mercredi 25 janvier 2012

On n'est pas de bois

8 heures 45 du matin.
Dès la sortie du tramway, mes organes internes m'envoyent un mail de confirmation de l'extrême utilité de vidanger les ballasts avant de rejoindre le bureau, pourtant à portée du biniou de Guillaume, mais le mien est nettement plus court.
Je m'engouffre en feignant la décontraction dans un estaminet du bas-Nantes idéalement situé sur mon parcours.
 Les ballasts une fois vidangés, je sirote un petit black au zinc, moment de bonheur inattendu autant qu'appréciable, en attendant que la vague d'optimisme, qui ne saurait tarder, fidèle au rendez vous que l'almanach des marées de Perros Guirec lui a implacablement fixé il y a longtemps puisque c'était écrit dans le journal, me permette de remonter la rue avec aisance, entrain et à pied pour respecter les préceptes écologiques du déplacement du râble que je me suis fixés dans mon Fjord intérieur, puis de laisser la journée filer, à l'instar du maquereau au bout de son hameçon de 12,  sous le poids des dossiers à boucler pour hier qui s'entassent sur le coin de mon établi comme des mouches sodomites dès que j'ai le dos tourné, en rêvant d'attraper un bon petit coup de mou à la Steve Roach, un qu'est pus étanche depuis longtemps si vous voulez mon navire, prenez-le et bon vent.
 Pour l'heure je chancelle, et jerricane (petit réservoir) d'haut perché sur un tabouret de bar (poisson délictueux quand il est assez zôné), qui semble encore plus branlant que moi.
 Caisse je fais ? je sudjère au barremane de le faire réparer, ou pas ?
 Chez moi la fêlure est à l'irrémédiable ce qu'un coëfficient de 125 est à l'Equinoxe, qui laisse le bigorneau assoiffé sur la grève dans l'angoissante attente du flux salvateur qui doit prendre dans la conscience rudimentaire du bigorneau une forme peu conceptuelle, et pour ma part je l'accepte, c'est d'ailleurs à ce prix (c'est pas très cher au kilo, le bigorneau, surtout à la morte saison) que je puits asséché devenir abstinent, et perdurer, et merdurer aussi des fois, alors que ce pauvre tabouret de bar n'a d'autre liberté que d’accueillir vingt culs les séants qui s'offrent à lui toute la sainte nitouche journée.
Mais d'autres clients, moins avertis et plus imbibés que moi (surtout que depuis que j'ai fait pipi, c'est à dire il y a peu, remonte d'un paragraphe si ça t'est sorti de l'esprit mais ce n'est pas très bon signe, fidèle lecteur à la mémoire traitresse, j'ai atteint une côte de non-imbibation presque inédite dans les annales de ce débit de boisson) pourraient choir d'icelui (le tabouret, remonte d'un paragraphe si ça t'est sorti de l'esprit mais ce n'est guère encourageant pour la suite, fidèle lecteur à la mémoire qui tourne vin aigre) se fissurer la margoulette au point d'en attraper des contusions internes indétectables à l'oeil nu, et si mon silence en est co-responsable, en sera-t-il déclaré coupable au Tribunal de ma Conscience qui se réunit derrière l'église tous les 36 du mois des années bissectrices sauf les wouikendes, les veilles de wouikendes et les jours qui précèdent les veilles de wouikendes ?
D'un autre côté, si j'en cause au garçon de café, qui masque actuellement, et non sans un zeste de sournoiserie, avec toute l'énergie dont la jeunesse insouciante est chargée à bloc sans même lever le petit orteil du pied gauche, sa stupéfiante ressemblance avec Donald Sutherland sous une somnolence revêche en astiquant un pichet de rosé de calibre prêt à gaver, et qu'il entrepred de le réparer, ce fichu tabouret cessera de branler, et un tabouret abstinent dans un bar à pochtrons ne risque-t-il pas de faire fuir la clientèle et de réduire notre ami Donald à la mendicité, le précipitant ainsi dans l'alcoolisme sous l’œil vitreux et compatissant de l'invincible armada de travailleurs sociaux contractuellement contraints par l'Etat de l'aider à modérer sa consommation, même si au fond d'eux-mêmes ils sont impuissants devant l'alcool de l'Autre et que le tabouret n'est pas très haut ? il parait que ça fait quand même moins mal.
Encore une journée compliquée qui s'annonce.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire