jeudi 11 juin 2026

Une Brève et Fausse Histoire du rap français (1981-2026)

"Les barbares habitaient dans les angles tranchants 
des cités exilées au large du bizness"

Bernard Lavilliers, "Les Barbares", 1976
1981 

Bernard Lavilliers invente le rap sans le faire vraiment exprès, en enregistrant "Night Bird" en une nuit, tout seul comme un chien d'infidèle dans sa cuisine, avec une beatbox et son micro fétiche qu'un chaman brésilien lui a vendu sur son lit de mort. C'est une longue mélopée scandée en alexandrins, à la gloire de l'errance nocturne à bord d'un véhicule à combustible fossile dans les faubourgs de Los Angeles, à la rencontre de "tout ce que la ville produit de sportif et de sain" (de mémoire) qui remplira toute la face A de son prochain album, et ça sera déjà ça de fait. 
Furieuse de n'avoir pas été associée au projet, Lisa Lyon, sa nouvelle femme culturiste qui a de gros biscotos lui met une bonne ratatouille pendant son sommeil, et revend en catimini l'invention de Nanard aux Blacks d'Harlem : le hip-hop est né. Les Blancs ayant précédemment volé le blues aux Noirs pour en tirer des couinements électrifiés de bobos dépressifs, ce n'est que justice. 

Ces faits sont avérés, et sobrement décrits ici :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Lavilliers#Ann%C3%A9es_1980 

Bernard se réveillant légèrement indisposé
après sa bonne ratatouille
(pochette intérieure de "Nuit d'amour", 1981)

1990

En traversant l'Atlantique, et après un atterrissage en catastrophe sur le petit aérodrome de Lannion (Côtes d'Armor), le hip-hop a perdu ses vertus abrasives de pamphlet politique et social grâce auxquelles il dénonçait le racisme, les discriminations institutionnelles et le traitement médiatique des afro-américains. Grâce à l'abonnement de mes grands parents à Télérama, je peux enfin écouter du rap francophone sans me sentir déchiré entre conformisme et rébellion : 
la presse mainstream adoube MC Solaar qui affiche en tous lieux des propos mesurés, fait preuve d'une richesse de vocabulaire qui honore la langue française, et produit des chansons que je peux comprendre sans acculturation, ni me crever les yeux sur un dictionnaire d'argot new-yorkais, "Bouge de là" ou "Victime de la mode", pas besoin d'être racisé pour vibrer, et je peux reprendre le refrain sans me sentir illégitime ni souffrir du symptôme de l'imposteur ou toutes ces conneries que le Blanc a inventé pour oublier son passé colonial extractiviste, vu que la culpabilité est une fuite, et que cétait ma foi bien pratique de ficher le camp dans l'imaginaire au moment de passer à la caisse, mais là c'est rappé. 

1990 : avec l'argent que mes parents m'ont donné
pour acheter de la drogue à la sortie de l'école,
je préfère tout claquer en maxi 45 tours.

1994

Fabe chante "Ca fait partie de mon passé", ode à la résilience et à la réparation de ses erreurs après acceptation du devis, quelle que soit ma couleur de peau et mon parcours scolaire. Que demander de plus au hip-hop ? N'étant ni pauvre ni issu de la diversité, je fais l'impasse sur NTM et IAM, ça sentirait trop l'entourloupe et le luxe intellectuel de fils de bourgeois bien nourri, éduqué à mort et consécutivement miné par l'ennui, voire le dégoût de lui-même. Sans parler de mon inconscient colonial, avec tous les trucs chelous que mon grand-père a fait en Afrique dans les années 60.

1995

Pendant que je bosse comme un ouf à M6 sur l'émission Dance Machine, afin de financer la naissance de mon premier enfant en répandant la vermine boys band sur la France tout en coupant l'herbe sous le pied de la K-Pop coréenne qui n'est encore qu'une lueur dans l'oeil des parents des 7 nains de BTS, MC Solaar rencontre Ophélie Winter en boite de nuit. Ophélie est un autre produit phare placé en tête de gondole dans le hall d'entrée de chez M6, qui effraie les démarcheurs des régies publicitaires en journée mais rassure les veilleurs de nuit et les pigistes nocturnes comme votre serviteur, car il émane d'elle une luminosité verdâtre faiblement radioactive mais promesse sensuelle chuchotée dans la pénombre de neutralité carbone. 
Vu de ma fenêtre, le déclin créatif subséquent du rappeur solaarisé est graduel mais définitif. 
Le rap, pour moi, c'est rapé, je résilie l'abonnement de mes grand-parents à Télérama et me tourne vers les Inrockuptibles, à l'époque somptueux trimestriel à dos carré
Qu'est-ce que je vais bien pouvoir écouter maintenant, si les élites nous lâchent et se compromettent dans la musique à vocation commerciale ? Du blues ? A mon grand dam, et malgré des efforts vigoureux et réitérés, je ne suis toujours pas noir. Par dépit, vais-je rejoindre Bernard Lavilliers à l'arrière d'un taxi dans les faubourgs interlopes de Los Angeles pour y sniffer de la coke sur le cul d'une prostituée portoricaine, dans un esprit de fraternité ludique et conviviale, comme mes pulsions m'y invitent ? 
Hélas, je suis bien placé pour savoir que la sexualité ne se gêne pas pour nous susurrer des promesses à l'oreille, à l'instar de Donald Trump et Benyamin Netanyahou, de nous exciter comme des puces, et puis quand on est chauffés à blanc elle ne trouve rien de plus amusant que de s'enfuir en ricanant avec toute l'argenterie après s'être essuyé les fesses dans les rideaux du salon, (Trump et Netanyahou, tout pareil), nous laissant le pantalon sur les genoux dans l'attente d'un apaisement qui, comme la Madeleine de Brel, ne viendra pas, car la sexualité, cette gourgandine, n'est pas au service de nos petits désirs étriqués et postcoloniaux mais de la perpétuation de l'espèce, une cause qui nous dépasse sans nous transcender des masses, quel que soit le coefficient de marée pulsionnelle.
Alors que si on résiste assez longtemps à ses sollicitations (comptez entre 30 et 50 ans, selon votre espérance de vie), et malgré son écoeurante familiarité née de la promiscuité, elle finira par se lasser, et ira embêter quelqu'un d'autre - c'est pas les clients qui manquent.

