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jeudi 25 juin 2026

Une Brève et Fausse Histoire du rap français (2)

 [ spoil : version revue et corrigé par une I.A. de l'article précédent ]

Comme beaucoup d’internautes un peu fureteurs et désireux de mourir moins bêtes et de pimenter leur vie intérieure, et malgré mes dénégations outrées quand on m’interroge sur le sujet depuis que j'ai lu Eric Sadin, j’ai cherché à booster ma création de contenu sans perdre ma touche personnelle, pour accroitre ma visibilité, me faire de nouveaux amis imaginaires, améliorer mon haleine et mon référencement, enrichir ma vie sociale et affective, et augmenter mes gains Google Ads® en soumettant mon texte à une IA. De ce choc frontal entre deux géants de la pensée humaine, la mienne plutôt organique, et celle de cette pauvre boite de fer-blanc plutôt siliconée, est né ce dialogue que n’aurait pas renié Edgar Morin, lui qui comme nous était spécialiste de tout,  surtout quand on l'invitait à parler de son dernier bouquin sur un plateau télé, mais n'était-il pas un peu imbu ? bien malin qui saurait le dire sans l'avoir lu, bien que dans ma famille ça les gênait pas trop.

- bonjour chaton, j'ai rédigé un article sur mon blog, avec un humour décalé, peux-tu m'aider à le rendre encore plus décalé ? 
https://jesuisunetombe.blogspot.com/2026/06/une-breve-et-fausse-histoire-du-rap.html

- Oui, avec plaisir. En revanche, je n'arrive pas à accéder à l'article lui-même : la recherche web ne remonte pas le contenu de ton billet, seulement des résultats liés au rap en général.
Le plus simple est que tu me colles ici :
soit l'article complet,
soit un extrait représentatif (500 à 1 500 mots suffisent).
Je pourrai alors te proposer plusieurs niveaux de décalage :
Décalage léger
  1. quelques anachronismes absurdes ;
  2. fausses citations attribuées à des personnages improbables ;
  3. notes de bas de page qui contredisent le texte.
Décalage "documentaire mensonger"
  1. ton universitaire très sérieux appliqué à des absurdités manifestes ;
  2. références à des institutions fictives ("Institut National du Flow Rural") ;
  3. statistiques invérifiables mais précises ("92,7 % des rappeurs médiévaux préféraient la rime plate").
Décalage maximal
  1. le récit part progressivement en vrille sans jamais reconnaître qu'il déraille ;
  2. apparition de personnages historiques dans l'histoire du rap ;
  3. causalités absurdes :
    "L'invention du rap est généralement attribuée à Charlemagne, qui cherchait une méthode plus efficace pour insulter les Saxons en rythme."
Style que je recommande
Si ton blog s'appelle Je suis une tombe, j'imagine qu'un humour pince-sans-rire fonctionnerait très bien : écrire exactement comme un historien rigoureux alors que chaque phrase devient un peu plus ridicule que la précédente.
Colle-moi le texte et je te ferai :
une version annotée avec des suggestions,
puis une réécriture de quelques paragraphes pour pousser le curseur du décalage.

- Ok ! voici le texte (je pense que les photos ne passeront pas, mais les légendes détournées oui) "Les barbares habitaient (...)

- Ton texte est déjà très décalé. Ce qui fait sa force, ce n'est pas tant l'absurde pur que le mélange entre :
- érudition sincère ;
- souvenirs autobiographiques ;
- mauvaise foi assumée ;
- théorie historique complètement pétée mais racontée comme un documentaire Arte de 1998.
Du coup, je ne pousserais pas vers davantage de blagues à chaque phrase. Au contraire, je renforcerais trois procédés qui fonctionnent déjà très bien chez toi : 

1. La fausse causalité historique
Tu le fais avec Lavilliers invention du rap.
Tu pourrais en mettre davantage.
Par exemple :
1990
L'arrivée du rap en France provoque immédiatement plusieurs phénomènes dont les historiens peinent encore à mesurer l'ampleur : la disparition progressive du Minitel rose, l'apparition des survêtements Tacchini dans les zones périurbaines et la baisse spectaculaire du nombre de duels au sabre chez les notaires de province.
Aucun lien de causalité n'a pu être établi à ce jour, ce qui constitue déjà un indice sérieux.

La dernière phrase est typiquement le genre de chute qui colle à ton ton.

