mardi 3 août 2021

The Young Person's Guide to Steve Roach (2004 - 2021)

J'ensevelis vite fait sur le gaz et sous ces éboulis numériques pulvérulents et humides à la tombée du jour de début aout qui raccourcit déjà, une compilation ignifugée dans une boite en inox issue d'un futur proche puisqu'elle inclut des morceaux d'albums parus en 2021 qui ne seront donc même pas chroniqués cet été sur ma tombe, souvenirs de quelques bons moments passés à la cave au contact de la discographie de Steve Roach, chaleureuse comme une barre d'uranium laissée au frigidaire bien au-delà de sa date de péremption. 


J'ai utilisé les dates de parution des albums pour réordonner chronologiquement les pistes de ce florilège, afin qu'on puisse mesurer la progression du musicien : y'en a pas. Il reste rigoureusement fidèle à lui-même, quoi que ces mots veuillent dire, du début à la fin de cette sélection (qu'on ne peut dire "interminable" que comme un jugement moral dont personne n'aurait rien à battre puisqu'elle ne dure que 6 heures 59 minutes TTC), ce qui en fait un fragment d'éternité très relatif, tandis que Steve reste immobile et imperturbable au milieu du fluide frigorigène, comme s'il était un électro-aimant qui laisse la limaille de fer s’orienter harmonieusement autour de lui selon les lignes du champ magnétique. 
J'ai évité tous les morceaux de tous les disques qui se présentaient comme des hommages un peu appuyés au silence, tout comme j'évite de lire les bibliothèques entières d'ouvrages consacrés aux vertus de la prière, comme dirait mon père.
Et pourtant, s'il y a une musique qui me connecte avec l'Incréé et le Sans Forme, c'est bien celle de Steve Roach. C'est dingue.



jeudi 29 juillet 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2015

Monuments of Ecstasy (2015)
avec Byron Metcalf et Rob Thomas

Encore un album de tribal-ambient rythmé et roboratif avec Byron Metcalf, encore un disque censé activer un état euphorique de conscience corps - esprit et l’expansion de l’attention par la conscience corporelle, encore un disque censé transporter l’auditeur dans un monde d’énergie pure et d’illumination - encore un disque que je trouve mou du didgeridoo - plus démonstratif que groovy.
Même avant que je prenne 18 kgs lors des confinements successifs et que mes Monuments d’Extase deviennent trop lourds à déplacer, cet album me laissait en rade. L’irruption molletonnée d’un thème qui n’est pas sans évoquer la mélodie et les orchestrations du générique d’Amicalement votre au milieu de l'avant-dernier titre de l’album est amusante, sans plus; les vieux routiers du roc tribal sont érodés. Ou alors, c'est l'auditeur qui s'effrite.


(2,5/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/monuments-of-ecstasy

Invisible (2015)

Steve : « Voici une pièce sombre et mal ventilée de mon studio d’enregistrement Timeroom dans laquelle je m’allongeai accroupi par les dernières journées froides et pluvieuses de 2014, à la recherche de bobineaux perdus au début des années 80 dans lesquels on avait improvisé une longue mélopée chamanique sur des bols à punch un soir de pochetronerie védantique debout sur des chaises dans la cuisine avec Byron Metcalf et Jorge Reyes. Mais je ne les ai jamais retrouvées, sans doute que les étiquettes étaient écrites toutes de traviole alors de rage je me lançai dans Invisible, qui est un paysage de rêve primordial ultra-profond de zones de mercure changeantes. Des fantasmes amorphes enveloppés de brume apparaissent et s'éloignent au fur et à mesure que des murmures de substrats distants sont ressentis autant qu'ils sont entendus. C’est pour ça que ça fait un peu peur, on craint que Vidna Obmana surgisse de derrière les tentures écarlates où il se tapissait partout, même dans les toilettes. Quelques jours à peine après la création de cette pièce, le disque a été offert en cadeau sur mon site le soir du Nouvel An et beaucoup ont pu voyager profondément dans la nouvelle année dans une expérience sonore collective mondiale, puisqu’on les a retrouvés pendus dans une magnifique synchronicité dès le matin du 2 janvier. »
Dans la veine toxic-groovy limbo, l’improvisation ce jour-là à base de vapeurs plombées (mais toute la musique générée par Steve n’est-elle pas qu’une gigantesque empilement d’expériences délétères, coagulées puis renforcées au stratifié de 1,5 mm ?) s’inscrit dans la veine "méditation de cave à charbon" récemment illustrée par InnerZone (2002)
Un good-feeling movie, comme y disent, mais pour claustrophiles uniquement.

Bloodmoon Rising Night 3 (2015)

Il faut se rappeler qu’en français, la « lune cuivrée » parfois qualifiée abusivement de « lune de sang » ou « lune sanglante », par décalque bête et désir mimétique et crétin de singer l'expression anglaise correspondante « blood moon », désigne un phénomène optique de diffusion et de dispersion de la lumière qui se produit durant les éclipses de Lune mais aussi à d’autres occasions : la Lune prend une apparence cuivrée (parfois qualifiée à tort de rousse) à chaque fois qu'elle est basse sur l'horizon, car la lumière du Soleil qui l'éclaire est alors filtrée en passant au travers de l'atmosphère terrestre. La dernière lune de sang du 20 au 21 janvier 2019 a coïncidé avec une super lune et la pleine lune du loup, ce qui lui a valu le titre de «Super lune du loup de sang».
Evidemment, à côté, Bloodmoon Rising Night 3 fait pâle figure, n'a rien de sanglant, est très contemplatif, au moins autant que Bloodmoon Rising Night 2, et il ne s’y passe objectivement pas grand chose. Il remplit le cahier des charges : lunaire, amblent, planant en gravité zéro, perturbant légèrement la perception temporelle. Des éléments de nappes sans attaque y apparaissent, durent un certain temps, puis s'évanouissent on ne sait où. Sauf ceux qui les sous-tendent, et qui étaient là de toute éternité.
La prochaine lune de sang se produira lors de l'éclipse lunaire totale du 26 mai 2021, qui sera visible de certaines parties de l'Amérique du Nord, de l'Australie, du Pacifique et de l'Asie. Mais le temps que paraisse cet article, elle aura sans doute déjà eu lieu. Ce en quoi ce que je raconte est absolument fascinant d’ennui et de péremption rétrofuturiste. Méfions-nous : Steve n’a pas promis de ne pas faire de disque pour cette occasion.


(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/bloodmoon-rising-night-3

Skeleton Keys (2015)

Le renouveau des synthétiseurs modulaires analogiques bat son plein. Magie de ces armoires électriques lourdes comme le piano de mon grand-père, ornées de potentiomètres gradués jusqu’à 11 qu’on peut tourner à la main, vers la gauche ou bien la droite, sans même faire usage de nos pouces opposables, qui nous différencient pourtant du chimpanzé fan de tech hardcore, pour en expérimenter des effets variés en termes de tension, de fréquences, d’amplitude, d’oscillations rythmées.
Voici donc huit mandalas sonores en spirale entièrement façonnés avec des vrais doigts pianotant comme des oufs sur des boutons en plastique qui s’allument au passage comme dans les films de SF des années 60, programmant des séquenceurs vintage fleurant bon le modulaire des débuts de l’électronique, et que tu peux toi aussi acquérir auprès du fabricant Synthesizers.com comme l’a fait Steve, ça tombe rudement bien.
Il y a des morceaux magiques dans cet album comme It's All Connected; et d’autres plus prévisibles : guirlandes de séquences arpégées avec delay paramétrable, tout ce qu’on a aimé puis détesté dans la musique planante des années 70.

