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jeudi 11 juin 2026

Une Brève et Fausse Histoire du rap français (1981-2026)

"Les barbares habitaient dans les angles tranchants 
des cités exilées au large du bizness"

Bernard Lavilliers, "Les Barbares", 1976
1981 

Bernard Lavilliers invente le rap sans le faire vraiment exprès, en enregistrant "Night Bird" en une nuit, tout seul comme un chien d'infidèle dans sa cuisine, avec une beatbox et son micro fétiche qu'un chaman brésilien lui a vendu sur son lit de mort. C'est une longue mélopée scandée en alexandrins, à la gloire de l'errance nocturne à bord d'un véhicule à combustible fossile dans les faubourgs de Los Angeles, à la rencontre de "tout ce que la ville produit de sportif et de sain" (de mémoire) qui remplira toute la face A de son prochain album, et ça sera déjà ça de fait. 
Furieuse de n'avoir pas été associée au projet, Lisa Lyon, sa nouvelle femme culturiste qui a de gros biscotos lui met une bonne ratatouille pendant son sommeil, et revend en catimini l'invention de Nanard aux Blacks d'Harlem : le hip-hop est né. Les Blancs ayant précédemment volé le blues aux Noirs pour en tirer des couinements électrifiés de bobos dépressifs, ce n'est que justice. 

Ces faits sont avérés, et sobrement décrits ici :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Lavilliers#Ann%C3%A9es_1980 

Bernard se réveillant légèrement indisposé
après sa bonne ratatouille
(pochette intérieure de "Nuit d'amour", 1981)

1990

En traversant l'Atlantique, et après un atterrissage en catastrophe sur le petit aérodrome de Lannion (Côtes d'Armor), le hip-hop a perdu ses vertus abrasives de pamphlet politique et social grâce auxquelles il dénonçait le racisme, les discriminations institutionnelles et le traitement médiatique des afro-américains. Grâce à l'abonnement de mes grands parents à Télérama, je peux enfin écouter du rap francophone sans me sentir déchiré entre conformisme et rébellion : 
la presse mainstream adoube MC Solaar qui affiche en tous lieux des propos mesurés, fait preuve d'une richesse de vocabulaire qui honore la langue française, et produit des chansons que je peux comprendre sans acculturation, ni me crever les yeux sur un dictionnaire d'argot new-yorkais, "Bouge de là" ou "Victime de la mode", pas besoin d'être racisé pour vibrer, et je peux reprendre le refrain sans me sentir illégitime ni souffrir du symptôme de l'imposteur ou toutes ces conneries que le Blanc a inventé pour oublier son passé colonial extractiviste, vu que la culpabilité est une fuite, et que cétait ma foi bien pratique de ficher le camp dans l'imaginaire au moment de passer à la caisse, mais là c'est rappé. 

1990 : avec l'argent que mes parents m'ont donné
pour acheter de la drogue à la sortie de l'école,
je préfère tout claquer en maxi 45 tours.

1994

Fabe chante "Ca fait partie de mon passé", ode à la résilience et à la réparation de ses erreurs après acceptation du devis, quelle que soit ma couleur de peau et mon parcours scolaire. Que demander de plus au hip-hop ? N'étant ni pauvre ni issu de la diversité, je fais l'impasse sur NTM et IAM, ça sentirait trop l'entourloupe et le luxe intellectuel de fils de bourgeois bien nourri, éduqué à mort et consécutivement miné par l'ennui, voire le dégoût de lui-même. Sans parler de mon inconscient colonial, avec tous les trucs chelous que mon grand-père a fait en Afrique dans les années 60.

1995

Pendant que je bosse comme un ouf à M6 sur l'émission Dance Machine, afin de financer la naissance de mon premier enfant en répandant la vermine boys band sur la France tout en coupant l'herbe sous le pied de la K-Pop coréenne qui n'est encore qu'une lueur dans l'oeil des parents des 7 nains de BTS, MC Solaar rencontre Ophélie Winter en boite de nuit. Ophélie est un autre produit phare placé en tête de gondole dans le hall d'entrée de chez M6, qui effraie les démarcheurs des régies publicitaires en journée mais rassure les veilleurs de nuit et les pigistes nocturnes comme votre serviteur, car il émane d'elle une luminosité verdâtre faiblement radioactive mais promesse sensuelle chuchotée dans la pénombre de neutralité carbone. 
Vu de ma fenêtre, le déclin créatif subséquent du rappeur solaarisé est graduel mais définitif. 
Le rap, pour moi, c'est rapé, je résilie l'abonnement de mes grand-parents à Télérama et me tourne vers les Inrockuptibles, à l'époque somptueux trimestriel à dos carré
Qu'est-ce que je vais bien pouvoir écouter maintenant, si les élites nous lâchent et se compromettent dans la musique à vocation commerciale ? Du blues ? A mon grand dam, et malgré des efforts vigoureux et réitérés, je ne suis toujours pas noir. Par dépit, vais-je rejoindre Bernard Lavilliers à l'arrière d'un taxi dans les faubourgs interlopes de Los Angeles pour y sniffer de la coke sur le cul d'une prostituée portoricaine, dans un esprit de fraternité ludique et conviviale, comme mes pulsions m'y invitent ? 
Hélas, je suis bien placé pour savoir que la sexualité ne se gêne pas pour nous susurrer des promesses à l'oreille, à l'instar de Donald Trump et Benyamin Netanyahou, de nous exciter comme des puces, et puis quand on est chauffés à blanc elle ne trouve rien de plus amusant que de s'enfuir en ricanant avec toute l'argenterie après s'être essuyé les fesses dans les rideaux du salon, (Trump et Netanyahou, tout pareil), nous laissant le pantalon sur les genoux dans l'attente d'un apaisement qui, comme la Madeleine de Brel, ne viendra pas, car la sexualité, cette gourgandine, n'est pas au service de nos petits désirs étriqués et postcoloniaux mais de la perpétuation de l'espèce, une cause qui nous dépasse sans nous transcender des masses, quel que soit le coefficient de marée pulsionnelle.
Alors que si on résiste assez longtemps à ses sollicitations (comptez entre 30 et 50 ans, selon votre espérance de vie), et malgré son écoeurante familiarité née de la promiscuité, elle finira par se lasser, et ira embêter quelqu'un d'autre - c'est pas les clients qui manquent.