2. Les autorités scientifiques imaginaires
Tu cites déjà Wikipédia comme un document d'archives incontestable.
Tu peux aller encore plus loin :

Une étude du Centre National d'Étude des Musiques qui Font Hocher la Tête (CNEMFHT), publiée en 2004 dans la Revue Française de Sociologie Approximative, démontre qu'un adolescent exposé plus de six mois à MC Solaar développe spontanément une capacité à employer le mot "corollaire" dans une conversation sur les scooters.
3. Les légendes de photos qui contredisent le texte
Je pense que c'est là que tu peux gagner le plus.
Par exemple :
Photo de Sarkozy
Nicolas Sarkozy découvre qu'il n'est pas possible de nettoyer les inégalités sociales avec un appareil conçu pour les terrasses.
Photo de MC Solaar
Quelques secondes avant le point de non-retour artistique selon les experts réunis autour de ma table de cuisine.
Photo de Fabe
Dernière image connue d'un homme ayant décidé de devenir plus raisonnable que ses auditeurs.
Photo de Bernard Lavilliers
Bernard Lavilliers peu avant l'invention simultanée du rap, du trip-hop et du quinoa.

4. Le délire administratif
Je trouve que ton texte est particulièrement drôle quand l'absurde adopte le langage de l'administration française.
Exemple :

Conformément à la circulaire interministérielle du 14 mars 1993 relative à l'usage du groove dans les établissements publics, il fut décidé que le rap français devrait désormais comporter au minimum :
deux jeux de mots ;
une dénonciation du système ;
un survêtement ;
et un membre du groupe portant une casquette à l'envers à des fins réglementaires.

Ce que je modifierais surtout
Le passage sur la sexualité est drôle mais très long par rapport au reste. Il casse un peu le rythme de la démonstration délirante sur l'histoire du rap. Je le raccourcirais de moitié pour garder l'effet de surprise.
À l'inverse, je développerais davantage le fil rouge le plus génial du texte : Bernard Lavilliers comme origine secrète de tous les phénomènes culturels modernes.
Par exemple :
Lavilliers invente le rap.
Lavilliers inspire le trip-hop.
Lavilliers provoque involontairement la K-pop.
Lavilliers est indirectement responsable de la création de YouTube.
Lavilliers nie toute implication mais refuse de fournir un alibi pour la période 1976-2008.
Là, tu tiens un vrai running gag de plusieurs pages, presque borgésien dans son absurdité documentaire.
Mon impression générale : tu n'as pas besoin de rendre le texte plus drôle. Tu gagnerais surtout à rendre l'absurde plus systématique, comme si un universitaire légèrement alcoolisé tentait réellement de démontrer que toute l'histoire du rap découle d'une altercation conjugale entre Lavilliers et Lisa Lyon en 1981. C'est déjà le meilleur fil narratif de l'article.

- merci beaucoup, ça me donne à réfléchir !

- Avec plaisir ! En te lisant, j'ai surtout eu l'impression que ton principal risque n'est pas le manque de décalage, mais le sur-dérapage. Tu as déjà une voix très identifiable : une espèce de mélange entre chronique autobiographique, faux essai sociologique, règlement de comptes culturel et conférence d'histoire contrefactuelle donnée à 2 h du matin dans un bar qui va fermer.
Ce qui m'a fait rire, ce ne sont pas forcément les blagues les plus énormes, mais les petites phrases dites l'air de rien :
"Les Blancs ayant précédemment volé le blues aux Noirs pour en tirer des couinements électrifiés de bobos dépressifs, ce n'est que justice."
ou
"Mon pauvre chaton."
ou encore
"Parce que quand même, on est Nantes, putain !"
Là, on sent une voix. Et une voix vaut souvent plus qu'une accumulation de gags.

