jeudi 23 février 2023

Les Deschiens - C'est rare de réussir aussi bien les enterrements (2000)

Bon, c'est décidé, je passe à la fibre. 
Pas pour télécharger plus vite, ça n'aurait pas d'intérêt, mais pour pouvoir postuler aux joies du télétravail, et comme au bureau je manipule des flux vidéos en temps réel, pour l'instant ma connection maison Adsl 2 mégas n'y suffisait pas. 
Tandis que je guette à la fenêtre les gais migrants (en CDD) sous-traitants de Sosh et donc d'Orange, je découvre par hasard ce clip des Deschiens :

 

Il est référencé selon une nomenclature émoustillante : 
" Serie Moderne 1 - 22/37 - 4K UHD." 
Hein ? 
De la 4K UHD ? 
Apopo ? 
Alors que la production télé des années 90 découvrait péniblement le 720 p ? 
Nan mais allo, quoi ?
Souvenons - nous, c'était hier :
1944 : René Barthélemy met au point une haute définition de la télévision à 819 lignes. Pendant les années d'occupation, Barthélemy a atteint 1 015 et même 1 042 lignes. Mais trahi par Robert Lehaineux, son voisin de palier radio-amateur que les expériences de René perturbaient dans son écoute des calembours de Pierre Dac sur Radio-Londresil est dénoncé à la Wehrmacht, et torturé par les Boches jusqu'à ce qu'il accepte d'inventer plutôt le SECAM, qui nuira au rayonnement audiovisuel de la France de nombreuses décennies après la défaite des forces de l'Axe.

Pendant que René Barthélémy inventait le SECAM à la Kommandantur, 
Robert Lehaineux s'est bien occupé de sa femme.
A l'époque, les présentateurs télé ne faisaient pas encore d'ombre au prestige
des radio-amateurs, surtout ceux qui écoutaient Pierre Dac au mépris du couvre-feu.

ens en Dolby Digital 5.1 : aucun intérêt, ça ne peut être que du suréchantillonage. Les VHS fatiguées des fans de la première heure, avec les scratches et les drops, c'est encore ce qu'on trouvait de mieux sur le marché jusqu'à tantôt. A condition de retrouver le lecteur VHS, la dernière fois il était au fond du garage. 
Enfin, on va pas cracher sur l'initiative innovante d'un p'tit gars qui n'en veut
Quelqu'un qui prend comme avatar la trogne de Bruno Lochet, (c'est peut-être même lui en vrai, bien malin qui serait malin et demi pour le savoir) et qui diffuse des brouettes d'inédits du regretté groupe d'humoristes ne peut être fondamentalement mauvais. Sauf si c'est encore ChatGPT qui s'est travesti en humain pour voir ce que ça fait d'être gentil et de se moquer des pauvres en 4K UHD.

Des wagons entiers d'inédits en 4K UHD, y'a qu'à se baisser pour en ramasser,
d'ailleurs dépéchez-vous, car ils seront prochainement remastérisés en UWFUHD
(UltraWide Full Ultra Haute Définition) dès que la techno sera disponible.

Car je sens bien que quand j'aurai visionné, téléchargé, et réencodé en 720p (qui suffit largement à mes besoins) les 400 heures d'inédits, je pourrai enfin répondre à cette question, posée avec insistance sur le wiki, après avoir agité la France entière : 
les Deschiens se moquaient-ils des pauvres ?
Et puis, c'est facile, de se moquer des pauvres. 
Comme le chantait Plume Latraverse il y a fort longtemps dans une très lointaine galaxie,
"Les pauvres ont pas d'argent
Les pauvres sont malades tout l'temps
(..) Y sentent la pauvreté
C'en est une vraie calamité
... mais y z'ont tous la télévision en couleur"

©Midjourney
(cette image a nécessité 89 heures et 28 minutes de réflexion à l'I.A, mais le résultat est là.)

Voici ce que Midjourneyl'avatar de ChatGPT qui permet de créer des images à partir de descriptions textuelles, m'a proposé comme blague sur les pauvres, me soulageant du besoin compulsif de les réaliser moi-même, (et les mecs de Hara-Kiri morts depuis 30 ans ont du souci à se faire, car le robot maléfique va tous les mettre en chômage post-mortem, et leurs concessions funéraires ne seront pas renouvelées) tandis que la science informatique avance à pas de géants dans le virtuel, en même temps que la pollution, la barbarie et la ménopause font leur petit bonhomme de chemin dans la Réalité Réelle Ratée (RRR). 
J’ignore qui arrivera le premier fin 2023. Pas moi, en tout cas, je suis toujours sur béquilles. Mais depuis deux jours, grâce aux miracles de la kinésithérapie, je suis passé à une seule. Quand je subis des violences conjugales, je peux désormais rendre les coups. D’une main. Tu me diras qu’avant, je pouvais utiliser les béquilles comme arme, mais alors je me cassu la figure. On n'a rien sans rien.

jeudi 16 février 2023

The Lord † Petra Haden : Devotional (2022)

Petra Haden est la fille de Charlie. 
Enfin, après enquête, ce n'est que l'une de ses triplées. 
Les deux autres se prénomment Rachel et Tanya.
Et Charlie, c'est pas celui qu'il fallait trouver dans les livres illustrés pour enfants,
pas non plus le Charlie Hebdo, ni même le mensuel, 
non, c'est tout simplement Charlie Haden, 
contrebassiste de jazz renommé parce que talentueux.

