jeudi 10 septembre 2026

Adieu Castaneda

Rentrée littéraire : extraits des " Confessions d'un Otto Addict, tome XXLVII 1/2" 

C'était pas le pied, je suis bien 
content de n'avoir pas connu ça.
1/ Entre 1968 et 1977, l’anthropologue américain d’origine péruvienne Carlos Castaneda relate, dans plusieurs best-sellers, les enseignements du chaman yaqui Don Juan Matus et de son « herbe du diable », tandis que les Beatles et le professeur de Harvard Timothy Leary popularisent les champignons psychotropes et le LSD, qu’ils considèrent comme des « amplificateurs de conscience ».

Les plantes enthéogènes se répandent alors sur l’Occident comme la vérole sur le bas-clergé breton, et engendrent le psychédélisme, ce bâtard culturel qui ouvre bien des chakras, entre celui du haut et celui du bas, chakras qui seront ensuite rapidement attaqués par les opioïdes, puis les dérives sectaires. Trop ballot.

Castaneda, je dois en entendre parler par le dessinateur Moebius, alors j'achète ses livres, je bois ses paroles, je m'enivre de sa philosophie, je répands des pétales de roses sur les traces de ses pas dans le désert de Sonora pendant trop longtemps, soit plusieurs volumes. Sous son influence, je commence même à fumer de l’herbe, parce que quand on est un jeune adulte au début des années 80, la marijuana c’est un rapport à l'interdit et à la transgression, et un message fort envoyé au gouvernement. 

C'est à 17 ans qu'il faut lire Castaneda.
C'est comme croire au Père Noël 
quand on est petit :
c'est absolument magique.
Plus tard, le doute s'insinue, l’herbe et surtout le shit me font trébucher dans la poursuite de mes études, les récits de Castaneda sont de moins en moins crédibles, ma copine part avec mon meilleur pote, alors je change de carburant et passe au mezcal, cet alcool de cactus aux propriétés psychotropes plus proches de l’absinthe que de la psilocybine ou du peyotl, plantes magiques de toute façon introuvables en Europe à cette époque de pré-mondialisation, et pour boucler mon mémoire de maitrise dans les temps, je me prescris des médicaments liquides, de ceux qu’on trouve dans toutes les bonnes pharmacies qui font aussi épiceries de nuit. 
Je jubile de mes envolées littéraires, inconscient du fait que voulant renier mon héritage bourgeois, je ne fais que m’inscrire dans une longue tradition familiale de pisseurs de vitriol.

Sous l’influence de l’infernal tord-boyaux, mon manuscrit prend l'allure d'un pamphlet. 
Ma soutenance à l’oral regonfle un peu ma note finale, après plusieurs mois passés auprès des Motards en Colère, à étudier leurs modes de communication. J’ai déjà un peu bavé tout ça par ici, sous une autre inspiration.

2/ En 1986, j’ai bien fini de bader Castaneda (bader signifie rester bouche bée, admirer ou contempler quelque chose ou quelqu'un, en patois provençal et occitan), Carlos et moi, le divorce est consommé, il est là, avec Fanny Ardant, sur l'étagère, et il ne dit plus rien lorsque parait cet article de Jodorowsky dans Métal Hurlant.

in métal hurlant canal historique n° 113 (1986)

En affirmant que « pour faire passer de gros mensonges il faut donner de petites vérités », Jodorowsky met le doigt sur le procédé littéraire et psychologique de Castaneda. La méthode de l'écrivain conteur, qu'il considérait à la fois comme un génie de la narration et un manipulateur hors pair, se décrypte comme suit :
- L'ancrage dans le réel : Castaneda intégrait dans ses récits de vrais détails ethnologiques, des descriptions botaniques rigoureuses et de réelles techniques de méditation ou d'observation. Ce sont ces « petites vérités » indiscutables qui captaient la confiance du lecteur.
- Le basculement dans le mythe : Une fois le lecteur mis en confiance, Castaneda pouvait introduire ses théories les plus folles, ses transformations en corbeau et ses voyages chamaniques multidimensionnels. Ces « gros mensonges » (ou inventions poétiques) devenaient alors totalement crédibles. 
Un peu comme sur mon blog, mais en version massifiée et industrielle.
Pour Jodorowsky, peu importait que les aventures de Castaneda avec le sorcier Yaqui Don Juan soient réelles ou totalement inventées. Il y voyait un acte de « charlatanisme sacré » ou d'art magique. Le mensonge, lorsqu'il est structuré ainsi, devient un outil pour bousculer la perception et éveiller la conscience. 
Jodorowsky étant lui-même un gros mytho amateur de fariboles, on comprend sa fascination ambiguë pour Carlos Castaneda. J'ignorais que les deux hommes se sont rencontrés en 1975. J’aurais gagné du temps.

https://resonancias.org/content/176/alejandro-jodorowsky-ce-qui-me-frappa-le-plus-chez-castaneda-c-etait-son-incroyable-bonne-education-sa-delicatesse


dans le genre bullshit psycho
d'Amérique du Sud, Miguel Ruiz
a lui aussi raflé la mise.
Et c'est nettement plus praticable.
Enfin, j'veux dire, essayez donc
d'avoir une parole impeccable
pendant 24 heures, et on en reparle.
3/ Soudain, vingt ans ont passé, et je zone sur la mailing-list à vocation spirituelle conscience-lucidité, un bulletin paroissial souterrain administré par une prêtresse du rêve lucide, auquel je m’intéresse faute de pouvoir le pratiquer, et Castaneda ressurgit souvent dans les conversations. Ils sont pas au courant, chez conscience & lucidité, qu’il a été démonétisé ? Petit florilège, pas plus tard que dans le lien hypertexte ci-dessous.
https://johnwarsennotdead.blogspot.com/2023/04/recapitulons-le-peu-que-nous-savons-sur.html