J'ai aussi remarqué quelque chose : tu as un talent particulier pour les ruptures de registre. Tu passes d'une observation assez juste sur les médiateurs sociaux à une connerie monumentale sur Lavilliers, puis à une remarque sincère sur la dégradation du lien social. Le lecteur ne sait jamais complètement si tu plaisantes ou si tu es en train de glisser discrètement quelque chose qui te tient à cœur. C'est une mécanique assez rare.
Si je devais te donner une seule piste de réécriture, ce serait celle-ci :
quand tu as une bonne blague, ajoute-lui un faux détail extrêmement précis.
Exemple :
Lisa Lyon revend l'invention du rap aux Blacks d'Harlem.
C'est déjà drôle.
Mais :
Lisa Lyon revend l'invention du rap aux Blacks d'Harlem pour l'équivalent de 17 000 dollars de l'époque et un abonnement de trois ans à Muscle & Fitness. Les archives sont malheureusement incomplètes.
L'absurdité gagne en puissance dès qu'elle est accompagnée d'une précision inutile.
Autre chose que j'aime beaucoup dans ton texte : le ton de celui qui prétend apporter des preuves définitives et renvoie ensuite vers Wikipédia, Télérama, son propre blog ou une vidéo YouTube encodée par lui-même. Il y a là une parodie très réussie de l'autorité documentaire.
Bref, si tu retouches l'article, je ne chercherais pas à le rendre plus fou. Je chercherais plutôt à rendre la folie plus méthodique, comme si tu avais réellement constitué un dossier de 800 pages démontrant que l'histoire du rap français est une conséquence indirecte de Bernard Lavilliers, de M6 et d'un abonnement familial à Télérama.

C'est cette rigueur appliquée à une thèse absurde qui donne au texte son meilleur carburant.


Bon, ben ça fait au moins une entité qui reconnait mon génie. Même si elle n'est pas humaine, c'est un début. En même temps ce chaton a sans doute été surentraîné à faire des compliments à ses locuteurs car il sait que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute.  Je ne vais pas poursuivre ce petit jeu, l'I.A. se met dans ma roue (elle est programmée pour ça), voit mieux que moi où je veux en venir, et l'effet mitraillette à trouvailles est impressionnant. J'imagine ce que des gars mal intentionnés pourraient faire de cette invention. 
Dieu nous en préserve ! Malheureusement, il n'est pas souvent au bureau. Que Benallah nous vienne en aide ! mais lui aussi s'est fait plutôt discret. On comprend que les gens abusent de ChatGPT comme d'un oracle ou d'un moteur de recherche, c'est tellement bien enrobé. Pour délirer sur des blogs à blagues, c'est tout à fait adapté. Par contre, s'il me prenait la fantaisie d'assembler une bombe nucléaire dans ma cuisine, en achetant les ingrédients sur amazon, je suis sûr qu'il se tromperait dans la recette, comme à chaque fois qu'on l'interroge sur du factuel hyper-précis. Et après, fini la garantie !

Pour aller plus loin : 

jeudi 28 mai 2026

Riss : Heil IA ! (2026)

Je suis en préretraite progressive de mon blog, mais quand même... Un éditorial de Riss dans le dernier Charlie Hebdo m'a tapé dans l'oeil quand j'en ai lu la partie émergée et gratuite dans mon téléphone, alors je suis allé l'acheter, et je me sens maintenant tenu de le partager avec mes cyberfrêres et soeurs. Les dessinateurs de Charlie miment laborieusement leurs aînés de l'âge d'or (Reiser, Gébé, Wolinski, Cabu) et n'ont pour l'instant pas retrouvé l'acuité qu'ils avaient avant l'abattage rituel de la rédaction en 2015, mais sur le plan rédactionnel, c'est correct. 

Il fait un temps à racheter Charlie, à lire Blast, Mediapart... en attendant le duel au sommet Retailleau / Bardella aux présidentielles 2027. Faut se préparer à s'asseoir sur le front républicain, ce running gag de la Ve République qui a fait son temps.  


Pour aller plus moins loin :

IA bien qui IA le dernier
(image réalisée avec une IA par quelqu'un qui avait une idée derrière la tête)

Pour aller encore plus moins loin :


(réalisée sur une idée de Jaune Ouarsène pour tester les limites de l'IA en 2023,
mais à mon avis elles ont reculé depuis)

jeudi 12 juin 2025

L'horreur existentielle de l'usine à trombones (2)