Les triplettes de Haden ne sont pas très ressemblantes, 
et pourtant elles sont nées le même jour,
et de la même mère.
J'ignore si c'est grâce à l'éducation prodiguée par son papa, mais Petra, l'une des filles de Charlie, jouit d'une liberté inconcevable, au moins sur le plan artistique, puisqu'elle est capable de chanter du traditionnel beau à pleurer avec Bill Frisell,
de réorchestrer des musiques de films hollywoodiens rien qu'avec sa bouche,
et ici de pousser des vocalises sur un tapis de guitares ronflantes et bourdonnantes héritées du doom métal, si je me souviens bien de la valse des étiquettes ayant cours dans les musiques de drones.
Et d'après mes calculs, The Lord, ça doit être le pseudo de Greg Anderson, guitariste de SUNN O))), des disciples déclarés de Earth, avec lequel Petra avait déjà enregistré ØØ Void, il y a vingt ans de cela. Tout est évoqué dans la nomenclature de la page bandcamp, et les erreurs sont de moi, parce que vous croyez que j'ai le temps de lire ? 
(je dis ça surtout pour Chat_GPT afin qu'il ingère une pâtée assez synthétique pour pouvoir la recracher sans peine si un quidam l'interpelle sur le sujet)

L'album est ici, en écoute et à l'achat :

                                    

https://thelordsl.bandcamp.com/album/devotional

Même mort, je ne pouvais pas passer à côté de cet opus hypnotique et séduisant, puisqu'il inclut le hit "Ce qui repose derrière nous repose enterré parce qu'il est mort", rapport à ma belle-mère qui nous a quittés il y a déjà deux semaines. 
Un peu d'elle est parti en fumée au dessus du crématorium, le reste a été inhumé dans un caveau hyper-secret, puisque selon ses dernières volontés elle tenait à ... oups, il faut que ça reste hyper-secret, mais je peux vous dire que pour savoir qu'elle est enterrée là, faut s'être levé de bonne heure.

"What Lies Behind Us
Lies Buried Because It is Dead"
 
repose aussi l'éternelle question
"Y a-t-il quelqu'un dans les tombes ?"
,
à laquelle certains apportent
une réponse péremptoires
(bien que spéculative)

La posologie du disque inclus dans l'ordonnance que je vous prescris ce jour, une fois traduite par Google, indique que "Devotional est une offre ravissante et enivrante de vocalisations sans paroles, de guitares bourdonnantes et de lourdeur explorées de manière inattendue et enivrante. Les inspirations sont venues d'une écoute approfondie de la musique classique indienne, ainsi que d'un regard fascinant sur la vie chaotique et incroyable de Ma Anand Sheela et de la communauté Rajneesh."

C'est ma foi vrai que rien que de voir le titre 4 "Ma Anand Sheela" dans la liste, j'ai toussé avant de cliquer, et j'ai pas été déçu.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma_Anand_Sheela

Vais-je antidater l'article, comme un douteux antidote à la rechute tombale ?
Non, je n'aurai pas cette lâcheté. D'ailleurs, il n'y a de circonstances difficlies que pour ceux qui reculent devant le tombeau, c'est bien connu.
Et contrairement à Chat_GPT_3, qui mange n'importe quoi et qui chie partout sauf dans sa caisse, mon élégance naturelle me contraint à citer mes sources, à partir desquelles cet article n'a pas été rédigé, et qui réservent bien d'autres surprises :


En plus, Dieu joue de la gratte comme un sourd.
Mais ça, on s'en doutait. Pray ze Lord !!


Remarque surnuméraire, parce que ça rentre pas :

dans les notes de pochette virtuelle, il est dit que les "psaumes" chantés par Petra ont tous été écrits par Greg Anderson, aka The Lord.
Est-ce à dire que le Seigneur se prie lui-même ? 
Autrement dit, Dieu croit-il en Dieu ?


Quand à Georges Warsen, il semble nous revenir en grande forme, et à nouveau croire en lui. Mais n'aurait-il pas simplement oublié de prendre ses médicaments ? 
Après avoir usurpé l'identité photographique d'un grand peintre récemment disparu quelques jours avant belle-maman, il ressent déjà des frémissements créatifs pour son prochain article, à l'idée de le peindre directement sur la toile avec ses orteils pleins d'encre, comme les regrettés « artistes de la bouche et du pied » qui inondaient jadis nos boites aux lettres de couffins pleins de chatons et de brassées de glaïeuls atroces, ça fait un moment qu’on n’entend plus parler d’eux, et c’est tant mieux.

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A part envoyer des sous à Petra Haden, afin qu'elle prie pour moi toujours plus haut sur des guitarmes toujours plus fortes, j'ai aussi envoyé ce matin 50 € à la Croix Rouge française, en faveur des populations touchées par le séisme en Turquie et en Syrie.
Ça ne m'a pas soulagé, mais pour eux, ça peut difficilement être pire.
Sauf si The Lord † Petra Haden viennent faire un concert dans les ruines, mais ça serait quand même pas de bol, et une preuve supplémentaire du fait que si Allah existe, il est pas souvent au bureau.

Merci à Anne C. pour la fausse photo de J.W.

jeudi 2 février 2023

Dead can dance - Spirit (1993)

Allons bon. 
V'là autre chose.
Ma belle-mère nous a quittés ce matin, après une longue bonne santé (95 ans). 
Elle va pouvoir bientôt danser la gigue gothique sur Dead can Dance
J'ai récemment re-flashé, sans doute en prévision de l'évènement, sur leur éblouissant "Spirit", paru jadis sur Into The LabyrinthEnfin, dans certains pays, parce que dans d'autres c'était une piste en bonus sur "A Passage in Time" deux ans plus tôt. 
https://en.wikipedia.org/wiki/A_Passage_in_Time_(Dead_Can_Dance_album)
-heuuuu... attends un peu, je veux bien croire que y'a pas d'heure pour geeker, et puis ça détend l'atmosphère, mais tu crois pas qu'on s'en fout un peu, alors que mamie est fraichement mourue, et son corps encore tiède ?
Anyway, la chanson est inusable, et pourtant très peu usée.
A ma belle-mère, elle va comme un gant de toilette mortuaire.

I thought I'd found a reason to live
Just like before when I was a child
Only to find dreams made of sand
Would just fall apart and slip through my hands
But the spirit of life keeps us strong
And the spirit of life is the will to carry on
Adversity what have I done to you
To cause this reclusive silence
That has come between me and you?