(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/skeleton-keys

The Skeleton Collection 2005 - 2015 (2015)

Simultanément sort un disques d’inédits, dont la moitié des pistes furent enregistrées dix ans plus tôt, célébrant elles aussi la pureté du son analogique et des machines galactiques qui carburaient au fioul lourd, comme les tanks Sherman. L’accent est mis sur l’immédiateté de la musique générée à la main sur de vrais instruments physiques (sans doute en bakélite) : « Ressentez-le, accompagnez-le, façonnez-le à la main, enregistrez-le, passez à autre chose. »
Comme toujours avec les propositions de Steve, pour en retirer le meilleur il suffit de vous autoriser à flotter avec lui partout où il va, et de ne pas trop y penser.

(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/the-skeleton-collection-2005-2015-companion-disc

Etheric Imprints (2015)

En arpentant les confins de son domaine, Steve glisse accidentellement dans un soupirail recouvert de branchages (comme dans un vieux Rahan) qui le précipite au fond d’une oubliette où gît un vieux piano. C’est l’occasion d’égrener quelques notes mélancoliques avec beaucoup de réverb, au risque de créer une mélodie, qui n’advient cependant pas dans l’effondrement introspectif Etheric Imprints, qui ouvre l’album sur de bien sombres perspectives existentielles. En l’absence de linge de rechange, la situation sanitaire se dégrade ensuite rapidement, et des arpèges atrocement disharmonieux s’échappent de la fosse, dans l’espoir d’attirer du monde et d’échapper à l’oubli (Indigo Shift). C’est pourtant une stratégie perdant/perdant, qui n’attire guère l’oreille du chaland vers le pavillon-témoin.
Dans un troisième temps, Steve a traversé les phases du deuil (Déni, Colère, Marchandage, Dépression, Acceptation) et les récapitule sobrement dans une pièce immersive un peu funèbre mais majestueuse : Holding Light. On sent que quel que soit son sort, il est prêt à partir. Puis, c’est le happy end de rigueur : en revenant aux sources de l’ambient light avec The Way Forward, Steve parvient à simuler une légèreté qui lui permet d’échapper à la gravité et de s’échapper à tire d’aile. Le problème étant qu'il va certainement recommencer à enregistrer.


(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/etheric-imprints


Bloodmoon Rising (2015)
The Complete 5-Hour Collection

L’intégrale des mélopées séléniques, pour sacrifier vos nuits blanches à la lune « cuivrée ». Si vos insommnies persistent après l’écoute successive de 2 fois l’intégrale, n’hésitez pas à retourner au bureau sans avoir dormi, vos collègues vous trouveront quand même un petit air lunaire, et c’est toujours ça d’pris.

Derrière le rideau rouge de Twin Peaks, je ne sais pas.
Mais devant, je sais : Blood Moon Rising.


(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/bloodmoon-rising-complete-5-hour-set

Now (2015)

Réassort du premier album de 1982. Influence plus que palpable de Tangerine Dream et Klaus Schulze, les 2 parrains de la mafia des aficionados de la non-dualité sonore.
Déjà chroniqué par le Vénérable Héry, qui en disait ici 
tout le néant qu'on peut s'autoriser à en penser : "Voici le premier album, aux séquenceurs, de Steve ROACH. Tout à fait dispensable."

Alive in the Vortex (2015)


L’expérience nous a appris que quand il y a « Vortex » dans le nom d’un disque OU d’un morceau de Steve ET qu’il est paru dans les années 2010 ET que c’est une prestation scénique, on peut y aller. En principe. C’est un savoir relatif, mais assez absolu. Pour celui-ci, un an de préparation, et un spectacle déjà rodé lors du festival Ambicon, spectacle dont la partie visuelle consistait à regarder Steve appuyer debout sur les boutons de ses machines du diable et tourner ses potentiomètres gradués jusqu’à onze pendant deux plombes, spectacle qui trouve son apothéose dans cette représentation unique en octobre 2013 sous le chapiteau du Vortex Dome de Los Angeles, une salle hémisphérique où il fait bon venir digérer une poêlée de champignons magiques quand Steve est assez inspiré pour y interpréter ses meilleurs musiques d’attente au téléphone. Gageons que la partie visuelle était au moins aussi spectaculaire que ce soundfest auquel le roi du minéral chantant ne nous convie qu’en de trop rares occasions (Journey of One en1996, Live Transmission en 2013) nous prouvant ainsi son génie alors que nous avions renoncé à l’y voir dans son Tour. Privés des images immersives de paramécies en rut grossies 10 000 fois et projetées à 360° sur la face interne du dôme,


il nous reste pour vibrer la partie électroacoustique du show, soit un son et lumière sans lumière mais dans lequel on retrouve le meilleur de la Quincaillerie Roach® : séquences rutilantes d’arpèges cristallins, nappes infinies d’aurores boréales scintillantes, drumboxes ethnoambient chamaniques. On est peut-être un peu en dessous de Live Transmission 2013, mais ça plane quand même très haut.
Après avoir écouté les bandes, et juste avant de les égarer dans le studio Timeroom pour prétendre les avoir retrouvées dans deux ans et les rééditer avec des bonus, Steve a déclaré « J'ai senti que c'était le témoignage que je voulais laisser derrière moi pour que quelqu'un l’expérimente dans 50 ans. »
Rendez-vous dans 50 ans, donc, pour voir s’il ne s’est pas moqué du monde.


