« Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie »
Blaise Pascal, juste après avoir vu Backrooms
Cela fait un moment que je n'ai pas déposé ici quelques avis bien tranchés sur les productions audiovisuelles, films et séries ayant pour carburant l'angouasse, le malèze et son demi-frère difforme et malentendant le malêtre, leurs oncles et tantes l’épouvante et l’effroi, leur grand-mère l’horreur cosmique, ce genre de cinéma de genre scrofuleux que j'affectionne, en tout cas quand c'est original, et que ça dit quelque chose de l'état du monde et de l'humain qui l'habite, mais plus pour longtemps, rassurez-vous, nos ingénieurs et nos I.A. sont sur le coup.
Jancovisqueux dans les Backrooms : au moins, on l'entend plus jacter.
Est-ce qu'on a vraiment besoin de films de chtrouille, cet été, après la canicule, la destruction en cours de divers pays lointains par d’autres qui ne le sont pas moins mais qui sont quand même assez proches dans le village global qu’est devenu ce monde rétrécissant comme peau de zob après une bonne prostatectomie, le Népal noyé sous une coulée de boue suite à un effondrement glaciaire dans l’Himalaya, un été agricole en enfer qui voit les récoltes dépérir sur pied dans les champs et la Coordination Rurale suggérer de manger les écolos first, et la faim subséquente qui vient, parce que sur un écolo, une fois que t’as fait un plateau de ribs au barbecue y reste pas grand-chose à bouffer dessus, en tout cas beaucoup moins que sur un vieux centriste adepte de la junk-food, les espèces animales domestiques et sauvages qui s’éteignent autour de nous, l'extrême droite aux portes du pouvoir, les politiques arborer un grand silence frisé sur tous ces problèmes, ah tiens un village de chez nous est anéanti par une tornade, je voudrais pas jouer les trouble-fête ni les Cassandre aux grands pieds, mais les Jancovisqueux et les Chevaliers à la Triste Figure du GIEC s'enhardissent à nous annoncer que ça va aller de pire en pire, en attendant l’arrivée d’El Nino sur nos côtes pour cet hiver ? hein, hein ?
Il faut aussi t'avouer, cher journal, qu’après m’être infligé la mini-série américaine Chernobyl, hyper réaliste, palpitante et terriblement angoissante sur la plus grande catastrophe nucléaire du temps présent avant la prochaine, je m’étais dit que la réalité dépassait l’affliction, et qu’au fond je n’avais nul besoin de me faire subir des horreurs boréales et des films éprouvants et aussi inconfortables que des coloscopies sans anesthésie pour contrecarrer ma tendance à l’anhédonisme, d’autant plus que malheureusement, tout ce que nous regardons nous envahit, même si l’on prend les précautions de ne pas s’y identifier avant de les voir, ou de s’en désolidariser après visionnage, bien qu’il soit alors un peu tard, comme le corbeau qui dit qu’on ne l’y prendra plus, ou l’Alien qui constate que c’est pas après avoir pondu dans Balladur qu’il faut serrer les fesses.
c'est dommage, ça partait bien de travers, avant de tourner à la sitcom glauque.
Des tas de gens qui aiment le cinéma de bonne foi s’épargnent spontanément les calvaires filmiques, et restent au large des actualités télévisées, pour des raisons d’hygiène mentale dictées par le bon sens ; est-ce dans l’idée de rester jeune que j'ai récemment enchainé quelques déceptions perceptives dans l’audiovisuel d’épouvante ? Je suis resté sur ma faim, avec mon pantalon sur les genoux, que ce soit devant les séries récentesIT : bienvenue à Derry, Something very bad is going to happen, qui partait pourtant pas mal, The beauty, qui partait beaucoup ouatezeuphoque, Paradise, post-apo de SF dont le pitch me semblait proche de La vérité avant-dernière de Philip K. Dick, série conseillée par un collègue qui ne l’avait finalement pas vu et dont je tairai le nom et l'adresse, épopées chronophages qui m’ont péniblé comme autant de moments migraineux dans la salle d’attente du dentiste, à me demander constamment si je ne pourrais pas trouver mieux à faire ailleurs, de préférence quelque chose de plus utile pour la grande famille humaine. Tous les feuilletons précités ne mènent nulle part, jamais.
Et les films Evanouis et Substitution-Bring her back ont peiné à ranimer mon enthousiasme, j'avais perdu la foi dans l'audiovisuel d'éprouvante, trop de trucs moches sans intelligence du pire, la littérature reprenait du lustre, parce que là, tu peux montrer, c’est-à-dire désigner par des mots, sans que ça se voie ( Brian Evenson, Thomas Ligotti, Mark Z. Danielewski font des descendants présentables de Poe et Lovecraft), passque si en matière d’effroi l’image qui montre la chose dévalue la chose, le mot qui la désigne, s’il est bien choisi, fait éclore la fleur malade et tremblogtante de la chose dans ton cerveau, et là c’est que du bonheur, en tout cas pour les malheureux qui se nourrissent de mauvaises vibrations sans prendre la peine de s'expliquer comment ils font pour les convertir en bonne nourriture.