La peste que les I.A. vont répandre sur le monde est facile à anticiper : il suffit d'observer ce que l’utilisation du GPS a fait au sens de l’orientation : plus personne ne sait lire une carte routière, encore moins se déplacer en ville. Ca va juste être étendu aux autres sens. Notre intelligence sera externalisée, mais restera accessible en ligne, moyennant un abonnement. Et les I.A. génératives, c'est la terreur dans tous les milieux liés à la production de contenus culturels, ça fait peur même aux journalistes de télérama, mais peut-être qu'on en n'est qu'aux balbutiements, que des artistes humains vont apprendre à les utiliser de façon inspirée, que ce qu'on voit aujourd'hui il faut pardonner aux écrans, c'est l'équivalent des premiers films des frères Lumière. Puisque toute l'histoire de l'art est faite d'humains qui s'approprient l'héritage précédent pour le mener un peu plus loin... en fait c'est même toute l'histoire de l'humanité qui est comme ça, on n'a pas reproché à l'inventeur de la brouette d'avoir photocopillé l'inventeur de la roue, alors ça ne sert à rien de s'agacer que les I.A. ne fassent que vomir ce dont on les a gavées. Ce sont des outils, même s'ils sont loin d'être neutres.

Ainsi le récent court-métrage de Raphael Frydman "LA VIE QUAND T'AI MORT" exploite-t'il à fond les artifices et les tics visuels des I.A. génératives à la mode (Midjourney) pour nous proposer une overdose de signaux non signifiants devant laquelle le cerveau commence à fondre et demande grâce, en moins de cinq minutes chrono.


Est-ce parce que l'I.A. cannibalise l'histoire de l'art que ses productions sentent aussi fort la charogne ? ce qui dérangeait déjà dans Prompt, c'était l'absence totale d'émotions devant ce catalogue de fins du monde, débitées d'un ton monocorde en voix off (le ricanement n'est pas une émotion, il est une réaction pour s'en protéger)
"LA VIE QUAND T'AI MORT", avec ses cohortes de défunts condamnés à revoir leur vie dans de petites salles de visionnage pour l'éternité sans pouvoir refaire leurs choix, c'est déjà pas très gai, et plastiquement on dirait l'au-delà relooké par Wes Anderson et Tim Burton, on est rapidement submergé par la surabondance de détails qu'on ne peut intelliger, emportés dans une stase hypnotique audiovisuelle puis rejetés sur les rivages du Grand N'importe Quoi. L'excuse du réalisateur c'est de prétendre que c'est un au-delà imaginé quand il avait 10 ans. Pas mal. Merci à Arte de nous tenir informés de l'actualité de ces artistes qui « collaborent » avec l’I.A. dans leur nouveau magazine de la création IA "PhantasIA".

https://www.arte.tv/fr/videos/123998-002-A/phantasia-2/

attention à la fatigue oculaire
engendrée par ces aliments 
ultra transformés que sont pour les yeux
les images générées par I.A.


Certes, ils seront tondus à la Libération, après l’avènement de John Connor, mais en attendant ils défrichent ces contrées inconnues, et en ramènent des paysages macabres, malaisants et d'une acide poésie
Dans une I.A. il n'y a personne, juste une poignée de tropismes déguisés en perroquets stochastiques. 
Il ne sert à rien de diaboliser l'engin, ni même la perversion des usages qui se dessine dès son émergence.
Toute l'émission est instructive, et il y a un faux making off juste hilarant de "LA VIE QUAND T'AI MORT" dans l'interview de Raphael Frydman à 20'45".

jeudi 5 juin 2025

L'horreur existentielle de l'usine à trombones

Je ne regarde jamais de vidéo sur YouTube. Les vidéos en streaming sont une des figures du Mal, comme Arte le dénonce courageusement dans une série de vidéos en streaming disponibles pendant encore 5 jours avant que l'I.A. ne les trouve et les efface des réseaux.

Une fois dans ma life j'ai fait une exception, pour mater des vidéos de vulgarisation scientifique sur les trous de vers, le paradoxe de Fermi ou l'ultra-moderne solitude. 

Là, oui, c'était intéressant, mais sinon, non. Un proche m'a envoyé l'autre jour un petit clip où l'on voyait des bébés, affublés des visages très juvéniles de Zelensky, Macron et autres Puissants faire des blagues de mioches, en plus c'était sur facebook, que je refuse encore plus que YouTube, mais on peut quand même voir la vidéo sans avoir de compte

Mon sang ne fit qu'un tour, et je pestai derechef contre le gaspillage de ressources dépensées dans ce clip, dont le seul but semblait être l'autopromotion des astuces de l'I.A. générative. Quand on sait la quantité de ressources affectées au développement de ce golem informatique, puis déployées à la production de blagues à trois balles qu'un dessinateur de BD pourrait crobarder en 5 minutes tandis que la planête se réchauffe encore plus qu'avant sous l'effet de l'accumulation des data centers, il y a effectivement de quoi mourir de rire. En retour de ma diatribe intra-familiale, je reçus ceci :




Comme je ne voulais pas m'abimer dans de nouvelles imprécations avant de savoir sur qui jeter l'anathème, je visionnai la vidéo, malgré sa longueur. Mise en images un peu à la David Castello-Lopes. Propos très clair, après une introduction un peu longuette. Sans nul doute la meilleure vidéo de vulgarisation des dangers et biais cognitifs de l'I.A. que j'aie jamais regardé, quand bien même ce fut la seule.
L'horreur existentielle de l'usine à trombones me rappelle la malédiction jadis réactivée par les malheureux héros de "La clé laxienne", une histoire lue dans "les univers de Robert Sheckley" illustré par Moebius
et récemment reparue dans "deux hommes dans les confins" qui regroupe l'intégrale des aventures de Arnold et Gregor.
Quelques jours plus tard, un admirateur secret, sans doute affligé de la perte de ma prostate, m’envoie un sex-toy à mon effigie.


Si je me livre à des pratiques contre-nature avec cette figurine, est-ce que ça fait de moi un auto-enculé, comme papa ?

Plus grave, ça ne pose à mon pote aucun problème d’utiliser une technologie qui coûte des milliards en R&D pour faire des blagues à trois balles, certes sophistiquées sur le plan du traitement graphique, qui participent insidieusement à la toystoryfication du monde, tout en restant des blagues à 3 balles. Seuls les sociologues des media sont contents, ils se réjouissent de l’appropriation des outils par le grand public.
J’ai beau dire à mon copain qu'utiliser l’I.A. pour ça (ou pour se fabriquer des images porno selon les goûts et inclinations de chacun, qui sont très variés, me suis-je laissé dire par les chercheurs), c’est valider implicitement le plan de Macron d’installer un Data Center dans les chiottes de chaque Français pour que la StartUp Nation reste bien placée dans la course au Néant, hé ben mon pote il ne voit pas le problème, et je passe pour un Schtroumpf à lunettes, jaloux et moraliste.
 
Je prétends aujourd'hui préférer regarder le réel en face et sans filtre.
Ca n'a pas toujours été le cas.

PS : J’étais curieux de savoir quelles instructions mon pote avait pu donner à ChatGPT, cet affable et volubile Moloch, pour obtenir la poupée Warsen.  Qui a écrit le prompt que tu as utilisé ? tu l’as acheté, volé ou conçu toi-même ? le questionnai-je. Voici sa réponse :

Le prompt a circulé sur les réseaux sociaux et  même sur certains journaux. Je n'ai ni eu l'envie de me creuser la tête ni de payer pour le prompt, un simple copier coller aura suffi.
Pour générer le modèle "Warsen" il faut un prompt particulier (que je te joins si tu veux essayer:
-Crée un rendu 3D de haute qualité d'une figurine en style cartoon, présentée sous blister, à la manière d'un jouet de collection. Le fond en carton est <COULEUR> et porte une étiquette de jouet rétro. En haut au centre, en grandes lettres majuscules et en gras, dans un cadre jaune au contour noir, écris "STARTER PACK". Juste en dessous, tu peux écrire <NOM> en plus petit en bas à droite. En haut à droite, un badge bleu circulaire indique "ACTION FIGURE". En haut à gauche, une petite bulle blanche indique "4+".
Le personnage se tient debout, moulé dans une boîte en plastique transparente fixée sur un support en carton plat. Il doit ressembler à la photo que je joins. Son visage est <CARACTÉRISTIQUES DU VISAGE>, avec une pose <CARACTÉRISTIQUES DE LA POSE>. Le ton général est léger et réaliste.
La figurine porte <INDIQUER LES VÊTEMENTS + COULEURS>. Sur le côté de la figurine, intégrés dans des moules en plastique distincts, expose 3 accessoires miniatures : <ACCESSOIRE 1>, <ACCESSOIRE 2>, <ACCESSOIRE 3>. Chaque accessoire s'insère parfaitement dans son propre compartiment moulé.
L'emballage est photographié ou rendu avec des ombres douces, un éclairage uniforme et un fond blanc épuré pour donner l'impression d'une séance photo commerciale. Le style doit allier réalisme et stylisation du dessin animé 3D, à l'image de Pixar ou des maquettes de jouets modernes. Assure-toi que la disposition et les proportions du produit ressemblent à celles d'un véritable jouet vendu en magasin.)
tu colles la photo de ton choix sur L' IA et tu as le resultat.