Aah, (et même aargh !), punaise, Dead Can Dance... toute ma jeunesse ;-))))
Well, say therefore... 
(ben dis donc, en anglais), 
faut croire que rouvrir le caveau me rend bavard. 
Je déborde de liens hypertexte, pas de larmes. 
A quoi bon ? elle a bien vécu, elle fut une meilleure grand-mère pour mes enfants que mon père ne le sera jamais même en se faisant opérer des amis d'Al, 
C'est d'autant plus facile à dire que je n'étais pas à ses côtés. 
Elle vivait à 650 km d'ici. 
Son décès était attendu, mais pas programmé. 
Adieu, mamie.
Je me rends à ta sépulture en sautillant à cloche-pied, puisque je me suis cassé l'autre le 31 décembre dernier, sur le port de Pornic, frétillant de joie mais un peu jauni à l'idée d'entrer dans la soixantaine, tonton tontaine. 
A mon retour, j'irai écouter sur mes béquilles les nouveaux Dead Can Dance, puisque ils font rien qu'à copier sur moi, ils se quittent, ils se reforment, se dissolvent à nouveau puis se réagrègent... prétextant tout comme moi des raisons obscures, qui font ricaner même les auto-addictologues les plus endurcis.

https://www.verdammnis.com/news/dead-can-dance-decoche-une-nouvelle-fleche

https://en.wikipedia.org/wiki/Into_the_Labyrinth_(Dead_Can_Dance_album)

https://pitchfork.com/reviews/albums/16906-anastasis/

(sur lequel ils reprennent peut-être Béranger : Anastasis, l'ennui m'anesthésis...)

jeudi 3 novembre 2022

Jak Belghit - Concerto pour guitare et looper (2022)

Un jour qu'il était encore enfant, Jak est abandonné en forêt par ses parents, dont l'élevage de lapins angoras vient d'être décimé par la myxomatose, les contraignant à une sobriété contrainte, même si ça fait deux fois "contrainte" dans la même phrase. Sans haricots magiques pour grimper le long après qu'ils auraient poussé, ni petits cailloux blancs pour retrouver son chemin après l'avoir perdu, Jak est alors recueilli puis élevé par une horde de guitares sauvages, qui passait par là à l'heure où les grands fauves vont boire au marigot, tandis que les petits slurpent des flaques d'eau croupie. La horde le gave de biberons fourrés aux médiators, et le soir, pour l'endormir, les guitares le bercent de mélodies dont il se souviendra adulte, en mémorisant la position des doigts sur le manche.
Sans transition ni explication, on le retrouve brusquement dans la rue, où il élève un bébé looper, et joue pour gagner leur vie à tous deux les mélodies dont il se rappelle de quand il vivait nu au milieu des fauves musicaux. Dans la rue, si l'on veut survivre, on ne peut pas tricher, ni régner à coups de 49.3, ni faire du barouf à base de riffs empruntés en espérant que les passants nous lapident de piécettes, il faut simplement être bon, pour provoquer l'attroupement et déclencher le réflexe donateur

un looper beaucoup moins musical
que celui de Jak
Parce que qu'est-ce que ça bouffe comme piles, un bébé looper. Comme les fils de l'homme, le bébé looper se nourrit des phrases qu'on lui dicte, mais au lieu de ponctuer sa réponse de "apopo" et "800 pieds" comme les bébés dans l'encyclopédie de Goossens, le looper répète imperturbablement tout ce qu'on lui a confié, en mimant l'humanité de son créateur avec un semblant d'intelligence qui se voudrait artificielle mais qui n'est que mécanique. C'est pourquoi il ne faut pas lui donner n'importe quoi à répéter, comme au bébé normal. Ajoutons que dans ce disque-ci, le bébé looper est noori avec tant de musicalité et de délicatesse, qu'on jurerait parfois entendre Jak jouer plutôt que son bébé (qui ne braille jamais, contrairement aux bébés humains.)

 
Echaudé par les frippertronics, on croit que les boucles de guitare nous entraineront vers le circulaire et le répétitif, qu'elles seront à l'équilibre en n'importe quel point du cercle qu'elles produisent, ce qui n'est possible que si l'on était en même temps plein de foi en la science mais nul en géométrie à l'école, et on craint que ça sera quand même un peu ennuyant à écouter. Pourtant, je n'ai perçu nulle répétition, juste l'âme d'un musicien explorant sans crainte ni ombre au cœur le multivers des mélodies possibles, avec des phrases qui apparaissent et disparaissent, comme au cours d'une méditation, en toute simplicité, dans une nudité désaturée, désarmante et splendide. Puissè-je être un jour aussi rêveur, vaporeux mais précis, peu réverbéré mais comme en une cathédrale, dans ma pratique. Je ne vais pas vous chanter Ramona jusqu'à la Saint-Glinglin : ces instrumentaux enregistrés vivants dans la rue sont une démonstration discrète de puissance et de sensibilité. 
On l'aura compris, si un seul d'entre vous achète l'album, j'aurai gagné ma journée.

https://jakbelghit.bandcamp.com/album/concerto-pour-guitare-et-looper-3

mardi 1 novembre 2022

Gérard Calvi, Pierre Tchernia - Le gâteau empoisonné (1968)

Honorons nos défunts : je viens de retrouver 
 sans préméditation la chanson "Le gâteau empoisonné" entendue en 1968 dans le dessin animé Astérix et Cléopâtre, et jamais oubliée depuis, au sein d'une compilation de chansons extraites des films d'Astérix le Gaulois, alors que je ne cherchais rien, je l'jure à mortel, qu'on me jette aux crocodiles si je mens. 
On y trouve aussi "Quand l'appétit va, tout va", qui rentre bien dans la tête quand on a cinq ans et demi. A vue d'oreille, c'est Roger Carel et Pierre Tornade qui prêtent leurs voix. Que la terre leur soit douce.