Ca c'est très bien, ça fait très peur, mais c'est un livre. Vous seriez pas mieux devant un livre que devant cet écran ? ça me fait encore plus peur.
Et ton imaginaire prend alors le relais en montant dans ce train fantôme dont les wagons sont moulés dans la chair du langage. Ni l’image qui l'exhibe, ni le mot qui le désigne ne sont la chose qu’ils prétendent exprimer, l’image trahit la chose, et le mot la suggère, mais seule la chose est la chose, comme dirait Jean Charpentier; les mots et les images restent quand même des passerelles pour atteindre le sentiment, la sapience et le contact intime de la chose, chose sans laquelle la vie n’aurait pas cet irrésistible arrière-goût de vomi brûlé qui fait que que même dans les petites salles de quartier spécialisées dans les films Z piratés sur le site myduckisdead, dans les banlieues sinistrées, à Gaza, Tel-Aviv ou à Kiev, entre deux alertes au drone ou à la bombe, on en redemande.
Et puis j'ai regardé Widow's bay, thriller horrifico-comique, et ça m'a bien fait rire. La thématique n’est pas neuve (The Wicker man, 1973, The Third day, 2020) mais l’approche est malicieuse en diable, qui se cache dans les détails.Widow's bay, c’est un hybride inédit, jonglant entre humour, angoisse et attachement à des personnages d’anti-héros plombés par la vie.
Certains réalisateurs s’épanouissent dans le tragique mâtiné de gore, pour exprimer des faits de société sur un mode métaphorique dans un tel écrin d’hémoglobine que après, il faut relaver la cuisine. exemple : « Substitution - Bring her back », raisonnablement insoutenable, mais qui n'est jamais qu'un film sur un deuil impossible, regardé en faisant de la confiture avec les framboises ramassées cette semaine, enfin plutôt celles de l'année dernière, parce que cette année, avec la canicule, comment vous dire, les framboises, bring them back !
Des fois on dirait Peter Sellers égaré dans
un avatar d’« Un jour sans fin », remixé avec le « Fog » de
Jean Charpentier, et plein d’autres trucs, franchement pour arriver à mélanger
tout ça et en faire un spectacle attractif, chameau, heu, chapeau. Les chameaux c’est dans Laurence d’Arabite, j’me mélange, avec toutes ces horreurs que je mate la nuit en taquinant mon vieux chat cardiaque avec un taser pendant que ma femme dort à l’étage. Widow's bay, je trouve ça par moments jubilatoire comme je n’ai pas jubilé depuis longtemps tout seul dans le noir devant un écran, ou alors, même au temps de ma prostate. Comme ce que je raconte est incompréhensible, et beaucoup trop long, surtout vers la fin, le mieux c'est de regarder le 1er épisode et de voir si ça vous convient. Franchement, le bazar de l’épouvante, c'est intimidant si on n'a pas été initié petit, parce qu’on y vient rarement tout seul, mais les gags parsemés dans Widow's bay évoquent les mémoires de Didier T. racontant les moments paroxystiques de « High Anxiety » de Mel Brooks, en 1974, dans la cour du collège Charles Le Goffic,alors qu’il ne sortirait sur les écrans qu’en 1977, quand on serait au lycée Félix le Dantec, alors vraiment, la mémoire se fout de nous, et on devrait pas dire la mémoire, mais la "mais moi", parce que si on la laisse faire elle prend tout le lit et prétend penser à notre place, alors qu'elle n'est que l'écho de pensées passées. Bref, pour Widow's bay, il faut se laisser tenter et me faire un petit peu confiance, vous ai-je jamais déçus ?
Ok, mais j’avais bu.
Et Obsession, qui a cartonné cet été, un film de d'jeun'z sur les relations toxiques et l’hubris masculin, ça finit très très mal, et ça met en garde contre la volonté déchainée, c’est assez sympa. Attendons de voir ce que l’auteur nous fait derrière, rappelons-nous qu’Ari Aster, Robert Eggers et David Robert Mitchell étaient eux aussi en leur temps des jeunes gens prometteurs, avant qu'ils se fracassent la margoulette dans l’escalier de la cave qui menait à leur second film.
S’il vous reste un peu de bande passante pour une œuvre plus exigeante, cette année on a eu la saison 1 de Pluribus. C’est de l’horreur cosmique maquillée en crispation identitaire devant une proposition SF pandémique post-apo d’amour
inconditionnel. J'invente rien, mais enluminé comme ça je ne spoile pas trop. Le mieux c'est toujours d'en savoir le moins possible avant d'assister à un spectacle audiovisuel, la difficulté étant de les sélectionner au jugé. Presque à l'aveugle. C'est pour cela qu'il faut bénir les critiques, quand elles sont stylées sans déflorer le sujet. Exemple : "Ce qui aurait pu être émouvant (une relation soudain désincarnée, puis incarnée à travers un intermédiaire) n'est qu'effleuré. Ce qui aurait pu être spectaculaire est évacué au profit de plans en hélico sur des jeep traversant le désert à toute allure. Ce qui aurait pu être raté l'est par contre au-delà de toute rédemption." J'entre en empathie avec ce commentaire, donc je m'épargne ce film, c'est autant de temps de gagné pour écrire sur mon blog avant le retour de l'infirmière. N'empêche même que avant, il y avait l’infiniment petit, l’infiniment grand, mais
Pluribus inaugure une nouvelle catégorie : l’infiniment énorme.
autre exemple de critique qui ne spoile pas : la critique du spectateur.
un commentateur d'allociné a rédigé deux critiques cinéma,
présentées ici dans l'ordre inverse de leur parution :
un drame sentimental de forte intensité s'y devine,
remonté à la Memento de Christopher "fuck la synchro" Nolife.