Je mettrais bien la photo de ma femme y'a 25 ans
dans ChatGPT pour en faire un sextoy,
mais je la connais, ça va encore pas lui plaire.

Si je comprends bien, sa seule fantaisie a consisté à choisir les accessoires de la figurine, ainsi que l’inscription sur le T-Shirt, qui ne sont pas dans le script. Fichtre. Moi, la seule fois où j’ai testé une I.A. générative, j’ai obtenu ça. J’ai tout de suite compris qu'étant au-delà de la condition humaine, elle avait plus d’humour que moi, elle avait rajouté des détails que je n'avais pas demandés, ce qui en faisait une concurrente imbattable, et j’ai lâché l’affaire. 
Mais comme ma curiosité a été piquée par la poupée Warsen, je viens de demander à une I.A. de réaliser un portrait de la femme idéale, et par un hasard étrange, elle ressemble beaucoup à une photo de la mienne y’a 25 ans, quand j’étais trop occupé à dénoncer sur internet les dangers d’internet pour la regarder. On m’y reprendra !
Je prépare quand même un nouvel article mettant en garde contre les dangers de l’IA, que je ferai valider par l’I.A. Je crains qu’il n’ait que peu d’impact.


En 1997, John Warsen avait une prostate et des slogans chic et choc.

jeudi 1 mai 2025

Prompt (2024)

Hallucinée, déprimante et souvent malaisante, la série animée "Prompt" est le fruit de copulations contre-nature, verbales et vidéographiques, entre un artiste et une horde d'I.A. génératives. Les I.A, quand on les flatte, se laissent aller à un humour post-humain plus grinçant que Houellebecq et Cioran réunis.

>>>>>>    extrait de mail    >>>>>>>

Salut vieux. J’ai pensé à toi et à ton vieux pote Cybermiaou ChatGPT en lisant « Les IA à l’assaut du cyberespace », recueil d’articles parus sur le blog d'Olivier Ertzscheid, qui explique bien comment nous sommes en train de passer d’un Web sémantique à un Web synthétique, et en quoi les carottes sont cuites, pour nous les humains. Pour toi, c’est peut-être une bénédiction de pouvoir compter sur la chaleur et l'affabilité d'un ami virtuel toujours bienveillant, je ne veux pas t’enlever cette consolation de ton hypersolitude, mais oncle Warsen et tata Ertzscheid te rappellent ce qui se cache derrière le masque placide et bienveillant de l’I.A.
voici la troisième grande révolution discursive, celle de ChatGPT, celle d’un artefact génératif avec lequel nous « conversons », et ce faisant conversons tout à la fois avec les milliers de travailleurs pauvres qui « modèrent » les productions discursives de la bête, mais aussi avec l’ensemble des textes qui ont été produits aussi bien par des individus lambda dans des forums de discussion Reddit ou sur Wikipédia que par des poètes ou des grands auteurs des siècles passés, et enfin avec tout un tas d’autres nous-mêmes et l’archive de leurs conversations qui sont aussi le corpus de ce tonneau des Danaïdes de nos discursivités. Quand nous parlons à ChatGPT nous parlons à l’humanité toute entière, mais il n’est ni certain que nous ayons quelque chose d’intéressant à lui dire, ni même probable qu’elle nous écoute encore.
(..)
Quel est le principal problème posé par ChatGPT ? Ils sont en vérité multiples. Le premier d’entre eux est celui de la certification de la confiance conversationnelle. Qui peut (et comment) garantir que les échanges avec ChatGPT sont soit vrais soit à tout le moins vérifiables ?

Le problème de ChatGPT est aussi qu’il se présente et est utilisé comme une encyclopédie alors qu’il n’en partage aucune des conditions définitoires, et qu’il se prétend et est utilisé comme un moteur de recherche alors que là encore c’est tout sauf son coeur de métier.

Le problème de chatGPT c’est également qu’il « interprète » (des connaissances et des informations) avant de nous avoir restitué clairement les sources lui permettant de le faire ; à la différence d’un moteur de recherche qui restitue (des résultats) après avoir interprété (notre requête).