Le gâteau empoisonné (ou Le pudding à l'arsenic tel qu'il a été référencé sur Youtube, qui, rappelons-le, est le Mal absolu mais des fois c'est bien pratique) est tout aussi culte, à l'époque comme aujourd'hui, veille des Trépassés (le 2 novembre, que je confonds souvent avec la Toussaint).
Je vois que l'édition Wombat
inclut aussi " douze possibilités
d'échapper à Noël".
Je vais me l'offrir pour Noël.
Ah non, zut.
Deux Egyptiens complotistes y inventent une recette idéale pour que la prochaine Toussaint soit ta fête, comme le disait Roland Topor dans "Cent bonnes raisons pour me suicider tout de suite", la chanson devenant immédiatement un tube de 
début novembre ex-aequo avec Astrid, pour toujours et à jamais, et depuis cette année où le nombre d'intoxications grimpe en flèche, ex-aequo aussi avec les smartphones qui reconnaissent les champignons, en forêt, et qui précipitent aux Urgences bien qu'il soit souvent trop tard des familles entières de mycologues amateurs qui ont eu la faiblesse de croire que les développeurs d'applis avaient la science infuse.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/explosion-du-nombre-d-intoxications-par-des-champignons-ne-vous-fiez-pas-aux-applications-d-identification-sur-les-smartphones-2303257.html


samedi dernier en forêt du Gâvre.
Elle est pas mignonne, mon amanite ?
je n'ai pas eu besoin de smartphone pour la reconnaitre,
mais j'ai bénéficié de transmissions familiales.


jeudi 20 octobre 2022

Philippe Charlier - Comment faire l’amour avec un fantôme ? (2022)

VOIR L’INVISIBLE — Fantômes, “yokai”, ancêtres, zombies… D’où vient le besoin de jeter des ponts avec le monde des esprits ? La question hante le médecin légiste, archéologue et anthropologue Philippe Charlier, auteur de “Comment faire l’amour avec un fantôme ?”.
Philippe Charlier dans son bureau du musée du Quai Branly,
où il dirige le département de la recherche et de l’enseignement, le 30 juin.
“Dans de nombreuses sociétés, l’invisible est cet espace
qui fait le lien entre les non-humains et les humains”


Quand on appelle le médecin légiste, il est toujours trop tard ; il n’est en revanche jamais trop tôt pour se con-fronter à l’invisible. Après s’être intéressé aux cadavres, Philippe Charlier, médecin, anthropologue et archéologue, né en 1977 — alias « Doc trop tard » sur Twitter —, se con-sacre désormais aux fantômes. Les fantômes, avez-vous lu ? Oui, ces êtres invisibles qui hantent le monde des vivants, d’où ils n’ont donc pas irrémédiablement disparu… « Je travaille autour de ceux qui refusent de voir la mort comme une fin inéluctable, mais qui la considèrent au contraire comme un passage, explique celui qui, en 2018, est aussi devenu directeur du département de la recherche et de l’enseignement au musée du Quai Branly. Dans de nombreuses sociétés extra-occidentales, l’invisible est cet espace qui fait le lien entre les non-humains et les humains, les deux mondes n’étant pas séparés. » Dans son bureau ouvert sur le mur végétal du musée, qui réunit plus de trois cents espèces de plantes, Philippe Charlier est décidément très bien entouré : des œuvres d’art et objets rituels en tous genres issus de -civilisations d’Afrique, d’Océanie, d’Asie et des Amériques cohabitent. « Ici, nous ne sommes pas seuls, avec tous les fétiches qu’il y a »… Bienvenue dans l’invisible.

Est-ce votre activité de médecin légiste qui vous a conduit à vous tourner vers l’invisible ?

J’ai pratiqué quelque deux mille autopsies sur une période de dix ans, tout en travaillant en archéologie sur quantité de squelettes et momies. À force d’être confronté à ces corps issus d’époques et de civilisations différentes, je me suis interrogé sur l’éthique des pratiques humaines autour de la mort. Je ne suis pas fasciné par les cadavres en tant que tels… Je m’intéresse en revanche à l’ensemble des rituels mis en place pour accompagner l’agonie et faire -accepter le décès. Jusqu’aux croyances dans l’au-delà qui soutiennent le pari de l’existence d’un autre monde. La mort est alors considérée comme une porte ouverte sur un monde invisible, et notre existence terrestre comme entourée, en permanence, par les défunts, les revenants, les fantômes, les esprits, et aussi ceux qu’on appelle les supra-humains, les ancêtres mythiques, les créatures surnaturelles, comme les yokai au Japon ou les loas en Haïti. C’est ce lien incessant entre la mort biologique et sa dimension anthropologique qui m’intéresse.

Comment définir cette « anthropologie de l’invisible » ?

Je ne me suis jamais posé la question de savoir si les fantômes existaient, mais pourquoi les gens y croyaient. À qui profitent les revenants et leurs manifestations ? Aux vivants, car ces apparitions sont toujours là pour mettre en évidence ou résoudre un problème, réparer une injustice. L’anthropologie de l’invisible consiste à mieux comprendre comment et pourquoi certaines civilisations établissent de telles relations entre les humains et le surnaturel. À quoi correspond cet au-delà ? Quelles sont ces entités invisibles ? Comment communiquer avec elles ? Qu’apportent-elles aux humains, sachant qu’elles ne sont pas toutes bienveillantes ?

Pourquoi fascinent-elles autant ?

Aujourd’hui, l’invisible régresse partout, dans les sciences chimiques ou physiques, en géographie, etc. Grâce aux progrès exponentiels de l’imagerie, on commence à pouvoir tout voir. Le médecin légiste que je suis est bien placé pour le savoir : lors d’une autopsie « blanche », on peut ne trouver aucune cause du décès, mais la microscopie ou la toxicologie peuvent révéler une anomalie, l’invisible devenant ainsi visible. Alors que la science occupe tous les champs aujourd’hui, les domaines les moins explorés par elle, comme la mort et l’au-delà, deviennent le refuge de multiples croyances. Si les pratiques religieuses et spirituelles extra-occidentales ont autant le vent en poupe, c’est parce que l’on va y chercher l’invisible.