(4/5)

Vortex Immersion Zone (2015)

Ce n’est pas une version en Réalité Augmentée ou Diminuée voire Ratée du concert précédent, mais plutôt un brouillon, inspiré par le projet de se produire au Vortex Dome de Los Angeles, et imaginé lors de la visite de repérages de cet espace géodésique en forme d'utérus, projet un peu virtuel, où d’autres peuvent s'y caresser langoureusement le projet de progresser dans l’intention de pratiquer le bouddhisme, quand on se retrouve dans un utérus, les idées les plus folles peuvent germer. La pièce immersive fut retravaillée après les performances historiques qui s’y déroulèrent, on y perçoit d’ailleurs des fragrances de Live Transmission (2013), comme la Boucle Irradiante Qui Rend Ouf, dont la dynamique et la texture particulières nous feraient acquérir les 132 versions si le producteur choisissait de les mettre en vente en ligne, mais sinon c’est aussi mou du genou que de diffuser les rushes du film en bonus DVD : ça ne vaut pas le Director’s Cut.
Comme il est dit par un chroniqueur anonyme à propos de ces deux albums autour du même évènement, la version live possède certaines propriétés magiques spéciales qui ne peuvent résulter que d'une interaction avec un public.

https://steveroach.bandcamp.com/album/vortex-immersion-zone-2

Skeleton - Spiral Passage (2015)

Version 2 titres (32 minutes) « Squelette / Passage en spirale » du concert « Live in Tucson : Pinnacle Moments » qui ne sortira qu’un mois plus tard, fin janvier 2016, c’est à dire dans le futur puisque nous ne sommes encore qu’en 2015 selon la discographie, alors que la sortie bandcamp porte l’estampille « 1 janvier 2016 ». De qui se moque-t-on ? Et pourquoi sortir une version longue de 2 titres plus courte que la version courte qui sera plus longue, à moins d’être dans un flux temporel inversé par rapport à nous ? A moins aussi que je n’aie pas bien lu l’argumentaire en le recopiant. Au demeurant, c’est pas inintéressant, comme cavalcade d’arpèges pentatoniques avec delay + friselis mélodique néo-schulzien, mais comme il sera intégralement inclus dans la nouvelle version de l’album numérique du Live in Tucson qui sortira incessamment sous peu dans le futur, l’avenir de ce disque est un peu indistinct, à ce degré spéculatif qui n’intéressera qu’une poignée de spécialistes et qu’on pensait réservé aux thuriféraires de Frank Zappa, car l’album - uniquement édité en numérique et réservé à ceux qui ont souscrit l’abonnement Prémioume - est crédité de 2015 dans la discographie mais daté du 1 janvier 2016 lors de sa sortie sur bandcamp, c’est ce que j’ai déjà dit plus haut mais comme Steve je crois qu’il faut beaucoup répéter les choses pour qu’elles s’impriment, et maintenant c’est trop tard pour corriger.

(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/skeleton-spiral-passage-extended-version-live-in-tucson-02-14-15

Emotions Revealed (2015)

Des bandes perdues des années 80, retrouvées de façon inespérée. Deux pièces, sans trop de cuisine, l’une héritée de séquenceurs cadencés période Structures From Silence, avec des sonorités bien vieillottes de 1983, c’est envoûtant, entêtant, ou juste saoulant, selon votre sensibilité. Disons que dans le genre Ecole de Berlin, je préfère le maitre Klaus Schulze à ses disciples z-ailés. Ensuite une pièce purement atmosphérique, l’embryon de la genèse de l’origine de la clé de voûte de ce qui donnera naissance à la division blindée de la Voie Contemplative de Steve. Evidemment en 1983 les moyens sont frugaux, mais l’idée du Steve atonal et arythmique est là, en essence. C’est aussi émouvant que de retrouver le brouillon des symphonies que Mozart écrivait dès six ans.
Ou pas.


(2/5)

jeudi 22 juillet 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2014

The Ancestor Circle (2014)

On a retrouvé des bandes magnétiques, dont on ignorait même qu’elles fussent perdues. On en retrouve souvent, il suffit d’aller farfouiller dans le cabanon « bandes perdues avec étiquettes illisibles, pour disques inédits » à l’entrée du cany
on Donnie Darko Ambiento, juste derrière l'hacienda de Stevie. Une fois entré dans l’appentis, y’a qu’à se baisser pour en ramasser, le bazar est pire que dans la buanderie de Frank Zappa, dont les successeurs s’arrachent les cheveux et les sous-vêtements depuis 30 ans en découvrant des palanquées de masters improbables derrière des piles de linge sale.
Pour en revenir à The Ancestor Circle, ces bandes retrouvées en 2014 furent enregistrées en 2000 par Steve R. et Jorge Reyes, une semaine avant leur concert de Tucson, dont les bandes sont elles définitivement fichues comme nous l’avons vu dans « Une année 2011 », et se situent dans la veine ethno-chamano-ambient avec une bonne rasade de mauvais trip à l’ayahuesca, mais c’est un peu un passage obligé dans les cérémonies initiatiques, y’a toujours un moment où on tourne de l’oeil quand le chaman nous ouvre le sternum psychique à l’opinel rouillé pour libérer nos énergies. Mais la brochure promotionnelle met plutôt en avant « un rinçage cathartique non filtré du monde technologique et moderne d'aujourd'hui, qui aide à appuyer sur le bouton de réinitialisation de la perception. »
L’apport de Jorge Reyes, comme sur Vine ~ Bark & Spore (2001) et antérieurement sur les deux disques du groupe éphémère Suspended Memories, ce sont les voix de sorcier de caverne électronique, propre à pétrifier le plus endurci des newagers, et son exotique bataclan de flûtes préhispaniques, ocarinas et petites percussions sud-américaines, bien sûr tout cela passé à la moulinette dark ambient prend un aspect un peu angoissant, voire menaçant et chairdepoulogène, quand le vieux sorcier yaqui vous balance ses incantations trafiquées par des chambres d’écho analogiques, sépulcrales et vaudouisées par notre duo de dealers d’absolu sonique, on peut arrêter la drogue, c’est bon, on a trouvé mieux.
Pour peu qu’on se le colle entre les oreilles devant un bon feu de cheminée lors des frimas d’avril, on part assez loin dans les forêts primaires avec ce disque, même si le retour à pied pose, comme toujours, problème. Soyez bienveillant envers les baratineurs qui voudront vous faire accroire qu’il s’agit là d’une offrande cérémonielle aux dieux oubliés, ou les artefacts audio d'une tribu perdue où la préhistoire rencontre la technologie du futur créant un son impossible à dater au carbone 14. Ce sont les gars du marketing qui racontent ça, il faut leur pardonner car ils ne savent pas ce qu’ils vendent. C’est juste la bande-son idéale pour relire Castaneda, délaissé depuis l’adolescence. Un putain de bon disque de chamanisme ambient.


(4/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/the-ancestor-circle

Bloodmoon Rising Night 2 (2014)

Je suis un peu étanche aux oeuvres immersives et/ou purement atmosphériques de Steve. Certes, on se moque bien de mon avis, et moi le premier, qui suis prêt à m’en dessaisir comme d’un complet usagé qui me tomberait des épaules dès que s’ouvriraient les portes de la perception en écoutant le disque et en fermant ma bouche, mais ce qu’on voudrait bien entendre ici, 
et moi le premier, c’est mon expertise, et alors moi je dis que quand commencent à s’étirer des nappes de sonorités célestes ralenties dix mille fois pour que le disque fasse bien 74 minutes 30 au bout du compte, je trouve que c’est un peu abusé, et ça serait pas la première fois que ce monsieur Roach nous ferait le coup.
Pourtant ce Bloodmoon Rising Night 2, conçu dans les jours qui précédèrent la lune de sang du 7 octobre 2014, est ample et majestueux dans le déroulé de ses volutes. Steve y reconnait l’influence des phases lunaires sur son travail, et exprime sa gratitude pour les fins de nuit, qui sont chez lui des périodes d’intense création, périodes pendant lesquelles sa chère et tendre rentre chez sa mère pour retrouver un peu de sommeil. Bien sûr, par chez nous l’entendre parler d’inspiration de « lune sanglante » serait un peu inquiétant, même pour du dark ambient : 