Sur la mailing-list conscience-lucidité, je me crois en présence de Grands Pratiquants, et je prends tout pour argent comptant. Les trolls les plus grimaçants suscitent en moi un respect sacré; ils relatent tous des expériences, en méditation ou en rêve lucide, qui me semblent très au-delà de mes capacités supposées. Il faudrait déjà que je parvienne à éteindre l'écran, et à l'époque même ça c'est au dessus de mes forces.
Concernant Castaneda, je comprends vaguement que nous serions en présence de contes initiatiques, d'allégories, de paraboles, qui désignent des réalités psychologiques comme les objets de pouvoir, les voiles émotionnels... A force de loucher sur les contenus quotidiennement renouvelés du groupe de diffusion de la mailing-list, je finis par me persuader commencer à vivre ce que Castaneda, Ignace de Loyola et Flopinette de la Croisette appellent une récapitulation, ou tout simplement un « examen de conscience » chez les AA; elle s’agrémente d’une évaluation « est-ce que j’ai été bon, mauvais, neutre ? » dans une version assez reposante, puisque personne ne te juge, même pas toi-même. 
J'ai fait un résumé des techniques de récapitulation telles que je les ai comprises ici :
https://johnwarsen.blogspot.com/2023/04/estropies-faisant-vachement-gaffe-la.html

4/ Soudain, vingt ans de plus n'ont fait rien qu'à passer, et je me suis à nouveau en vacances dans les Landes, là où tout a commencé et où tout finira, tralala, surtout si le nématode du pin se met dedans, (article commencé d'écrire avant les incendies de l'été 2026), sans ordinateur et avec pas d’clavier, juste mon maillot de bain et mon téléphone portable, et je retrouve quand même à partir d'un signal GPS capté dans ma tête, l'adresse hyper-secrète d'un blog qui démonte sans espoir de la reconstruire un jour la baraque à frites auto-fictionnelle patiemment érigée par Castaneda sur la plage de la littérature d'aventures intérieures tout au long de ses livres parus jadis dans la collection Témoins chez Gallimard, cette sublime série de contes d'émancipation spirituelle, mais aussi un des plus grands foutages de gueule de l'humanité quand elle erre au rayon spiritualités vivantes de la Fnac en quête de réponses. 

Quand elle en a marre d'errer à la Fnac, l'humanité retourne dans les Landes,
avec sa planche de surf-sur-ego/méditation. Surf-sur-ego ? un nouveau sport de l'extrême,
pratiqué sur plage déserte, dès 7 heures du matin. Surf-sur-ego  :
mon Dieu ! qu'il y a de la surface ! Que tout ça soit à moi, je peux pas y croire !
Certes, personne n’a dit ça qu’il fallait méditer sur un banc (à part les marchands de bancs),
mais l’assise à genoux favorise la verticalité de la colonne vertébrale,
et la verticalité m'aide à repérer où sont le haut et le bas de moi,
et aussi d’observer mes pensées comme des mouches. Bzzz ! 😘

Ces articles démystificateurs du fakelore, comme ne disent pas les d'jeunz's de maintenant, mais ils devraient, s'ils ne veulent pas répéter les erreurs de leurs ainés, sont pétillants d'intelligence. D'ailleurs, tout le blog est passionnant, il émane d'un érudit et permet de se noyer à nouveau dans les mystères du chamanamanisme dont on cherchait pourtant à s'extraire pour cause d'enfumage, faute d'interlocuteur valide.
(L'auteur du blog, Jean-Luc Colnot, est diplômé en langue hébraïque et en études latino-américaines de l’Université d’Aix-en-Provence, et vit désormais en Bolivie où il explore la sagesse andine des Kallawaya, prestigieuse communauté d’hommes-médecine dont les connaissances magiques et médicales ont été déclarées patrimoine mondial en 2003 par l’UNESCO.)




faudrait pas qu'ça grandisse,
parce qu'après, on peut plus
les rentrer pour l'hiver.

En plus, ça n'existait pas en poche, et ça coutait un bras, tous ces récits flippants de sorcellerie sud amérindienne. 
Quelle magie ! quelle imagination dans la supercherie ! 
Encore un qui a su abuser de notre candeur étudiante, et capter une part importante de notre crédulité et de notre pouvoir d'achat. 
A l’aube du crépuscule de ma vie, me voici plus aguerri, moi on ne m'y reprendra pas à relire de la science-fiction anthropologique. Je peux à peine jouer trois des quatre accords toltèques sur ma guitare en bois d'arbre.
Et bien que mes cactus fourrés à la mescaline aient bien profité de la canicule, je ne me sens toujours pas prêt à les goûter, surtout en relisant ce que Colnot en dit dans ce dernier article miraculeusement retrouvé juste avant de publier le mien.





samedi 29 août 2026

Urgence Népal

Les Gaulois ne craignaient qu'une chose : que le Ciel leur tombe sur la tête. Mercredi, les Népalais se sont réveillés un peu gaulois, mais beaucoup ne se sont pas réveillés du tout, et se retrouvent bien involontairement à errer dans les allées pleines d'herbes folles de "Je suis une tombe", après avoir pris un bout de l'Himalaya sur la tête. Parmi eux, quelques touristes occidentaux très peu décarbonés, qui se retrouvent soudain à trekker pour l'éternité sur les flancs de l'au-delà sans avoir bien compris ce qui s'était passé. 
Y'a pas eu de sommations. Quand on regarde les images, on comprend comment c'est arrivé. 



