samedi 24 novembre 2012

J'irai pisser sur ma tombe (King Crimson, 1973)





Je jure que je n'ai pas fait exprès de découvrir que les thuriféraires et les sycophantes s'étaient ligués pour sortir pour Noël un coffret regroupant 15 CD qui constituent l'édition ultime (on l'espère bien) de "Lark's Tongues in Aspic", oeuvre de jeunesse de King Crimson, soit 1973.
Curieux, ce groupe qui sort son mémorial de son vivant.
Les détails sont là :
https://www.burningshed.com/store/panegyric/product/362/4114/

J'ai commencé à écouter les premiers disques, mais hélas ! ce n'étaient que d'obscurs concerts enregistrés dans des salles anglo-saxonnes à l'acoustique douteuse, à moins que les techniques d'enregistrement de l'époque aient été globalement défavorables à la musique vivante, pas comme maintenant où le moindre clampin peut se pointer à un concert de Godspeed You ! Black Emperor avec un enregistreur numérique et réaliser un bon live, comme je l'expliquais ailleurs, et que le groupe diffuse depuis son wiki à titre gracieux...
Pour en revenir au Roi Cramoisi et Frippé, arrivé au cinquième sixième disque j'ai commencé à m'interroger sur pourquoi je m'infligeais un tel châtiment. 
Pourquoi s'acharner à re-construire une discographie en concert qui a déjà trouvé ses limites quand on sait que les amateurs éclairés possèdent dans leur discothèque le quadruple album live "the great deceiver", sans compter tous les albums qui ont été publiés sur le label que Crimson a créé de toutes pièces pour rassasier les inassouvissables appétits de ses fans ?
Et puis pourquoi je fais une fixette sur la période de ma vie où j'ai le plus écouté cette musique crispante pour les uns, crispée pour les autres, période où je poursuivais moi-même des études fumeuses et acidues ? 
Tout en m'interrogeant sur ces identifications grossières, j'ai commencé à déterrer des pépites, de plus en plus grosses : l'album studio entièrement remixé, et on dirait qu'ils ont distribué des nouvelles oreilles pour l'écouter, des chutes de studio de work in progress assez bien fichues (où l'on vérifie qu'ils n'étaient pas là pour rigoler) et des prises alternatives de la plupart des morceaux du disque d'origine, qui résonnent comme quand au cours d'un songe on découvre des tableaux de Dali ou de Picasso qu'on ignorait, on reconnait la patte du maitre mais l'oeuvre nous était inconnue, et c'est normal puisque c'est notre esprit qui la crée à partir de sa base de données actualisée en temps réel.
Et puis alors, que ferions-nous sans cette foutue culture intellectuelle, musicale, littéraire, cinématographique... nous serions obligés de pratiquer Vipassana, et c'est là qu'on les verrait, les glandus.
On peut aussi ricaner dans les ténèbres en méprisant le rock progressif et le reste de l'humanité, mais le résultat est karmiquement douteux. 

Du coup je mets les CD 10 et 12 ici :


Le flasque et l'enclume, qui vous salue bien.

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