MC Solaar a-t-il voulu transgresser l'interdit ?
bien malin qui voudrait faire le con
avec cette idée sur mon blog.

Et puis, halte au culte de la performance ! Ne serait-il pas urgent de redéfinir ce que c’est qu'aimer, désirer, bander ? en tout cas, dès qu'on aura pris le temps de refonder la gauche plurielle, ce qui semble encore plus urgent eu égard aux échéances électorales de 2027, ça serait un truc à faire… 
Mais je m'emballe, car nous ne sommes qu'en 1995. En bossant pour l'émission Culture Rock, toujours sur M6, je découvre des groupes de hip-hop américain qui hybrident le hip-hop avec le jazz, le hard rock ou le rock progressif, (Arrested Development, Run DMC, Public Enemy...), et je rêve de voir éclore un tel métissage en France, sans découvrir grand chose de stimulant. Mon pauvre chaton. Par chance, et surtout grâce aux Inrocks, je découvre le trip-hop, opioïde analgésique utilisé comme substitut chez les consommateurs de hip-hop frelaté en France, et ce bien avant l'apparition des Hyper U de la défonce sur WhatsApp... de fil en aiguille, je tombe sur le chainon manquant entre Massive Attack et Angelo Badalamenti, dont je pressentais bien qu'il devait exister quelque part.

des fois les réponses sont là, 
juste sous notre nez.

2000

J'encadre les étudiants d'une école nantaise qui forme des journalistes généralistes et des couteaux suisses de la com' institutionnelle, et nous réalisons pour le journal télé de l'école un reportage sur les médiateurs sociaux qui viennent d'être nommés dans la cité de la Halvêque à Nantes. Ce nouveau métier vise à aplanir dans les quartiers dits "sensibles" les difficultés liées à l’absence d’information, la complexité administrative, la méfiance à l’égard de l’institution ou même la perte de la conviction d’avoir des droits. Avec mes étudiants, on trouve ça plutôt chouette.

Un grand nombre de personnes ne demandent rien
et ne bénéficient pas des droits
auxquels elles peuvent légitimement prétendre.

2005

Nicolas Sarkozy, immigré d'origine hongroise devenu ministre de l'Intérieur, démantèle la police de proximité qui assurait une mission de contact et de médiation, pour privilégier une approche de sécurité plus répressive. Il promet de passer les cités ("exilées au large du bizness" comme le prophétisait Lavilliers dès 1976) au Kärcher. Abandon des politiques de prévention, renforcement de la vidéo-surveillance, fermeté contre ceux qui menacent la sécurité des Français, « en premier lieu les gens du voyage, les jeunes des banlieues, les immigrés illégaux »choix du tout-répressif. Sarkozy prône la « tolérance zéro ». Sa gestion de la crise des banlieues de 2005 est vécue comme une dégradation du lien entre les banlieues, ses jeunes et la politique et ses promesses d'égalité, mais il conquiert les classes populaires.


Sa campagne de 2007 est magistrale.
Je ne comprends toujours pas son échec de 2012.

2010

Etant un gros boomer blanc cis-trans qui regarde Arte, je ne vais pas spontanément vers le rap. J'ai un putain de biais cognitif qui me dit que je suis pas le coeur de cible. 
Après l'embourgeoisement de MC Solaar, c'est le rap qui vient pourtant me tirer par la manche pour s'acheter sa dose de Subutex, par le biais de la parodie qui fait rire jaune, car j'adore la vacuité un peu égotiste de la dérision, mais comme on ne peut pas rire de tout avec n'importe qui, il m'arrive souvent de ricaner tout seul devant mon ordi. 
Bref. Je découvre un peu tard Gomez et Dubois, un faux groupe de rap urticant, mais bien en prise avec le réel. D'ailleurs, ce sont de vrais rappeurs qui se cachent derrière leurs pseudos. Hotel Commissariat, une parodie un peu fastoche d'Hotel California, fait le buzz. En 2003, face au scandale des faux électeurs du 5e arrondissement dans les campagnes municipales de Paris conduites par Jean et Xavière Tibéri, Gomez & Dubois suggérent de voter pour "Le parti du 3ème Doigt", si vous voyez ce que je veux dire. (j'ai mis un moment à capter quel était mon troisième doigt, parce que je suis loin des rappeurs et des banlieues). Leurs imitations de Charles Pasqua et de Joey Starr sont hilarantes, en tout cas elles me font bien ricaner tout seul derrière mon ordi pendant que ma femme se tape les courses, la bouffe, le ménage et l'éducation des enfants. 


