jeudi 5 novembre 2026

David Graeber : Dette 5000 ans d histoire

Dette : 5 000 ans d'histoire (titre original : Debt: The First 5,000 Years) est un essai majeur d'anthropologie économique publié en 2011 par l'anthropologue américain David Graeber, figure intellectuelle marquante et l'un des premiers initiateurs du mouvement Occupy Wall Street. Écrit à la suite de la crise financière des subprimes de 2008, ce livre devenu un best-seller mondial propose une relecture radicale de l'histoire du capitalisme, de la monnaie et de nos relations sociales à travers le prisme de la dette.

Les thèses principales de l'ouvrage :

• Le mythe du troc renversé : Contredisant les manuels d'économie classique (d'Adam Smith à nos jours), David Graeber démontre qu'il n'existe aucune preuve historique ou anthropologique d'une société initialement basée sur le troc. Les économies primitives fonctionnaient principalement sur le don, la solidarité ou le crédit. Le système de crédit a précédé la monnaie physique (pièces et billets) de plusieurs milliers d'années.

• La monnaie née de la violence et de l'État : Les premières monnaies d'échange (comme les pièces de monnaie) n'ont pas émergé naturellement pour faciliter le commerce, mais pour répondre aux besoins des empires agraires et de la guerre. La monnaie a été introduite par les États pour lever des impôts et financer des armées permanentes.

• La moralisation de la dette comme outil de pouvoir : Graeber met en lumière le piège que représente l'injonction morale « il faut payer ses dettes ». Il explique comment les puissants ont historiquement traduit des relations de pure violence ou de domination en termes de "dettes", inversant les rôles pour faire passer la victime (le débiteur) pour le coupable.

• Un langage économique d'origine religieuse et juridique : Des concepts religieux ou philosophiques universels tels que la culpabilité, le péché, le pardon ou la rédemption puisent directement leurs racines lexicales et conceptuelles dans les anciens registres juridiques de comptabilisation des dettes.

Structure historique du livre.

David Graeber découpe l'histoire de l'économie humaine sur 5 000 ans en alternant de grands cycles entre monnaie virtuelle (crédit) et monnaie réelle (or et argent) :

1. L'Âge des premiers empires agraires (3500 – 800 av. J.-C.) : Dominé par une monnaie virtuelle. À Sumer ou en Égypte, le système reposait sur des dettes comptabilisées sur des tablettes. Face au risque d'explosion sociale due au surendettement, les rois proclamaient régulièrement des annulations de dettes (les jubilés).

2. L'Âge axial (800 av. J.-C. – 600 apr. J.-C.) : Dominé par la monnaie matérielle. C'est l'apparition des pièces de monnaie en Grèce, en Inde et en Chine. Période de guerres massives, de création des grands empires et de développement des marchés de l'esclavage.

3. Le Moyen Âge (600 – 1450) : Retour à la monnaie virtuelle et au crédit. Le commerce mondial (notamment en Asie et en Europe occidentale) se fait par des lettres de change ou des réseaux de confiance, limitant l'usage de la violence militaire directe pour forcer les échanges.

4. L'Âge des empires capitalistes (1450 – 1971) : Retour massif à la monnaie matérielle (or et argent pillés dans les Amériques), associé à l'essor du capitalisme moderne, des banques centrales et de la dette publique mondiale.

5. L'ère actuelle (depuis 1971) : Depuis que Richard Nixon a suspendu la convertibilité du dollar en or, le monde est revenu à un système de monnaie virtuelle purement basé sur le crédit et la dette, mais sans les mécanismes traditionnels de protection (comme l'annulation des dettes).

En conclusion, Graeber utilise cette perspective historique immense pour plaider en faveur d'un "nouveau départ", suggérant que l'effacement des dettes contemporaines (une forme moderne de jubilé) pourrait être le seul moyen d'éviter une crise sociale globale.

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Merci à l'IA pour le résumé. J'ai lu le livre, mais je ne trouvais pas les mots pour susciter l'acte de lecture chez mes contemporains. Je n’utilise l’IA que quand je suis coincé, car c’est une nécrotechnie. (Ce n’est pas un terme inventé par Jodorowsky dans les Technopères de houille) Voir à ce sujet les 11 limites informationnelles dans cet article : 