MC Solaar a-t-il voulu transgresser l'interdit ?
bien malin qui voudrait faire le con
avec cette idée sur mon blog.

Et puis, halte au culte de la performance ! Ne serait-il pas urgent de redéfinir ce que c’est qu'aimer, désirer, bander ? en tout cas, dès qu'on aura pris le temps de refonder la gauche plurielle, ce qui semble encore plus urgent eu égard aux échéances électorales de 2027, ça serait un truc à faire… 
Mais je m'emballe, car nous ne sommes qu'en 1995. En bossant pour l'émission Culture Rock, toujours sur M6, je découvre des groupes de hip-hop américain qui hybrident le hip-hop avec le jazz, le hard rock ou le rock progressif, (Arrested Development, Run DMC, Public Enemy...), et je rêve de voir éclore un tel métissage en France, sans découvrir grand chose de stimulant. Mon pauvre chaton. Par chance, et surtout grâce aux Inrocks, je découvre le trip-hop, opioïde analgésique utilisé comme substitut chez les consommateurs de hip-hop frelaté en France, et ce bien avant l'apparition des Hyper U de la défonce sur WhatsApp... de fil en aiguille, je tombe sur le chainon manquant entre Massive Attack et Angelo Badalamenti, dont je pressentais bien qu'il devait exister quelque part.

des fois les réponses sont là, 
juste sous notre nez.

2000

J'encadre les étudiants d'une école nantaise qui forme des journalistes généralistes et des couteaux suisses de la com' institutionnelle, et nous réalisons pour le journal télé de l'école un reportage sur les médiateurs sociaux qui viennent d'être nommés dans la cité de la Halvêque à Nantes. Ce nouveau métier vise à aplanir dans les quartiers dits "sensibles" les difficultés liées à l’absence d’information, la complexité administrative, la méfiance à l’égard de l’institution ou même la perte de la conviction d’avoir des droits. Avec mes étudiants, on trouve ça plutôt chouette.

Un grand nombre de personnes ne demandent rien
et ne bénéficient pas des droits
auxquels elles peuvent légitimement prétendre.

2005

Nicolas Sarkozy, immigré d'origine hongroise devenu ministre de l'Intérieur, démantèle la police de proximité qui assurait une mission de contact et de médiation, pour privilégier une approche de sécurité plus répressive. Il promet de passer les cités ("exilées au large du bizness" comme le prophétisait Lavilliers dès 1976) au Kärcher. Abandon des politiques de prévention, renforcement de la vidéo-surveillance, fermeté contre ceux qui menacent la sécurité des Français, « en premier lieu les gens du voyage, les jeunes des banlieues, les immigrés illégaux »choix du tout-répressif. Sarkozy prône la « tolérance zéro ». Sa gestion de la crise des banlieues de 2005 est vécue comme une dégradation du lien entre les banlieues, ses jeunes et la politique et ses promesses d'égalité, mais il conquiert les classes populaires.


Sa campagne de 2007 est magistrale.
Je ne comprends toujours pas son échec de 2012.

2010

Etant un gros boomer blanc cis-trans qui regarde Arte, je ne vais pas spontanément vers le rap. J'ai un putain de biais cognitif qui me dit que je suis pas le coeur de cible. 
Après l'embourgeoisement de MC Solaar, c'est le rap qui vient pourtant me tirer par la manche pour s'acheter sa dose de Subutex, par le biais de la parodie qui fait rire jaune, car j'adore la vacuité un peu égotiste de la dérision, mais comme on ne peut pas rire de tout avec n'importe qui, il m'arrive souvent de ricaner tout seul devant mon ordi. 
Bref. Je découvre un peu tard Gomez et Dubois, un faux groupe de rap urticant, mais bien en prise avec le réel. D'ailleurs, ce sont de vrais rappeurs qui se cachent derrière leurs pseudos. Hotel Commissariat, une parodie un peu fastoche d'Hotel California, fait le buzz. En 2003, face au scandale des faux électeurs du 5e arrondissement dans les campagnes municipales de Paris conduites par Jean et Xavière Tibéri, Gomez & Dubois suggérent de voter pour "Le parti du 3ème Doigt", si vous voyez ce que je veux dire. (j'ai mis un moment à capter quel était mon troisième doigt, parce que je suis loin des rappeurs et des banlieues). Leurs imitations de Charles Pasqua et de Joey Starr sont hilarantes, en tout cas elles me font bien ricaner tout seul derrière mon ordi pendant que ma femme se tape les courses, la bouffe, le ménage et l'éducation des enfants. 