La tétrade en question a pris fin
avec l'éclipse lunaire du 27 au 28 septembre 2015.
Comme quoi je dis pas que des conneries.
on se souvient d’un James Ellroy pas trop dégueulasse affligé du même titre, ainsi que des prophéties bibliques de la Lune de Sang, énoncées par des prédicateurs chrétiens ayant imaginé que la tétrade (une série de quatre éclipses lunaires consécutives - coïncidant avec les fêtes juives - avec six pleines lunes entre les deux, et sans éclipses lunaires partielles intermédiaires) qui a commencé avec l'éclipse lunaire d'avril 2014 signalait Le Début De La Fin Des Temps, comme décrit dans la Bible dans le livre de Joël, Actes 2:20 et Apocalypse 6:12.




comme dans la prophétie de John Hagee,
la série « Bloodmoon » de Steve comportera quatre CD.
Le fait que ces deux prédicateurs fassent partie de la cyber-racaille télévangéliste amerloque et que leurs prédictions d’apocalypse à trois balles aient lamentablement capoté, puisqu’on est déjà en 2021 et que c’est pas plus le début de la fin du monde que si la vérole virale s’était répandue sur Terre en 2020, n’a aucunement entaché ni terni les qualités intrinsèques du disque de Steve, qui reste une méditation lunaire riche en sélénium que n'aurait pas reniée Guy Béart, bien qu'il eut sans doute brâmé dessus des paroles de son cru.

(4/5)




The Delicate Beyond (2014)


Steve se lance ici dans une expérience minimaliste zen-arty, un peu par hasard : en plantant un clou dans une cloison en placoplâtre dans son salon, ce qu’il ne faut jamais faire, celle-ci s’effondre, révélant l’existence d’un vide sanitaire inter-dimensionnel : un riff de piano constitué de deux notes réverbérées à l’endroit autant qu’à l’envers se déploie inlassablement dans l’espace du multivers de notre perception dans l’instant présent qui semble éternel au moins pendant 74 minutes, délicatement soutenu par les « plitch » et les « plouc » de la chute des gouttes d’eau nées de la condensation d’altitude tombant au fond de la grotte après avoir dégouliné le long de stalactites cristallines. Nous n’en dirons rien de plus pour ne pas altérer votre perception de ce Délicat Au-Delà, car la notre se situe bien en deçà. Entendons-nous bien : ça serait chouette si c’était un passage de 3 à 5 minutes sur un disque de Steve « normal ».
Renseignements pris, il s’agit d’une version ultimement délayée, bouclée et étirée à mortel du titre d’ouverture de The Delicate Forever. Je sens qu’on est partis du mauvais pied avec cette série, réservée aux adorateurs béats de « La Note Qui Implique Toutes Les Autres, Et C’est Pour Ça Qu’elle Tourne En Boucle » qui aiment quand la musique de Steve fait l’amour avec le Silence, et Puis Avec Elle-Même, Aussi. Au bout de 44 minutes, alors qu’on commence juste à se faire au Dasein de la boucle, (littéralement « être-là », c’est l'infinitif substantivé du verbe allemand dasein, qui signifie, dans la tradition philosophique, « être présent ») elle s’efface au profit d’une petite horde de séquenceurs égarés émergeant du fond de l’infini pour vaporiser un nuage de notes surplombant la falaise de la Réverb et mimant une petite descente harmonique en rappel le long d’icelle, mais le mal est fait, et le ver de l’ennui est dans le fruit.


(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/the-delicate-beyond


The Delicate Forever (2014)


Les aventures répétitives des deux notes de piano du disque précédent reprennent à zéro, comme si elles n’avaient pas eu lieu, et sont suivies de grandes plages de balbutiements glougloutants dans le droit fil tordu des entreprises expérimentales sans garantie de bonne fin : ballets désaccordés de carillons pour porte d’entrée de vétérinaire, choeurs d’appeaux pour méduses à marée basse, etc. C’est très délicat, sans doute, puisqu’il le prétend.
Errements froufroutants dans les limbes du futur. Quelle barbe ! Les petits-enfants de l’organiste viennent s’asseoir et pianoter un instant sur l’harmonium.
Je suis perdu. Je ne comprends pas. On jurerait que Vidna Obmana est de la partie, et qu’elle est sponsorisée par Le choix funéraire. Croyez-moi, si j’avais le choix, il ne serait pas funéraire.

(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/the-delicate-forever

The Desert Collection (2014)


Compilation de titres déjà parus ailleurs, avec pour thématique commune le désert, mais sans Jean-Patrick Capdevielle dedans.

Tracks 1 & 5 from "Dust To Dust" (Projekt, 1998)
Tracks 2 & 6 from "Desert Solitiaire" (Fortuna, 1989)
Tracks 3, 7 & 8 from "Western Spaces" (Innovative Communication, 1987)
Track 4 from "The Ambient Expanse" (Mirage, 1998)


https://steveroach.bandcamp.com/album/the-desert-collection-volume-one-2014



Structures From Silence (2014)

(30th Anniversary Remastered Edition)

Ressortie de l’album de 1984 déjà ressorti en 2001. C’est un album historique, paradoxalement assez bruyant pour qui prétend y dévoiler les Structures du Silence, silence qui s’y drape des oripeaux de nappes, qui se travestit derrière des mélodies, et qui fut enregistré il y a bientôt quarante ans.
J’y suis peu sensible; Les deux disques bonus de pièces créées dans un passé récent (2013-2014) et ajoutés pour le trentième anniversaire du Silence c’est Steve Roach faisant du tribute to Steve Roach d’il y a quarante ans en train d’imiter le Steve Roach du futur quand il se remémorerait l’époque bénie du temps des pionniers, je ne sais pas si vous suivez, mais moi non plus.


https://steveroach.bandcamp.com/album/structures-from-silence-3-cd-download-vinyl-lp-cassette-cd-options


The Long Night (2014)

avec Kelly David

Etonnante pièce en intérieur nuit, jouant surtout sur les drones et les bourdonnements dans les graves pour évoquer des ambiances nocturnes. Inspiré et pacifiant, mot que je n’ose jamais trop employer avec Steve puisque c’est le fer de lance de l’argumentaire de ses commerciaux.
Il y a même des trouées de lumières tintinnabulantes, où l’on pressent qu’à la nuit succèdera le jour.
En principe.
La dernière pièce, qui donne son nom à l’album, est magnifique.