Le chômage ? Aux travaux forcés les fainéants ! 
Plus l'impôt sur le RMI, 30 % et les jeunes ? 
Donnez-leur de la drogue, ça les calme ! 
On ferme les cités et on leur vend des armes ! 
À Matignon, premier coffee-shop, pop pop pop ! 
Et le Maroc je l'incruste dans l'Europe, pop pop pop ! 

Gomez & Dubois - Le 3ème Doigt
https://www.youtube.com/watch?v=hdCduODhhcg
(encodé sur Youtube par votre serviteur)



Ca semble abusé, mais malheureusement tout est vrai, comme sur mon blog. Plus tard viendra Odezenne, flow minima-nihiliste sur fond de crack, ultime avatar dépressif du hip-hop blanc qui semble n'aspirer qu'à sa propre extinction. The End is near.


Pochette de l'album"Rien" de Odezenne (2015).
Si vous la trouvez tristouille, attendez d'avoir écouté le disque.


2017

M'enfin ? Je n'ai rien de désagréable à dire sur les gens qui se tournent vers la religion quand c'est la dernière solution pour ne pas devenir fou (bien que ça ne soit pas incompatible) et comme disait mon papa, on a écrit des bibliothèques entières sur les vertus de la prière. J'en ai moi-même beaucoup lu. Mais quand même, ça fait chier. Bon, d'accord, Cat Stevens s'était converti à l'islam, et Bob Dylan au catholicisme. Mais ils avaient continué d'enregistrer.

Ce dessin reste d'une actualité brûlante depuis plusieurs décennies.
Souhaitons qu'il finisse par la perdre. C'est pas gagné.

2026

Délitement du lien social, explosion des inégalités, überisation du narco-trafic, triomphe du gangsta rap, ablation de la prostate, tout est fait pour que la délinquance explose à nouveau dans les quartiers sensibles (sic) et les jeunes se font dessouder à qui mieux mieux, à tour de bras, à scooter électrique et à la Kalaschnikov achetée à prix coûtant sur Vinted, à Nantes comme à Marseille, à la fréquence d'un mort par semaine. Parce que quand même, on est Nantes, putain !

https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/06/06/narcobanditisme-a-nantes-derriere-des-fusillades-en-serie-des-clans-qui-sont-a-cran_6698074_3224.html

Grâce à mon travail à moi que j'ai dans une station régionale de l'audiovisuel public qui-n'en-a-plus-pour-longtemps, je découvre une bande de jeunes de ces quartiers difficiles qui préfèrent rapper là-dessus que de vendre de la dope pour payer une maison à leur mère. Ils offrent un regard engagé sur l'actualité depuis les quartiers populaires. La diffusion du reportage est reportée du fait de la fréquence de plus en plus rapprochée des tueries en pleine rue, en plein jour, et vas-y que je t'achève d'un pruneau dans la tête devant les gosses quand ils sortent de l'école, c'est l'exemplarité des grands frères, ouat zeu feuque. Il faut regarder leur chaine Cnous, ils n'ont pas été aidés, et ne sont pas très cliqués. Ils ne parviennent à produire que 5 épisodes par an, et le dernier ne devrait pas tarder à sortir, inspiré des derniers meurtres dans le quartier.

https://www.youtube.com/@LACHAINECNOUS/featured

Surprise : après des décennies de décadence où la part belle est faite à l'individualisme et au matérialisme via l'Egotrip systématique au détriment d'un message à caractère social voire politique qui avait fortement imprégné le rap des années 1990, c'est plutôt rassurant d'entendre de nouveaux échos remixant colère et espérance. Non seulement je comprends tout ce qu'ils disent, mais ça me conforte dans mes opinions :

Sarkozy en prison !

un journal télé qui fait rimer colonies avec sodomie
ne peut pas être entièrement mauvais.

2032

Que sont-ils devenus ?

- A 77 ans, Sarkozy est enfin en prison, non pas pour toutes les casseroles qu'il a au cul, mais pour utilisation abusive du mot "Kärcher" quand il prétendait nettoyer les banlieues en 2005. "Kärcher" est le nom d'une marque commerciale de nettoyeurs haute pression, et il a été condamné pour publicité déguisée, comme une vulgaire influenceuse, par un juge à la solde des grammar nazis. Ça valait le coup d'attendre. Les Français n'ont pas les bollocks de mettre un ancien président en tôle pour des tripatouillages politico-financiers, mais en plus la Justice n'a plus les moyens de remplir son rôle, elle est débordée comme le reste des services publics.  

