A l'enterrement de J.G.


Pratique de l'oraison funèbre.

Il y a chez moi une pensée magique non opérative mais bien ancrée, qui croit que s’affubler du masque de la Mort protège de la Mort.
(La pensée magique, c'est celle qui nous fait penser que les pratiques ont une vertu par elle-mêmes, même si nous n'en sentons pas l'effet, disait Daniel.) 
L'antidote à cette croyance erronée, c'est l'attitude de J.G. face à sa mort.
En 3 jours, il a traversé les phases du deuil (Déni, Colère, Marchandage, Dépression, Acceptation) et il était prêt à partir. Pourtant, s’il y a bien quelqu’un qui aimait la vie et qui en jouissait par tous les trous, c’était lui. Jamais vu un épicurien déconneur de ce calibre, et bien que je ne l’aie pas fréquenté en dehors du boulot, je ne pense pas que son recours au second, voire troisième degré permanent masquait une affliction mélancolique secrète. Je regrette de n’en avoir pas mené large lors de ma visite la veille de son décès qu’il avait programmé, m’a-t-il dit, pour éviter de devenir un zombie de 23 kgs du fait de son cancer foudroyant et incurable. Et j’ai oublié de lui faire la blague :
« tu sais pourquoi en Alsace y’a marqué PF sur les convois de Pompes Funèbres ?
- Pon Foyache ! »
Il s'était défait de tous les attachements en un temps record.
La question qu'il a posée malgré lui à ceux qui lui ont rendu visite dans ses derniers moments, ce n'est pas tant "Et moi, serai-je à la hauteur ?" que "Et moi, est-ce que je suis en vie ?"


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