Le chômage ? Aux travaux forcés les fainéants ! 
Plus l'impôt sur le RMI, 30 % et les jeunes ? 
Donnez-leur de la drogue, ça les calme ! 
On ferme les cités et on leur vend des armes ! 
À Matignon, premier coffee-shop, pop pop pop ! 
Et le Maroc je l'incruste dans l'Europe, pop pop pop ! 

Gomez & Dubois - Le 3ème Doigt
https://www.youtube.com/watch?v=hdCduODhhcg
(encodé sur Youtube par votre serviteur)



Ca semble abusé, mais malheureusement tout est vrai, comme sur mon blog. Plus tard viendra Odezenne, flow minima-nihiliste sur fond de crack, ultime avatar dépressif du hip-hop blanc qui semble n'aspirer qu'à sa propre extinction. The End is near.


Pochette de l'album"Rien" de Odezenne (2015).
Si vous la trouvez tristouille, attendez d'avoir écouté le disque.


2017

M'enfin ? Je n'ai rien de désagréable à dire sur les gens qui se tournent vers la religion quand c'est la dernière solution pour ne pas devenir fou (bien que ça ne soit pas incompatible) et comme disait mon papa, on a écrit des bibliothèques entières sur les vertus de la prière. J'en ai moi-même beaucoup lu. Mais quand même, ça fait chier. Bon, d'accord, Cat Stevens s'était converti à l'islam, et Bob Dylan au catholicisme. Mais ils avaient continué d'enregistrer.

Ce dessin reste d'une actualité brûlante depuis plusieurs décennies.
Souhaitons qu'il finisse par la perdre. C'est pas gagné.

2026

Délitement du lien social, explosion des inégalités, überisation du narco-trafic, triomphe du gangsta rap, ablation de la prostate, tout est fait pour que la délinquance explose à nouveau dans les quartiers sensibles (sic) et les jeunes se font dessouder à qui mieux mieux, à tour de bras, à scooter électrique et à la Kalaschnikov achetée à prix coûtant sur Vinted, à Nantes comme à Marseille, à la fréquence d'un mort par semaine. Parce que quand même, on est Nantes, putain !

https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/06/06/narcobanditisme-a-nantes-derriere-des-fusillades-en-serie-des-clans-qui-sont-a-cran_6698074_3224.html

Grâce à mon travail à moi que j'ai dans une station régionale de l'audiovisuel public qui-n'en-a-plus-pour-longtemps, je découvre une bande de jeunes de ces quartiers difficiles qui préfèrent rapper là-dessus que de vendre de la dope pour payer une maison à leur mère. Ils offrent un regard engagé sur l'actualité depuis les quartiers populaires. La diffusion du reportage est reportée du fait de la fréquence de plus en plus rapprochée des tueries en pleine rue, en plein jour, et vas-y que je t'achève d'un pruneau dans la tête devant les gosses quand ils sortent de l'école, c'est l'exemplarité des grands frères, ouat zeu feuque. Il faut regarder leur chaine Cnous, ils n'ont pas été aidés, et ne sont pas très cliqués. Ils ne parviennent à produire que 5 épisodes par an, et le dernier ne devrait pas tarder à sortir, inspiré des derniers meurtres dans le quartier.

https://www.youtube.com/@LACHAINECNOUS/featured

Surprise : après des décennies de décadence où la part belle est faite à l'individualisme et au matérialisme via l'Egotrip systématique au détriment d'un message à caractère social voire politique qui avait fortement imprégné le rap des années 1990, c'est plutôt rassurant d'entendre de nouveaux échos remixant colère et espérance. Non seulement je comprends tout ce qu'ils disent, mais ça me conforte dans mes opinions :

Sarkozy en prison !

un journal télé qui fait rimer colonies avec sodomie
ne peut pas être entièrement mauvais.

2032

Que sont-ils devenus ?

- A 77 ans, Sarkozy est enfin en prison, non pas pour toutes les casseroles qu'il a au cul, mais pour utilisation abusive du mot "Kärcher" quand il prétendait nettoyer les banlieues en 2005. "Kärcher" est le nom d'une marque commerciale de nettoyeurs haute pression, et il a été condamné pour publicité déguisée, comme une vulgaire influenceuse, par un juge à la solde des grammar nazis. Ça valait le coup d'attendre. Les Français n'ont pas les bollocks de mettre un ancien président en tôle pour des tripatouillages politico-financiers, mais en plus la Justice n'a plus les moyens de remplir son rôle, elle est débordée comme le reste des services publics.  