- Avec tout l'argent que Warsen a gagné grâce aux publicités Google Ads® insérées sur les blogs d'influenceur de son empire multimédia, il a pris sa retraite éditoriale et investi ses gains dans le narco-trafic, pour salir mon l'argent propre, et aussi parce que dans une société où on n'aurait pas besoin de se droguer, on pourrait légaliser la marijuana, mais c'est pas demain la veille, alors on est tranquilles, la drogue ça va continuer à être l'opium du peuple pendant un moment. Le problème, c'est que Warsen n'est porté ni sur la beu ni sur la coke ni sur la meth, il n'aime que les psychédéliques, et se fournit en Hollande, comme tout le monde.
Et il n'écoute plus de rap français à vocation politique ou sociale, mais du dark ambient à bas volume pour se faire ouvrir le chakra du bas, à condition d'avoir pris un slip de rechange. 
Comme il est impossible d'être accro à la mescaline, l'évolution ayant développé une caractéristique d'anti-addiction à cette drogue, en tout cas selon les habiles commerçants qui en font la promotion sur des sites spécialisés, tous les clients de John ont rapidement atteint l'Illumination grâce aux cactus en pot, puis ils ont laissé tomber la dope, prétendant que ça faisait partie de leur passé, avant de s'inscrire massivement chez LFI, pour hâter l'avènement de Mélenchon 2032. Il est bien fini, le temps que chantait Baabz dans le JT rappé, édition spéciale du 9/6/26 : "En vrai l'narco-trafic ça justifie la répression / C'est pas ça qui empêchera ta mère d'finir en dépression". Et puis, laisse ma mère en dehors de tout ça, s'te plait. On n'a pas gardé les cochons ensemble.

- Les rappeurs nantais de la chaine CNous continuent de produire leurs brûlots anticapitalistes sur Youtube, mais Macron s'apprête à revenir aux commandes aux Présidentielles. Tout reste à faire et rien n'est joué.

Folle jeunesse. Après nichon-chaton, nichon-chichon.
Faudrait pas qu'ça grandisse.



Pour aller plus loin :

- le docu en 2 parties sur le narcotrafic européen sur Arte

- le podcast de Killian sur france culture


- le destin de Fabe

- les débuts du rap français, grâce à l'excellente émission L'OEIL DU CYCLONE 
(réalisée du temps où Canal + n'appartenait pas à un enculeur de mamans christofasciste)

- Les preuves que tout ce que je dis est vrai, ou presque :

Pour oublier tout ça parce que le monde est trop cruel :





Fumer fait tousser.
Et quand on tousse, on tire pas droit.

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2022/04/gomez-dubois-hotel-commissariat-2003.html


... et la meilleure série du monde sur le narcotrafic et ses conséquences sociales, c'est The Wire
 ...ex-aequo avec Traffik.
https://en.wikipedia.org/wiki/Traffik


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Post Scriptum :
J'ai un peu menti. Bernard Lavilliers n'a pas inventé le rap en 1981, mais en 1979, avec le brûlot trotskyste qui couvre toute la première face de l'album PouvoirsGrâces lui en soient rendues au plus haut des cieux. J'invente rien, je l'ai lu sur mon blog.
Il est en vente dans l'arrière cuisine de mon officine dans sa crudité originale, bourré jusqu'à la gueule d'explicit lyrics qui n'ont pas pris une ride. D'ailleurs, Marie-Louise, tant que vous êtes debout, remettez le disque au début, on s'en lasse pas.

merci aux rappeurs de la chaine CNous, ainsi qu'à Juliette, Olivia et Carla pour l'inspiration. 
Sans les femmes, je ne branlerais rien, même pas moi-même.

jeudi 4 juin 2026

Oats Studios

En 2023, quelques jours après avoir posté la BD israélienne qui met en scène des commandos américains aux prises avec des démons d'Asie du Sud Est, je regardai par hasard le début de l’anthologie de courts métrages « expérimentaux » (hum…) « Oats Studios - Volume 1 » de Neill Blomkamp, réalisateur jadis inspiré de District 9, film précurseur qui dénonçait le racisme et la blaxploitation des populations immigrées extraterrestres, Blomkamp qui n'a pas trop retrouvé cette veine prometteuse par la suite, un peu comme Francis Lalanne après ses deux premiers disques, mais qui a créé avec Oats Studio quelque chose d'assez étonnant, à défaut d'être réussi. (Comme Francis Lalanne avec Dieudonné, mais en mieux.) Une réussite un peu à la Besson. Plus de moyens que d'idées. Et je cite Besson parce que son premier long métrage, "Le dernier combat", c'était de la SF petit budget très maligne. Bien malin d'ailleurs qui retrouvera ses vaches bien gardées dans ce paragraphe qui s'achève déjà par un lien hypertexte.

Rakka : tous les contrevenants seront embêtés très fort.
Le premier court-métrage de l'anthologie, Rakka, est assez sympa question ambiance, quelque part entre Black Mirror et l'anthologie Love, Death and RobotsOu comme un vieux numéro du Métal Hurlant rebooté qui voudrait se faire aussi beau que le spin-off du préquel.

Pendant le visionnage de ce bout d'essai visant à susciter lefinancement de la suite de l'histoire, je me suis dit "tiens, ils font jouer la Sigourney Weaver du pauvre" (je venais de la voir dans "Le Village", de 2004) mais dès le générique de fin, je fus bien attrapi, car finalement c'était la vraie... et c'était en 2017, bien avant l'invasion des IA génératives ! Pauvre Sigourney, et pauvres de nous, incapables de ne pas l'associer à sa prestation dans l'Alien de 1979, alors qu'elle a quand même bougé depuis, y'a qu'à la voir dans Dust Bunny.


hé oui madame, c'est bien Sigourney, et la série est sur Netflisque. Et sur Youtube.