(4/5)

jeudi 15 juillet 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2013

At the Edge of Everything (2013)
avc Vidna Obmana et Jeffrey Fayman

Un concert aux Pays-bas avec Vidna Obmana et sa flûte Fujara à 6 schtroumpfs, lovecraftienne en diable. Toujours dans les limbes, pas très agréables voire carrément in os pitaliers aux deux meurants. Je ne suis pas fana de la période sépulcre digital et tagada saint suaire. 
Sur Cloudwatching with the Trancemaker ça s’agite un peu, mais ça ne trance-porte pas bien loin. Même le didgeridoo semble sorti du Jugement Dernier. On retombe bien sur les travers du couple Roach-Obmana, pour lequel il faudrait nommer un médiateur familial afin qu'ils reprennent séparément des vies électro-acoustiques plus saines. Et qu’est-ce qu’on va faire de tous les enfants qu’ils ont commis ensemble ?

(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/at-the-edge-of-everything-2

Spiral Meditations (2013)


L’école de Berlin : Klaus Schulze, Popaul Vu, Von Ribbentrop, Fienkielkrautrock, Steve Roach. Des hordes de séquenceurs égrènent des motifs géométriques à 180 la noire devant huissier, avec plein d’écho. Juste saoulant.


(1/5)




Live in Tucson 2000 EP (2013)
avec Jorge Reyes

Jorge Reyes produisit en solo une oeuvre chamanique, dévotionnelle et tribale, inspirée des cultures préhispaniques et précolombiennes, bien qu’il fut (car il n’est plus) mexicain sans être indien, mais il avait baigné dans cette culture quand il était petit, et ça aide. 
http://ambientmusicguide.com/a-z-essential-albums/jorge-reyes/
Au milieu des années 90, il a fait partie du trio endiablé de tribal ambient «Suspended Memories » avec Steve et Suso Saiz. Il joue ici à Tucson avec Steve pour le lancement de Vine, Bark, & Spore, leur première collaboration en duo. Dans la galaxie Steve Roach, on évoque souvent des bandes perdues puis retrouvées, juste avant de vous refourguer un triple CD, là c’est dommage que celle du concert soit irrémédiablement endommagée pour de vrai, seul le début du concert a été sauvé et constitue cet EP qui commençait bien.

(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/steve-roach-jorge-reyes-live-in-tucson-year-2000-ep-release

Live Transmission (2 CD) (2013)

From the Drone Zone at Soma FM

Pour la petite histoire, ça faisait des années que Steve n’avait pas enregistré dans les conditions du direct. Il prépara ses éléments pendant des mois, puis s’en vint dans les locaux de la webradio SomaFM de San Francisco, familière des prestations ambient, avec tout son bestiaire bien replié dans une petite valise. Quand il l’ouvrit, les génies en jaillirent et répandirent sa légende à travers l'éther; il entra instantanément de la petite musique dans la Grande Histoire : sa boite de Pandore contenait l’ensemble des couleurs, matières, textures et qualités pour lesquelles ce musicien est vénéré à travers le monde, et que cette prestation concentre : lents nuages dérivants, cascades harmoniques scintillantes, shakers, didgeridoo, sombres rythmes tribaux, interjections humaines perdues dans des cavernes chantantes, jolis arpèges de l'école berlinoise, et des tas d'échantillons d'environnements sonores naturels. L'album n'est pas un "best-of"; La discographie de Roach est si vaste qu'aucun album ne pourrait même être considéré comme un résumé approximatif de son travail. Ce que Live Transmission montre, c'est un un artiste en direct maîtrisant parfaitement son art et toujours inspiré après plus de 30 ans de création musicale. Il devrait venir plus souvent à San Francisco. Et pourtant, il n’a pas une tête à faire de la radio. Magnifique. Vraiment. Ce concert propage l’idée d’évènements naturels extra-terrestres d’une beauté indicible.


(5/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/live-transmission-2-cd-release

Future Flows (2013)


Retour à l'ambient stratosphérique pur beurre (mais sans matière grave) directement issu de la canette d'air en bouteille regazéifiée avec son oxygène.
« Le futur s’écoule à partir d'ici » proclame un des morceaux. Amenez vos bassines : il est éthéré, gazeux, nébuleux et somnifère, comme une bonbonne d’oxygène qui s’écoulerait dans un lavabo. Certains peuvent ressentir cette veine comme un accompagnement aux mourants, et partant, un support audio pour explorer ces espaces. D’autres vont éprouver cela comme affreusement anxiogène.
On n’est pas loin de la série Immersion, on flirte à la limite du gazeux et du liquide.

(2/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/future-flows

Rasa Dance (2013)


Sélection de morceaux issus de l’usine de Steve pour soutenir le travail de sa femme Linda Kohanov, entraîneuse de chevaux, coach et formatrice spécialisée dans le domaine du développement personnel par le cheval, une discipline qu’elle a sans doute créée de toutes pièces. Cette compilation de titres de son mari, servant de bande-son lors des ateliers Eponaquest® entièrement animés par des chevaux, n’a absolument aucun intérêt pour le roachmaniaque de base, sauf si vous êtes fan de Bojack Horseman, ou encore un jeune poulain et que vous venez d’apprendre que votre jument de mère est promise à la boucherie chevaline; le cas échéant, adoptez l’attitude « cheval dire à ma mère » et passez-lui le disque, pour adoucir ses derniers moments et attendrir sa viande.


(0/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/rasa-dance-the-music-of-connection

Ultra Immersion Concert (2013)


Pour écouler le surplus de la production de Steve, mieux qu’une réunion Tupperware : un concert privé. Dans la nuit du 2 au 3 juin 2007, le roi de la fête électro-organico-tribale-ambiente organise chez lui un week-end d'Ultra Immersion (masques et tubas non fournis). Les 30 invités ont été sélectionnés parmi une liste de participants aux deux derniers concerts de Tucson, ils se retrouvent tout excités dans sa demeure isolée du sud de l'Arizona, et descendent plein de petits verre de tequila sans alcool pour se donner une contenance; puis le maitre des lieux descend parmi eux et les envoûte 12 heures d'affilée, de 20 h 00 à 8 h 00 sans interruption, ne quittant son centre de contrôle galactique que pour un petit pipi de temps en temps (la téquila sans alcool, c’est très diurétique).
Avec les participants installés sur des oreillers, des sacs de couchage, des futons en algues recyclées ou mollement alanguis sur des couvertures en pilou, ils assistent à un concert de Steve presque aussi interminable que ceux de Francis Lalanne jeune, ce qui donne le côté un peu ralenti de la bande-son témoin de l’évènement, puisqu’il a bien fallu couper parmi les 12 heures de rushes un peu délayés par rapport à un disque live de Steve sans futon ni pilou.
Des réminiscences de tous les grands lives telluriques de la période (Live Transmission, Journey of One) un peu ramollies - mais même ramollie, la magie c’est la magie !
des moments plus méditatifs que d’autres, rien de désagréable.