- Avec tout l'argent que Warsen a gagné grâce aux publicités Google Ads® insérées sur les blogs d'influenceur de son empire multimédia, il a pris sa retraite éditoriale et investi ses gains dans le narco-trafic, pour salir mon l'argent propre, et aussi parce que dans une société où on n'aurait pas besoin de se droguer, on pourrait légaliser la marijuana, mais c'est pas demain la veille, alors on est tranquilles, la drogue ça va continuer à être l'opium du peuple pendant un moment. Le problème, c'est que Warsen n'est porté ni sur la beu ni sur la coke ni sur la meth, il n'aime que les psychédéliques, et se fournit en Hollande, comme tout le monde.
Et il n'écoute plus de rap français à vocation politique ou sociale, mais du dark ambient à bas volume pour se faire ouvrir le chakra du bas, à condition d'avoir pris un slip de rechange. 
Comme il est impossible d'être accro à la mescaline, l'évolution ayant développé une caractéristique d'anti-addiction à cette drogue, en tout cas selon les habiles commerçants qui en font la promotion sur des sites spécialisés, tous les clients de John ont rapidement atteint l'Illumination grâce aux cactus en pot, puis ils ont laissé tomber la dope, prétendant que ça faisait partie de leur passé, avant de s'inscrire massivement chez LFI, pour hâter l'avènement de Mélenchon 2032. Il est bien fini, le temps que chantait Baabz dans le JT rappé, édition spéciale du 9/6/26 : "En vrai l'narco-trafic ça justifie la répression / C'est pas ça qui empêchera ta mère d'finir en dépression". Et puis, laisse ma mère en dehors de tout ça, s'te plait. On n'a pas gardé les cochons ensemble.

- Les rappeurs nantais de la chaine CNous continuent de produire leurs brûlots anticapitalistes sur Youtube, mais Macron s'apprête à revenir aux commandes aux Présidentielles. Tout reste à faire et rien n'est joué.

Folle jeunesse. Après nichon-chaton, nichon-chichon.
Faudrait pas qu'ça grandisse.



Pour aller plus loin :

- le docu en 2 parties sur le narcotrafic européen sur Arte

- le podcast de Killian sur france culture


- le destin de Fabe

- les débuts du rap français, grâce à l'excellente émission L'OEIL DU CYCLONE 
(réalisée du temps où Canal + n'appartenait pas à un enculeur de mamans christofasciste)

- Les preuves que tout ce que je dis est vrai, ou presque :

Pour oublier tout ça parce que le monde est trop cruel :





Fumer fait tousser.
Et quand on tousse, on tire pas droit.

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2022/04/gomez-dubois-hotel-commissariat-2003.html


... et la meilleure série du monde sur le narcotrafic et ses conséquences sociales, c'est The Wire
 ...ex-aequo avec Traffik.
https://en.wikipedia.org/wiki/Traffik


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Post Scriptum :
J'ai un peu menti. Bernard Lavilliers n'a pas inventé le rap en 1981, mais en 1979, avec le brûlot trotskyste qui couvre toute la première face de l'album PouvoirsGrâces lui en soient rendues au plus haut des cieux. J'invente rien, je l'ai lu sur mon blog.
Il est en vente dans l'arrière cuisine de mon officine dans sa crudité originale, bourré jusqu'à la gueule d'explicit lyrics qui n'ont pas pris une ride. D'ailleurs, Marie-Louise, tant que vous êtes debout, remettez le disque au début, on s'en lasse pas.

merci aux rappeurs de la chaine CNous, ainsi qu'à Juliette, Olivia et Carla pour l'inspiration. 

mercredi 26 mars 2025

Stephen Markley - Le Déluge (2024)

« J’ai une mauvaise nouvelle pour vous : la croissance, c’est terminé. Sortir des populations de la pauvreté et conserver le niveau de consommation de l’Occident, il ne faut plus y penser. C’est pour ça que je ne voulais pas venir à cette foire aux conneries. Je vous le dis franchement, si on n’avance pas, c’est à cause de vous, de vous tous ici, parce que la situation n’évoluera pas tant que les individus les plus riches continueront à consommer autant de ressources que certains pays – ce qui, d’après ce que j’en vois, est le postulat de base de cette petite sauterie. Regardez la liste des invités, comptez ceux qui travaillent dans l’extraction d’hydrocarbures. Sans vouloir être vexant, ce sont les mêmes qui financent ce Forum et la Sustainable Future Coalition, et c’est une vaste blague, comme vous tous. Demain, il y a une table ronde qui s’intitule “L’avenir de l’extraction”, et c’est aussi une blague parce que l’extraction ne peut pas avoir d’avenir, en tout cas si nous voulons survivre à ce qui nous attend. Tous les ans, Davos fait venir une célébrité ou une adolescente pour vous engueuler, sauf que dans l’esprit de tout le monde ici, l’environnement pèse moins lourd que le marché. Par ailleurs, si nous voulons adapter nos infrastructures au vieillissement des populations chinoise et occidentale, nous allons devoir modifier en profondeur la répartition de nos ressources financières. C’est le seul moyen d’y arriver et, oui, ça aura un prix, celui de la croissance. Il faut être complètement hors sol pour croire le contraire. Donc, vous pouvez continuer à organiser des tables rondes avec des politiciennes woke de couleur et les quotas ethniques de l’establishment du CO2, vous pouvez continuer à vous raconter que tout va bien se passer, mais moi je vous assure que ce n’est pas le cas. Et je prie pour que cette vidéo existe encore dans vingt ans parce que, tous les quatre, vous aurez l’air très, très cons. »

Extrait de "Le Déluge", de Stephen Markley

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extraits de mails : 
De: JW <JW@orange.fr>
Objet: arnaque aux epubs
Date: 9 mars 2025 à 11:28:55 UTC+1

