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jeudi 11 juin 2026

Une Brève et Fausse Histoire du rap français (1981-2026)

"Les barbares habitaient dans les angles tranchants 
des cités exilées au large du bizness"

Bernard Lavilliers, "Les Barbares", 1976
1981 

Bernard Lavilliers invente le rap sans le faire vraiment exprès, en enregistrant "Night Bird" en une nuit, tout seul comme un chien d'infidèle dans sa cuisine, avec une beatbox et son micro fétiche qu'un chaman brésilien lui a vendu sur son lit de mort. C'est une longue mélopée scandée en alexandrins, à la gloire de l'errance nocturne à bord d'un véhicule à combustible fossile dans les faubourgs de Los Angeles, à la rencontre de "tout ce que la ville produit de sportif et de sain" (de mémoire) qui remplira toute la face A de son prochain album, et ça sera déjà ça de fait. 
Furieuse de n'avoir pas été associée au projet, Lisa Lyon, sa nouvelle femme culturiste qui a de gros biscotos lui met une bonne ratatouille pendant son sommeil, et revend en catimini l'invention de Nanard aux Blacks d'Harlem : le hip-hop est né. Les Blancs ayant précédemment volé le blues aux Noirs pour en tirer des couinements électrifiés de bobos dépressifs, ce n'est que justice. 

Ces faits sont avérés, et sobrement décrits ici :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Lavilliers#Ann%C3%A9es_1980 

Bernard se réveillant légèrement indisposé
après sa bonne ratatouille
(pochette intérieure de "Nuit d'amour", 1981)

1990

En traversant l'Atlantique, et après un atterrissage en catastrophe sur le petit aérodrome de Lannion (Côtes d'Armor), le hip-hop a perdu ses vertus abrasives de pamphlet politique et social grâce auxquelles il dénonçait le racisme, les discriminations institutionnelles et le traitement médiatique des afro-américains. Grâce à l'abonnement de mes grands parents à Télérama, je peux enfin écouter du rap francophone sans me sentir déchiré entre conformisme et rébellion : 
la presse mainstream adoube MC Solaar qui affiche en tous lieux des propos mesurés, fait preuve d'une richesse de vocabulaire qui honore la langue française, et produit des chansons que je peux comprendre sans acculturation, ni me crever les yeux sur un dictionnaire d'argot new-yorkais, "Bouge de là" ou "Victime de la mode", pas besoin d'être racisé pour vibrer, et je peux reprendre le refrain sans me sentir illégitime ni souffrir du symptôme de l'imposteur ou toutes ces conneries que le Blanc a inventé pour oublier son passé colonial extractiviste, vu que la culpabilité est une fuite, et que cétait ma foi bien pratique de ficher le camp dans l'imaginaire au moment de passer à la caisse, mais là c'est rappé. 

1990 : avec l'argent que mes parents m'ont donné
pour acheter de la drogue à la sortie de l'école,
je préfère tout claquer en maxi 45 tours.

1994

Fabe chante "Ca fait partie de mon passé", ode à la résilience et à la réparation de ses erreurs après acceptation du devis, quelle que soit ma couleur de peau et mon parcours scolaire. Que demander de plus au hip-hop ? N'étant ni pauvre ni issu de la diversité, je fais l'impasse sur NTM et IAM, ça sentirait trop l'entourloupe et le luxe intellectuel de fils de bourgeois bien nourri, éduqué à mort et consécutivement miné par l'ennui, voire le dégoût de lui-même. Sans parler de mon inconscient colonial, avec tous les trucs chelous que mon grand-père a fait en Afrique dans les années 60.

1995

Pendant que je bosse comme un ouf à M6 sur l'émission Dance Machine, afin de financer la naissance de mon premier enfant en répandant la vermine boys band sur la France tout en coupant l'herbe sous le pied de la K-Pop coréenne qui n'est encore qu'une lueur dans l'oeil des parents des 7 nains de BTS, MC Solaar rencontre Ophélie Winter en boite de nuit. Ophélie est un autre produit phare placé en tête de gondole dans le hall d'entrée de chez M6, qui effraie les démarcheurs des régies publicitaires en journée mais rassure les veilleurs de nuit et les pigistes nocturnes comme votre serviteur, car il émane d'elle une luminosité verdâtre faiblement radioactive mais promesse sensuelle chuchotée dans la pénombre de neutralité carbone. 
Vu de ma fenêtre, le déclin créatif subséquent du rappeur solaarisé est graduel mais définitif. 
Le rap, pour moi, c'est rapé, je résilie l'abonnement de mes grand-parents à Télérama et me tourne vers les Inrockuptibles, à l'époque somptueux trimestriel à dos carré
Qu'est-ce que je vais bien pouvoir écouter maintenant, si les élites nous lâchent et se compromettent dans la musique à vocation commerciale ? Du blues ? A mon grand dam, et malgré des efforts vigoureux et réitérés, je ne suis toujours pas noir. Par dépit, vais-je rejoindre Bernard Lavilliers à l'arrière d'un taxi dans les faubourgs interlopes de Los Angeles pour y sniffer de la coke sur le cul d'une prostituée portoricaine, dans un esprit de fraternité ludique et conviviale, comme mes pulsions m'y invitent ? 
Hélas, je suis bien placé pour savoir que la sexualité ne se gêne pas pour nous susurrer des promesses à l'oreille, à l'instar de Donald Trump et Benyamin Netanyahou, de nous exciter comme des puces, et puis quand on est chauffés à blanc elle ne trouve rien de plus amusant que de s'enfuir en ricanant avec toute l'argenterie après s'être essuyé les fesses dans les rideaux du salon, (Trump et Netanyahou, tout pareil), nous laissant le pantalon sur les genoux dans l'attente d'un apaisement qui, comme la Madeleine de Brel, ne viendra pas, car la sexualité, cette gourgandine, n'est pas au service de nos petits désirs étriqués et postcoloniaux mais de la perpétuation de l'espèce, une cause qui nous dépasse sans nous transcender des masses, quel que soit le coefficient de marée pulsionnelle.
Alors que si on résiste assez longtemps à ses sollicitations (comptez entre 30 et 50 ans, selon votre espérance de vie), et malgré son écoeurante familiarité née de la promiscuité, elle finira par se lasser, et ira embêter quelqu'un d'autre - c'est pas les clients qui manquent.