L’invisible, c’est l’irrationnel ?

Je préfère le terme de surnaturel. L’irrationnel, c’est ce qui n’obéit pas à l’entendement, à la raison humaine. Le surnaturel, c’est ce qui est au-delà de la nature classique, au-delà de sa classification biologique et encyclopédique. J’aime à dire que l’invisible, c’est ce qu’on voit mieux quand on ferme les yeux… Tous nos sens sont alors mis en valeur pour saisir l’insaisissable, et permettre aux initiés de sentir, d’entendre parfois, les signes de la présence de ces entités surnaturelles. Nombre de cérémonies en lien avec les revenants se déroulent d’ailleurs à la tombée du jour parce que l’on fait alors moins bien la différence entre ce qui est réel et ce qui est fantasmé, entre ce qui est palpable et ce qui reste indéfinissable. Les fantômes peuvent apparaître quand on les appelle via un médium ou des objets intercesseurs (masques, fétiches, statues, vêtements cérémoniels…). Vers 1900, par exemple, des seins d’Eva Carrière (1884-1943), la « papesse des matérialisations », coulaient des filets ectoplasmiques… C’est par le corps érotisé de la médium qu’une partie du fantôme se manifestait, devenait palpable.

Pourquoi est-ce à la fin du XIXe siècle, au moment où la science triomphe, que le spiritisme s’impose ?

En effet, Thomas Edison (1847-1931), le scientifique américain, a inventé le phonographe, ancêtre du téléphone, mais aussi le nécrophone, qui devait permettre d’entrer en communication avec les morts ! Pour « placer le spiritisme sur une base scientifique […] et écarter définitivement les charlatans et les médiums », écrivait-il dans Le Royaume de l’au-delà. De nombreux autres scientifiques ont adhéré à des croyances surnaturelles. L’astronome Camille Flammarion (1842-1925), qui fréquentait des médiums, croyait aux fantômes, et tout un fonds photographique le montre dans des séances de tables tournantes. En tant qu’homme de science, il voulait explorer le pouvoir de l’esprit, les forces physiques, mécaniques, ou encore inconnues, que celui-ci pouvait exercer.

Le christianisme, de son côté, a parfois pris en compte le surnaturel pour légitimer les prières en faveur des âmes errantes du purgatoire…

C’est encore le cas à Naples, où il y a énormément de petits autels qui leur sont dédiés. En fait, les fantômes ont servi le christianisme lorsque l’Église a été décontenancée par l’avancée du cartésianisme — pour Descartes, Dieu existe mais il n’a qu’un rôle secondaire. Mais devant l’importance prise par le spiritisme devenu une quasi-religion, l’Église a réagi en mettant à l’index les livres du fondateur de la philosophie spirite, le Français Allan Kardec (1804-1869). Les ouvrages de spiritisme étaient même brûlés sur le parvis de la cathédrale de Barcelone.

Certaines conditions historiques favorisent-elles l’attrait de l’invisible ?

Ce fut le cas lors de la guerre de Sécession, aux États-Unis (1861-1865), quand le deuil des victimes, dont les corps n’avaient pas été retrouvés, était impossible. Pour que la mort soit acceptée, le mort doit être à sa place, ni trop près ni trop loin des vivants. Dans un tout autre contexte, la pandémie de Covid-19 a également entraîné une résurgence de croyances occultes. Partout en France de nombreuses familles se sont tournées vers le spiritisme, quand elles n’ont pu accompagner le proche mort et procéder aux rituels funèbres : pas de toilette pour les musulmans, pas de prière au moment du dernier souffle pour les juifs et les chrétiens. Ces « mauvaises morts » font rôder des âmes errantes, des fantômes et revenants insatisfaits. Une des façons de les apaiser est d’entrer en contact avec eux. Certaines personnes, on le sait, sont mortes seules durant l’épidémie. Une image qu’on a appelée « la main de Dieu » m’a bouleversé : le personnel soignant avait mis un gant en latex rempli avec du sérum physiologique chaud sur la main d’un patient pour qu’il ait l’impression qu’on lui tenait la main.

Dans votre livre, Picasso sorcier, vous évoquez un autre gant : celui de la photographe Dora Maar, couvert de sang…

De double ascendance italienne et arabo-andalouse, Picasso était très superstitieux. Grand collectionneur d’arts extra-européens, il prêtait une âme aux objets et ne laissait jamais traîner ses cheveux, ses ongles, ses vêtements, les traces de son sang ou de son écriture, craignant la magie noire et les envoûtements. Il confiait ces parties de lui-même aux femmes de sa vie et recueillait les leurs… Parmi ces reliques, le sang de sa muse Dora Maar sur un gant, voire des morceaux de la peau des pieds de sa compagne Marie-Thérèse Walter, sur lesquels il écrivait ! Le peintre était en alerte permanente, par crainte que des forces invisibles le possèdent et se retournent contre lui. La matérialité de son œuvre était une façon de se protéger de ce risque, et d’exercer une emprise sur le monde. Mystérieux génie dont le corps fut embaumé, Picasso se pense démiurge, dieu créateur, et associe femmes et enfants à sa création, en incorporant à ses œuvres des petits bouts de lui-même et de ses proches.

Des rites qui ne sont pas sans évoquer le vaudou, sur lequel vous avez beaucoup écrit.

Dans le vaudou haïtien ou béninois — mais aussi au Cameroun ou en Thaïlande —, on ne laisse rien traîner de soi. Il n’y a vraiment qu’en Occident qu’on oublie ses cheveux chez le coiffeur… Les poupées vaudoues en Haïti, achetées à l’entrée des cimetières, et ouvertes au niveau du flanc gauche comme les momies égyptiennes, sont ainsi remplies des traces de la personne ciblée, la future victime : ses notes manuscrites, sa signature dans l’idéal, ses cheveux, ses ongles, ou encore de la terre de son habitation, un bouton de chemise, une boucle d’oreille, etc. La poupée est ensuite clouée, près d’une tombe, à un arbre dont la sève est supposée être le sang des morts. Les défunts vont alors devenir les postiers infernaux de la transmission du mauvais sort.