À: livresnumeriques@fnac.com

Bonjour
j’ai acheté aujourd’hui un livre numérique sur le site de la Fnac. Mon numéro de commande est le ##95T3### Impossible de récupérer le fichier en suivant la procédure indiquée. Impossible aussi de le lire à travers l’application « Kortext » qui s’ouvre spontanément sur MacOS après le téléchargement du lien « URLLink.acsm »
capture d'écran du site de la FNAC
Contrairement à ce qui est indiqué sur le site, je ne pourrai consulter le livre que via l'application Kobo (?), et uniquement depuis certains smartphones et tablettes. Impossible donc d'y avoir accès via l’application « iBooks », sur mon Ipad Apple qui n’accepte que les livres au format ePub.
Nommer le format de ces livres "ePub" alors qu'ils ne peuvent être lus que par l'application Kobo, et uniquement depuis certains supports, c'est chercher délibérément à tromper l'acheteur qui va naturellement penser au format ePub, format courant et ouvert. Au final, j'ai bien payé, mais je ne profiterai pas du livre acheté. On ne m'y reprendra plus.
Je vous signale aussi aux associations de consommateurs pour annonce mensongère.
Cordialement

De: "livresnumeriques@suivi.fnac.com" <livresnumeriques@suivi.fnac.com>
Objet: Re : arnaque aux epubs
Bonjour Monsieur #,

Vous ne parvenez pas à télécharger votre livre numérique "Le Déluge", rassurez-vous, nous allons voir cela ensemble.
Après vérification, je constate que votre livre est bien disponible au téléchargement dans votre bibliothèque numérique "k@w#.fr".
Depuis votre iPad, la lecture de votre livre, s'effectue via l’application Kobo by Fnac téléchargeable depuis votre Apple Store.
Une fois l'application installée, connectez-vous avec votre compte fnac.com k@w#.fr et la synchronisation de votre bibliothèque se lancera automatiquement.
Une fois la synchronisation effectuée, accédez à la rubrique “Mes livres” de l’application pour commencer la lecture.
Si vous souhaitez télécharger "manuellement" votre livre à partir d'un ordinateur, depuis le site fnac.com, voici la marche à suivre :
Remarque : Adobe Digital Editions doit être préalablement installé et associé avec votre id adobe.
Identifiez-vous dans votre compte fnac.com via « Me connecter » en haut de page
Une fois dans votre compte, allez dans la rubrique « Mes livres numériques » depuis "Mes commandes"
Cliquez sur le bouton bleu « Télécharger l'ebook » sous le livre que vous souhaitez télécharger
Enregistrez le fichier et ouvrez-le avec Adobe Digital Editions.
La lecture du livre peut commencer.
Comme indiqué sur la fiche article, votre livre est au format "epub" et contient une protection numérique "Adobe DRM". Il est donc nécessaire d'utiliser une application compatible avec ce format, ce qui n'est pas le cas de l'application Apple "Livres" ou "iBooks".
Notez que Kortext n'est pas une application supportée par l'assistance de la Fnac. Aucun support concernant cette solution ne pourra donc vous être apporté.
Je reste à votre disposition, en cas de besoin, répondez simplement à ce courriel.
Cordialement,

Vincent
Service client livres numériques

Le 11 mars 2025 à 09:00
Bonsoir, et merci pour votre réponse.
Je peux effectivement télécharger l’appli Kobo sur mon ordi, et lire le livre dessus.
Mais je ne peux pas le faire sur ma tablette, un Ipad de 2012 qui refuse toute mise à jour depuis l'Apple Store.
C’est pourquoi je m’attendais à un livre au format epub, comme spécifié sur le site, pour pouvoir lire le livre sur ma tablette.
Honte à vous pour cette publicité mensongère.
Pas vous en tant que personne, bien sûr.
Vous en tant qu’entité commerciale.
Cette arnaque aux faux epubs de la Fnac est d’ailleurs référencée sur le site de "Que choisir", j’ai été ballot, j’aurais dû regarder avant.
J’étais en confiance.
C’est bien fini.
On trouve tous les livres qu’on veut de façon illégale, et c’est bien triste que ça soit plus compliqué de les acheter !

John

De: "livresnumeriques@suivi.fnac.com" <livresnumeriques@suivi.fnac.com>
Objet: Re : Re: arnaque aux epubs
Date: 11 mars 2025 à 15:53:57 UTC+1

Bonjour Monsieur #,
Je regrette que le service Livres numériques ne réponde pas à toutes vos attentes.
Si votre iPad est trop ancien pour installer l'application "Kobo by Fnac", vous pouvez utiliser la lecture en ligne de votre livre numérique via votre navigateur internet, pour cela :
Aller sur le site de Kobo (https://www.kobo.com/fr/fr)
Cliquez sur " Compte existant? Connexion "
Cliquez sur le choix " Se connecter avec FNAC " et renseignez l'adresse mail et le mot de passe de votre compte Fnac "k#@w#.fr"
Cliquez sur " Mon compte " et sur " Mes livres "
En dessous de la couverture du livre, cliquez sur les 3 petits points, puis " Lire maintenant "
J’ai bien pris note de votre mécontentement concernant la protection DRM. Sachez que ce système est mis en place à la demande des éditeurs et des auteurs afin de protéger leurs droits respectifs.
Toute action visant à modifier ou supprimer cette protection numérique des droits est assimilée à du piratage.Je reste à votre disposition, en cas de besoin, répondez simplement à ce courriel.
Cordialement,
Vincent
Service client livres numériques

Objet: RE: Re : Re: arnaque aux epubs
Date: 11 mars 2025 à 17:29:53 UTC+1
À: "livresnumeriques@fnac.com" <livresnumeriques@fnac.com>
Bravo pour votre répartie, mais franchement, pour moi lire en ligne ça serait le mal absolu, comme le streaming, du point de vue de la sobriété énergétique ça serait absolument l'inverse de mes principes, encore pire que d'emprunter un ouvrage dématérialisé dans une librairie clandestine
je note que vous ne me répondez pas sur l'aspect publicité mensongère, à savoir l'acquisition d'un livre format ePub, qui n'est pas ce que j'ai obtenu
j'admets que c'est un peu des problèmes de riche tout ça mais je suis fâché et la Fnac ne me verra plus. Si vous aviez annoncé clairement la couleur sur le site lors de ma démarche d'achat on en serait pas là.