MC Solaar a-t-il voulu transgresser l'interdit ?
bien malin qui voudrait faire le con
avec cette idée sur mon blog.

Et puis, halte au culte de la performance ! Ne serait-il pas urgent de redéfinir ce que c’est qu'aimer, désirer, bander ? en tout cas, dès qu'on aura pris le temps de refonder la gauche plurielle, ce qui semble encore plus urgent eu égard aux échéances électorales de 2027, ça serait un truc à faire… 
Mais je m'emballe, car nous ne sommes qu'en 1995. En bossant pour l'émission Culture Rock, toujours sur M6, je découvre des groupes de hip-hop américain qui hybrident le hip-hop avec le jazz, le hard rock ou le rock progressif, (Arrested Development, Run DMC, Public Enemy...), et je rêve de voir éclore un tel métissage en France, sans découvrir grand chose de stimulant. Mon pauvre chaton. Par chance, et surtout grâce aux Inrocks, je découvre le trip-hop, opioïde analgésique utilisé comme substitut chez les consommateurs de hip-hop frelaté en France, et ce bien avant l'apparition des Hyper U de la défonce sur WhatsApp... de fil en aiguille, je tombe sur le chainon manquant entre Massive Attack et Angelo Badalamenti, dont je pressentais bien qu'il devait exister quelque part.

des fois les réponses sont là, 
juste sous notre nez.

2000

J'encadre les étudiants d'une école nantaise qui forme des journalistes généralistes et des couteaux suisses de la com' institutionnelle, et nous réalisons pour le journal télé de l'école un reportage sur les médiateurs sociaux qui viennent d'être nommés dans la cité de la Halvêque à Nantes. Ce nouveau métier vise à aplanir dans les quartiers dits "sensibles" les difficultés liées à l’absence d’information, la complexité administrative, la méfiance à l’égard de l’institution ou même la perte de la conviction d’avoir des droits. Avec mes étudiants, on trouve ça plutôt chouette.

Un grand nombre de personnes ne demandent rien
et ne bénéficient pas des droits
auxquels elles peuvent légitimement prétendre.

2005

Nicolas Sarkozy, immigré d'origine hongroise devenu ministre de l'Intérieur, démantèle la police de proximité qui assurait une mission de contact et de médiation, pour privilégier une approche de sécurité plus répressive. Il promet de passer les cités ("exilées au large du bizness" comme le prophétisait Lavilliers dès 1976) au Kärcher. Abandon des politiques de prévention, renforcement de la vidéo-surveillance, fermeté contre ceux qui menacent la sécurité des Français, « en premier lieu les gens du voyage, les jeunes des banlieues, les immigrés illégaux »choix du tout-répressif. Sarkozy prône la « tolérance zéro ». Sa gestion de la crise des banlieues de 2005 est vécue comme une dégradation du lien entre les banlieues, ses jeunes et la politique et ses promesses d'égalité, mais il conquiert les classes populaires.


Sa campagne de 2007 est magistrale.
Je ne comprends toujours pas son échec de 2012.

2010

Etant un gros boomer blanc cis-trans qui regarde Arte, je ne vais pas spontanément vers le rap. J'ai un putain de biais cognitif qui me dit que je suis pas le coeur de cible. 
Après l'embourgeoisement de MC Solaar, c'est le rap qui vient pourtant me tirer par la manche pour s'acheter sa dose de Subutex, par le biais de la parodie qui fait rire jaune, car j'adore la vacuité un peu égotiste de la dérision, mais comme on ne peut pas rire de tout avec n'importe qui, il m'arrive souvent de ricaner tout seul devant mon ordi. 
Bref. Je découvre un peu tard Gomez et Dubois, un faux groupe de rap urticant, mais bien en prise avec le réel. D'ailleurs, ce sont de vrais rappeurs qui se cachent derrière leurs pseudos. Hotel Commissariat, une parodie un peu fastoche d'Hotel California, fait le buzz. En 2003, face au scandale des faux électeurs du 5e arrondissement dans les campagnes municipales de Paris conduites par Jean et Xavière Tibéri, Gomez & Dubois suggérent de voter pour "Le parti du 3ème Doigt", si vous voyez ce que je veux dire. (j'ai mis un moment à capter quel était mon troisième doigt, parce que je suis loin des rappeurs et des banlieues). Leurs imitations de Charles Pasqua et de Joey Starr sont hilarantes, en tout cas elles me font bien ricaner tout seul derrière mon ordi pendant que ma femme se tape les courses, la bouffe, le ménage et l'éducation des enfants. 


Le chômage ? Aux travaux forcés les fainéants ! 
Plus l'impôt sur le RMI, 30 % et les jeunes ? 
Donnez-leur de la drogue, ça les calme ! 
On ferme les cités et on leur vend des armes ! 
À Matignon, premier coffee-shop, pop pop pop ! 
Et le Maroc je l'incruste dans l'Europe, pop pop pop ! 

Gomez & Dubois - Le 3ème Doigt
https://www.youtube.com/watch?v=hdCduODhhcg
(encodé sur Youtube par votre serviteur)



Ca semble abusé, mais malheureusement tout est vrai, comme sur mon blog. Plus tard viendra Odezenne, flow minima-nihiliste sur fond de crack, ultime avatar dépressif du hip-hop blanc qui semble n'aspirer qu'à sa propre extinction. The End is near.


Pochette de l'album"Rien" de Odezenne (2015).
Si vous la trouvez tristouille, attendez d'avoir écouté le disque.