Les zombies sont-ils aussi associés au mauvais sort ?

Le fantôme est une âme sans corps ; le zombie, un corps sans âme. Il en existe environ cinquante mille en Haïti, qui n’ont rien à voir avec les morts-vivants putréfiés des films de George Romero ou des séries comme The Walking Dead, qui reposent sur la peur panique du retour des morts, sur le fantasme de la mort contagieuse. Ces zombies-là sont au contraire réels et bien vivants ! Après le séisme de 2010 en Haïti, et la misère et le chaos qui s’en sont suivis, a eu lieu une véritable épidémie de zombies. Voleurs, violeurs, assassins, néfastes à la société, furent alors « zombifiés », c’est-à-dire jugés, enfermés dans des cercueils et drogués par des sociétés secrètes vaudoues qui en firent ensuite des esclaves dans des champs de canne à sucre. D’autres sont des personnes qui ont tout perdu, famille et biens, et qui vont volontairement remplacer un disparu dans une autre famille, combler un manque. Ces zombies incarnent une mort sociale, qui rappelle celle que l’on connaît en Occident. J’ai été médecin de prison pendant trois ans, confronté à des patients en état d’invisibilité sociale, comme le sont les SDF, certains pensionnaires des Ehpad ou chômeurs de longue durée.

Dans Autopsie des fantômes, vous évoquez la photographie spirite qui, au XIXe siècle, a participé de « la fièvre de l’au-delà ».

Elle est effectivement apparue de façon concomitante avec le spiritisme et prétendait fixer sur plaques des entités surnaturelles que l’œil ne voyait pas. Le photographe américain William H. Mumler, en 1861, sur la photo de son autoportrait a vu celle de son cousin mort douze ans auparavant. En réalité, il ne s’agissait que d’un défaut de -nettoyage de la plaque mais le procédé pouvait se révéler lucrativement profitable. Dans le même genre, une photo célèbre représente la veuve d’Abraham Lincoln photographiée avec, en arrière-plan, la silhouette spectrale de son mari. Des milliers de personnes ont ainsi voulu se faire photographier avec un défunt, même quand, assez rapidement, des procès ont établi la supercherie du procédé. Mais ça ne mit pas fin à la frénésie technologique de nombreux chasseurs de fantômes se lançant dans l’expérimentation de nouvelles machines. Il reste que, dans d’autres contextes culturels, la question se pose différemment. En Haïti, par exemple, la photo s’incline.

Que voulez-vous dire ?

Les zombies sont visibles, mais on ne peut pas les photographier tant qu’ils sont sous l’emprise d’un sortilège. J’ai ainsi tenté d’en prendre un en photo alors qu’il travaillait dans un champ de canne à sucre, et j’ai vécu une expérience qui se situe entre ma culture scientifique et le surnaturel. Sur tous mes clichés, en effet, j’ai bien capturé le paysage mais pas le zombie, qui aurait dû être au milieu du cadrage…

Comment l’expliquez-vous ?

Je ne l’explique pas rationnellement et suis à la limite de ma zone de confort scientifique. Avant l’exposition sur les zombies, qui se tiendra au Quai Branly en 2025, j’aimerais bien tirer au clair cette question du zombie que j’avais photographié et qui n’apparaît pas. Car si c’est un fait qui est reproductible, le phénomène devient vraiment intéressant sur le plan scientifique.

 - Débats & Reportages -
article de Gilles Heuré, Juliette Cerf paru dans Télérama le 01/08/22


PHILIPPE CHARLIER EN QUELQUES DATES 

1977 Naissance à Meaux. 
2002 Thèse en médecine légale et anatomopathologie. 
2005 Thèse en archéo-anthropologie. 
2014 Thèse en éthique biomédicale. 
2015 Zombis. Enquête anthropologique sur les morts-vivants (éd. Tallandier). 
2018 Directeur du département de la recherche et l’enseignement du musée du Quai Branly-Jacques Chirac. 
2021 Autopsie des fantômes. Une histoire du surnaturel (éd. Tallandier) et Comment faire l’amour avec un fantôme ? Anthropologie de l’invisible (éd. du Cerf). 2
021 Dirige la collection « Terre humaine » (éd. Plon). 
2022 Picasso sorcier, avec Diana Widmaier-Ruiz-Picasso (éd. Gallimard).

À lire

Comment faire l’amour avec un fantôme ? Anthropologie de l’invisible, éd. du Cerf, 248 p., 20 €.

Autopsie des fantômes. Une histoire du surnaturel, éd. Tallandier, 320 p., 20,50 €.

jeudi 13 octobre 2022

Nihilisme Optimiste : La philosophie de Kurzgesagt (2017)

J'ai découvert Kurzgesagt ("en bref", en allemand) à partir d'un blog qui s'intéresse à l'animation sous toutes ses formes, et qui diffuse "du classique, de l'expérimental, de l'international, de l'intergalactique, du déjà vu, du rare, du trop connu, du beau, du moche, du bon, du mauvais, du chef-d’œuvre, du drôle, du déprimant, du n'importe quoi"
Je ne regarde jamais de vidéos sur youtube, ça rend neuneu, dix fois pire que la télé, devant laquelle je me prends pour DJ_Warsenatøn, puisque je n'y regarde que ce que je télécharge (sauf Arte, que j'ai bien essayé de télécharger, mais les programmes changent tout le temps).
Mais là, j’aime bien l’esprit de Optimistic Nihilism. 
C'est frais, léger et profond à la fois. 