Quant au pourquoi, il est un peu tôt, mais il semble que les prédictions de Jancovici et de Stephen Markley commencent à advenir dans le Réel. Flûtalors. Rappelons avec nos amis lacaniens, s'il nous en reste, que le Réel, c’est ce qui fait parfois irruption dans la réalité, généralement sur le mode platane vu de face et de trop près aux alentours de 160 km/h. Donc, il est prudent de ne pas trop le convoquer.
J'étais en train de rédiger un billet sur des films d'horreur pour riches actuellement à l'affiche, mais la tragédie au Népal, c'est un film-catastrophe pour pauvres. 
Typique du cinéma hollywoodien après le premier choc pétrolier en 73.
Pauvres Népalais ! C'est un très beau pays, parcouru à moto en 1996, quand c'était pas encore un péché mortel d'aller loin en avion.
La plupart des ONG appellent aux dons, ça urge. Il y a des survivants, qui n'ont plus rien, et qui ont mal partout. J'ai envoyé 80 balles à Handicap international, en échange ils m'ont laissé détourner leur bannière, mais le coeur n'y est plus, la fête est finie. Les vrais enterrements viennent de commencer, comme disait Brassens.




sinon, vous pouvez donner aux Bernadettes sous Beyrouth, elles y sont toujours.

J'attends l'inspiration pour écrire sur les Afghanes, les Ukrainiennes et les Gazaouites. Sans pour autant stigmatiser nos amis israelites, s'il nous en reste.

mardi 18 août 2026

UNKLE + Mark Lanegan - Looking For The Rain (2017)

J'étais persuadé d'avoir vu un clip de cette chanson dans lequel Mark Lanegan interprétait un homme avec de bonnes raisons d'être assoiffé (quand il y en a tant de mauvaises), dans un désert en noir et blanc. Pas moyen de le retrouver, et je finis par penser qu'il n'était que dans ma tête, et que c'est moi qui suis dans le désert depuis trop longtemps. Peut-être qu'un fan l'a tourné, puis mis en ligne, consumé d'admiration pour son modèle, comme j'ai pu le faire avec Capdevielle. Et que Youtube l'a ensuite retiré de sa plateforme, pour outrage au  bon goût et aux droits d'auteur : il fait tellement chaud que je rêve que Youtube, propriété de Google, devienne humaniste devant la hausse rapide des températures et les cliquetis égrenant les dernières secondes de l'horloge de l'apocalypse, et que son algorithme ne mette plus en avant que les contenus intelligents et à la hauteur des enjeux actuels : la survie à court terme de l'humanité.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Horloge_de_la_fin_du_monde

Tous au refrain :


Quand ils ont tué les oiseaux, je n’ai rien dit, je n’étais pas oiseau.
Quand ils ont tué les les poissons, je n’ai rien dit, je n’étais pas poisson.
Quand ils ont tué les plantes, je n’ai rien dit, je n’étais pas plante.
Quand ils ont coupé l'eau et répandu le feu, je n’ai rien dit, j'ai relu Jancovici et j'ai écrit quelques articles sur mon blog.
Ils n'ont pas eu à venir me tuer. Y'avait plus rien à bouffer ni à boire.

(librement adapté au goût du jour d'après Martin Niemöller)

https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/martin-niemoeller-first-they-came-for-the-socialists


Bon, si ça vous suffit pas, voici une petite anecdote impliquant un climato-sceptique bien connu. Cet été, à cause du sketch de Raymond Devos "à Caen les vacances ? à Caen les vacances ?" on est allés voir Caen.
https://vimeo.com/208851589
Tu me croiras ou pas, mais dans les rues de Caen, on a croisé Michel Onfray, il faisait son marché avec son caddie. Et c'est à peu près le seul intérêt touristique de la ville (alors que Cherbourg, c'est très joli.) Un type qui lui aussi avait reconnu Michou s'est approché pour le saluer. Et Onfray a reculé comme si l'autre allait lui mettre un coup de boule. On le comprend. Ça doit lui arriver une fois sur deux. Je ne lui ai pas demandé de selfie, tu aurais pensé que j'ai frayé avec une I.A. Puis nous sommes rentrés nous empiffrer de moules-frites à Ouistreham, où l'on est quand même mieux accompagnés, il y a des gens qui se promènent, de toutes nationalités, et même de pays qu'on avait même pas imaginés. Comme il y a le ferry pour l'Angleterre, la ville est quadrillée par des brigades de bérets verts, mitraillette en bandoulière et la main sur la crosse. On a regardé dans le wiki, c'est soit la Légion étrangère, soit les commandos. Faudrait pas qu'un migrant leur tombe dans les pattes, à ces bâtards. En attendant la pluie.

https://youtu.be/wb_MA41hgBw?si=ECdeY6ZNzLnU8NTn

Pour oublier toutes ces notions un peu anxiogènes, et profiter de ce bel été qui n'est pas encore fini, nonobstant les rabat-joie déclinistes, n'hésitez pas, comme Edith Nylon et John Warsen, à vous faire greffer un utérus en téflon, histoire de parer à toute éventualité. Si votre gynéco est parti en vacances, à défaut, écoutez ce disque, en découvrant les destins tragiques des somptueuses notes de pochette.


"Hier soir en zappant sur youtube j'ai trouvé la raison principale pour laquelle le climat se réchauffe 😅"
(mon frangin, qui tient à rester anonyme)



jeudi 13 août 2026

Métaphysique des tubes de l'été

Cette année, le tube de l'été, c'est le tube de crème solaire Sunsimed, de chez Avène.
Elle prévient la récidive du cancer cutané chez le boomer déprostaté.

Le site de l'été, c'est Meduseo, site contributif de signalement des bestioles gélatineuses antédiluviennes, dont les tortues Luth ne font plus leur goûter vu qu'elles ont coulé au fond des mers, le ventre plein de microplastiques.

Tout ça ne peut que hâter l'avènement de l'année des médusés, dont je suis, après les avoir vues dériver par milliers cet été au large des iles Chausey.
https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/08/11/des-meduses-contraignent-edf-a-arreter-trois-reacteurs-de-la-centrale-nucleaire-de-gravelines_6743796_3244.html 

Le site Meduseo, à consulter avant chaque baignade, est ex-aequo avec la carte des incendies en temps réel : "où finir en merguez humaine ce soir".

ainsi que celle des restrictions d'eau

Mi-aout, je mets $10 de plus sur l'ancienne prophétie, car elle date au moins du mois dernier : "nos descendants crèveront tous de dessication la gueule ouverte sous leurs clim en panne après l'arrêt définitif des centrales nucléaires au bord de rivières desséchées."