2017

M'enfin ? Je n'ai rien de désagréable à dire sur les gens qui se tournent vers la religion quand c'est la dernière solution pour ne pas devenir fou (bien que ça ne soit pas incompatible) et comme disait mon papa, on a écrit des bibliothèques entières sur les vertus de la prière. J'en ai moi-même beaucoup lu. Mais quand même, ça fait chier. Bon, d'accord, Cat Stevens s'était converti à l'islam, et Bob Dylan au catholicisme. Mais ils avaient continué d'enregistrer.

Ce dessin reste d'une actualité brûlante depuis plusieurs décennies.
Souhaitons qu'il finisse par la perdre. C'est pas gagné.

2026

Délitement du lien social, explosion des inégalités, überisation du narco-trafic, triomphe du gangsta rap, ablation de la prostate, tout est fait pour que la délinquance explose à nouveau dans les quartiers sensibles (sic) et les jeunes se font dessouder à qui mieux mieux, à tour de bras, à scooter électrique et à la Kalaschnikov achetée à prix coûtant sur Vinted, à Nantes comme à Marseille, à la fréquence d'un mort par semaine. Parce que quand même, on est Nantes, putain !

https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/06/06/narcobanditisme-a-nantes-derriere-des-fusillades-en-serie-des-clans-qui-sont-a-cran_6698074_3224.html

Grâce à mon travail à moi que j'ai dans une station régionale de l'audiovisuel public qui-n'en-a-plus-pour-longtemps, je découvre une bande de jeunes de ces quartiers difficiles qui préfèrent rapper là-dessus que de vendre de la dope pour payer une maison à leur mère. Ils offrent un regard engagé sur l'actualité depuis les quartiers populaires. La diffusion du reportage est reportée du fait de la fréquence de plus en plus rapprochée des tueries en pleine rue, en plein jour, et vas-y que je t'achève d'un pruneau dans la tête devant les gosses quand ils sortent de l'école, c'est l'exemplarité des grands frères, ouat zeu feuque. Il faut regarder leur chaine Cnous, ils n'ont pas été aidés, et ne sont pas très cliqués. Ils ne parviennent à produire que 5 épisodes par an, et le dernier ne devrait pas tarder à sortir, inspiré des derniers meurtres dans le quartier.

https://www.youtube.com/@LACHAINECNOUS/featured

Surprise : après des décennies de décadence où la part belle est faite à l'individualisme et au matérialisme via l'Egotrip systématique au détriment d'un message à caractère social voire politique qui avait fortement imprégné le rap des années 1990, c'est plutôt rassurant d'entendre de nouveaux échos remixant colère et espérance. Non seulement je comprends tout ce qu'ils disent, mais ça me conforte dans mes opinions :

Sarkozy en prison !

un journal télé qui fait rimer colonies avec sodomie
ne peut pas être entièrement mauvais.

2032

Que sont-ils devenus ?

- A 77 ans, Sarkozy est enfin en prison, non pas pour toutes les casseroles qu'il a au cul, mais pour utilisation abusive du mot "Kärcher" quand il prétendait nettoyer les banlieues en 2005. "Kärcher" est le nom d'une marque commerciale de nettoyeurs haute pression, et il a été condamné pour publicité déguisée, comme une vulgaire influenceuse, par un juge à la solde des grammar nazis. Ça valait le coup d'attendre. Les Français n'ont pas les bollocks de mettre un ancien président en tôle pour des tripatouillages politico-financiers, mais en plus la Justice n'a plus les moyens de remplir son rôle, elle est débordée comme le reste des services publics.  

- Avec tout l'argent que Warsen a gagné grâce aux publicités Google Ads® insérées sur les blogs d'influenceur de son empire multimédia, il a pris sa retraite éditoriale et investi ses gains dans le narco-trafic, pour salir mon l'argent propre, et aussi parce que dans une société où on n'aurait pas besoin de se droguer, on pourrait légaliser la marijuana, mais c'est pas demain la veille, alors on est tranquilles, la drogue ça va continuer à être l'opium du peuple pendant un moment. Le problème, c'est que Warsen n'est porté ni sur la beu ni sur la coke ni sur la meth, il n'aime que les psychédéliques, et se fournit en Hollande, comme tout le monde.
Et il n'écoute plus de rap français à vocation politique ou sociale, mais du dark ambient à bas volume pour se faire ouvrir le chakra du bas, à condition d'avoir pris un slip de rechange. 
Comme il est impossible d'être accro à la mescaline, l'évolution ayant développé une caractéristique d'anti-addiction à cette drogue, en tout cas selon les habiles commerçants qui en font la promotion sur des sites spécialisés, tous les clients de John ont rapidement atteint l'Illumination grâce aux cactus en pot, puis ils ont laissé tomber la dope, prétendant que ça faisait partie de leur passé, avant de s'inscrire massivement chez LFI, pour hâter l'avènement de Mélenchon 2032. Il est bien fini, le temps que chantait Baabz dans le JT rappé, édition spéciale du 9/6/26 : "En vrai l'narco-trafic ça justifie la répression / C'est pas ça qui empêchera ta mère d'finir en dépression". Et puis, laisse ma mère en dehors de tout ça, s'te plait. On n'a pas gardé les cochons ensemble.

- Les rappeurs nantais de la chaine CNous continuent de produire leurs brûlots anticapitalistes sur Youtube, mais Macron s'apprête à revenir aux commandes aux Présidentielles. Tout reste à faire et rien n'est joué.

Folle jeunesse. Après nichon-chaton, nichon-chichon.
Faudrait pas qu'ça grandisse.



Pour aller plus loin :

- le docu en 2 parties sur le narcotrafic européen sur Arte

- le podcast de Killian sur france culture


- le destin de Fabe

- les débuts du rap français, grâce à l'excellente émission L'OEIL DU CYCLONE 
(réalisée du temps où Canal + n'appartenait pas à un enculeur de mamans christofasciste)

- Les preuves que tout ce que je dis est vrai, ou presque :

Pour oublier tout ça parce que le monde est trop cruel :





Fumer fait tousser.
Et quand on tousse, on tire pas droit.