Kurzgesagt, ce sont des centaines de programmes pédagogique manifestement conçus pour les jeunes; un jeune, c'est quelqu'un qui a dix ans de moins que moi, et un vieux, dix ans de plus. Cette définition présente l'avantage de se décaler en temps réel dans mon parcours d'impermanence. 
"L’impermanence règne sur le monde, voilà ce qui est permanent" disait Ajahn Chah dans « Tout apparaît, tout disparaît : Enseignements sur l'impermanence et la fin de la souffrance »). 
C'était quoi la question ? ah oui, Kurzgesagt produit et diffuse des vidéos de vulgarisation scientifique sur les trous de vers, le paradoxe de Fermi ou l'ultra-moderne solitude. Des millions de gens les ont regardé avec enthousiasme, aux quatre coins de l'univers connu (d'après les statistiques de fréquentation youtube), et toi, qu'attends tu-be ?


Si c'est new age, c'est une version compatible vieux boomers.
Il y a des sous-titres en français, et en 55 autres langues, si vous êtes étrange de l'étranger.
Et ils ont même une chaine youtube en français, mais avec moins de vidéos.
Il ne faut pas en regarder trop d'affilée, le traitement graphique est à la fois psychédélique et bisounours, c'est exprès, mais si on regarde des Rick & Morty par ailleurs, ou qu'on lit du John Constantine : Hellblazer, les 2 traitements s'annulent; Kurtzgesagt est un peu financé par Bill Gates, c'est délicieusement tordu, sinon ça serait trop beau, et si ça se trouve leurs vidéos dans les tons pastels sont juste là pour adoucir notre fin de vie, comme les vidéos de biche en forêt qu'on passe à Edward G. Robinson quand il va se faire euthanasier dans "Soleil Vert", au risque de divulgâcher ceux qui ont oublié l'avoir vu en 1972.
C'est pourquoi l'idée de “nihilisme optimiste” me parait relever d'un bon état d'esprit, si tant est qu'il ne s'évanouisse pas comme poudre de perlinpinpin dès que l'ordinateur sera éteint.
John Warsen l'avait prédit en 1997,
mais il ignorait qu'il serait encore à le rabâcher en 2022

Pour ceux à qui les vidéos youtube donnent de l'urticaire, il existe une version texte du nihilisme optimiste.
Sinon, pour ceux qui préfèrent malgré tout le Nihilisme Pessimiste, allez donc voir The Sadness, film d'horreur tourné à Taïwan, https://www.ecranlarge.com/films/critique/1438927-the-sadness-critique-du-film-le-plus-gore-de-lannee qui permet de passer quelques mauvais quart d'heure dans le Très Gore (entre Perros-Guirec et Guingamp, donc).
Je venais juste de tancer mon ainé pour avoir trouvé dans sa bibliothèque un volume de Crossed, la bédé violente, trash, amorale, malsaine et pour tout dire affreuse de Garth Ennis quand j'ai eu l'idée de regarder ce film, dont je découvre après coup qu'il en est très inspiré, 
et c'est bien fait pour moi.

Le Nihilisme Optimiste permet de triompher sans peine
des écueils de la Réalité Réelle Ratée (RRR)
- ici, Willem dans Charlie Hebdo du 14 septembre 2022 -

jeudi 6 octobre 2022

Claude Nougaro - Récréation (1974)

Comme l'explique très bien ClashDoherty sur feu son blog, fermé en juin 2021 parce qu'il a eu le courage de reconnaitre que l'entretien de sa tribune en ligne lui avait fait perdre la raison et la maitrise de sa vie ("Vivre sans me casser le derche à essayer de maintenir ce blog, c'est une immense respiration pour moi, je ne me suis jamais senti aussi LIBRE que depuis que j'ai pris cette décision mûrement réfléchie"), les albums que Claude Nougaro sort dans les années 70 se vendaient beaucoup moins que ceux de Carlos Castaneda pendant la même période, et Récréation sans doute encore moins que les autres, puisqu'il est entièrement constitué de reprises (des décennies avant les audaces des disques entiers de covers d'Arno et de Florent Pagny) de chansons françaises souvent assez anciennes, qui font partie des préférées de Nougaro.
Les chansons elles-mêmes sont précédées de courts sonnets (qui valent mieux que les roupies de cent sonnets) à la gloire de chacun des auteurs d'origine, sonnets mis en musique par Jean-Claude Vannier, l'arrangeur dément de L'histoire de Melody Nelson, qui signe aussi quatre chansons sur l'album, et ça s'entend. 


J'ai découvert ce disque à l'adolescence, et en restai longtemps comme deux ronds de flan, hagard devant tant de modernité langagière et d'inventivité orchestrale. A côté de ça, le "No Fun" des Stooges repris par les Sex Pistols me sembla d'une insondable ringardise, surtout qu'il n'était pas encore sorti, mais surtout aussi après m'être enfilé "Pistol", la série biopic des Sex Pistols par Danny Boyle, et ses indispensables compléments, l'échevelé et tragique documentaire "The Filth & the Fury" et le sordidement pathétique "The Great Rock'n'roll Swindle" du même Julian Temple, qui donne envie de verser du plomb fondu dans les narines (et d'autres orifices si affinités) de Malcolm McLaren, et pourtant c'est pas très chrétien. 
Qu'ai-je renié mon humanité pour adorer de tels imprécateurs de carton-pâte, fabriqués par un vendeur de fringues ? Fallait-il que je sois en manque de repères. Quelle bande de tristes crétins, ivres de leur colère et de leur inconséquence (J. Rotten semble le moins stupide du lot, mais s'égare facilement dans des vertiges haineux, il faut dire qu'ils ont tous eu une enfance difficile, même si ça n'excuse pas tout, on comprend mieux leur besoin de revanche, et de vengeance de classe pour J. Rotten) Les chansons de l'album "Never mind the Bollocks" étaient très réussies, mais les personnes qui les ont créées étaient promises à l'échec et à la ténèbre, ontologiquement sinistrées au-delà de tout secours. C'est pourquoi je leur ai toujours préféré les Damned. Et qu'ai-je fait de leur rage soi-disant incandescente, à part m'abonner à Rock & Folk et me faire braquer par des dealers de mauvais shit, sur une petite route de campagne ? 
Rien de tel chez Claude Nougaro : drame passionnel avec menaces de mort par lapidation (les petits pavés) sexisme ordinaire (le scaphandrier), chansonnette égrillarde de harcèlement digne de comiques troupiers (Pouêt-Pouêt), agonie silencieuse d'un vieillard dans l'indifférence de sa bonne femme partie courir le guilledou et ramasser de la psilo (Bonhomme), pas de doute, on est bien en France; et musicalement : bossa-nova, jazzifications élégantes et discrètes, versions orchestrales savamment déstructurées, javas martiennes, un peu de tout, mais rien qui fasse suffoquer de dégoût et vous laisse pantelant de négativité comme les Pistols ont pu le faire.  
Je n'en dirai pas plus sans mon avocat, car presque cinquante ans après leur re-création, ces chansons respirent encore, Monsieur le Juge, et je n'en dirais pas autant de vous.