Le second épisode de l'anthologie, sorti lui aussi en 2017, c'est Firebase.
Un croisement de série Z un peu gore, de jeu vidéo de SF, et de resucée de found footage à la Documents interdits, toujours imités, jamais égalés. Je les ai vus sur Arte, en 1989. Le charme de ces courts métrages faits avec trois francs six sous ne se dément pas avec le temps. Ou si peu.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Documents_interdits

Putain de mindfuck, ce roman.
Que fait Sweterlitsch depuis 2018 ?
...et voire même quelques idées ayant affleuré dans la bédé des frères Tanuka dont j'ai parlé tout en haut. C'est très troublant, par moments. Mais ce n'est peut-être que le vertige devant le mélange des genres (assumé et caché, comme quand on fricote avec les IA et leur talent inhumain au photocopillage). Je l'avoue, je me suis intéressé à Oats Studio parce que Tom Sweterlitsch a cosigné les scénarios des courts métrages. Il est l'auteur de deux romans de SF vraiment réussis, Terminus et Demain et le jour d'après. C'est râclant que ça ne se voye pas plus que ça, que Sweterlitsch est dans la place. Toute l'intelligence humaine disponible semble avoir été absorbée par la technique, au détriment de l'histoire. Un peu comme dans les guerres, abondamment mises en scène ici. Par exemple, dans le court "Firebase". Le début est trés réussi : des fausses images d’archives de la guerre du Vietnam en 1969 (soit bien avant l'invention des IA génératives) montrent 15 212 soldats et 2 425 véhicules militaires lévitant dans les airs et détruits par une force inconnue. L’intérieur de plusieurs Viet Cong décédés est également transformé en coquilles dures ressemblant à des insectes. L’incident est immédiatement classé et surnommé « l’événement Omega » par la Central Intelligence Agency. C'est dommage qu'ensuite, ça parte en sucette au yaourt. 

En conclusion provisoire de ces réflexions assénées sans sommation pour essayer de smurfer sur la vague d'agitation de propagande liée à l'IA (conversationnelle ou générative), je suis bluffé par l'épisode #7 "Deepfake" de la série d'Arte "Phantas'IA" 
(les autres m'ont laissé plus dubitatif, même sans prostate) 
https://www.arte.tv/fr/videos/123998-007-A/phantasia-7/
C'est filmé comme un faux documentaire à base de fausses archives de la télé des années 60. Tout est tellement outré, perverti et distordu grâce à un usage jubilatoire des deepfakes qu'on dirait un vieux numéro de l'oeil du cyclone, ce magazine des images qui sévissait sur Canal au début des années 90.
Voilà, le dessous des cartes c'est fini pour ce soir.

quand je serai en retraite, je regarderai Arte tout le temps


Pour en savoir un peu plus

La tragique histoire du studio Oats, dont plein de trucs vont continuer à sortir sauf si les Aliens débarquent :
version corporate :

version wiki : 

La mariée mise à nu par ses célibataires même :


la chaine youtube de Oats studio :

l'émission à jamais dans nos mémoires :
https://jesuisunetombe.blogspot.com/2014/06/le-doigt-dans-loeil-du-cyclone.html

jeudi 28 mai 2026

Riss : Heil IA ! (2026)

Je suis en préretraite progressive de mon blog, mais quand même... Un éditorial de Riss dans le dernier Charlie Hebdo m'a tapé dans l'oeil quand j'en ai lu la partie émergée et gratuite dans mon téléphone, alors je suis allé l'acheter, et je me sens maintenant tenu de le partager avec mes cyberfrêres et soeurs. Les dessinateurs de Charlie miment laborieusement leurs aînés de l'âge d'or (Reiser, Gébé, Wolinski, Cabu) et n'ont pour l'instant pas retrouvé l'acuité qu'ils avaient avant l'abattage rituel de la rédaction en 2015, mais sur le plan rédactionnel, c'est correct. 

Il fait un temps à racheter Charlie, à lire Blast, Mediapart... en attendant le duel au sommet Retailleau / Bardella aux présidentielles 2027. Faut se préparer à s'asseoir sur le front républicain, ce running gag de la Ve République qui a fait son temps.  


Pour aller plus moins loin :

IA bien qui IA le dernier
(image réalisée avec une IA par quelqu'un qui avait une idée derrière la tête)

Pour aller encore plus moins loin :


(réalisée sur une idée de Jaune Ouarsène pour tester les limites de l'IA en 2023,
mais à mon avis elles ont reculé depuis)

mercredi 20 mai 2026

Ego : comment faire disparaître un corps (2026)

Après nous être infligés, à moi et à mon infortunée compagne, les 6 saisons de 10 épisodes de la série "Better call Saul", sauf la saison 6 qui en compte 13, en nous disant que ça allait bien finir par déboucher sur quelque chose de nutritif, nous fumes bien déçusC'est finalement le portrait complaisant et alambiqué d'un homme extrêmement désagréable et perturbé, pour des raisons de croissance morale contrariée, qui n'apporte pas grand chose à ma vie intérieure, en tout cas moins que quand c'est mon psychiatre qui m'explique comment ma croissance morale a été contrariée. 
Mais ma vie n'est pas une série télé cotée 5 étoiles sur allociné. 
Aucun showrunner ne m'a encore proposé de scénariser ma life, meufs. Et il se fait tard.
Et le dernier programme malaisant qui m'avait fait forte impression c'était The Curse, et c'est dur à battre. Peut-être que j'aurais mieux fait de regarder "From Gaza with love" sur Youtube, chaudement recommandé par Télérama. Ah ça, pour faire disparaitre des corps sur je suis une tombe, ils s'y entendent.