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2022/04/gomez-dubois-hotel-commissariat-2003.html


... et la meilleure série du monde sur le narcotrafic et ses conséquences sociales, c'est The Wire
 ...ex-aequo avec Traffik.
https://en.wikipedia.org/wiki/Traffik


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Post Scriptum :
J'ai un peu menti. Bernard Lavilliers n'a pas inventé le rap en 1981, mais en 1979, avec le brûlot trotskyste qui couvre toute la première face de l'album PouvoirsGrâces lui en soient rendues au plus haut des cieux. J'invente rien, je l'ai lu sur mon blog.
Il est en vente dans l'arrière cuisine de mon officine dans sa crudité originale, bourré jusqu'à la gueule d'explicit lyrics qui n'ont pas pris une ride. D'ailleurs, Marie-Louise, tant que vous êtes debout, remettez le disque au début, on s'en lasse pas.

merci aux rappeurs de la chaine CNous, ainsi qu'à Juliette, Olivia et Carla pour l'inspiration. 

jeudi 11 décembre 2025

John Landis - Blacks without soul (1987)

N'hésitez pas à le louer
à votre vidéoclub de quartier.
En fait, non. C'est moins drôle
que son prédécesseur
"Hamburger Film Sandwich".
A la faveur d'une crise de geekisme qui me touche tous les ans à la même heure, qui est aussi celle de la mort de maman, je teste une nouvelle plateforme de mise en ligne de contenus vidéo. En même temps ça me fait réviser mes logiciels de montage et d'encodage (FinalCutPro, HandBrake) qui auraient tendance à rouiller au fond du jardin. 
"Blacks without soul" est un sketch racialisé extrait du film (à sketches) "Amazon Women on the Moon" sobrement devenu "Cheeseburger film sandwich" dans sa version française. J'espère que jusqu'ici, vous suivez.
Il joue sur les deux sens du mot "soul". 
Et le reste n'est que littérature.
Il en existait déjà des versions sur youtube, mais sans les sous-titres vf. Voici le sketch en question :
Pour les Blancs sans soul, la situation est encore plus pire : ils ont beau tenter de s'approprier celle des Noirs, ça se voit grave, et le résultat est encore pire.
 
INJUSTE : terme employé pour désigner les avantages dont on a essayé de spolier d’autres gens, mais sans y arriver. Voir aussi MALHONNÊTETÉ, DISSIMULATION, et TIENS J’AI DU POT.
(Chad C. Mulligan, Lexique de la Délinquescence cité par John Brunner dans Tous à Zanzibar)

vendredi 15 août 2025

Le foreverisme, pour toujours et à jamais

Dans la volupté indicible et d'une actualité sans cesse renouvelée (en tout cas jusqu'à aujourd'hui) de l'éternel instant présent, je découvre le foreverisme (à ne pas confondre avec l'éternalisme d'Alan Moore) grâce à Télérama.
Si vous n'êtes pas comme moi un abonné Premioume® du magazine, qui se veut une déclinaison des Inrocks à destination des boomers blancs racisés intersectionnels et fétichistes,(1) en plébiscitant à tout prix des artistes issus de la diversité, quitte à faire fi de leurs qualités artistiques intrinsèques, vous n'aurez pas accès à l'article en entier, que je vous forwarde.

En 2012, le critique musical britannique Simon Reynolds publiait Rétromania, un essai dans lequel il interrogeait l’obsession de la pop music à recycler son passé au lieu d’inventer un avenir. Treize ans plus tard, le philosophe américain Grafton Tanner s’est penché sur cette crise de nostalgie aiguë qui semble frapper toujours plus la pop culture. Il en a tiré une conclusion contre-intuitive : la rétromanie aurait été remplacée par une autre force marketing — le « foreverisme » —, un passé transformé en présent perpétuel plus lucratif encore pour les industries culturelles. Il s’en explique.

À première vue, le foreverisme ressemble à une version extrême de la rétromanie…
La nostalgie est une émotion humaine. Tout le monde y est plus ou moins confronté, en réaction au changement ou au temps qui passe. La rétromanie cherchait à susciter des sentiments nostalgiques chez les auditeurs. À l’inverse, le foreverisme redémarre le passé pour l’enfermer et en saturer le présent afin qu’il ne manque plus à personne. Au fond, le foreverisme veut détruire la nostalgie. Il s’inscrit dans une longue lignée de discours qui, tout au long de l’histoire, l’ont combattue. Le terme « nostalgie », inventé en 1688 par un étudiant en médecine, Johannes Hofer, décrivait au départ une maladie mentale à vaincre. L’armée pensait qu’elle démotivait les troupes. Et contrairement à ce que certains pourraient supposer aujourd’hui, les sociétés capitalistes ont une véritable aversion pour cette émotion qui incite les individus à la réflexion, à la pause, au souvenir ; plus rarement à travailler ou à produire.

Les Covid triplet foreverism sisters :
"Viens jouer avec nous, Danny. Pour toujours, et à jamais."
Oui, et fais voir ton passe sanitaire, aussi.

De quand date l’invention du foreverisme ?
Le terme a été popularisé en 2009 par TrendWatching, une publication de conseil en marketing. Il s’agissait de donner la priorité aux expériences durables (le forever, « pour toujours ») afin de répondre à l’obsession du marketing pour les expériences éphémères et uniques (le now, l’instant présent). Au cours des années 2010, cette approche est devenue une stratégie viable dans les secteurs du divertissement, de la technologie, de l’automobile et de la consommation.

Auriez-vous des exemples ?
Les groupes de rock qui continuent sans un seul membre d’origine, l’expansion des « univers cinématographiques » de superhéros à succès comme Marvel. Les sociétés de production relancent de vieux récits mais, surtout, font durer ces histoires afin d’intéresser les fans le plus longtemps possible, et en tirer davantage de profits.