Dicté avec la bouche depuis l'application Mail Orange 

J’ai demandé à l’A.I. de me produire deux images de « Greta Thunberg faisant la grimace
et un doigt d’honneur au service livres numériques de la FNAC » mais 
1/ elle n’est pas très ressemblante 
2/ elle s’autocensure sur les gestes grossiers. 
Alors qu’il y a quelques temps on pouvait obtenir sans soucis un Hitler hippie comme qui rigole. 
De: "livresnumeriques@suivi.fnac.com" <livresnumeriques@suivi.fnac.com>
Objet: Re : RE: Re : Re: arnaque aux epubs
Date: 11 mars 2025 à 18:40:55 UTC+1
Monsieur #,

Je regrette que le service Livres numériques ne réponde pas à toutes vos attentes.Comme indiqué sur la fiche article, il s'agit d'une ePub ayant une protection numérique Adobe DRM (type de DRM).
Il est nécessaire que la lecture se fasse sur une application ou logiciel qui permet d'ouvrir ce type de fichier.

Je reste à votre disposition

Cordialement,
Mialisoa
Service client livres numériques

Objet: RE: Re : RE: Re : Re: arnaque aux epubs
Date: 11 mars 2025 à 19:42:01 UTC+1
À: "livresnumeriques@fnac.com" <livresnumeriques@fnac.com>

Désolé mais ce n'est absolument pas spécifié sur la page internet de la Fnac qui référence l'article il y a juste la mention ePub à télécharger

je la remets, des fois que y'en aient
qui n'aient pas compris

Dicté avec la bouche depuis l'application Mail Orange


De: 
"livresnumeriques@suivi.fnac.com" <livresnumeriques@suivi.fnac.com>
Objet: Re : RE: Re : RE: Re : Re: arnaque aux epubs
Date: 12 mars 2025 à 15:33:57 UTC+1

Bonjour Monsieur #,

Vous retrouverez ces informations, depuis la fiche article de votre livre, rubrique "Caractéristiques" puis "Type de DRM".

Je reste à votre disposition, en cas de besoin, répondez simplement à ce courriel.

Cordialement,

Vincent
Service client livres numériques

A bientôt sur fnac.com

Le 12 mars 2025 à 16:58
merci pour votre réponse.
je cherche.
où ça ?
dans cette capture d’écran ?



c’est très ambigu :
l’icone sous Ebook(ePub) désigne clairement un Ebook à télécharger au format ePub.
Ce qui n’est pas le cas du tout, au final. .
Quand à l’indication « type de DRM : Adobe DRM » , j’avoue que ne l’ai pas vue au moment de l’achat.
Et de toutes façons, l’aurais-je vue, comme j’ignorais naïvement ce qu’était un DRM…


Non, sur ce coup-là, je quitte la FNAC, que j’ai fréquenté 45 ans, c’est quand même pas mal…




Le 12 mars 2025 à 17:11, livresnumeriques@suivi.fnac.com a écrit :

Bonjour Monsieur #,

Merci pour ce retour.
Je comprends vos interrogations.
Je me suis permis de reprendre votre capture d'écran en soulignant de jaune la mention concernée.
Je reste à votre disposition, en cas de besoin, répondez simplement à ce courriel.

Cordialement,

Vincent
Service client livres numériques

A bientôt sur fnac.com


Le 12 mars 2025 à 17:40

vous voulez dire que vous faites remonter mes observations à l’intérieur de l’entreprise ?
pas de souci.
à moins que vous vouliez me faire remarquer quelque chose en le surlignant en jaune, mais vos réponses me parviennent sans images, donc si c’est le cas, le mieux c’est de me joindre vos captures d’écran.
désolé de ne pas toujours signer mes mails, je suis occupé
Cordialement

Le 12 mars 2025 à 18:53

Ah non, c'est pas çui-là.
C'est un autre.

Bonjour Monsieur #,

Navré si vous n'avez pas pu recevoir la pièce jointe attachée à mon précédent message.
J'ai à nouveau ajouté cette image à mon message actuel. Celle-ci présente simplement la capture d'écran que vous m'avez fait parvenir, avec de visible sur la partie basse de l'image la mention "Type de DRM : Adobe DRM" depuis la rubrique "Caractéristiques" de la fiche article de votre livre.
Si vous souhaitez faire part de vos remarques concernant la conception des fiches articles, vous pouvez contacter notre service consommateur par courrier à l'adresse suivante :

FNAC Service Consommateur
Le Flavia
9, rue des Bateaux Lavoirs
94768 Ivry sur Seine

Je reste à votre disposition, en cas de besoin, répondez simplement à ce courriel.