Après ce parcours santé pour combattre la joie de vivre, le cancer du blockbuster mainstream et du feelgood movie, j'étais tout ragaillardi, que ma joie 2 meure, j'ai lu des critiques assez négatives sur Backrooms, mais plusieurs amis imaginaires m’ont signalé le métrage comme assez réussi, alors comme il venait de tomber dans le domaine public du téléchargement illégal et psychopathologique, j’ai téléchargé Backrooms…
J’ignorais tout des espaces liminaires, https://fr.wikipedia.org/wiki/Espace_liminaire (liminaux, voire luminaires, selon les sources et la proportion d’entre elles infectée par une I.A.) et des creepypastas, ce folklore de légendes urbaines tellement virulentes sur internet que sur le forum 4chan c’est Halloween tous les jours.
Le phénomène est tout à fait étranger à ma génération, qui ne fréquente pas les réseaux; on est nés trop vieux à internet; de mon temps quand on se faisait peur sur le web, c’était dans un autre style
D’habitude, je télécharge puis je mets de côté, pour les jours meilleurs qui viendront après l'effondrement, sur un disque dur que je ne rouvre jamais, attendu que l'offre en streaming sur une télé connectée excède déjà mon temps de cerveau disponible, mais là, je sais pas pourquoi, je regarde l’étrange métrage sans aucun délai ni apriori.
Je le prends comme il vient, sans savoir qu’il est réalisé par un jeune homme de 21 ans d’après sa websérie, elle-même dérivée d’une creepypasta née pendant l’horreur de la profonde nuit sociale du Covid, sous Napoléon IV, qui n’en était pas à son premier reboot, quoi qu’il en coûte.
Image à l'origine des Backrooms, publiée par un internaute anonyme sur le forum 4chan en 2019. S'ils l'avaient mise sur le bon coin, ça se serait loué plus vite. Ils sont ballots, ces Américains.
Nonobstant le fait que toute cette histoire d’espaces luminaires, sorte de leucémie fictionnelle ayant d’abord métastasé sur internet avant de passer sous les fourches caudines de ces épiciers d’A24 qui ont le chic pour inaboutir des projets au pitch affriolant, doit beaucoup à La maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, qui avait aussi pris racine sur le web et dont je t’encourage à te procurer la récente réédition, si ne n’est fait, nonobstant aussi que certaines scènes ne mènent pour l’instant nulle part, parce que les creepypastas sont une auberge espagnole où chacun vient avec ses peurs intimes, pour les tartiner ensuite généreusement sur les murs de sa cellule. Et qu'ici, certaines clés symboliques sont désignées avec ostentation, mais que les portes sont peintes sur les décors, et les serrures ne s'ouvrent pas. Et sur quoi s'ouvriraient-elles, sinon sur d'autres espaces luminaires désaffectés ?
Georges et Louis sont les gars les plus qualifiés
pour nous expliquer les rouages secrets
des arcanes des Arrière-Salles.
J'ai hâte.
Ce qui fournit plusieurs dimensions tordues dans lesquelles creuser, comme l’a fait le réalisateur dans ses petites vidéos réalisées sur internet, beaucoup plus intrigantes que le résultat final de Backrooms, le film, où l’on a l’impression d’assister à la projection d’un fragment, de ne sucer que la partie émergée de l’iceberg, dont la masse cachée et ténébreuse promet encore de grands frissons, à condition que ces gougnafiers d’A24 ne contraignent pas les scénaristes à faire dans l’explicite lyrics, qui nous fait retomber comme un vieux soufflé à chaque fois qu’un semblant d’explication psychanalytique niveau première année de licence nous est asséné. Ce qui fait beaucoup de réserves et peu d’Indiens, nonobstant le fait que l’intrigue est maigrelette, mais que l’ambiance est anxiogène, et très réussie !
Je suis donc allé zyeuter sur internénette, il y avait des courts métrages pré-luminaires (hi hi) et des projets de suite.
La vingtaine de courts métrages réalisés par Kane Parsons sur le thème des Arrière-salles, en amont du long-métrage, et produits avec son argent de poche, cultive l’amour pour les tournages amateur, les scratchs des bandes VHS fatiguées et trop souvent réenregistrées, les créatures inidentifiables, les stockshots institutionnels abscons à tendance lynchienne, les équipes de recherche qui se perdent sans GPS dans les dédales des entrepôts Mondial Moquette, et je vais m’encorder avant de finir de les regarder, des fois que je disparaisse dans l’écran. On n’est pas dans Videodrome, on est un cran plus loin dans l‘horreur moderne du turfu du Cronenberg d'hier.
Mais une fois qu’on s'est dits et redits, pour s'en convaincre et s'en féliciter, que c’était un film sur l’inconscient humain, sur les nouveaux espaces de solitude numérique, que toute l’imagerie des arrière-salles semble vomie par une I.A. malade, que peut-on s'avouer de plus ? Il règne ici la même atmosphère mortifère que dans la dernière séquence de 2001, l'Odyssée d'mes spasmes, le Nameless de Grant Morrison... ou encore l'effroyable vidéo d'Ego sur ce peintre atteint d'Alzheimer : "Visite banale au musée de l'oubli" (pour le coup, rien que de relire le titre m'emplit d'une terreur indicible)
L' Espace Luminaires du BHV Parly 2 : de l'intérieur, on ne remarque rien. De l'extérieur, encore moins.
L’espace luminaire n’a besoin d’aucune justification : comme je disais dans un de ces articles à rallonge dont j’avais jadis le secret sur le cinéma d’éprouvante, mais c'était avant de voir la série Chernobyl qui rend toute fiction inutile :
"si le Mal Absolu avait besoin de se justifier, il serait Témoin de Jéhovah."
C'est comme sur mon blog : plus il y aura d’explications, moins ça sera réussi. Quand je me contentais de passer des disques introuvables, tout le monde ne s'en portait que mieux. D'ailleurs, je vais en rajouter une couche, avant que la première soit sèche.
Pourquoi Backrooms marche-t-il autant auprès des schnoques que des branleurs, alors que le gouvernement fait tout pour opposer les générations, de façon à ce que les premiers payent pour le chômage des seconds, et que les riches puissent poursuivre leur gloutonnerie apocalyptique, que nous vivons en direct live tout au long de la faillite des sociétés occidentales ? Et pourquoi Schnock, la somptueuse revue à dos carré qui étudie la culture populaire des années 60 et 70, n’évoque-t-elle pas les très riches heures du cinéma d’horreur d’il y a 60 ans, alors qu’ils ont sorti un numéro sur Pompidou, qui fait aussi peur aux enfants que Casimir ?
Ce qui fout les chocottes aux ados là-dedans, sachant que l’adolescence se poursuit désormais allègrement jusqu’à la quarantaine, vu qu’ils ne font plus de gosses, vu l'état du monde dans lequel ils seraient appelés à vivre, comment dire, on parlait tout à l'heure d'arrière-goût de vomi brûlé, donc les abstentionnistes d'enfants,on les comprend, passe-moi la cuvette j'ai encore la gerbe, c’est que c’est un film qui exploite le capitalisme de la solitude généré par les plateformes en ligne.
Et n'importe quel vigile sous-payé par l'agence d'intérim peut témoigner qu'il a souvent les tripes nouées quand il fait sa ronde de nuit dans les rayons déserts du Leclerc meubles de Basse Goulaine. Donc, c'est assez malin, de faire pétocher avec la modernité poétique de maintenant. Plutôt qu'en entretenant la peur de la méduse d'hier dans l'océan d'aujourd'hui.
Je rentre des Landes, où j'ai vécu au creux d'une vague, une étreinte flasque avec une créature fantasque, née du réchauffement et de la surpêche. Il faudra écrire un autre article, celui-ci étant déjà trop long.
Et pour les vieux ? De mon temps, les backrooms c'était des salons privés, où, dans certains clubs, les habitués pouvaient se rencontrer dans l'obscurité pour des relations sexuelles entre hommes, et vas-y que j'te, hardi petit.
Ces « arrière-salles » furent le siège, si je puis me faire mettre, de la naissance d’une légende urbaine glauquissime. Dans les années 1970 et au début des années 1980, le journal Libération cultivait une ligne éditoriale libertaire radicale, faisant fi de la censure classique des media grand public. Sa célèbre rubrique du courrier des lecteurs, d'une liberté totale, publiait des textes crus abordant sans filtre la sexualité, le militantisme et les pratiques marginales. Un petit malin trouva drôle de poster une lettre dans laquelle il prétendait se livrer à des pratiques à base de fist-fucking et de verre pilé. Un canular de pure provocation : L'objectif de l'auteur était de tester les limites du journal pour voir s'il oserait publier l'impubliable. La parution de ce faux témoignage d'inspiration criminelle suscita un profond dégoût, poussant la direction de Libération à réaliser que l'absence totale de censure transformait le journal en déversoir de fantasmes ultra-violents ou de fausses histoires sordides. Et ce fut la fin de la rubrique du courrier des lecteurs. Longtemps avant l'invention du dark web. Où des canulars un peu plus chiadés comme Backrooms triompheraient plus tard. Au temps pour la poésie de l’innommable : dès qu'on la nomme, c'est fichu. Bien qu'ayant d'excellentes idées sur les Grands Anciens, Lovecraft était trop volubile sur les adjectifs. Comme moi, mais en pire.
Ce qui fait que Backrooms fonctionne aussi bien pour les boomers doomers, ces vieux qui ne sont jamais que des jeunes qui le sont restés trop longtemps, à part les troubles de la désorientation liés au fait qu'ils se rappellent vaguement de cette histoire dans Libération mais qu'ils ne voient pas bien les liens avec l'espace Luminaires de Parly 2, c'est que Si vous avez cru comme moi aux promesses des sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) dont le principe est de collecter l'argent de plusieurs épargnants pour acheter et gérer un grand patrimoine locatif (bureaux, commerces, entrepôts), il est tout à fait normal de faire caca culotte, comme dit ma fille pubère, ou de se chier dessus, comme disent les sexagénaires cacochymes, parce que dans la Réalité Réelle Ratée, au moment du Covid, des trillions d’hectares de bureaux se sont ainsi retrouvés subitementvacants, et du jour au lendemain, la cabane du petit épargnant est tombée sur le chien, et cet investissement pierre-papier de « bon père de famille » pour s’assurer de meilleurs jours à la retraite a sombré au fond de l’océan des fausses bonnes idées d’épargnants échaudés par la chute des actions Eurotunnel. J’ai vu la valeur liquidative de mes parts fondre comme de la graisse de phoque dans une poêle chaude sous la canicule 2026. Donc, caca culotte, faut pas exagérer. C'est des problèmes de riches; mais ce film qui met en scène des mondes-gigogne, constitués d’une enfilade d’environ 16 millions de mètres carrés de showrooms Saint Maclou vierges de tout mobilier, éclairés de néons jaunâtres et grésillants, conçus de traviole par l’architecte dément Abdul Al-Bouygues, le plus souvent déserts mais hantés par intermittence par les forces du Mal travesties en homoncules peu avenants, mais je suspecte notre mauvaise conscience d’occidentaux masculinistes postcoloniaux d’engendrer les seconds en parcourant les premiers, présente un visage d'une inquiétante étrangeté, et c'est cumulativement cauchemardesque, parce que la présence d’espaces cachés à la limite de notre réalité, c'est une belle métaphore de l'inconscient. C'est aussi un film sur la solitude moderne, l'échec des relations, la culpabilité, le confinement et les couleurs de moquette murale qu'il vaut mieux éviter si on veut pas faire une dépression carabinée.
Je viens de finir d'emménager dans les Backrooms, y'a pas de wifi, je vais pouvoir me remettre à lire.
C’est pour ça que j’ai moi aussi bien aimé Backrooms, pas du tout conçu pour défriser les vieux geeks, mais plutôt terroriser les jeunes cons qui ont vécu les déserts relationnels des confinements successifs lors de la dernière pandémie.
Ce n'est donc pas un petit exploit d'avoir réuni plusieurs générations de Princes de l'Inquiétude devant un film qui reste un peu léger sur le signifiant qu'il affiche, mais qui déborde d'un signifié qui rend d'abord très triste, puis gravement malade, et après on meurt dans les semaines qui suivent la projection, sans bruit et d'un truc assez rare, une voiture noire s'arrête devant la maison, on y porte discrètement une forme sous une bâche, et on n'entend plus jamais parler de vous. Sauf si j'essaye de comprendre cette définition du wiki qui dit que sessui qui dit qui y est, selon laquelle le signifié est la représentation mentale du concept associé au signe, tandis que le signifiant est la représentation mentale de la forme et de l'aspect matériel du signe. Auquel cas je survis plus longtemps, mais péris d'une attaque cérébrale en méditant aux cabinets sur cette définition, tout en consultant Télérama pour trouver quoi télécharger pour me faire peur la semaine prochaine.
Rentrée littéraire : extraits des " Confessions d'un Otto Addict, tome XXLVII 1/2"
C'était pas le pied, je suis bien content de n'avoir pas connu ça.
1/ Entre 1968 et 1977, l’anthropologue américain d’origine péruvienne Carlos Castaneda relate, dans plusieurs best-sellers, les enseignements du chaman yaqui Don Juan Matus et de son « herbe du diable », tandis que les Beatles et le professeur de Harvard Timothy Leary popularisent les champignons psychotropes et le LSD, qu’ils considèrent comme des « amplificateurs de conscience ».
Les plantes enthéogènes se répandent alors sur l’Occident comme la vérole sur le bas-clergé breton, et engendrent le psychédélisme, ce bâtard culturel qui ouvre bien des chakras, entre celui du haut et celui du bas, chakras qui seront ensuite rapidement attaqués par les opioïdes, puis les dérives sectaires. Trop ballot.
Castaneda, je dois en entendre parler par le dessinateur Moebius, alors j'achète ses livres, je bois ses paroles, je m'enivre de sa philosophie, je répands des pétales de roses sur les traces de ses pas dans le désert de Sonora pendant trop longtemps, soit plusieurs volumes. Sous son influence, je commence même à fumer de l’herbe, parce que quand on est un jeune adulte au début des années 80, la marijuana c’est un rapport à l'interdit et à la transgression, et un message fort envoyé au gouvernement.
C'est à 17 ans qu'il faut lire Castaneda. C'est comme croire au Père Noël quand on est petit : c'est absolument magique.
Plus tard, le doute s'insinue, l’herbe et surtout le shit me font trébucher dans la poursuite de mes études, les récits de Castaneda sont de moins en moins crédibles, ma copine part avec mon meilleur pote, alors je change de carburant et passe au mezcal, cet alcool de cactus aux propriétés psychotropes plus proches de l’absinthe que de la psilocybine ou du peyotl, plantes magiques de toute façon introuvables en Europe à cette époque de pré-mondialisation, et pour boucler mon mémoire de maitrise dans les temps, je me prescris des médicaments liquides, de ceux qu’on trouve dans toutes les bonnes pharmacies qui font aussi épiceries de nuit.
Je jubile de mes envolées littéraires, inconscient du fait que voulant renier mon héritage bourgeois, je ne fais que m’inscrire dans une longue tradition familiale de pisseurs de vitriol.
Sous l’influence de l’infernal tord-boyaux, mon manuscrit prend l'allure d'un pamphlet.
Ma soutenance à l’oral regonfle un peu ma note finale, après plusieurs mois passés auprès des Motards en Colère, à étudier leurs modes de communication. J’ai déjà un peu bavé tout ça par ici, sous une autre inspiration.
2/ En 1986, j’ai bien fini de bader Castaneda (bader signifie rester bouche bée, admirer ou contempler quelque chose ou quelqu'un, en patois provençal et occitan), Carlos et moi, le divorce est consommé, il est là, avec Fanny Ardant, sur l'étagère, et il ne dit plus rien lorsque parait cet article de Jodorowsky dans Métal Hurlant.
in métal hurlant canal historique n° 113 (1986)
En affirmant que « pour faire passer de gros mensonges il faut donner de petites vérités », Jodorowsky met le doigt sur le procédé littéraire et psychologique de Castaneda. La méthode de l'écrivain conteur, qu'il considérait à la fois comme un génie de la narration et un manipulateur hors pair, se décrypte comme suit :
- L'ancrage dans le réel : Castaneda intégrait dans ses récits de vrais détails ethnologiques, des descriptions botaniques rigoureuses et de réelles techniques de méditation ou d'observation. Ce sont ces « petites vérités » indiscutables qui captaient la confiance du lecteur.
- Le basculement dans le mythe : Une fois le lecteur mis en confiance, Castaneda pouvait introduire ses théories les plus folles, ses transformations en corbeau et ses voyages chamaniques multidimensionnels. Ces « gros mensonges » (ou inventions poétiques) devenaient alors totalement crédibles.
Un peu comme sur mon blog, mais en version massifiée et industrielle.
Pour Jodorowsky, peu importait que les aventures de Castaneda avec le sorcier Yaqui Don Juan soient réelles ou totalement inventées. Il y voyait un acte de « charlatanisme sacré » ou d'art magique. Le mensonge, lorsqu'il est structuré ainsi, devient un outil pour bousculer la perception et éveiller la conscience.
Jodorowsky étant lui-même un gros mytho amateur de fariboles, on comprend sa fascination ambiguë pour Carlos Castaneda. J'ignorais que les deux hommes se sont rencontrés en 1975. J’aurais gagné du temps.
dans le genre bullshit psycho d'Amérique du Sud, Miguel Ruiz a lui aussi raflé la mise. Et c'est nettement plus praticable. Enfin, j'veux dire, essayez donc d'avoir une parole impeccable pendant 24 heures, et on en reparle.
3/ Soudain, vingt ans ont passé, et je zone sur la mailing-list à vocation spirituelle conscience-lucidité, un bulletin paroissial souterrain administré par une prêtresse du rêve lucide, auquel je m’intéresse faute de pouvoir le pratiquer, et Castaneda ressurgit souvent dans les conversations. Ils sont pas au courant, chez conscience & lucidité, qu’il a été démonétisé ? Petit florilège, pas plus tard que dans le lien hypertexte ci-dessous.
Sur la mailing-list conscience-lucidité, je me crois en présence de Grands Pratiquants, et je prends tout pour argent comptant. Les trolls les plus grimaçants suscitent en moi un respect sacré; ils relatent tous des expériences, en méditation ou en rêve lucide, qui me semblent très au-delà de mes capacités supposées. Il faudrait déjà que je parvienne à éteindre l'écran, et à l'époque même ça c'est au dessus de mes forces.
Concernant Castaneda, je comprends vaguement que nous serions en présence de contes initiatiques, d'allégories, de paraboles, qui désignent des réalités psychologiques comme les objets de pouvoir, les voiles émotionnels... A force de loucher sur les contenus quotidiennement renouvelés du groupe de diffusion de la mailing-list, je finis par me persuader commencer à vivre ce que Castaneda, Ignace de Loyola et Flopinette de la Croisette appellent une récapitulation, ou tout simplement un « examen de conscience » chez les AA; elle s’agrémente d’une évaluation « est-ce que j’ai été bon, mauvais, neutre ? » dans une version assez reposante, puisque personne ne te juge, même pas toi-même.
4/ Soudain, vingt ans de plus n'ont fait rien qu'à passer, et je me suis à nouveau en vacances dans les Landes, là où tout a commencé et où tout finira, tralala, surtout si le nématode du pin se met dedans, (article commencé d'écrire avant les incendies de l'été 2026), sans ordinateur et avec pas d’clavier, juste mon maillot de bain et mon téléphone portable, et je retrouve quand même à partir d'un signal GPS capté dans ma tête, l'adresse hyper-secrète d'un blog qui démonte sans espoir de la reconstruire un jour la baraque à frites auto-fictionnelle patiemment érigée par Castaneda sur la plage de la littérature d'aventures intérieures tout au long de ses livres parus jadis dans la collection Témoins chez Gallimard, cette sublime série de contes d'émancipation spirituelle, mais aussi un des plus grands foutages de gueule de l'humanité quand elle erre au rayon spiritualités vivantes de la Fnac en quête de réponses.
Quand elle en a marre d'errer à la Fnac, l'humanité retourne dans les Landes, avec sa planche de surf-sur-ego/méditation. Surf-sur-ego ? un nouveau sport de l'extrême, pratiqué sur plage déserte, dès 7 heures du matin. Surf-sur-ego : mon Dieu ! qu'il y a de la surface ! Que tout ça soit à moi, je peux pas y croire ! Certes, personne n’a dit ça qu’il fallait méditer sur un banc (à part les marchands de bancs), mais l’assise à genoux favorise la verticalité de la colonne vertébrale, et la verticalité m'aide à repérer où sont le haut et le bas de moi, et aussi d’observer mes pensées comme des mouches. Bzzz ! 😘
Ces articles démystificateurs du fakelore, comme ne disent pas les d'jeunz's de maintenant, mais ils devraient, s'ils ne veulent pas répéter les erreurs de leurs ainés, sont pétillants d'intelligence. D'ailleurs, tout le blog est passionnant, il émane d'un érudit et permet de se noyer à nouveau dans les mystères du chamanamanisme dont on cherchait pourtant à s'extraire pour cause d'enfumage, faute d'interlocuteur valide.
(L'auteur du blog, Jean-Luc Colnot, est diplômé en langue hébraïque et en études latino-américaines de l’Université d’Aix-en-Provence, et vit désormais en Bolivie où il explore la sagesse andine des Kallawaya, prestigieuse communauté d’hommes-médecine dont les connaissances magiques et médicales ont été déclarées patrimoine mondial en 2003 par l’UNESCO.)
faudrait pas qu'ça grandisse, parce qu'après, on peut plus les rentrer pour l'hiver.
En plus, ça n'existait pas en poche, et ça coutait un bras, tous ces récits flippants de sorcellerie sud amérindienne. Quelle magie ! quelle imagination dans la supercherie !
Encore un qui a su abuser de notre candeur étudiante, et capter une part importante de notre crédulité et de notre pouvoir d'achat.
A l’aube du crépuscule de ma vie, me voici plus aguerri, moi on ne m'y reprendra pas à relire de la science-fiction anthropologique. Je peux à peine jouer trois des quatre accords toltèques sur ma guitare en bois d'arbre.
Et bien que mes cactus fourrés à la mescaline aient bien profité de la canicule, je ne me sens toujours pas prêt à les goûter, surtout en relisant ce que Colnot en dit dans ce dernier article miraculeusement retrouvé juste avant de publier le mien.
Les Gaulois ne craignaient qu'une chose : que le Ciel leur tombe sur la tête. Mercredi, les Népalais se sont réveillés un peu gaulois, mais beaucoup ne se sont pas réveillés du tout, et se retrouvent bien involontairement à errer dans les allées pleines d'herbes folles de "Je suis une tombe", après avoir pris un bout de l'Himalaya sur la tête. Parmi eux, quelques touristes occidentaux très peu décarbonés, qui se retrouvent soudain à trekker pour l'éternité sur les flancs de l'au-delà sans avoir bien compris ce qui s'était passé.
Y'a pas eu de sommations. Quand on regarde les images, on comprend comment c'est arrivé.
Quant au pourquoi, il est un peu tôt, mais il semble que les prédictions de Jancovici et de Stephen Markley commencent à advenir dans le Réel. Flûtalors. Rappelons avec nos amis lacaniens, s'il nous en reste, que le Réel, c’est ce qui fait parfois irruption dans la réalité, généralement sur le mode platane vu de face et de trop près aux alentours de 160 km/h. Donc, il est prudent de ne pas trop le convoquer.
J'étais en train de rédiger un billet sur des films d'horreur pour riches actuellement à l'affiche, mais la tragédie au Népal, c'est un film-catastrophe pour pauvres.
Typique du cinéma hollywoodien après le premier choc pétrolier en 73.
La plupart des ONG appellent aux dons, ça urge. Il y a des survivants, qui n'ont plus rien, et qui ont mal partout. J'ai envoyé 80 balles à Handicap international, en échange ils m'ont laissé détourner leur bannière, mais le coeur n'y est plus, la fête est finie. Les vrais enterrements viennent de commencer, comme disait Brassens.
J'attends l'inspiration pour écrire sur les Afghanes, les Ukrainiennes et les Gazaouites. Sans pour autant stigmatiser nos amis israelites, s'il nous en reste.