Aujourd’hui, beaucoup de gens pensent vraiment qu’aller de l’avant, c’est aller en arrière.
On a le sentiment que le foreverisme naît avec Internet…
Pas exactement, mais il s’est développé parallèlement à la croissance de la technologie, en particulier lorsque les sociétés de divertissement ont multiplié les redémarrages de franchises (reboot), et que le streaming est devenu le modèle économique. Grâce à lui, Disney a rendu son catalogue accessible en permanence, après avoir utilisé la rareté pendant des années, pour vendre ses nouveaux films : des versions contemporaines de ses classiques.

Le foreverisme est-il une nouvelle version du conservatisme ?
Cela sert ses intérêts, c’est certain. Quand il s’agit de pop culture, on se dit que cela n’est pas très grave. Mais en matière politique, c’est plus inquiétant. La foi dans le progrès a été ébranlée au XXᵉ siècle, alimentant le discours foreveriste. Mais paradoxalement, le discours progressiste avait lui aussi combattu la nostalgie, en refusant d’accepter cette émotion qui ralentissait le progrès. D’une certaine façon, Donald Trump a joué avec. Il a dit : « L’avenir n’est plus dans le progrès ? Très bien, rapportons le passé dans le présent et faisons en sorte qu’il ne nous échappe plus jamais. » Aujourd’hui, beaucoup de gens pensent vraiment qu’aller de l’avant, c’est aller en arrière. Même si cela est impossible. Car l’illusion foreveriste se situe là : le passé disparaît en réalité. Et personne ne peut rien y faire.

Foreverism. Quand le monde devient un jour sans fin, de Grafton Tanner, éd. Façonnage.


Il me semble que le foreverisme, dans ses efforts marketing frénétiques pour nier la réalité de l'impermanence de tous les phénomènes, ne fait qu'exhiber son propre échec en tant que simulacre; qui va voir en concert The Australian Pink Floyd ou Queen Extravaganza (le groupe de reprises officiel de Queen), se raconte à lui-même le mensonge d'être confronté au Vrai plutôt qu'à l'ersatz. (au fuck simulé, lol). C'est pas un crime, et grand bien lui fasse, s'il tire un plaisir sain d'une croyance qu'il sait erronée. Je ne lui jetterai pas l'abbé Pierre, je me tape bien Alien  : Earth en espérant que Noah Hawley, brillant showrunner des séries Legion, Fargo et The Unusuals, retrouvera le lustre du Ridley Scott d'antan qui avait magnifiquement épouvanté ma jeunesse avec le premier Alien. La grâce des première fois. Face à l'épuisement des imaginaires, la tentation est grande de réinvestir des formes anciennes, et de voir si on peut les remplir d'espérance nouvelle, comme disent les chrétiens charismatiques. 
John Warsen dénonçant les mirages
du foreverisme sur une plage californienne
(droits réservés © 2008)
Et pourquoi pas ? Je ne sais pas si c'était mieux avant, mais je sens bien que ça va être pire après. Et je trouve que sur le plan créatif, on n'a jamais fait mieux que le mec qui a inventé les années 70. Donc je suis à priori le cœur de cible des rois du marketingMais c'est dans ma vie intime que je découvre que le foreverisme, comme Alien, est planqué dans des coins sombres où j'ai du mal à passer le balai, il déplace des caisses dans l'entrepôt de mes souvenirs et me fait croire que des choses sont encore là alors que ça fait bien longtemps qu'elles se sont tirées avec l'argenterie après s'être essuyé les fesses dans les rideaux du salon. Ca vaudrait le coup de faire mon deuil (les saluer et les laisser partir comme le suggère Jack Kornfield dans "Après l'extase, la lessive") plutôt que de m'entêter à me raconter des histoires. Je comprends qu'à partir d'un certain âge, on se dise que si on avance encore, c'est vers la mort. Mais reculer, c'est aller à rebours de la vie, et "ça ne plaisante pas du tout de ce côté-là", comme le notait Henri Michaux. Et c'est absurde de croire que le passé constitue un refuge sûr. Il est juste le tombeau de lui-même. 
Il y a aussi la difficulté à être dans l'ici et le maintenant, qui rend sans doute sensible aux sirènes vérolées et putassières du foreverisme. Oh putain, c'est beau, ce que je dis, mais faudrait que j'aille au Super U avant qu'ça ferme, c'est déjà scandaleux qu'il soit ouvert en matinée le jour de l'assomption, mais autant en profiter.
________________________

(1)j'ai entendu hier une journaliste décrire en ces termes peu flatteurs les gars pâlots affligés de préférences sexuelles exotiques, et bien sûr ça m'en a mis un coup.

[ Mise à jour du 17 Aout ]
Je découvre une référence au foreverisme dans l'excellent quoiqu'effrayant article d'Olivier Ertzscheid
Selon le journal Les Echos, l'IA serait prochainement mise à contribution pour cloner les comédiens de « Caméra Café » et générer de nouveaux épisodes de la sitcom, en les "modernisant". Qu'avons-nous fait pour mériter ça ? Les enjeux techniques, éthiques, juridiques et économiques de cette foreverisation sont aussi abordés, et ça fait trop peur, qu'on se le dise.
L'article renvoie ensuite vers Usbek & Rica : 
et évoque l'instrumentalisation politique de la nostalgie par Trump et ses sbires transhumanistes, à vous dégouter d'éprouver ce doux sentiment pour toujours et à jamais. Et tout en bas de l'article, une vignette du barde de Northampton (celui qui finit ficelé avec un baillon sur la bouche dans les banquets de Grands-Bretons à la fin des albums d'Astérix en anglais) renvoie vers son interview, qui attribue la mort de la contre-culture à l'arrivée d'Internet, et en vient à postuler que " peut-être que le meilleur espoir pour l’avenir, c’est que la nostalgie actuelle finisse par mourir avec les personnes nostalgiques, et que dans le futur, personne ne regrette Donald Trump, Vladimir Poutine ou la pandémie..." Encore faudrait-il que demain advienne. Avec le foreverisme, c'est de moins en moins probable. " Demain n'arrive jamais", c'est pas le titre du prochain James Bond, ce parangon de la fiction foreveriste ? Pour toujours et à jamais, qu'on vous dit. 