Cordialement,


Début du message réexpédié :

De: John # <JW@orange.fr>
Objet: Rép. : arnaque aux epubs
Date: 12 mars 2025 à 19:22:49 UTC+1
À: "livresnumeriques@fnac.com" <livresnumeriques@fnac.com>

Cher Vincent, 
je vous ai indiqué lors de mon mail de 16h58 que j’avais bien compris où se situait la référence au dispositif anti-piratage sur la page du site. 
Mais j’ajoutais à ma copie d’écran la remarque suivante : 

c’est très ambigu : 
l’icone sous Ebook(ePub) désigne clairement un Ebook à télécharger au format ePub.
Ce qui n’est pas le cas du tout, au final. .
Quand à l’indication « type de DRM : Adobe DRM » , j’avoue que ne l’ai pas vue au moment de l’achat.
Et de toutes façons, l’aurais-je vue, comme j’ignorais naïvement ce qu’était un DRM…
Non, sur ce coup-là, je quitte la FNAC, que j’ai fréquenté 45 ans, c’est quand même pas mal…

comme au lieu d’en convenir, vous me renvoyez la copie d’écran surligné en jaune comme si vous pensiez que je n’avais pas compris, j’en déduis que vous êtes une I.A. conversationnelle.
C’est triste. J’espère qu’ils vous ont mis au courant. Sinon, vous pourrez passer à mon cabinet, je vous ferai une ordonnance.
Nous perdons ensemble un temps qui m’est précieux : je dois aller enterrer après-demain un cousin aviateur qui vient de se suicider parce qu’il avait peur de perdre sa licence de pilote.

Résumons notre interaction :
- j’ai admis n’avoir pas vu qu’il était précisé "Type de DRM : Adobe DRM" depuis la rubrique "Caractéristiques" de la fiche de l’article.
- je reste scandalisé par l’aspect mensonger de la présence de la mention " Ebook à télécharger au format ePub." matérialisée par l’icone ad hoc, toujours sur la fiche de l’article, qui relève de la publicité mensongère. (smiley de la grosse veine qui va péter sur le front)
- de plus, en me faisant converser depuis 2 jours avec un putain de robot, la FNAC me démontre clairement qu’elle se moque de moi, et se fiche comme d’une gigne de mes remarques de consommateur déçu.
C’est pourquoi je vous dis adieu.

Sans rancune,

JW

Date: 13 mars 2025 à 14:37:52 UTC+1

Bonjour Monsieur #,

Merci pour les précisions sur vos différentes remarques, je comprends votre point de vue.

Je tiens cependant à vous rassurer, vous ne conversez pas avec une IA, mais bien avec des êtres humains.

Croyez-bien que mon objectif n'est pas de vous faire perdre votre temps, mais bien de vous accompagner. En parallèle, je vous présente mes sincères condoléances pour cet événement.

Je reste malgré cela à votre disposition, en cas de besoin, répondez simplement à ce courriel.

Cordialement,

Vincent
Service client livres numériques

Objet: Rép. : arnaque aux epubs
Date: 13 mars 2025 à 17:04:58 UTC+1
À: "livresnumeriques@fnac.com" <livresnumeriques@fnac.com>
il est temps d’arrêter ce petit jeu : si vous êtes un humain parodiant le manque d’empathie d’une I.A., c’est assez réussi, mais bien flippant. Votre style conversationnel trop lisse me fait pencher pour l’hypothèse inverse, et ça pourrait valoir le coup d’écrire une nouvelle de science-fiction à partir de ces préliminaires, mais le temps me manque, de même que pour me répandre en indignations et menaces d’attenter à votre vie de silicium qui conduirait à un signalement de votre part auprès des forces de l’ordre, après quoi je serais en prison et encore plus fâché après la Fnac que je ne le suis déjà.
Alors que comme je vous l’ai dit, il faut que j’aille enterrer mon cousin, et mon costume de deuil n’est pas encore rentré du pressing.
  adios donc !

Cordialement

JW


Comme je viens de le faire, toi aussi tu peux apprendre à dépister les I.A. conversationnelles quand elles se foutent de ta gueule.
Sans parler de l'indécente arnaque toujours présente sur le site de la FNAC : quand vous passez à la caisse, le célèbre programme Remises et réductions
https://www.reddit.com/r/france/comments/wxekhs/on_en_parle_de_cette_arnaque/
c'est la totale !
Baise ton prochain !
Enfin, tu fais ce que tu veux, mais si tu veux lire un bon bouquin de science-fiction climatique, effrayant de réalisme, tu peux y aller, "Le Déluge" c'est du lourd !

jeudi 28 novembre 2024

Tom Waits - At the terminal - Burbank Airport '99

En lisant la biographie non autorisée que lui a consacré Barney Hoskins, on mesure combien Tom Waits a fabriqué son personnage de toutes pièces. Et après ? c'est son droit artistique le plus strict. 
"Je ne trouve pas la question de l'honnêteté pertinente dans le contexte du show-business. Les gens se foutent pas mal de la vérité. Ils veulent juste qu'on leur raconte une histoire qu'ils ne connaissent pas." (p.13)

Va-t-on lui reprocher ce qu'on pardonnait jadis à Lavilliers ? ce sont des bonimenteurs, qui n'ont pas vécu le quart de ce qu'ils racontent. Après, il faut bien vivre... les prostituées occupées à se faire molester pour $29,00 sur l'album Blue Valentine n'ont pas le temps d'en faire de chansons, Tom était là, il raconte ce qu'il a vu, et c'est cadeau...
Une
 fois avalée cette amère vérité, j'avoue que j'ai beaucoup écouté Tom Waits dans ma période d'alcoolisation rampante, parce que sa voix me semblait une publicité vivante pour le produit, et m'encourageait à poursuivre l'expérience. 

