le premier est triste à mourir, genre piano glacé et stratosphérique à la Harold Budd + Brian Eno sans antideps



Le second est plus inattendu, rythmique et organique.

samedi 2 avril 2016

SÓLARIS by Ben Frost & Daníel Bjarnason (2011)

Découvert à l'écoute et en regardant la saison 1 de Fortitude, Ben Frost signe ici un hommage à tous les Solaris de la Terre : celui de Stanislas Lem, celui de Tarkovsky, et peut-être même celui de Georges, cloné...
L'album est vraiment splendide, bien qu'un peu froid...

samedi 27 février 2016

Dr. Phibes And The House Of Wax Equations : Whirlpool (1991)

Grâce à l'article précédent, j'ai découvert le Docteur Phibes.


Et le shoegaze.

Il va me falloir un moment pour digérer tout ça.
En attendant, je vous mets leur premier disque, qui me rappelle le premier Psychedelic Furs.
C'est dire.







http://www.mediafire.com/download/fjva6cf3v5yw11d/Dr._P_%26_TH_Of_Wax_E.zip