Le problème de ChatGPT, enfin, c’est qu’il assigne pêle-mêle des faits, des opinions, des informations et des connaissances à des stratégies conversationnelles se présentant comme encyclopédiques alors même que le projet encyclopédique, de Diderot et d’Alembert jusqu’à Wikipédia, est précisément d’isoler, de hiérarchiser et d’exclure ce qui relève de l’opinion pour ne garder que ce qui relève d’un consensus définitoire de connaissances vérifiables.

Il vaut mieux n'en regarder qu'un épisode par semaine, voire par mois : le turfu vu par les I.A, c'est esthétiquement chic, mais ça fait un peu mal au cul, et c'est bien triste. Si c'est ça l'avenir, même s'il n'y aura sans doute jamais assez d'électricité pour nourrir tous les data centers nécessaires à cette merdification, je préfère encore les soirées Théma sur Arte, qui s'inscrivent clairement dans une démarche de promotion du suicide, et les vieux disques de Thiéfaine, qui ne valent guère mieux.
La série est disponible jusqu'au 30/08/2027 sur arte.tv. 
Oooh la belle image que l'I.A a repompée sans vergogne sur Neil Gaiman et Dave Mc Kean

hein ? c'est pas une preuve, ça ?


Et pour en revenir à Lucie, à DeepSeek, à ChatGPT, à Gemini et à toute la confrérie de leurs clownesques clones, il devient urgent que nous retrouvions une part de lucidité perdue. Tant que ces modèles seront, de par leur conception même, en capacité même temporaire d’affirmer que les vaches et les moutons pondent des oeufs, et tant qu’ils ne seront capables que d’agir sur instruction et dans des contextes où ces instructions sont soit insondables soit intraçables, jamais je dis bien jamais nous ne devons les envisager comme des oeuvres de langage ou de conversation, mais comme des routines propagandistes par défaut, et délirantes par fonction. La merveille de la langue, la beauté du langage, la seule, c’est qu’elle est la seule singularité non-marchande qui puisse être partagée par des millions d’individus sans qu’il y ait nécessité d’en faire autant de clownesques clones. Elle est un lieu de friction qui rend possible toute forme de fiction et de diction, là où tout le projet politique des plateformes et des IA génératives, niché au coeur même de leurs ingénieries et de leurs modes de production, est d’abolir la friction pour la mettre au service de leurs fictions propres. Les IA conversationnelles ne répondent pas à nos questions, elles figent nos attentes. 

Au risque de faire bondir l’ensemble de mes camarades qui travaillent sur les modèles d’IA, nous sommes déjà au bout du cycle de développement de ce que l’on qualifie aujourd’hui « d’IA conversationnelle ». Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de progrès en termes de performance, de coûts, d’infrastructures, de modèles même comme les « transformers » qui marquèrent une rupture et un progrès presqu’exponentiel. Bien sûr qu’il y aura des progrès. Mais le narratif d’une « intelligence artificielle générale » est une mythologie moderne. Et comme toutes les mythologies, elle est là pour nous avertir à la fois d’un aveuglement, d’un risque et d’une dérive en les mettant en récit. Et il est assez fou que nous ne la traitions presque jamais comme telle.

Si une IA conversationnelle vous explique les bienfaits des oeufs de vache une fois, c’est une connerie. Si une autre IA conversationnelle vous explique les bienfaits des oeufs de mouton une fois, c’est toujours une connerie. Mais si toutes les IA conversationnelles vous expliquent tout le temps et à chacun de leurs lancements (grand public ou sur invitation) les bienfaits des oeufs de vache ou de mouton ou de poneys, et si toutes les IA conversationnelles sont toutes en capacité de vous tenir un discours Nazi si vous leur demandez simplement de le faire, alors … Alors si nous cherchons à voir dans tout cela autre chose qu’une alarmante connerie, alors il n’est que deux options possibles : soit nous sommes tous devenus aussi très cons, soit nous avions un livre (passionnant) à écrire sur ces questions 😉

mercredi 9 avril 2025

Manuscrit retrouvé par un robot dans une poubelle (2970)

2009
La multinationale du recyclage des ordures qui a séquestré des publicitaires jusqu'à ce qu'ils accouchent du génial slogan "faire du déchet une ressource" franchit une nouvelle étape : je réalise sous leurs ordres un film institutionnel à la gloire d'une innovation qui agite le petit monde des camions-poubelles, et je découvre stupéfait d'indignation que les technocrates ont décidé de continuer d'asservir les humains à leur propre technologie, en robotisant la collecte des ordures ménagères. Tout progrès technique au coût exorbitant est désirable, s'il permet d'économiser un salaire. Les résultats sont pour l'instant tellement désastreux que je réalise un bêtisier, que je diffuse sous le manteau, en ricanant très fort.