(3,5/5)

jeudi 8 juillet 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2012

Groove Immersion (2012)

La suite tant redoutée de la série Immersion (déjà 5 piscines parues, toutes pleines à ras-bord) : des pièces immersives et oppressantes qui évoluent insensiblement d’une langueur monotone et maladive vers un ennui mortel avec mélancolie aquatique post-opératoire. Chacune des plongées durant plus de 70 minutes, c’est largement au-delà du minimum syndical de la noyade. A la soupe protoplasmique habituelle Groove Immersion adjoint une boite à rythmes qui crache un pattern imperturbable aussi structurant qu’une crème de jour si vous avez 80 ans et +, et quelques criquettements d’insectes numériques du plus morne effet. 
D’après la notice, « Groove Immersion s'inspire des éléments rythmiques que Roach mêlait à "Immersion: 5" et les étend avec des battements en boucle infinie en tapant sur un morceau de code hypnotique qui va directement au cerveau. Roach place les battements sur des boucles familières, en spirale descendante de sons, de clics et de grognements de synthés analogiques, et l'appariement crée un espace de félicité sombre et méditative. Les battements persistent pendant les deux premières des quatre sections, l'équivalent de près d'une demi-heure pour libérer de l'espace mental, puis Roach les laisse tomber pour laisser l'auditeur suivre le courant de ses réflexions obscures pendant la majeure partie de la troisième piste. Les rythmes reprennent pour la section de clôture et ramènent l'auditeur au début dans un style parfaitement digne d'une boucle. "Groove Immersion" a de fortes connotations tribales, les mêmes formes ombragées et atmosphères du monde inférieur qui traversent des espaces comme "Fever Dream" et "Nightbloom". Ce qui le sépare, c'est la médecine puissante et persistante du beat. C'est un disque qui devient plus profond au fur et à mesure qu'il boucle. »
Ils ont oublié de préciser que quelques accords toltèques sont plaqués à la guitare sommaire dans l’arrière-salle, mais y’a vraiment pas de quoi, en signe de joie, se passer les paupières à la crème de chester avec une tringle à rideau de fer. (Pierre Dac)
Attention : ne fais pas écouter ce disque à un contemplatif. « Si un contemplatif se jette à l'eau, il n'essaiera pas de nager, il essaiera d'abord de comprendre l'eau. Et il se noiera. » (Henri Michaux). Et après, finie la garantie.


(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/groove-immersion

Soul Tones (2012)

Le retour du pur éther atonal, de la nappe stratosphérique de haute altitude, si fine qu’on voit le fond du cosmos à travers.
Certains y verront poindre une aurore sur un jardin de palmes. D’autres dénonceront l’imposture, démasqueront les boucles, les emprunts, les redites. On n’a pas déjà eu cette conversation à propos de A Deeper Silence, Afterlight, et quelques autres ? on aurait dû.


(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/soul-tones



Tales From the Ultra Tribe (2012)

Après la réussite spectaculaire de The Serpent's Lair, album d’ethno-transe endiablé, j'attendais plus de nos deux compères que ce tribal-ambient soporifique. On dirait qu'ils ont mis un polochon à leur place et qu'ils sont partis faire autre chose.
O combien sombres et glaciales sont les nappes de Steve ! O combien mornes les tambours de Byron.


(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/tales-from-the-ultra-tribe

Stormwarning (Live) (2012)

Dans la veine retour de la vengeance des séquenceurs des fils à pénible, un disque prétendument live et déjà affreusement ringard au moment de sa première sortie studio (1989) ce qui ne nous rajeunit pas.


(0/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/stormwarning-2








Low Volume Music (2012)
avec Dirk Serries

Devant l’absurdité d’un monde dans lequel il y a beaucoup trop de notes sur les disques, et beaucoup trop de disques de Steve Roach dans les bacs, Steve décide de frapper un grand coup en sortant un nouveau disque avec beaucoup moins de notes que s’il y en avait plus, et c’est ce qu’on appellera sa période minimaliste, que les exégètes pourront ensuite rapprocher de celle de Brian Eno et de Harold Budd : trois notes au piano jouées très mollo, une dose de réverb, une nappe de synthé à grands carreaux mais pas trop voyants par en dessous pour soutenir le bastringue, un copain de trente ans pour enlever les miettes après le pique-nique, et roule ma poule. Dirk Serries prétend être le vrai nom de Vidna Obmana, en fait on comprend à demi-mot que c’est le pseudonyme à l’envers du célèbre Dick Reverse, qui joue du cornet à piston en sourdine sur beaucoup de galettes d’ambient des année
s 2000 après avoir déchiré avec les Chats Sauvages dans les années 60. Curieusement, le résultat n’est pas si déplaisant que ça, au vu des précédentes collaborations des 2 cowboys spatiaux.

(3/5)


Back to Life (2012) (2 CD)

Plutôt confortable, dans la veine ambiente atmosphérique multi-couches à vocation sidérale, avec aurores boréales par un petit matin glacial. Une fois de plus perché dans les hautes couches de l’atmosphère. Spacieux et spatial.


(3/5)

jeudi 1 juillet 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2011

Cette année encore, la Californie se lyophilise, et avec elle tout l'Ouest américain, accablé par des chaleurs extrêmes encore plus pire que d'habitude, sous l'influence pernicieuse du dernier rapport du GIEC, comme dans un vieux roman de SF de J.G. Ballard qui retrouverait ainsi une actualité brûlante qu'il n'avait finalement jamais perdu.
L'occasion rêvée de rester au bureau et de s'en évader par l'imaginaire en relisant un vieux Moebius du Désert-B tout en réécoutant la dernière décennie créative de Steve Roach, ce mystérieux musicien ambiant qui vit en Arizona, contrée dont les indigènes cultivent le manioc, plante d'appoint qui se mange sans pain.
Je reprends mon verre de mezcal sans alcool là où je l'avais laissé la dernière fois :

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The Desert Inbetween (2011)
avec Brian Parnham

Ce Désert entre les deux (entre les deux quoi ?) (je découvre quelques semaines plus tard dans un épisode de Bojack Horseman que ça peut aussi vouloir dire "au milieu" )est très peuplé : des ambiances ethno-mystére, des guitares éthérées enfin maitrisées, des interséquences d'aridité dronale inventives, de percussions tendues, une étonnante faune sonore organique; Steve s'est acoquiné avec l'avide Brian, lui aussi multi-instrumentiste, qui n'a pas son didgeridoo dans sa poche. Une instrumentation très variée, des voix humaines trafiquées et discrètes, des dédales aveugles dans lesquels on ne se perd jamais trop longtemps. La pénibilité des guitares éthérées qui s'étirent interminablement le long des pensums expérimentaux et bouffis des années 2000 sont rachetés par la maitrise et l'aboutissement de ce disque. Un bon cru dans la veine tribal ambient, qui évoque les riches heures de Suspended Memories ou du Serpent's Lair.