samedi 6 juillet 2024

Marc Dugain - Un Narcisse Solitaire (2024)

texte publié dans Le 1 hebdo le 19/6/24

CETTE HISTOIRE semblait tirée d’un roman du XIXe siècle, quand la littérature était à son apogée. Un jeune provincial issu d’une bonne famille, le visage forgé par la détermination, sort de l’œuf couvé par une grand-mère aimante qui a su distinguer dans son petit-fils un personnage singulier dont l’ambition ne devrait pas connaitre de limites. Ses grandes facultés intellectuelles sont en adéquation avec le système français de sélection des élites, et il ne sera pas long à décrocher le diplôme sésame qui permet de se mouvoir avec souplesse dans le complexe économico-bureaucratique français, où il est permis à une petite élite venue des grands corps de passer leur grosse tête indifféremment à travers la porte d’une haute administration, d’un cabinet ministériel aussi bien que d’une entreprise privée, dans un va-et-vient, une ondulation, déterminé par son seul intérêt.

De l’Ecole nationale d’administration, il prend le formatage péremptoire mais tente d’en gommer le balancement circonspect par ce qui ressemble à des convictions. Nous sommes à l’époque où les énarques doivent choisir entre la gauche et la droite sans être forcément d’un côté ou de l’autre. Une ambition n’est rien si elle ne croise pas certaines circonstances historiques. Nous sommes loin des éruptions de l’histoire qui ont favorisé l’émergence des grands hommes comme Clemenceau ou de Gaulle. Non, l’époque est plutôt au délitement. La droite s’est ensablée dans le sarkozysme, quand les idéaux du gaullisme ont été confisqués par une bande du 9-2 qui a marché sur l’Elysée sans connaitre de résistance. Il en restera le sauvetage des banques de la faillite dans laquelle leur cupidité les avait précipitées, par la dette bien sûr, beaucoup de dette.

Dans un mouvement d’essuie-glace propre aux démocraties, la gauche succède à une droite épuisée par les affaires. Victime d’un priapisme suicidaire, ce ne sera pas Strauss-Kahn mais un tacticien d’appareil qui prendra la suite du champion de la mise en examen. La gauche est de retour, fracturée comme à son habitude, menée par des bourgeois parisiens au grand coeur qui rêvent d’un capitalisme qui les soulagerait de leur culpabilité en gommant ses excès comme on lime les dents d’un cheval. L’autre gauche, vitupérante, qui n’est pas plus assise sur le monde ouvrier, parti au Front national, rêve encore du Grand Soir qui glisse sur des matins à gueule de bois. Elles sont irréconciliables, alors François Hollande navigue au centre sans inviter les vrais centristes à le rejoindre. La gauche se focalise sur les minorités bruyantes pendant que la majorité silencieuse accélère sa dérive vers l’extrême-droite, qui vaut mieux pour elle que toutes les trahisons dont elle se sent la victime. Et pendant ce temps-là, comme dit la chanson, la marée numérique a submergé les esprit, le citoyen s’efface devant le consommateur, s’abstient de plus en plus de voter, et les réseaux sociaux se développent selon le principe dénoncé en son temps par mon arrière-grand-mère : « c’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut le faire savoir. »

Le drame est planté ; qui sera le sauveur ? Il va prendre la forme de ce sémillant Rastignac de l’Inspection des Finances qui appréhende la réalité en système expert et qui, après avoir fait une partie de ses armes à l’ombre de Hollande, le double quand celui-ci est empêché de se représenter par manque de popularité. Du jamais vu sous la Ve. Notre super-héros à la française va tout faire exploser. Fini ce clivage de façade entre une droite et une gauche vermoulues qui peinent à se distinguer, prises dans les glaces de l’Europe ultralibérale et de la mondialisation. Alors, quel est le programme ? Il n’y en a pas d’autre que d’accompagner l’efficience d’un marché qui est l’expression la plus parfaite de ce que nous sommes, de nos aspirations et de notre futilité. L’avènement d’une pointure politique moderne se fait dans ce qu’il y a de plus abyssal, le vide opportuniste.

Pourtant, de la conviction, il en a pour lui-même et pour cette fonction. Il s'y moule dans ce qu’elle a de plus désuète, l'autoritarisme, et les effets de manche nourris par une profusion de communication tous azimuts dans une symbolique le plus souvent ridicule.

Les Français, même diminués par la numérisation de leur neurones, ne peuvent pas avoir élu quelqu'un seulement parce qu'il n'a pas de programme. Il leur faut plus, et ce plus, c'est le barrage contre une extrême droite qui monte tranquillement, sans s'essouffler. De minoritaire dans son absence de conviction, il devient majoritaire comme dernier rempart contre les effluves de Vichy qui se transforment en fumet acceptable et même enthousiasmant pour ce peuple plongé dans la perspective d'une tragédie climatique et d'un grand remplacement... par l'intelligence artificielle. Face aux grands défis du siècle, un réchauffement qui nous cuit au court-bouillon quand il ne menace pas de nous noyer dans les inondations, il croit bien faire un proclamant son inoubliable « make the Planet great again », en référence à Trump, qui n'a qu'un slogan - « rendre à l'Amérique sa grandeur » - qu'il a repris lui-même de Reagan. Et là débutent les plus spectaculaires opérations de com’, les plus invraisemblables tergiversations, retournements tragiques sur un sujet qui concerne tout simplement l'avenir de l'humanité. Kennedy disait, pour rire, qu'il avait nommé son frère Bobby ministre de la Justice pour lui permettre d'apprendre le droit. En se faisant élire, Emmanuel Macron pensait peut-être suivre une formation diplômante dans un simulateur de pouvoir, sauf qu'il est le président, l'élu dont la nation attend qu'il l'emmène vers de meilleures perspectives. C'est là qu'un de ses défauts majeurs se révèle cruellement. Cette nation, il ne la connaît que dans les livres, les études, les rapports. Il ne l'appréhende pas charnellement, parce qu'au fond, elle ne l'intéresse pas autrement que comme une donnée Macron-économique.