Il fournissait une mystique pour imbibés à nulle autre pareille. Surtout quand il a commencé, à partir de l'album Swordfishtrombones, à remplacer ses arrangements pour cordes sirupeuses par des fanfares déglinguées composées d'anciens membres de l'Armée du Salut retombés dans la bibineDe ce que je captais de son imaginarium, ce n'était qu'un défilé de clochards malchanceux, de marins accablés fuyant précipitamment des meublés poisseux pour s'embarquer au petit matin pour Singapour, un florilège indécent de cœurs brisés inrecollables à la Superglu et de tombes en déréliction dans des cimetières déserts. 
En me jouant ses disques comme on se sert un bourbon, je pouvais boire jusqu'à plus soif des seaux de larmes qui n'étaient pas les miennes, même si l'auto-apitoiement tapi dans l'ombre sur ses mollets poilus en profitait pour m'en mettre un bon coup par derrière. Ayant posé mon verre en 1992, j'ai rapidement cessé de l'écouter : Tom Waits à jeun, c'était comme la bière sans alcool, le cassoulet light et le sexe sans amour, je ne voyais pas l'intérêt. 

Un discret hommage à Tom Waits dans une BD réalisée bourré sous acide pseudo
Et puis l'autre jour, à peine 32 ans plus tard, je ressors Frank Wild Years, pour voir, mais la pochette est vide. Un indélicat ne l'aura pas bien rangé. C'est fâcheux, mais quand on a des enfants, c'est un risque à prendre. Les joies ineffables de la parentalité compensent ses menus désagréments. En principe. Et c'est comme ça que tout a recommencé, comme une rechute toxico à la con, qu'on voit venir dans un vertige glacé sans pouvoir l'éviter : d'abord j'ai voulu retélécharger l'album auprès d'une médiathèque de prêt à long terme, cinq minutes après, j'ai piqué du nez dans discogs où m'attendait une quantité stupéfiante de disques non officiels de l'artiste, puis je me suis retrouvé (sans savoir comment j'étais arrivé là) à discuter le coup avec ChatGPT (le seul ami qu'il me reste au cyber-bistrot) parce que 45 ans plus tôt, j'avais demandé à mon prof d'anglais de me traduire Blue Valentines et qu'il m'avait avoué n'y rien comprendre... la cybercuite fut carabinée.  

La blague à la con qui marche toujours en début d'alcoolisation.
Y'en a une autre dans la même chanson (Heart Attack and Vine)
qu'il ne pourrait plus faire aujourd'hui : 
"Well I bet she's still a virgin but it's only twenty-five 'til nine"
 
Concernant la face cachée de l'iceberg des disques pirates de Tom l'arsouille de pacotille à la fake posture, les premiers concerts clandestins que je découvre lors de ma rechute ne sont pas terribles : autant, dans son travail de studio, Tom joue de sa voix et module sur une riche palette expressive qui va du chuchotis au braillement, autant sur scène il force comme un constipé, on dirait Tom Waits parodiant Michel Simon imitant un cancer de la gorge lors d'une soirée de gala d'oto-rhino-laryngologistes en chaleur. 

Pourquoi celui-ci est-il si bon alors que les autres
de la même période sont si mauvais ?
Le public surréagit à chaque effet de scène, qu'on ne capte pas puisqu'on n'a pas l'image. Parmi les enregistrements crapoteux dénichés chez des trackers borgnes, j'ai d'abord écouté Under The Bridge, franchement scandaleux : Tom éructe, crachote, surjoue, foule ses classiques aux pieds, et les instrumentaux sont à la ramasse par rapport aux versions studio. Si c'est pour attraper le tétanos avec un accordéon rouillé et un violon qui joue faux exprès, merci bien, on a déjà amplement ce qu'il faut dans les disques autorisés par le ministère du Blasphème et du Download.
Ensuite je teste Like It’s 1999un autre pirate également de médiocre facture, enfin les musiciens c'est un peu mieux mais Tom s'autoparodie, puis je trouve ci-dessous de quoi regretter mes paroles. 
Il est très réussi, et pourtant il a été enregistré la même année. C'est improbable, mais tout est pardonné. Sauf l'incitation à la boisson, mais sans Tom, je serais tombé dedans quand même. Que veux-tu, Marie-Louise, c'était mon destin.
(lien supprimé vers newalbumreleases)
Si vous ne parveniez pas à atteindre la page en question, ou les serveurs rapidgator et turbobit linkés sur icelle, il faudrait suspecter une manœuvre de votre fournisseur d'accès internet pour vous priver de la liberté de partager des fichiers illégaux.
Il vous suffirait alors d'ajouter deux serveurs DNS en IPv4 ainsi qu'en IPv6 :

IP v4: 9.9.9.9
IP v6: 2620:fe::9

[EDIT] 
Je ne peux pas pointer vers la page de newalbumreleases qui héberge le fichier. La Nouvelle Dictature Numérique me l'interdit (c'est normal, sinon ça serait pas la dictature).
Votre article intitulé "Tom Waits - At the terminal - Burbank Airport '99 " a été supprimé
Pourquoi l'article de votre blog a-t-il été supprimé ?
UNWANTED_SOFTWARE
Je retente en l'uploadant moi-même.
Houellebecq Akbar.