Les Warsen se faisant suer à cent sous de l'heure
depuis que l'Arcom leur a coupé Yggtorrent
après les 6 saisons de Better call Saul
(image ©Stéphane Rosse D.R.)
Dans "Better call Saul", tournée postérieurement mais censée se dérouler avant les évènements de Breaking Bad, les figures secondaires sont plus intéressantes que la principale. Mais rien n'aboutit à quoi que ce soit de satisfaisant. J'avais lancé la série pour de mauvaises raisons : revoir Rhea Seehorn, après sa prestation dans Pluribus. Ici, elle n'est pas souvent crédible, car aucune femme ne peut accepter de partager son existence avec un type aussi torturé par ses mauvais penchants que Jimmy McGill, surtout qu'elle n'est pas sous emprise, et qu'il est loin d'avoir le charisme de Patrick Bruel

Mes chers compatriotes, n'écoutez pas ceux qui vous disent de me regarder.
https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/better-call-saul-saison-6/

Mike Ehrmantraut, Michael McKean, Michael Mando et Howard Hamlin composent eux aussi des portraits complexes, ce dernier accédant à une sorte de lucidité cosmique sanctionnée par un sort bien injuste, mais la vie sérielle n'est pas une méritocratie. Giancarlo Esposito incarne son mystérieux personnage de Gus Fring, narco-trafiquant prince de l'élégance, aussi impassible, avec son visage sans âge, que dans Breaking Bad, alors que l'acteur est plus vieux au moment du tournage du spin-off du prequel (on va y arriver.) 
Par voie de conséquence, je reprends Breaking Bad depuis le début. On relit bien parfois des romans qu'on a aimés, on revoit des films admirés... quand il s'agit de séries, faut trouver le temps, avec la profusion de l'offre actuelle des télé connectées... rien que sur Arte.tv, y'a de quoi vivre plusieurs existences de téléspectateur (la télé m'endort, donc c'est deux heures par soir maximum).
Dès le début de Breaking Bad la supériorité sérielle de la Fiction Mère s'impose à nouveau. Et dès le second épisode de la saison 1, la question "comment faire disparaître un corps ?" (qui se pose aussi dans Better call Saul mais moins souvent) est résolue, de façon imparfaite mais stimulante. Un youtubeur compétent s'est récemment penché sur le problème à un corps, avec une approche encyclopédiste :


La façon dont Ego explore le postulat dans ce petit tutoriel est radicale, même si elle nécessite beaucoup d'énergie, qui pourrait être plus intelligemment utilisée, pour atténuer l'empreinte carbone des guerres en cours au Proche Orient et en Ukraine, par exemple.

le point de vue du Dr Manhattan
rejoint celui d'Ego avec 40 ans d'avance
car les Watchmen ont 40 ans cette année.
Les vidéos d'Ego sont hypnotiques, gavées d'infos, les animations sont brillantes, réalisées sans recours à l'IA générative pour "stimuler et préserver la créativité humaine" et même s'il frôle parfois le blabla pyrotechnique à la gloire de sa propre sapience, on apprend et on est ébaubi.

pour aller plus loin : 


jeudi 7 mai 2026

Saracroche : le bloqueur de spam gratuit et open source qui marche sur Androïd

Vous en avez marre des arnaques en ligne et du démarchage téléphonique ?
Merci à Numerama d'avoir trouvé une solution qui marche :

https://www.numerama.com/cyberguerre/2179497-vous-en-avez-marre-des-arnaques-et-du-demarchage-telephonique-installez-ces-applications.html

Sur téléphone portable sous OS Androïd, après bien des essais et des espoirs déçus par les chacals à foie jaune de chez Orange, qui ont fait du blocage automatique des appels malveillants une option payante, j'avais essayé plusieurs logiciels, mais aucun ne marchait vraiment comme je le souhaitais : un assistant qui détecte les appels injustifiés à la source, avant que ça sonne. Et qui les bloque, et dont je n'entends plus parler, comme s'ils avaient été coulés dans une pile de pont.
Tintin et Milou se débarassent "à l'ancienne"
du monsieur de France Télécom 
qui venait leur proposer une solution payante.
(dissoudre quelqu'un dans de l'urine de chien, 
c'est long mais c'est bon)
Pour ceux qui ne veulent pas payer (pas parce qu'ils se sont habitués à la gratuité du "partage" dans la philosophie du téléchargement illégal mais parce qu'ils considèrent que la fourniture de l'antidote est de la responsabilité morale des opérateurs de téléphonie qui tolèrent que le poison du démarchage téléphonique se répande parce qu'ils en perçoivent des dividendes), Saracroche est l’alternative idéale. Disponible sur iOS et Android, cette application open source repose sur une base de données communautaire avec environ 15 millions de numéros en février 2026. Elle a reçu une grande mise à jour le 15 février avec le support du blocage des SMS problématiques, pour ne pas recevoir de faux messages de livreurs en bas de la maison.
Son fonctionnement est semblable à celui de Begone : elle s’attaque aux plages de numéros indésirables. Mais l’interface est beaucoup plus simple : on l’active, c’est tout. Il faut parfois s'y prendre à deux fois, j'ai dû recharger la base de données de la liste de blocage sur le téléphone de ma compagne, car nos versions d'Androïd et de Saracroche divergeaient légèrement, mais sinon c'est un logiciel libre porteur de bienfaits pour toute la communauté humaine, 
hormis les chacals à foie jaune suscités.

jeudi 30 avril 2026

Plutôt platines que plateformes (2026)

Plutôt platines que plateformes : en France, le streaming musical reste un truc de jeunes

Par Thomas Richet - Publié dans Télérama le 26 mars 2026 à 06h30

Hégémonique, l’écoute de musique en ligne ? Partout sur la planète, oui, mais pas dans l’irréductible Hexagone, où les plus de 50 ans font de la résistance, lui préférant le CD, le vinyle, la radio, voire… rien du tout. Au grand dam de Spotify, Deezer et Cie.