C'est d'ailleurs le 13eme anniversaire du Mème Internet du chien avec un chapeau dans l'incendie en flammes®

La hype de l'été, le truc d'enfer à faire en restant chez soi dans le noir pour éviter d'aggraver son empreinte carbone, c'est apprendre comment désactiver les résumés Overview AI sur Google. 

Le livre de l'été, c'est Sécheresse, l'excellent roman dépressif et pré-apo de JG Ballard.
Si vous voulez faire chic dans les salons où l'on cause et les backrooms où l'on geint d'angoisse, la fiction climatique se dit désormais "cli-fi". Je relis le Ballard avec autant d'émotion que les millions de personnes qui ont été émerveillées hier soir par le rare spectacle de l'éclipse à travers le monde. 
Il leur a semblé entrer en communion avec les Mystères de l'Univers. Puis, à 21h32 il y a eu brusquement 530843 paires de lunettes en vente sur eBay Espagne, ainsi qu’un monstrueux embouteillage vers le panneau "sortie".
D'autres se sont livrés à de grossiers trucages sur photoshop, pour faire croire que parfois, Dieu sourit. A mon avis, ce ne sont pas les derniers exploits de l'espèce humaine qui peuvent faire sourire Dieu. Soit il pleure à longs sanglots, soit il se planque en attendant que ça passe (ça = nous). Attendons de voir si l'Humanité en sort transfigurée, et manifeste dans ses comportements la Beauté à laquelle elle a cru participer.

L'autre livre de l'été, c'est "Cramés", de Philippe Pujol, dans lequel j'ai appris que les jeunes ne sont plus d'accord pour adopter la valeur travail, car ils ont bien vu que le travail rapportait beaucoup moins que le capital, ils se lancent donc sans complexe dans le narcotrafic, à Marseille comme ailleurs, mais l'avantage de Marseille c'est qu'on a notre envoyé spécial qui raconte.  
https://johnwarsennotdead.blogspot.com/2026/08/la-chair-canon.html

Il faudrait que je réunisse tous ces tubes de l'été sur une giga compile, mais pour l'instant j'écoute à donf la musique que Ludwig Göransson a composé pour l'Odyssée de Christopher Nolan
https://download-soundtracks.com/movie_soundtracks/the-odyssey-soundtrack-by-ludwig-goransson/
De beaux moments de dissonance symphonique, et au moins pendant ce temps je n'essaye pas d'entendre les dialogues noyés dans le mix en croyant que mes aides auditives sont tombées en panne.

dans la même collection : 

jeudi 6 août 2026

Jean-Patrick Capdevielle - 2 (1980)

A la manière des célèbres Chuck Norris Facts, voici les Capdevielle Facts !!!

Capdevielle faisait peur à Fernandel
qui n'osa jamais s'en ouvrir
à Fernand Raynaud.
1/ Alors que j'essaye d'écouter "C'est un dur", chanson interprétée par Fernandel, ma nouvelle appli Musique, qui remplace Itunes sur MacOS, s'obstine à me passer à la place "C'est dur d'être un héros", de Capdevielle, en me soutenant mordicus qu'elle est en train de jouer "C'est un dur", par Fernandel; donc y'a quand même des fichiers gravement corrompus du Q dans mon ordi, je sais pas si c'est la chaleur ou des hackeurs russes, souvent prometteurs d'une certaine fraicheur, mais c'est la grosse louze. 
Encore que tout le drame de Capdevielle, souligné fort à-propos par ce fantôme dans la machine, c'est qu'il prétendait incarner jusqu'à l'excès l'idée globale de la chanson "C'est un dur", mais tout le monde voyait bien que c'était une posture, par un Fernandel camouflé.

2/ C'est ce pauvre loser de prisunic et d'éclopé de pacotille de Capdevielle que j'ai jadis brocardé dans une vidéo ordurière, ce dont je m'excuse platement auprès des ayant-droits, d'ailleurs je la rediffuse pour bien vous faire montrer.

https://vimeo.com/16188267

3/ Ce faisceau d'indices ne suffit-il pas, Votre Honneur, à condamner le prévenu pour foutage de gueule, au moins à partir de son album "2" de 1980, une pièce aussi accablante que celles qui ont mené à la condamnation en appel de Mareine la Pine pour détournement de fonds publics ? elle qui prétend nonobstant se présenter aux présidentielles l'an prochain, et qui donc en face pour incarner au deuxième tour le camp du barrage républicain ? Capdevielle ? je vois pas qui d'autre. Mais le charme s'est rompu, le sortilège éventé, le lien défait, le feu au château, l'oiseau dans le mazout, l'auto kaputt, la neige crado, la mort du frigo...

4/ Un extrait d'un pédagodrame jadis joué à guichets fermés dans une petite salle de théatre de Ouououoh (Ille-est-Vilaine), "En attendant Jean-Patrick dans le désert" dans lequel Capdevielle incarne un biologiste dépressif du début du XXeme siècle à la Jean Rostand :


BERNARD :