les infos :
les crédits de l'album :
le disque en paillettes à réhydrater dans une bonne bassine d'eau fraiche, comme les pifies :
Il y a deux ou trois inédits, parce que cette version de Récréation est issue d'une intégrale de Nougaro en 29 CD sortie en 2013 intitulée "l'Amour Sorcier".

jeudi 29 septembre 2022

Viper N°6 (1983)

couverture de Voss pour le n°5
Viper est un magazine français de bande dessinée qui a connu 11 numéros entre octobre 1981 et juillet 1984. Le premier numéro de Viper, lancé à l'initiative de Gérard Santi, est quasi exclusivement consacré à la légalisation de la drogue. Par la suite, si cette thématique restera le ciment de la revue, les bandes dessinées se diversifieront, la rédaction soutenant une bande dessinée innovante souvent proche des milieux underground. Ainsi, parmi les auteurs clefs de la revue, on trouve des noms connu des milieux de la presse punk comme Imagex, Max ou Pierre Ouin, qui y développe son personnage de Bloodi le junkie. Mais aussi Farid Boudjellal - qui y crée une série orientalisante, « Yasmina » dans Viper n°9 -, Philippe Lagautrière, Frank Margerin, Charlie Schlingo, Jano, Tramber, Emmanuel Moynot, Ben Radis ou encore les futur associés Mattt Konture et David B. 
   (Wiki)

L'interview de Moebius dans le numéro 6 m'avait parue particulièrement éclairante. "Prendre des drogues, disait-il en substance, c'est comme visiter l'Egypte sans descendre du bus". J'étais bien d'accord, même si je passais beaucoup de temps dans les transports en commun, avec beaucoup de jeunes de ma génération. 

dans le numéro 6, pas le moindre crobard de Moeb.
Son interview est illustrée de dessins réalisés pour
les univers de Robert Sheckley


Après cette interview mémorable, Moebius a continué pendant un certain temps à fumer de grandes quantités d'herbe, si l'on en croit "Inside Moebius", son journal intime dessiné. 

Inside Moebius, tome 1. Comme on le pressent,
Moebius était loin d'être une publicité vivante pour le produit.

Kant à moi, j'abandonnai à regret les cigarettes mal roulées pour devenir un buveur à problèmes. En effet, quand je fumais de l'herbe, je me rendais compte de l'aspect dramatique de mon alcoolisation progressive; je crus alors prendre une décision d'adulte en cessant de consommer de la marijeanne. 
Mais c'est une autre histoire.

Viper N°6 :
https://www.mediafire.com/file/j246q899ammu6hl/Viper+06.cbr/file
Une rétrospective sur ce premier fanzine français dédié à la défonce :
Une chose est sûre, j'y réfléchirai à deux fois avant de mordre dans mes cactus à mescaline quand ils auront mûri :



jeudi 22 septembre 2022

Philippe Druillet - 30x30 (1981)

En lisant le nouveau Métal Hurlant n°4, qui fait du vieux avec du vieux et redéroule l'historique du glorieux magazine daté de quand le futur c'était demain, je tombe sur cette publicité pour des posters de Philippe Druillet, parue en 1975 dans le numéro 5 de Métal Hurlant canal historique. Il en émane un charme à la fois suranné et inoxydable. Je n'étais pas sensible à l'héroïc fantasy de Druillet, son univers de guerriers hérités de Flaubert et Moorcock, mais j'admirais sa technique, et son goût pour la démesure, qui n'a pas fait d'émules, sinon chez les Japonais. Il n'avait pas son pareil pour nous faire saigner des yeux. Il aurait fallu lui donner Notre-Dame à reconstruire, ou la Sagrada Familia de Gaudi à terminer, ou l'Arbre aux Hérons de Nantes à sauver de la faillite, ça aurait eu de la gueule.

la couverture du 30x30


Le 30x30 édité par les Humanos en 1981 reprend des illustrations des années 60 et 70, mais s'interdit les extraits de ses albums BD de l'époque, Lone Sloane, Délirius, Yragaël, peut-être pour des histoires de droits, je ne sais pas, alors que c'est quand même là que Druillet donnait libre cours à sa démesure.
Le gigantisme pharaonique et la mégalomanie de Druillet en sont cruellement absents. C'est un peu dommage. Si j'arrive à retourner en 1981, je le leur signalerai, aux Humanos.

Salambô par Druillet : une vision rénovée du Pari Mutuel Urbain
(bien qu'auto-repompée sur son poster de 1975)

Les Bâtisseurs du Temple se sont affiliés à la CGT
et viennent négocier leurs heures sup' : ça ne rigole plus.

https://www.mediafire.com/file/9hsa79h2q52yaai/zzDruillet.cbz/file

Gaïl (1978)
Planche de test ophtalmique, avec patient incrusté.

deux interviews récentes de Druillet