Pourtant, au-delà de son triangle des Bermudes qui relie Amiens à Paris et Paris au Touquet, il existe un désarroi, une inquiétude, une réalité bien loin de la start-up nation ou cohabiteraient « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien ».

Puisqu'ils ne sont rien individuellement, ils vont tenter d'être quelque chose collectivement. Et le voilà confronté à la révolte la plus grave de la Ve République depuis Mai 68, fomentée pour la première fois par des gens qui n'ont pas de programme, des Gilet jaunes qui veulent un peu d'argent et de considération.

C'est trop demander et il faudra que ce narcisse solitaire soit conduit dans les tunnels d'évacuation de l'Élysée, que ses gardes du corps en viennent à craindre tout simplement pour sa vie pour qu'il comprenne qu'il fait fausse route. Il déploie alors tout son charme pour renouer le contact par des diatribes nourries qui ne mèneront à rien, comme ne mènera à rien sa Convention citoyenne sur le climat. Parce qu'il ne veut pas brusquer les intérêts qui le portent depuis le début, qui comptent sur lui pour que rien ne change en profondeur, qui se réjouissent de la montée vertigineuse de l'impuissance publique face à la violence du marché qu'ils représentent.

La crise sanitaire a mis notre dette en émoi avec son « quoi qu'il en coûte » généreux mais ruineux, alors, pour redonner confiance aux prêteurs, il se lance dans une réforme des retraites peut significative dans ses conséquences financières et s'obstine. La guerre en Ukraine a redoré le blason de sa dimension internationale en masquant notre déroute en Afrique, où la France se dérobe devant une armée de mercenaires. Cette guerre en Europe lui donne le sentiment de rentrer enfin dans l'histoire, oui il s'inscrira sans doute pour son fameux « Eh Volodymir, comment ça va ? », lancé au téléphone au président ukrainien le matin de l'invasion russe. Il se représente face à une Marine Le Pen parvenue à l'avant-dernier étage de son ascension.

Malgré l'aide du scrutin majoritaire, il perd la majorité à l'Assemblée. Le contempteur de la droite et de la gauche se retrouve seul face à ceux qu'il a persécutés. La réalité se révèle, jour après jour, il a été élu, une fois encore contre Marine Le Pen, mais il demeure minoritaire, très minoritaire. Il se sert du 49.3 pour gouverner comme le faisaient les Américains du B-52 au Vietnam. Il pilonne, tout à l'ivresse de sa solitude alors qu'autour de lui tout déraille. L'extrême gauche, empêtrée dans son soutien à une organisation terroriste, récupère l'antisémitisme traditionnellement dévolu à l'extrême droite pendant que cette extrême droite s’affaire à rassurer la communauté juive sans vraiment s’aliéner les musulmans qui refusent l'islamisme. Clemenceau et tous ceux qui ont vécu l'affaire Dreyfus ne reviendraient pas.

Puis vient le coup de grâce. L’élection européenne révèle son véritable socle électoral, moins de 15 % des votants, probablement pas plus de 10 % des inscrits. C'est pire que Hollande à la même période de son mandat. Il a réussi l'impensable, rendre impossible tout gouvernement de droite, de centre ou de gauche. Lui sait au plus profond de lui-même qu'il n'a pas d'autre choix que dissoudre parce qu'il ne peut plus faire semblant de gouverner. Dissoudre pour se sauver lui-même. Tout être tend à persévérer dans son être, et il n'est pas l'exception. Pour ne pas déchoir, il ouvre les vannes d'un barrage qu'il avait été élu pour contenir. Il libère des eaux douteuses qu'il a amplement aidé à faire monter. Il contribue à l'affaiblissement d'une fonction déjà dévoyée par ses prédécesseurs. Au-dessus des partis, comme la Constitution le prévoyait à l'origine, il l’a été surtout par son hubris et une estime de lui-même qui lui interdit de se confronter à la force du doute, confrontation dont sont sorties les grandes pointures de notre histoire. Sans grande conviction alliée à cette humilité du doute, il est bien difficile de se mettre à la disposition d'autres que soi-même. Au moment où l'intelligence artificielle questionne l'essence même de la politique en nous proposant une vérité suprahumaine incontestable, il rend obsolète la fonction présidentielle. Sa dissolution de l'Assemblée, il la conçoit comme le châtiment d'un peuple ingrat qui n'a pas su se courber devant sa supériorité intellectuelle.

Son plan, on le connaît : abreuver les Français d'un Rassemblement national immature et incompétent, jeter à la face des Français un premier ministre de 28 ans totalement inexpérimenté, laisser l'affrontement se développer entre les extrêmes et quand les Français n'en pourront plus, il dissoudra à nouveau en espérant revenir triomphant. Un bien mauvais calcul qui risque plutôt de justifier la radicalisation de l'extrême droite, qui pourrait s'installer pour longtemps. Alors on se plaît à rêver qu'il s'en aille et que dans un dernier sursaut les forces démocratiques raisonnables élisent une personnalité qui ne soit pas la énième incarnation d'espoirs bientôt déçus mais qui œuvre pour mettre en place un régime parlementaire mature intégrant de la démocratie directe, ce qui peut être fait sans démagogie, sous la bienveillance d'une ou d'un président vraiment au-dessus des partis et de son ambition personnelle, capable d’œuvrer pour le bien commun. Mais là on rejoint la fiction.