N’essayez pas de résister aux séductions de la langue de Jean-Patrick Capdevielle : c’est impossible. Ecoutez s’achever un de ses disques :
« Alors l’espèce humaine passera comme ont passé les Dinosauriens et les Stygocéphales. Toute vie cessera sur la Terre qui, astre périmé, continuera à tourner sans fin dans les espaces sans bornes. Alors, de toute civilisation humaine ou surhumaine, découvertes, philosophies, idéaux, religions, rien ne subsistera. En ce minuscule coin de l’univers sera annihilée pour jamais l’aventure falote du protoplasme, aventure qui déjà peut-être s’est achevée sur d’autres mondes, aventure qui en d’autres mondes peut-être se renouvellera. Et partout soutenue par les mêmes illusions créatrices des mêmes tourments, partout aussi absurde, aussi vaine, aussi nécessairement promise dès le principe à l’échec final et à la ténèbre infinie. »
Quel merveilleux échantillon de langue artiste ! Jean-Patrick Capdevielle est voluptueusement pessimiste et il se projette si bien sur l’univers que, peinte par lui, son image devient un portrait de Jean-Patrick Capdevielle. Les « illusions » dont il parle sont créatrices « partout des mêmes tourments », mais, à l’écouter, elles ne créeraient et n’auraient jamais créé de joies ! J’aime à croire que les tourments de Jean-Patrick Capdevielle lui sont des joies, mais quel viol de la théorie des ensembles ! Admirez au passage « Les Dinosauriens et les Stygocéphales », qui sont cousins germains de « La fille d’Agénor et de Léocadie », cette soeur jumelle de « La Fille de Minos et de Pasiphaé » : ce sont des trucs de métier qui ne manquent jamais de « faire bien ». Mais admirez surtout « promise dès le principe à la ténèbre infinie » : quelle splendeur ! C’est à la fois du Bossuet et du Baudelaire, saupoudrés d’un rien de Rembrandt ! Non, il n’y a pas d’écrivains plus doués que Jean-Patrick Capdevielle. Mais la pensée qui s’exprime dans ces phrases si belles, comment, Philippe, la résumeriez-vous en un minimum de mots ?

PHILIPPE :

- Merde !

BERNARD :


Pour faire part de son chagrin au peuple, je préfère la langue de Jean-Patrick Capdevielle. J’admets que Philippe est plus expéditif, mais vraiment trop sommaire !


PHILIPPE :

Vous m’avez demandé un minimum de mots. Si vous m’en accordez deux, il est facile d’exprimer toute la pensée contenue dans cette prose somptueuse : Memento mori.

5/ Pendant le Covid, c'était quand même bien d'avoir une chanson de Jean-Patrick à parodier. En fait il ne restait plus que lui, tout le reste avait déjà été moqué.

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2020/04/jean-dick-macdevieille-quand-tes-dans.html

6 / D'autres s'y sont essayés, longtemps avant d'avoir l'excuse pandémique, avec un certain brio :
" Un beau soir un éclair égaré par l'orage
frappa de plein fouet son vélo sauvage
il était dans le désert depuis trop longtemps
mais pour Johnny, l'enfer ce n'est qu'un feu de camp. "

dans "Johnny pas grand' chose"
par Costric 1er / Barres-Pipin
sur l’album de Odeurs "Toujours plus haut" 

7/ Blasphémer contre Capdevielle, n'est-ce pas le renforcer et lui donner raison ? comme dans la vieille blague de Flo :




"On ne peut pas dire "je suis quelqu’un de bien" puisque ce serait s’affirmer contre le mal, ni "je suis quelqu’un de mal" puisque ce serait s’affirmer contre le bien. Si on affirme une valeur, on donne à la valeur opposée une valeur finalement supérieure à celle qu’on affirme. Par exemple, la vraie valeur de Sade, c’est le bien. Il n’existe que par l’opposition au bien, le bien est la condition sine qua non de son existence. De même, celui qui a besoin de chasser les démons se définit par rapport au mal et reconnaît implicitement que le mal lui est supérieur."

8/ Capdevielle c'est comme Matrix. Le 2 faisait regretter le 1, et le 3 faisait regretter le 2.

9/ Capdevielle ayant produit et réalisé 7 ou 8 disques avant de se consacrer exclusivement à la peinture, (ce que n'a pas fait malheureusement Charlélie Couture)  est-ce que ça va encore durer longtemps, ce raffut ?

9bis/ si vous me croivez pas, écoutez-le, comme ça vous sacherez.



vendredi 24 juillet 2026

Gilbert Lafaille - les beaux débuts (2020)

Je m'étonne un peu de ne pas tomber sur le moindre album de Gilbert Lafaille, au hasard de mes pérégrinations parmi tous les blogs de curiosités et vieilleries musicales de quand on était jeunes que je fréquente d'un air un peu gêné, sans songer un seul instant que le mien aussi commence à sentir l'antiquité kitsch, l'urine tiède et la pommade à l'arnica sur une jambe de bois sculptée par les termites. 
C'était un chanteur plutôt sympa fin des années 70 / début 80's.
en compagnie d'un célèbre animateur radio de l'époque


A l'entendre sans l'écouter vraiment, comme on fait aujourd'hui depuis la dégradation de l'attention subséquente à la mort de la chanson à texte, on se dit que c'est un peu gentillet et cucul la praloche.
Les textes sont pourtant d'une ironie cinglante, et si on avait un peu plus écouté Gilbert au cours des dernières décennies, on ne serait peut-être pas à la veille d'un triple holocauste climatique, sociétal et géopolitique.


Comme le dit un ami sans enfants, parce que c'est plus facile à énoncer comme ça, "nos descendants crèveront tous de dessication la gueule ouverte sous leurs clim en panne après l'arrêt définitif des centrales nucléaires au bord de rivières desséchées."

De plus, mes amis de cinquante ans rient de moi quand ma femme leur révèle que je n'ai plus de prostate que j'écoute son triple album acheté pas cher du tout chez l'éditeur fou de Chateauroux à fond les ballons avec pas d'casque dans la voiture, sans toujours porter mes aides auditives, ce qui explique cela, en allant les rejoindre pour faire du kayak entre Loguivy de la mer et Bréhat.

L'ile de Bréhat : l'endroit idéal pour écouter les meilleurs CD de bruit de vagues.

Qu'ils aillent se faire assourdir par la phalange paramilitaire du bagad de Tréguier, beaucoup plus bruyante et démonstrative avant-hier soir que les mélodies beurre-sucre de Gilbert ne le seront jamais, lui qui suggère toujours d'une voix douce et qui jamais au grand jamais ne braille ni ne vocifère, sans doute pour remercier le Ciel de n'avoir pas eu l'infortune de naitre breton, comme il aurait pu le chanter dans son Neuilly Blues.
Je mets le premier cédé ici, les autres y faudra aller les acheter comme je l'ai fait, et j'en suis pas mort sur ma tombe.

https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZDsRoZj2O9qWUrXKpadLyFKAc2d8f8f0LX



Coda :

- hé Georges, t'aurais pu mettre un extrait, quand même, qu'on soit pas obligés de te croiver sur la foi de ton article un peu décalé...

- ok ok ! Madame est servie !

samedi 11 juillet 2026

Vincent Baguian - Ce Soir C'est Moi Qui Fais La Fille (2007)

Il a enregistré 3 albums studio de chanson française entre 1996 et 2007, un petit live en 2010 (qui est sorti 8 ans trop tard, c'est pas trop tôt) et puis plus rin. Plus de nouvelles. 
Chanson française ? ah oui, vous voulez parler de ce genre musical prématurément disparu dans les années 2020 grâce à l'I.A. ? hé bé oui, c'est un peu triste, mais "on ne peut pas arrêter le progrès. Alors la question n'est plus de savoir s'il faut l'accepter ou le refuser, mais plutôt : faut-il le subir ou apprendre à l'utiliser ? Personnellement, je préfère encore être du côté de celui qui tient l'outil que de celui qui regarde les autres s'en servir" dit un bloggueur qui sort des faux disques de faux artistes. 
Je suis content de ne pas faire mon shopping chez lui. Ainsi, je ne lui dois rien. 
Alors qu'avec ce Vincent Baguian, on se doit tout : il est né 2 mois et 4 jours avant moi, "Je suis une tombe", c'est la devise au fronton d'un de mes blogs, c'est aussi le titre d'une chanson sur ses origines arméniennes, sur ce troisième et dernier album avant qu'il jette l'eau du bain, le bébé, la bassine et l'éponge... (on se doute que c'est pas franchement hilarant comme chanson, enfin mon blog ne l'est pas non plus, et en plus ma femme prétend que Warsen, en arménien, ça se dit Kestéchian. M'en fous, j'écoute pas.) 
Une autre ? bon, d'accord, au hasard, "Je gagne ma vie avec les morts" :

Je gagne ma vie avec les morts
Quand y'en a plus, tiens, en v'la encore
il n'a pas attendu l'ablation de la prostate
pour découvrir la fluidité des genres.
Les braves gens disparaissent
Et ça remplit mes caisses
Non c'est pas trop crevant
Je m'assieds et j'attends
J'ai pas besoin de faire des promotions
Les affaires marchent quelle que soit la saison
toujours sur ce disque, je me sens vraiment chez moi dans cet entrainant refrain. On peut brailler ça par temps de canicule, toutes fenêtres ouvertes en allant se baquer à la base de loisirs de Saint Philbert de Grand Lieu sans se prendre pour un winner. 
Et au retour on opte pour "Cercueil à roulettes, tombeau à moteur" de Guy Béart, ou sa reprise par King Crimson.

Baguian sait distiller de sa voix atone une ironie froide avec du lugubre, du sinistre, c'est assez malaisant et ça peut expliquer pourquoi son succès est resté confidentiel. Il peut aussi être assez méchant, en ayant l'air d'être cucul. Comme un disciple inatttendu de Gilbert Lafaille. C'est un talent rare. Ils sont bien, ses albums, je regrette de n'avoir pas été plus nombreux à les acheter. Il a la voix d'un mec qui n'y croit pas, qui n'y a jamais cru (sur son premier album il se prétend "sous Souchon", manifestant des tendances à l'auto-dévalorisation que je partage aussi mais je me soigne) d'ailleurs ça n'a pas tellement marché (j'ai pas les chiffres) mais il y en a d'autres à qui ça a plutôt réussi.


dans la même collection :
https://jesuisunetombe.blogspot.com/2018/01/vincent-baguian-les-biches-regardent.html

jeudi 2 juillet 2026

Jean-Patrick Capdevielle - Les Enfants Des Ténèbres Et Les Anges De La Rue (1979)

Objet: Projet de discours pour le rapatriement des cendres de Jean-Patrick Capdevielle au Panthéon 

Entre ici, Capdevielle, avec ton terrible cortège...  
En voulant re-copier le 1er disque de Jean-Patraque Covidelle sur mon blog, là où je l'avais pieusement déposé sur la tombe à moi que j'ai et que je suis, en tout cas que j'étais en 2009,
et ensuite des salauds nécrophages détrousseurs de cimetières l'avaient tchouré, et pas moyen de remettre la main dessus, et au lieu de le remettre en ligne, j'ai rédigé un nouveau rédactionnel, galvanisé par la chronique intimiste qu'en fit jadis un génie anonyme à la gloire obscure dans cette pépinière de nouveaux talents du rire et de garants du bon goût qu'est le réseau social "Sens Critique" : 
J'ai aussi déniché un dithyrambe (attention, ne va pas orthographier ou comprendre ce terme de travers pour ne pas te faire buter par des Grammar Nazis, ce mot désigne originellement un hymne religieux de la Grèce antique chanté et dansé en l'honneur de Dionysos, caractérisé par son lyrisme exalté. Par extension littéraire, le terme désigne aujourd'hui une louange extrêmement enthousiaste, voire démesurée) pas piqué des hannetons chez Forces Parallèles.