(4/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/the-desert-inbetween


Immersion V - Circadian Rhythms (2 CD) (2011)

Stridulation d’insectes & gargouillis digitaux; nous voici à nouveau en terrain connu, en transit intestinal dans les boyaux de la création sonore. Gastro-entérologie et chamanisme s’allient pour nous aider à conscientiser nos intérieurs, dont les parois sont très peu tapissées de cellules réceptrices de la douleur (récepteurs de Golgi) ce qui explique pourquoi quand on s’en rend compte il est souvent tard. Immersion V, comme le Sputnik V, sera-t-il remboursé sur ordonnance ?
La série Immersion est en phase terminale, si je compte bien en tout il y a huit cédés, si j’omets les dégâts collatéraux ultérieurs Ultra Immersion Concert, Vortex Immersion Zone, Groove Immersion, et ni la combinaison de plongée ni les bouteilles d'oxygène avec le détendeur ne sont offerts avec le pack.
Des vents fétides parcourent les marécages sous des cieux vert sombre, annonciateurs de pluie radioactive.
"Ciel vert la nuit le hackeur réjouit" (Charles Stross, le bureau des atrocités) p’têtre bien, n’empêche qu’un air glacial s’engouffre dans le tunnel « Ker Vortex », la résidence secondaire acquise par Steve sur la lande bretonne. Des motifs émergent de la boue auditive. Des sons qui n’ont jamais été faits pour être perçus par une oreille humaine, exhalant d’infinis échos évoquant la mousse qui pousse sur le rebord des fosses où croupissent des prisonniers oubliés depuis trop longtemps, et qui par malheur n’avaient pas une bonne mutuelle santé. Une synesthésie se met en place, un ballet cahotant, hypnotique et titubant comme une java martienne dansée par des paramécies en convalescence d’une épizootie sans remède connu. Moins claustrophobique que les précédents épisodes de la série préférée des effondrologues de la pensée consciente, mais encore beaucoup de remplissage dans les passages à vide si vous n’êtes pas prêts à méditer des heures durant sur votre 3ème chakra. Au bout du premier CD, sortie en barque sur un lac souterrain, apaisante et bienvenue. Au début du second, ça repart : spéléologie des gouffres amers surplombés par des volutes de guitares célestes et trafiquées. A moins qu’on ait torturé un baleineau. Odyssée pour gogos de l’advaita vedanta, ou invitation à faire le vide ? en tout cas, hymne vibrant à la somnolence au volant, comme beaucoup d’oeuvres de cette décennie.


(1/5)


https://steveroach.bandcamp.com/album/circadian-rhythms-immersion-five


The Road Eternal (2011)

avec Erik Wollo

En 2008, déjà, une première collaboration entre les 2 gars m’avait refroidi avec Stream of Thoughts. Là, c’est un peu plus pulsé, mais ni très original ni très inspiré : des nappes, des structures rythmiques pas forcément moisies, mais le côté pompier, lyrisme en plastoque, ça ne vient pas de mon Steve, c’est pas Dieu possible. Je trouve Erik Wollo clinquant, aseptisé, avec des sonorités dignes du rayon surgelés du Super U. (ça caille en Norvège) Cascades cristallines, lénifiantes, lissées et asexuées. Le cahier des charges est rempli, les scintillements d’arpèges miroitants, les trainées de guitares synthétiques dans l’azur, la richesse des étoffes sonores brodées de mille détails mais j’y reste émotionnellement étranger. C’est froid. Sur le bord de la route éternelle de l’électronique ambiante, si on s’arrête dans n’importe quelle gargote, on bouffe mal, et ça n’a pas de goût. Le fast-food.

(1/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/the-road-eternal

Live at SoundQuest Fest (2011)
avec Brian Parnham, Dashmesh Khalsa et Byron Metcalf

On pourrait penser qu’une musique électro-acoustique fabriquée à la main avec 95% d’électronique embarquée s’épanouirait mieux dans la pénombre des studios que sur scène, mais c’est encore en concert que « ça sonne » le mieux.
Soirée très festive en compagnie de Steve Roach et de ses amis les Petits Chamanes à la Croix de Bois (en Plastoque) rameutés pour l’occasion. Steve doit faire du channelling, (terme américain de la pensée New Age qui désigne un procédé de communication entre un être humain et une entité appartenant à une autre dimension : un ange, un « maître ascensionné », une entité du plan astral, une divinité, un extraterrestre, un ancien président républicain etc.) et pirater en direct l’égrégore des spectateurs. Je ne vois pas d’autre explication rationnelle à la réussite manifeste des albums « live » de cette période.
Comment savoir si c’est pour de vrai, ou s’ils ne se sont pas pris au sérieux après avoir forgé de toutes pièces, un soir d’ivresse, pour déconner, des rituels pour invoquer des Forgotten Gods (1992) avant de passer au stade industriel, devant le succès de leur entreprise ? Sans que le concert réponde franchement à la question, voici un réjouissant aperçu de la palette de Steve à l’époque, sans showroom pyrotechnique, ni foire-expo de la spiritualité chuintante et dronante. Un premier tiers de la captation évoque un raga indien (résonances et vibrations longues de sons analogues à des sitars) en mouvement perpétuel vers l’avant, magnifique. Ca évolue lentement vers des choeurs célestes et des séquencers, mais ça craint pas trop du boudin.
Puis vient un temps de recueillement et de repos, agrémenté de bâtons de pluie qui se font passer pour des serpents à sornettes, ou l’inverse. Mais je ne vais pas divulgâcher tout le film. On pourrait décrire le concert tout entier comme une succession de passages entre les 3 états de la matière sonore (solide, gazeuze, liquide, puis retour au gazeux etc) ou simplement saluer l’équilibre parfait entre les transes, les contemplations, les extases, sans reptations pénibles dans des tunnels sordides ni d’invocation d’entités poisseuses entre la méduse et le pied de veau comme sur le lugubre live de sinistre mémoire All is now (2002). La curiosité m’a poussé à m’inscrire sur guts of darkness pour avoir accès à une vidéo amateur du concert https://www.youtube.com/watch?v=74n35HUijNw
c’est là qu’on voit que les environnements sonores créés par Steve en concert rapprochent son univers du jazz, il y a une grande part d’improvisation dans sa musique : ses potes viennent taper le boeuf, c’est très proche de la jam-session, même si je ne puis m’empêcher de me poser la question de la légitimité du chamanisme assisté par ordinateur (C.A.O.) à chaque fois que je vois cette bande de petits blancs s’emparer d’instruments traditionnels (didgeridoo, bansuri) : de quelle tradition se réclament-ils, tous ces chamanes auto-proclamés ? disons-le tout net : la profonde sagesse des traditions spirituelles multi-millénaires n’a empêché aucune de ces cultures de s’effondrer lors de sa collision frontale avec la notre, donc y’a quand même un truc qu’ils avaient pas bien anticipé au niveau des anticorps, et je range mon piédestal sur lequel j’allais les mettre. En l’absence de filiation clairement revendiquée, pas de doute, Steve et ses amis créent leur temples sur les ruines des précédents. Je devrais plutôt m’interroger sur ma propre crédulité musicale à les suivre.