Pour aller plus loin :


https://affordance.framasoft.org/2024/07/dissolution-start-up-nation/

https://blog.mondediplo.net/le-scenario-manquant

https://www.blast-info.fr/

https://www.frustrationmagazine.fr/grande-coalition-catastrophe/

https://usbeketrica.com/fr/article/legislatives-bollore-mene-un-combat-qui-vise-a-saper-notre-civilisation-et-notre-democratie


lundi 24 mai 2021

Jorja Smith - Addicted (2021)

 

Que Dieu me préserve des clips licencieux faits main maison de Jorja Smith, en ce lundi de Pentecôte qui nous voit célèbrer l'effusion du Saint-Esprit le cinquantième jour à partir de Pâques sur un groupe de disciples de Jésus de Nazareth, dont les Douze Apôtres, mais pas les Quatre Barbus. Pour ceux que ça intéresse, cet épisode est relaté dans les Actes des Apôtres, et je tiens à leur disposition un assortiment de brochures pédagogiques sur la question.
Que Dieu m'en préserve, mais comme je sais qu'il n'est pas là pour ça, et que l'album de Jorja Smith est plébiscité dans Télérama (ancienne annexe du Vatican, du temps où chaque critique de film s'accompagnait de l'avis de l'Office Catholique), je m'en remets un petit coup pour la route.
Pour me mortifier, j'uploaderai à nouveau des vieux trucs sympas morts ayant existé jadis dans l'instant présent prochainement.
En tout cas elle a une jolie voix, Jorja Smith, et elle est plus facile à écouter sans les images.
Comme Awa Ly, quoi.
Awa qui ?


jeudi 1 octobre 2020

Bror Gunnar Jansson - Body In A Bag (2019)

Très proche dans la forme du Tom Waits période Bone Machine.
Dans le fond aussi.



They found my body in a bag, body in a bag,
They found my body in a bag.
I used to have a name, I used to have a name,
Now I only wear a tag.

I used to walk the dark streets late at night.
Offering my love for a reasonable price.
Now my feet won't do no walking
And my hands won't do no job.
I lie dead cold in the dead cold ground.

Killer ditched me in a ditch, ditched me in a ditch.
The Killer chopped me up and ditched me in a ditch.
But my killer kept my head, the killer kept my head.
Maybe they put me in a box under the bed?

I used to walk the dark streets late at night.
Offering my love for a reasonable price.
Now my feet won't do no walking
And my hands won't do no job.
I lie dead cold in the dead cold ground.

I used to walk the dark streets late at night.
Offering my love for a reasonable price.
Now my feet won't do no walking
And my hands won't do no job.
I lie dead cold in the dead cold ground.

But my killer's on the loose, my killer's on the loose.
Maybe you heard it on the news?

mardi 17 mars 2020

Christophe Nick : Manipulations - une histoire française (2011)

Après avoir regardé la fin de Mr Robot sans être vraiment convaincu du déploiement de tels artifices spéculaires pour évoquer un banal cas de troubles psychiques, maintenant le midi pendant la pause déjeuner je me fais un épisode d'une série documentaire de 6 fois 52 minutes consacrée à l’affaire Clearstream, qu'en bon précog j'avais stockée il y a des années en prévision d'une période de confinement… question magouilles politiques, financières et mondialisation, ça enfonce aisément Rami Malek et sa belle  soeur Darlene, mais aussi Le Bureau des Légendes, puisque les acteurs sont issus de la diversité du monde réel, et jouent leur propre rôle. Industriels de l'armement, barbouzes du renseignement, ouvriers du blanchiment, paradis fiscaux, morts suspectes de gars qui n'en voulaient, journalistes teigneux, tout est là pour faire de vos 15 prochains jours chez vous au frais du contribuable un inoubliable retour sur cette affaire ébouriffante. Série idéale à regarder en sirotant du gel hydroalcoolique si on est coincé chez soi à maudire l'hyper-capitalisme dont les flux financiers ont permis à la chienlit bactérienne de se répandre en un clin d'oeil sur toute la planète.

L'indispensable notule, pour savoir si cette série vous convient dans cette période anxiogène, de petites pièces pouvant être inhalées par erreur, et va trouver un ORL en ce moment :

Les affaires d’État n’ont qu’un intérêt : mettre à nu les mécanismes du pouvoir. Clearstream est de celles-là. La série, présentée par Fabrice d’Almeida dans La Case du siècle, est le fruit d’une longue enquête. Construite comme un thriller, elle propose une plongée dans le monde fermé de la grande finance, au centre du lobby militaro-industriel, au cœur du pouvoir exécutif ou dans le secret de la magistrature. Là où d’ordinaire seuls sont admis les puissants…Le combat de deux monstres politiques. C’est ainsi que l’affaire Clearstream a jusqu’alors été racontée. Elle est bien plus que cela. C’est une certaine histoire de France, celle du dernier quart de siècle. L’histoire d’une France au temps de la mondialisation des capitaux, de l’émergence d’une Europe de la défense, de la violence des luttes de pouvoir et des relations dangereuses entre politiques et vendeurs d’armes. Une certaine histoire de France dans laquelle un homme, Imad Lahoud, a su jouer des fragilités du système pour pénétrer un à un chaque cercle de pouvoir et déclencher une impensable affaire d’État qui lève le voile sur les zones grises de la République.


L'épisode 1 est là : 

(ici aussi si l'autre lâche)

L'épisode 2, je fus contraint de le ripper moi-même d'un DVD ISO maudit par les services du déminage de galettes cryptées

L'épisode 3
L'épisode 4

L'épisode 5

L'épisode 6

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en complément de programme, une expérience web tirée de la série :

samedi 21 décembre 2019

Various - The Deuce - Unofficial Soundtrack (2019)

En 2019, David Simon a achevé sa fresque en trois saisons couvrant quatre décennies dans le quartier bien craouette (putes, dope, p0rn et pire, des hamburgers à toute heure) de la 42ème rue à New York.
La bande son, collectée par des fans anonymes, contient 140 titres esssentiellement empruntée à la soul des années 60 et 70, et donne furieusement envie d'être un maquereau nègre dans ces années-là. Bien que, comme on le voit dans la série, leur règne ne dure pas, les féministes commençant à leur chercher des poux dans la boule afro dès 1976.

http://download-soundtracks.com/television-soundtracks/the-deuce-unofficial-soundtrack/