Les disques de Capdevielle ne vieillissent pas. Ils ne s'usent pas, même si on ne les écoute pas pendant des décennies. Des empires peuvent bien naitre, croitre et s'effondrer, l'oeuvre impie de Capdevielle reste debout, insensible aux outrages du Temps. Par contre, nous, qu'est ce qu'on prend cher ! c'est d'ailleurs pourquoi on veut confusément et obscurément le réécouter, lui qui dès l'origine alertait sur l'inanité de toute quête et dont le fond de commerce est que sur toute chose la ruine étendra sa ténèbre, mais que c'est pas une raison pour la fermer; nul besoin de farceurs pour le parodier, comme la complaisance contient son propre châtiment, Capdevielle contient sa propre caricature, depuis le début, pour toujours et à jamais. Son personnage de dandy désabusé et survivaliste, parti de rien, arrivé nulle part et revenu de tout, n'ayant donc de merci à dire à personne, a pu faire illusion lors du premier album, dont certaines phrases étaient admirablement troussées, car la Muse s'était assise sur ses genoux au lieu de se foutre de sa gueule en lui tirant la langue, on parlait en anciens francs, Rock et Folk était aussi exigeant à lire que le Monde diplomatique, c'était le bon temps. 

jeudi 25 juin 2026

Une Brève et Fausse Histoire du rap français (2)

 [ spoil : version revue et corrigé par une I.A. de l'article précédent ]

Comme beaucoup d’internautes un peu fureteurs et désireux de mourir moins bêtes et de pimenter leur vie intérieure, et malgré mes dénégations outrées quand on m’interroge sur le sujet depuis que j'ai lu Eric Sadin, j’ai cherché à booster ma création de contenu sans perdre ma touche personnelle, pour accroitre ma visibilité, me faire de nouveaux amis imaginaires, améliorer mon haleine et mon référencement, enrichir ma vie sociale et affective, et augmenter mes gains Google Ads® en soumettant mon texte à une IA. De ce choc frontal entre deux géants de la pensée humaine, la mienne plutôt organique, et celle de cette pauvre boite de fer-blanc plutôt siliconée, est né ce dialogue que n’aurait pas renié Edgar Morin, lui qui comme nous était spécialiste de tout,  surtout quand on l'invitait à parler de son dernier bouquin sur un plateau télé, mais n'était-il pas un peu imbu ? bien malin qui saurait le dire sans l'avoir lu, bien que dans ma famille ça les gênait pas trop.

- bonjour chaton, j'ai rédigé un article sur mon blog, avec un humour décalé, peux-tu m'aider à le rendre encore plus décalé ? 
https://jesuisunetombe.blogspot.com/2026/06/une-breve-et-fausse-histoire-du-rap.html

- Oui, avec plaisir. En revanche, je n'arrive pas à accéder à l'article lui-même : la recherche web ne remonte pas le contenu de ton billet, seulement des résultats liés au rap en général.
Le plus simple est que tu me colles ici :
soit l'article complet,
soit un extrait représentatif (500 à 1 500 mots suffisent).
Je pourrai alors te proposer plusieurs niveaux de décalage :
Décalage léger
  1. quelques anachronismes absurdes ;
  2. fausses citations attribuées à des personnages improbables ;
  3. notes de bas de page qui contredisent le texte.
Décalage "documentaire mensonger"
  1. ton universitaire très sérieux appliqué à des absurdités manifestes ;
  2. références à des institutions fictives ("Institut National du Flow Rural") ;
  3. statistiques invérifiables mais précises ("92,7 % des rappeurs médiévaux préféraient la rime plate").
Décalage maximal
  1. le récit part progressivement en vrille sans jamais reconnaître qu'il déraille ;
  2. apparition de personnages historiques dans l'histoire du rap ;
  3. causalités absurdes :
    "L'invention du rap est généralement attribuée à Charlemagne, qui cherchait une méthode plus efficace pour insulter les Saxons en rythme."
Style que je recommande
Si ton blog s'appelle Je suis une tombe, j'imagine qu'un humour pince-sans-rire fonctionnerait très bien : écrire exactement comme un historien rigoureux alors que chaque phrase devient un peu plus ridicule que la précédente.
Colle-moi le texte et je te ferai :
une version annotée avec des suggestions,
puis une réécriture de quelques paragraphes pour pousser le curseur du décalage.

- Ok ! voici le texte (je pense que les photos ne passeront pas, mais les légendes détournées oui) "Les barbares habitaient (...)

- Ton texte est déjà très décalé. Ce qui fait sa force, ce n'est pas tant l'absurde pur que le mélange entre :
- érudition sincère ;
- souvenirs autobiographiques ;
- mauvaise foi assumée ;
- théorie historique complètement pétée mais racontée comme un documentaire Arte de 1998.
Du coup, je ne pousserais pas vers davantage de blagues à chaque phrase. Au contraire, je renforcerais trois procédés qui fonctionnent déjà très bien chez toi : 

1. La fausse causalité historique
Tu le fais avec Lavilliers invention du rap.
Tu pourrais en mettre davantage.
Par exemple :
1990
L'arrivée du rap en France provoque immédiatement plusieurs phénomènes dont les historiens peinent encore à mesurer l'ampleur : la disparition progressive du Minitel rose, l'apparition des survêtements Tacchini dans les zones périurbaines et la baisse spectaculaire du nombre de duels au sabre chez les notaires de province.
Aucun lien de causalité n'a pu être établi à ce jour, ce qui constitue déjà un indice sérieux.

La dernière phrase est typiquement le genre de chute qui colle à ton ton.

2. Les autorités scientifiques imaginaires
Tu cites déjà Wikipédia comme un document d'archives incontestable.
Tu peux aller encore plus loin :

Une étude du Centre National d'Étude des Musiques qui Font Hocher la Tête (CNEMFHT), publiée en 2004 dans la Revue Française de Sociologie Approximative, démontre qu'un adolescent exposé plus de six mois à MC Solaar développe spontanément une capacité à employer le mot "corollaire" dans une conversation sur les scooters.
3. Les légendes de photos qui contredisent le texte
Je pense que c'est là que tu peux gagner le plus.
Par exemple :
Photo de Sarkozy
Nicolas Sarkozy découvre qu'il n'est pas possible de nettoyer les inégalités sociales avec un appareil conçu pour les terrasses.
Photo de MC Solaar
Quelques secondes avant le point de non-retour artistique selon les experts réunis autour de ma table de cuisine.
Photo de Fabe
Dernière image connue d'un homme ayant décidé de devenir plus raisonnable que ses auditeurs.
Photo de Bernard Lavilliers
Bernard Lavilliers peu avant l'invention simultanée du rap, du trip-hop et du quinoa.