Par les temps qui courent, on pourrait presque croire qu’il s’agit d’un extraterrestre. Pour découvrir de la nouvelle musique, Patrick, la cinquantaine, parcourt le rayon CD de sa médiathèque du Perreux-sur-Marne (94) et se fie aux choix des employés du lieu. Pas de Deezer ou de Spotify pour lui. D’abord, parce qu’il associe les plateformes de streaming à un usage nomade : « Je n’aime pas particulièrement l’idée d’écouter de la musique dans les transports en commun ou quand je fais mon jogging », assure-t-il.

Ensuite, parce qu’il se méfie des emballements du moment : « Je me fais peut-être une fausse idée, mais j’ai l’impression qu’ils ne sont que le reflet des modes, et donc que ça met probablement plus en avant ce qui est, disons, “hype”. » Tout juste se connecte-t-il à YouTube s’il souhaite découvrir un titre dont il a entendu parler, « mais si c’est convenable pour se faire une idée, la qualité n’est pas suffisante pour vraiment apprécier la musique ».

Patrick ne le sait peut-être pas, mais il est typique de sa génération. Et fait figure d’épine dans le pied de l’industrie musicale. Selon les chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique (Snep), les plus de 50 ans représentaient en 2025 29,2 % des abonnés aux plateformes de streaming musicales dans l’Hexagone. Un chiffre à première vue pas déshonorant, mais qui perd de sa splendeur lorsque l’on sait que cette tranche d’âge constitue 49,5 % de la population française.

Un “gâteau” réduit

Ce décalage n’existe pas dans les autres générations ni dans des pays comme les États-Unis ou l’Angleterre. Or, à son arrivée (Deezer s’est lancé chez nous en 2007, Spotify en Suède en 2008), le streaming promettait de résoudre tous les problèmes d’un secteur laminé par le piratage. Le « gâteau » — comprendre le nombre d’abonnés payants — serait un jour assez grand pour être partagé équitablement avec les artistes et tous les autres acteurs, martelait Daniel Ek, fondateur de la plateforme suédoise. Mais cette prédiction ne s’est pas matérialisée.

Les plateformes elles-mêmes ne s’en sortent pas si bien – seules Spotify et Deezer sont récemment devenues rentables, respectivement en 2024 et 2025. L’industrie de la musique enregistrée en France a perdu plus de deux tiers de sa valeur entre 2002 et 2015. Et, malgré une croissance constante depuis dix ans, son chiffre d’affaires n’est aujourd’hui qu’à environ 56 % de ce qu’il était au début des années 2000, selon le Snep. Peut-elle retrouver sa santé d’antan en étant boudée par la part aussi importante de la population que représentent les plus de 50 ans ?

À leurs débuts, les plateformes avaient d’autres priorités. « Elles ont dû obtenir très vite un volume d’abonnés suffisamment important pour ne pas faire faillite, explique Alexandre Joux, spécialiste de la question à l’École de journalisme et de communication d’Aix-Marseille. Elles sont allées là où c’était le plus simple : les moins de 30 ans, qui étaient prêts à écouter les derniers tubes et qui ont toujours connu Internet avec des abonnements. Eux n’étaient pas choqués de payer. »

Soucieuses de ne plus passer à côté du potentiel que représentent les plus âgés, elles ont élaboré quelques stratégies pour les séduire, comme les abonnements familiaux ou des offres groupées avec les plateformes de cinéma ou de séries tels Netflix ou Amazon Prime. Apple Music s’est ainsi associé à Canal+, car les offres de vidéo en ligne, elles, sont aussi populaires chez les plus de 50 ans que dans le reste de la population. Mais ces tentatives se heurtent à une réalité : les plus âgés écoutent tout simplement moins de musique que les plus jeunes.

Un manque d’envie

Une étude menée par Deezer en 2018 auprès de cinq mille personnes en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux États-Unis et au Brésil démontre qu’en moyenne la population arrête de découvrir de nouveaux artistes et morceaux à 28 ans — dans l’Hexagone, c’est même dès 26 ans. La plateforme française appelle ce phénomène la « paralysie musicale ». Responsabilités professionnelles (25 % des répondants) ou parentales (14 %), sentiment de se perdre dans les milliers de sorties hebdomadaires (18 %), les raisons en sont multiples. L’un des principaux arguments du streaming étant l’abondance de son offre, à quoi bon s’y abonner si on n’a plus le temps de s’y plonger ni l’envie de découvrir ce qu’on ne connaissait pas déjà ?

D’autant que les offres payantes perdent de leur attrait quand on écoute peu de morceaux. « La partie freemium, qui permet d’écouter gratuitement en échange de publicités, est encore peut-être trop satisfaisante aujourd’hui pour les utilisateurs, et notamment pour ceux de plus de 50 ans qui ne passent pas leur journée à streamer de la musique », explique Alexandre Lasch, directeur général du Snep.