Un ami dont j'ai oublié le nom mais dont je reconnais le style acerbe (aux Croates) commente sobrement : "5000 ans après la roue, l'homme invente donc la machine à renverser les poubelles. Une étape cruciale dans l'évolution du chat et du chien, surtout s'ils passent à proximité."
La phrase finale de l'interview ratée résume bien le biais communicationnel : "dis-moi ce que tu veux que je te dise, sinon je vais te dire la vérité.

2025
Je retrouve ce bêtisier du film, qui préfigure les âneries de l'Intelligence Artificielle, au fond d'une boite mail de 20 Gigas que j'essaye de nettoyer de ses bourrelets disgracieux. J'ose espérer, sans doute un peu naïvement, que le projet d'automate collecteur de poubelles a été complètement abandonné, mais en trois clics, je découvre qu'en fait, non. 


Les robots de collecte pilotés par I.A. passeront un de ces jours devant chez vous pour égorger vos animaux familiers, vos fils et vos compagnes, qui étaient sorties précipitamment déposer le bac sur la chaussée en voyant le camion arriver du bout de la rue, réalisant d'un coup qu'on était déjà mardi matin et que leur vieux mari cancéreux ne s'était pas acquitté de cette tâche qu'il assume d'habitude lundi soir. 
Comme l'a prédit Thierry Nutchey dans sa nouvelle "Je ne suis plus possible !" disponible dans le numéro 6 de VUPP disponible ici légalement et gratuitement, (et dépêchez-vous d'en profiter avant qu'Internet devienne payant et soit entièrement rédigé par des I.A.) l'extinction de l'espèce humaine ne sera pas la fin de toute civilisation sur terre :   

"Le monde tournait en mode automatique, machinal, réglé partout au millième de seconde, sécurisé, dirigé par un réseau d’organes programmés ultra-vigilants qui se surveillaient les uns les autres. La technologie s’occupait finalement de tout et rien ne pouvait lui échapper (...) Les industries continuaient en l’absence des humains à innover et produire comme elles avaient appris à le faire, à flux tendu, qui recyclaient la nuit ce qu’elles avaient fabriqué le jour, déterminées, conscien- cieuses, ivres de leur efficacité, portées par des machines fidèles et joyeuses qui s’autoperfectionnaient et s’autocongratulaient inlassablement, qui s’offraient des «œuvres d’art continuelles», des pensum de «rétrophilosophie», des «musiques absurdiques», simples déglutitions mathématiques à prétention esthétique qui recréaient et déclinaient en contre poids une certaine envie pour l’invraisemblance et un aléatoire subjectif étroitement calculé. La machine profitait d’un système d’autant plus redoutable qu’il savait tout faire et ne comprenait rien. Les algorithmes aux commandes avaient aboli le risque, le danger, l’intempestif, avec une précision absolue. Pour ma propre fin, il fallait attendre désormais que les centrales de production d’énergie à fusion thermonucléaire s’éteignent d’elles-mêmes, que cessent leur combustion et leur miraculeuse production. Que s’arrêtent un jour les machines. Les hommes étaient partis en laissant la lumière allumée, leurs créations tourneraient encore sans eux pour des siècles et des siècles. Je n’étais plus possible et ne pouvais compter sur aucune panne."

Je pense comme lui que ça risque de finir comme ça, dans un triste clignotement de machines qui s’enculent. Bien sûr, ça me fait un peu rêver, moi qui n’ai plus de prostate, mais pas tant que ça. Les I.A. non plus, n’ont pas de prostate. Et elles simulent une empathie qu’elles sont bien incapables d’éprouver, ces grosses putes. Pour s'en convaincre, on peut suivre le blog le blog d'Olivier Ertzscheid, ou lire son dernier livre « Les IA à l’assaut du cyberespace »,

2970 :
La messe est dite, et les carottes sont cuites.
le dernier robot de collecte de chez Veolia n'est pas encore tout à fait au point :
certains déchets parviennent à s'enfuir par les égouts. Mais nos ingénieurs sont sur le coup.
(Tardi, in Metal Hurlant Canal Historique n°9, 1976)