(5/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/steve-roach-live-at-soundquest-fest


Journey of One (2011)

C’est un concert de 1996, resté inédit et conservé à l'abri de la lumière dans une crypte plombée pendant 15 ans. Ca valait le coup d'attendre : il s'agit d'un magnifique voyage à travers les immensités tribal-ambientes, à base de percussions ethno-claniques, de didgeridoo, de voix humaines, de cybergrooves cristallins, les ambiances se succèdent comme en un trip initiatique, c’est sombre et ensorcelant, intense, bouillant et envoûtant.
Et c’est d’autant plus magique qu’après tout, quand piqué par la curiosité on regarde un de ses « concerts » sur youtube, on n’y voit rien de très spectaculaire, on regretterait presque d’avoir soulevé la tenture qui masquait le magicien d’Oz, on voit juste un gars qui triture des potentiomètres au milieu d’un amoncellement de synthés en basse lumière, il n’a pas forcément une tête à faire de la radio mais toute la magie est absente à l’image, et reste concentrée dans le son. Si l’essentiel est invisible pour les yeux, on l’entend particulièrement bien dans ce disque, qui distille l’ensemble des vertus que je prêtais à l’ethno-ambient sans être certain qu'elles existent : un remède à la modernité, en même temps que sa rédemption.


(5/5)


Quiet Music: The Original 3-Hour Collection  (2011)

Remasterisation d'une purge méditative incroyablement mollassonne et niaisouze qu'on pensait à jamais bloquée entre 1983 et 1986, car elle n’était sortie qu’en cassettes audio. On avait tort : rien ne se perd dans le gourbi cosmique de Steve, ou plutôt, tout se retrouve un jour. Les mots-clés de cette oeuvre sont minimalisme, piano électrique, et ennui mortel de 3 plombes, sans possibilité d'aller assister au procès Troadec. On y surprend parfois la beauté du chant des oiseaux. Une flûte. Des sons de la nature. Tout ça pour rendre hommage au silence, et pour envelopper l’auditeur dans une atmosphère suspendue, délicate et translucide. Si l’atmosphère autour de vous a tendance à s’opacifier, méfiez-vous : vous avez peut-être laissé des pommes de terre sur le feu avant de vous asseoir par terre pour écouter Quiet Music. Assez proche, dans l’inspiration, du Thursday afternoon de Brian Eno.
Après ça, on va pas bouder notre déplaisir : dans la liste des adorateurs de Steve prêts à ériger n’importe laquelle de ses galettes en divinité vivante et chatoyante, Derek Power nous déclara sur la page bandcamp de l’album : « Je pense sincèrement que cet album m’a peut-être sauvé la vie, en fin de compte. »
Qui serais-je pour juger que sa vie, et les moyens par lesquels elle fut sauvée, est moins importante que la mienne ? Je dis juste que je trouve ce disque mièvre.

(1/5)



Sounds From the Inbetween Box Set (2011)

Pack promo de 2 albums de l’année : The Desert Inbetween + ze double-CD Immersion Five - Circadian Rhythms. Je vous laisse rejoindre les caisses tout seul.

samedi 26 juin 2021

Caza - Scènes de la vie de Banlieue - Tome 2 (1978)

J'ignore pourquoi Caza n'a pas connu la même reconnaissance publique que Druillet, Bilal ou Moebius, au bon vieux temps de Métal Hurlant. Peut-être parce qu'il était surtout publié dans Pilote. Ils en venaient tous, mais lui y est resté plus longtemps que les autres. Il fallait bien qu'il y en ait un qui se dévoue pour garder Goscinny. Pourtant, les histoires d'anticipation écolo-gauchisto-grinçantes rassemblées dans les 3 tomes de Scènes de la vie de Banlieue n'étaient sans doute pas vraiment du goût de Goscinny; qui n'y survivra que jusqu'en 77. Quelques décennies plus tard, ces mauvaises blagues sonnent très Métal, dans l'esprit de la littérature de SF dépressive de la fin des années 70 qui avait pour mamelles la pollution, les brutalités policières de l'Etat-fasciste, et la médiocrité de la plupart des aspirations humaines. On ne peut pas dire qu'on ait vraiment changé de braquet, sauf sur le sexisme ordinaire. J'y vois même des connexions avec les comix underground de Zap Comix qui ont commencé à mettre le feu à la BD américaine dès 1968, mais ça doit être tous les médicaments que je ne prends pas qui me montent à la tête.

L'édition originale (et à couverture molle) de la trilogie.

Elles furent d'abord rassemblées sous forme d'albums souples, moches et pas chers, puis "en dur" chez Dargaud Fantastique, et finalement rachetées pour une poignée de brouzoufs par les Humanoïdes associés, avec de nouvelles couvertures qui n'ont plus grand chose à voir avec le style Caza Canal Historique, pop-art flamboyant, Caza aussi à l'aise graphiquement dans la caricature que dans l'hyper-réalisme verdâtre des banlieues rêvées, et surtout cauchemardées, pas très loin des novellistes anglo-saxons de l'époque, professionnels du désenchantement humaniste comme J.G. Ballard. Avec une petite touche d'humour crétin issu de la tradition française. Et des couleurs d'une violence psychédélique rarement revue dans la BD francophone. Il y a même une histoire de pirates à bord d'un pavillon en meulière qui pourrait être un préquel de The Crimson Permanent Assurance, le court métrage réalisé par Terry Gilliam en 1983 et diffusé en tant que prologue du film Le Sens de la vie. Je suspecte fortement Gilliam de l'avoir vu avant de construire son scénario, mais je n'ai pas de preuves. Je vais lui écrire.

Les liftings successifs des couvertures, fluctuantes selon les éditeurs.
Je ne sais pas si on gagne en lisibilité. 

Comme le dit l'auteur dans son auto-bio
, "dans ces chroniques, basées sur une satire acerbe de la vie moderne et sur l'intrusion du fantastique dans le quotidien, je me mets moi-même en scène comme personnage principal de mes histoires (déjà égocentrique), en éternelle opposition à mon voisin du dessous (ou du dessus, ça dépend), Marcel Miquelon, archétype de français (très) moyen."

une blague postcoloniale comme même
le Major Grubert ne peut plus en faire.

Reproduit ici à un format trop petit pour pouvoir prétendre au rang de la contrefaçon, le Tome 2 des Scènes de la vie de Banlieue conserve une saveur vintage, en même temps qu'il est un témoignage sur l'imaginaire de la concentration urbaine vu par un gauchiste qui était déjà parti vivre dans les Cévennes avec des fromages de chèvre, contrairement à ce que prétend son avatar auto-fictif qui apparait souvent dans les couloirs de ces HLM de papier sous les traits d'un géant roux aux traits harmonieux et sculpturaux. Mon oeil : quand on est vraiment un géant roux aux traits harmonieux et sculpturaux, on n'a pas besoin de faire de la BD pour épater la galerie. A part Geoff Darrow, dont il est difficile de savoir s'il était roux avant d'être fou chauve.
Caza abandonnera ensuite totalement cette veine humour noir pour se tourner vers une SF mysticoïde un peu fumeuse, avec toujours autant de moyens graphiques mais c'est là que je le perds de vue, préférant alors m'abimer dans la contemplation des tranches des volumes traitant du bouddhisme au rayon spiritualité de la FNAC, afin de progresser dans l'intention de le pratiquer.  

la French Touch du psychédélisme, c'est là qu'elle était.



Il existe une intégrale raisonnée parue aux Humanos en 2017, qui vaut vraiment le coup.