J'étais persuadé d'avoir vu un clip de cette chanson dans lequel Mark Lanegan interprétait un homme avec de bonnes raisons d'être assoiffé (quand il y en a tant de mauvaises), dans un désert en noir et blanc. Pas moyen de le retrouver, et je finis par penser qu'il n'était que dans ma tête, et que c'est moi qui suis dans le désert depuis trop longtemps. Peut-être qu'un fan l'a tourné, puis mis en ligne, consumé d'admiration pour son modèle, comme j'ai pu le faire avec Capdevielle. Et que Youtube l'a ensuite retiré de sa plateforme, pour outrage au bon goût et aux droits d'auteur : il fait tellement chaud que je rêve que Youtube, propriété de Google, devienne humaniste devant la hausse rapide des températures et les cliquetis égrenant les dernières secondes de l'horloge de l'apocalypse, et que son algorithme ne mette plus en avant que les contenus intelligents et à la hauteur des enjeux actuels : la survie à court terme de l'humanité.
Bon, si ça vous suffit pas, voici une petite anecdote impliquant un climato-sceptique bien connu. Cet été, à cause du sketch de Raymond Devos "à Caen les vacances ? à Caen les vacances ?" on est allés voir Caen.
Tu me croiras ou pas, mais dans les rues de Caen, on a croisé Michel Onfray, il faisait son marché avec son caddie. Et c'est à peu près le seul intérêt touristique de la ville (alors que Cherbourg, c'est très joli.) Un type qui lui aussi avait reconnu Michou s'est approché pour le saluer. Et Onfray a reculé comme si l'autre allait lui mettre un coup de boule. On le comprend. Ça doit lui arriver une fois sur deux. Je ne lui ai pas demandé de selfie, tu aurais pensé que j'ai frayé avec une I.A. Puis nous sommes rentrés nous empiffrer de moules-frites à Ouistreham, où l'on est quand même mieux accompagnés, il y a des gens qui se promènent, de toutes nationalités, et même de pays qu'on avait même pas imaginés. Comme il y a le ferry pour l'Angleterre, la ville est quadrillée par des brigades de bérets verts, mitraillette en bandoulière et la main sur la crosse. On a regardé dans le wiki, c'est soit la Légion étrangère, soit les commandos. Faudrait pas qu'un migrant leur tombe dans les pattes, à ces bâtards. En attendant la pluie.
Pour oublier toutes ces notions un peu anxiogènes, et profiter de ce bel été qui n'est pas encore fini, nonobstant les rabat-joie déclinistes, n'hésitez pas, comme Edith Nylon et John Warsen, à vous faire greffer un utérus en téflon, histoire de parer à toute éventualité. Si votre gynéco est parti en vacances, à défaut, écoutez ce disque, en découvrant les destins tragiques des somptueuses notes de pochette.
Le site de l'été, c'est Meduseo, site contributif de signalement des bestioles gélatineuses antédiluviennes, dont les tortues Luth ne font plus leur goûter vu qu'elles ont coulé au fond des mers, le ventre plein de microplastiques.
Tout ça ne peut que hâter l'avènement de l'année des médusés, dont je suis, après les avoir vues dériver par milliers cet été au large des iles Chausey.
Mi-aout, je mets $10de plus sur l'ancienne prophétie, car elle date au moins du mois dernier : "nos descendants crèveront tous de dessication la gueule ouverte sous leurs clim en panne après l'arrêt définitif des centrales nucléaires au bord de rivières desséchées."
La hype de l'été, le truc d'enfer à faire en restant chez soi dans le noir pour éviter d'aggraver son empreinte carbone, c'est apprendre comment désactiver les résumés Overview AI sur Google.
Le livre de l'été, c'est Sécheresse, l'excellent roman dépressif et pré-apo de JG Ballard.
Si vous voulez faire chic dans les salons où l'on cause et les backrooms où l'on geint d'angoisse, la fiction climatique se dit désormais "cli-fi". Je relis le Ballard avec autant d'émotion que les millions de personnes qui ont été émerveillées hier soir par le rare spectacle de l'éclipse à travers le monde.
Il leur a semblé entrer en communion avec les Mystères de l'Univers. Puis, à 21h32 il y a eu brusquement 530843 paires de lunettes en vente sur eBay Espagne, ainsi qu’un monstrueux embouteillage vers le panneau "sortie".
D'autres se sont livrés à de grossiers trucages sur photoshop, pour faire croire que parfois, Dieu sourit. A mon avis, ce ne sont pas les derniers exploits de l'espèce humaine qui peuvent faire sourire Dieu. Soit il pleure à longs sanglots, soit il se planque en attendant que ça passe (ça = nous). Attendons de voir si l'Humanité en sort transfigurée, et manifeste dans ses comportements la Beauté à laquelle elle a cru participer.
L'autre livre de l'été, c'est "Cramés", de Philippe Pujol, dans lequel j'ai appris que les jeunes ne sont plus d'accord pour adopter la valeur travail, car ils ont bien vu que le travail rapportait beaucoup moins que le capital, ils se lancent donc sans complexe dans le narcotrafic, à Marseille comme ailleurs, mais l'avantage de Marseille c'est qu'on a notre envoyé spécial qui raconte.
Il faudrait que je réunisse tous ces tubes de l'été sur une giga compile, mais pour l'instant j'écoute à donf la musique que Ludwig Göransson a composé pour l'Odyssée de Christopher Nolan
De beaux moments de dissonance symphonique, et au moins pendant ce temps je n'essaye pas d'entendre les dialogues noyés dans le mix en croyant que mes aides auditives sont tombées en panne.