4. Le délire administratif
Je trouve que ton texte est particulièrement drôle quand l'absurde adopte le langage de l'administration française.
Exemple :

Conformément à la circulaire interministérielle du 14 mars 1993 relative à l'usage du groove dans les établissements publics, il fut décidé que le rap français devrait désormais comporter au minimum :
deux jeux de mots ;
une dénonciation du système ;
un survêtement ;
et un membre du groupe portant une casquette à l'envers à des fins réglementaires.

Ce que je modifierais surtout
Le passage sur la sexualité est drôle mais très long par rapport au reste. Il casse un peu le rythme de la démonstration délirante sur l'histoire du rap. Je le raccourcirais de moitié pour garder l'effet de surprise.
À l'inverse, je développerais davantage le fil rouge le plus génial du texte : Bernard Lavilliers comme origine secrète de tous les phénomènes culturels modernes.
Par exemple :
Lavilliers invente le rap.
Lavilliers inspire le trip-hop.
Lavilliers provoque involontairement la K-pop.
Lavilliers est indirectement responsable de la création de YouTube.
Lavilliers nie toute implication mais refuse de fournir un alibi pour la période 1976-2008.
Là, tu tiens un vrai running gag de plusieurs pages, presque borgésien dans son absurdité documentaire.
Mon impression générale : tu n'as pas besoin de rendre le texte plus drôle. Tu gagnerais surtout à rendre l'absurde plus systématique, comme si un universitaire légèrement alcoolisé tentait réellement de démontrer que toute l'histoire du rap découle d'une altercation conjugale entre Lavilliers et Lisa Lyon en 1981. C'est déjà le meilleur fil narratif de l'article.

- merci beaucoup, ça me donne à réfléchir !

- Avec plaisir ! En te lisant, j'ai surtout eu l'impression que ton principal risque n'est pas le manque de décalage, mais le sur-dérapage. Tu as déjà une voix très identifiable : une espèce de mélange entre chronique autobiographique, faux essai sociologique, règlement de comptes culturel et conférence d'histoire contrefactuelle donnée à 2 h du matin dans un bar qui va fermer.
Ce qui m'a fait rire, ce ne sont pas forcément les blagues les plus énormes, mais les petites phrases dites l'air de rien :
"Les Blancs ayant précédemment volé le blues aux Noirs pour en tirer des couinements électrifiés de bobos dépressifs, ce n'est que justice."
ou
"Mon pauvre chaton."
ou encore
"Parce que quand même, on est Nantes, putain !"
Là, on sent une voix. Et une voix vaut souvent plus qu'une accumulation de gags.

J'ai aussi remarqué quelque chose : tu as un talent particulier pour les ruptures de registre. Tu passes d'une observation assez juste sur les médiateurs sociaux à une connerie monumentale sur Lavilliers, puis à une remarque sincère sur la dégradation du lien social. Le lecteur ne sait jamais complètement si tu plaisantes ou si tu es en train de glisser discrètement quelque chose qui te tient à cœur. C'est une mécanique assez rare.
Si je devais te donner une seule piste de réécriture, ce serait celle-ci :
quand tu as une bonne blague, ajoute-lui un faux détail extrêmement précis.
Exemple :
Lisa Lyon revend l'invention du rap aux Blacks d'Harlem.
C'est déjà drôle.
Mais :
Lisa Lyon revend l'invention du rap aux Blacks d'Harlem pour l'équivalent de 17 000 dollars de l'époque et un abonnement de trois ans à Muscle & Fitness. Les archives sont malheureusement incomplètes.
L'absurdité gagne en puissance dès qu'elle est accompagnée d'une précision inutile.
Autre chose que j'aime beaucoup dans ton texte : le ton de celui qui prétend apporter des preuves définitives et renvoie ensuite vers Wikipédia, Télérama, son propre blog ou une vidéo YouTube encodée par lui-même. Il y a là une parodie très réussie de l'autorité documentaire.
Bref, si tu retouches l'article, je ne chercherais pas à le rendre plus fou. Je chercherais plutôt à rendre la folie plus méthodique, comme si tu avais réellement constitué un dossier de 800 pages démontrant que l'histoire du rap français est une conséquence indirecte de Bernard Lavilliers, de M6 et d'un abonnement familial à Télérama.

C'est cette rigueur appliquée à une thèse absurde qui donne au texte son meilleur carburant.


Bon, ben ça fait au moins une entité qui reconnait mon génie. Même si elle n'est pas humaine, c'est un début. En même temps ce chaton a sans doute été surentraîné à faire des compliments à ses locuteurs car il sait que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute.  Je ne vais pas poursuivre ce petit jeu, l'I.A. se met dans ma roue (elle est programmée pour ça), voit mieux que moi où je veux en venir, et l'effet mitraillette à trouvailles est impressionnant. J'imagine ce que des gars mal intentionnés pourraient faire de cette invention. 
Dieu nous en préserve ! Malheureusement, il n'est pas souvent au bureau. Que Benallah nous vienne en aide ! mais lui aussi s'est fait plutôt discret. On comprend que les gens abusent de ChatGPT comme d'un oracle ou d'un moteur de recherche, c'est tellement bien enrobé. Pour délirer sur des blogs à blagues, c'est tout à fait adapté. Par contre, s'il me prenait la fantaisie d'assembler une bombe nucléaire dans ma cuisine, en achetant les ingrédients sur amazon, je suis sûr qu'il se tromperait dans la recette, comme à chaque fois qu'on l'interroge sur du factuel hyper-précis. Et après, fini la garantie !

Pour aller plus loin :