D’où l’attrait de YouTube qui ne se dément pas. Malgré la publicité, la plateforme reste le moyen d’écouter de la musique en ligne le plus utilisé dans le monde : plus de 2 milliards de personnes s’en serviraient à cette fin chaque mois, contre 433 millions pour Spotify. Et la part des quinquagénaires y est peu ou prou la même que dans la population générale.

Un blocage culturel

Les 50-60 ans sont également les premiers à avoir connu Internet. Le blocage n’est donc pas tant technologique que culturel. Ce sont « les anciens pirates, explique Alexandre Joux. Ils ont découvert le Web à l’époque du tout-gratuit de la fin des années 1990-début 2000. Cette génération a été habituée à ne pas payer ». Le sociologue insiste sur l’importance de l’« héritage culturel » : comme leurs parents qui ont racheté en CD leurs anciens vinyles, ces internautes du début ont surtout téléchargé les titres qu’ils connaissaient déjà et sont restés fidèles au format album.

Maria Garrido, directrice marketing chez Deezer, confirme l’attachement de cette tranche d’âge aux anciennes pratiques : « La radio reste le canal de découverte dominant (60 % contre 52 % pour le reste de la population), et 40 % des 55-65 ans préfèrent les CD ou les vinyles au numérique. 29 % d’entre eux sont convaincus qu’ils ne devraient pas avoir à payer. »

La plateforme française Qobuz, fondée en 2007, s’en tire plutôt mieux que ses concurrents : environ 38 % de ses abonnés ont plus de 50 ans, assure Marc Zisman, son directeur musique. Pour des raisons historiques, d’abord, Qobuz s’étant consacré à ses débuts uniquement au jazz et à la musique classique. Mais aussi parce qu’il met en majesté le format album, et mise sur la recommandation et une meilleure qualité sonore. « La digitalisation de la musique a été une révolution, reconnaît Zisman. C’est également vite devenu une régression, parce qu’on a perdu plein d’avantages : l’éditorialisation, les crédits, la beauté d’une pochette, etc. »

Mais les nouvelles générations ont également leurs habitudes : biberonnées à l’abondance et à l’abonnement payant, elles devraient rester fidèles au streaming. Ce que confirme Maria Garrido, de Deezer : « La génération Z est notre cible prioritaire, car ce sont les utilisateurs d’aujourd’hui et de demain. » Spotify, Deezer et les autres n’auraient-ils donc qu’à attendre que les jeunes vieillissent pour agrandir leur part de marché ? Pas si sûr, note Gérôme Guibert, professeur en sociologie à la Sorbonne-Nouvelle : « Rien ne dit que les plateformes ont les reins assez solides pour perdre encore de l’argent pendant vingt ans. Va-t-il apparaître, entretemps, un nouveau modèle économique ou une nouvelle proposition ? Dans les années 1990, on vous expliquait qu’en 2020 tout le monde téléchargerait de la musique. »


et leur guide des plateformes :


Voilà. 
C'était un article de Télérama plutôt édifiant sur les plateformes de streaming, hein ?
 alors lisez télérama ! le journal des retraités culturels heureux !


D'autrs articles bouleversifiants sur le sujet :

- Comment les faux artistes générés par IA bouleversent l’industrie de la musique
https://www.lemonde.fr/culture/video/2026/03/28/comment-les-faux-artistes-generes-par-ia-bouleversent-l-industrie-de-la-musique_6674845_3246.html

- L’IA met les musiciens au défi de faire mieux qu’elle
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/03/29/l-ia-met-les-musiciens-au-defi-de-faire-mieux-qu-elle_6675202_3246.html

L’IA déstabilise dangereusement le marché de la musique
https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/14/l-ia-destabilise-dangereusement-le-marche-de-la-musique_6646627_3232.html

Face à la musique générée par IA, l’industrie ne sait pas sur quel pied danser
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/03/28/face-a-la-musique-generee-par-ia-l-industrie-ne-sait-pas-sur-quel-pied-danser_6675088_3246

Près de la moitié des titres mis en ligne sur Deezer chaque jour sont générés par IA
https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/04/20/pres-de-la-moitie-des-titres-mis-en-ligne-sur-deezer-chaque-jour-sont-generes-par-ia_6681718_3246

et les prochains titres à paraitre dans la même collection :

- L’IA met les écrivains au défi de faire mieux qu’elle
- L’IA déstabilise dangereusement le marché de la presse écrite
- Face à la BD générée par IA, l’industrie ne sait pas sur quel pied danser
etc...

Comme ça, tu mourras moins bête, surtout si tu lis dans la foulée Eric Sadin, mais tu mourras quand même.

[Edit du 24/05/2026] 

"(...) le rêve des suppôts de l’ultralibéralisme, c’est justement que nous cédions au pessimisme.
Par exemple, plus de cent millions de personnes dans le monde sont abonnées au site de streaming musical Spotify, qui s’est lancé dans la fabrication de musique purement produite par intelligence artificielle et rémunère très mal les artistes. En revanche, son patron s’enrichit de manière exponentielle et mobilise sa fortune pour financer des drones et des armes pilotées par IA [Daniel Ek, fondateur et PDG de Spotify, a, en 2025, investi 600 millions d’euros dans la start-up militaire Helsing, ndlr]. Comme les contemporains de Pétur face aux massacres, chacun d’entre nous engage, à son échelle, sa responsabilité. Et chaque abonné de Spotify a la liberté de s’en désinscrire…"

 Jón Kalman Stefánsson interviewé dans Télérama n° 3984