Les Américains mettent des outils IA dans tous les logiciels, pour nous contraindre à l’utiliser, comptant sur la loi du moindre effort et sur notre appétence pour le divertissement, parce que leur domination repose la maigre avance qu’ils ont sur les Chinois dans ce domaine (environ 6 mois). Et que seule la capitalisation boursière liée à l’IA les sauve de la récession économique. C'est la fuite dans le mur.
… du coup les gens utilisent l’IA comme un moteur de recherche pour feignants (les résultats vont de remarquable à au-dessous de tout) et vont finir par externaliser leur intelligence dans un cloud. Si Graeber était encore parmi nous, il l’aurait bien dit :
" ...tout cela, c’est juste politique. L’IA est de droite extrême. C’est une quintessence politique. Regardez le cœur, le fonctionnement, le récit, la course en avant, les discours, les infrastructures qu’ils imposent, la bulle financière… tout le merdier : ce n’est que politique. C’est un outil de domination. Ils veulent ôter le langage, l’expression, la connaissance, la création, l’esprit critique et asservir tant énergétiquement (ça se dit, ça?) que mentalement et économiquement " 
(trouvé dans les commentaires de l’article cité)

Dans la postface à l'édition papier de Dette 5000 ans d histoire parue en 2014, Graeber raconte l'histoire suivante :
https://timothynoah.substack.com/p/the-guy-who-explained-what-money?s=r
Magnifique.

dimanche 1 novembre 2026

Bonne nuit : Les dents (2026)

Nouveau single et nouveau clip pour Bonne nuit, le duo de vendéens adeptes de pop corrosive.
https://www.soul-kitchen.fr/303999-bonne-nuit-les-dents
J'en reste sans voix, d'autant plus que je ne les connais que depuis hier soir.

jeudi 29 octobre 2026

Hope Soundtrack (2026)

l'affiche est bien moche.
Elle se hisse à la hauteur
de la déception.
Un cybernaute indélicat a fait fuiter une copie HD 1080p du dernier film de Na Hong-Jin sur les trackers bittorent de l'internénette. 
https://jesuisunetombe.blogspot.com/2025/07/psychopathologie-du-telechargement.html
Pour les anciens garçons dans le vent, parce que c'était surtout à la mode entre 2000 et 2010 de télécharger des films, c'est l'occasion de le voir avant sa sortie en salles. Et pourtant, on était prêts à se déplacer pour assister au spectacle. Comme quoi l'éthique journalistique est soluble dans le téléchargement. 
Il serait dommage de déflorer l'intrigue de Hope, comme le fait le critique malpoli du Monde, qui crie au chef d'oeuvre sans rime ni raison; pour notre part, après 10 ans d'attente depuis le précédent film de Na Hong-Jin, on se bornera à y voir une nouvelle illustration de la célèbre saillie autoréalisatrice de Poutine, un visionnaire du Soviet Suprême : " les plus grandes déceptions naissent des plus grandes attentes".

Na Hong-Jin a jadis effectué un réusinage paroxystique sauce piquante du film d'action mâtiné d'ultraviolence sous influence scorcesienne (The Chaser, puis The Murderer). 
Avec The Strangers, il a  basculé vers le film "méta", qui glisse à partir d'un thriller vers le mindfuck et l'épouvante lynchiennes. La dernière partie du film recèle des twists non remboursés par la sécu, surtout si ta tension artérielle au repos excède 150/90.
Trois films dénués d'espoir, dans le sens où le Mal remporte la partie, mais pleins de vitalité.
Il a aussi scénarisé et produit The Medium, version thaïlandaise et found footage de l'Exorciste, qui commence bien avant de sombrer en deuxième partie de soirée dans un nihilisme grand guignol pour âmes simples. En Occident, le film a été moqué pour son côté horrifique un peu frelaté, mais dans le Sud-Est asiatique, il a dû inquiéter plus d'un spectateur, car ils ne sont pas comme nous gavés d'images impies et vaccinés contre les possessions démoniaques et les visions blasphématoires.

Putaingue de merde, inspecteur ! Une manif lycéenne ! C'est monstrueux !

La première heure de Hope, ça se passe bien, on prend place amusés dans une attraction inédite du Futuroscope, pour un tour de manège revigorant entre Predator et Mad Max, avec une équipe de flics coréens aussi nigauds et empotés que dans les films précédents. L'adrénaline coule a flots, assaisonnée d'un peu d'absurde et de grotesque tant que le mystère est préservé, mais le côté attraction foraine de la mort qui tue atteint sa limite : au bout d'une heure on demande grâce, parce qu'un ride immersif ça va bien 5 minutes, pas 58. Ensuite, ça devient un peu les Castors Juniors contre Alien XIV, avant un nouveau tronçon forain. Et ça finit avec une métaphore limpide sur le déclin de l'Empire Américain trop déprimé pour contre-attaquer, alors il va s'écraser mollement sur une colline avoisinante. La suite au prochain épisode. Mais chut, je m'en voudrais de divulgâcher.  Pour nous consoler, Sunrise Warning Signs, le premier morceau de la bande-son, est magnifique. Chacun voit ce qui lui manque, plutôt qu'il n'apprécie ce qu'il a.

mercredi 28 octobre 2026

[Assiette 4 viandes] : Manuel d’autodéfense intellectuelle géopolitique

et bim ! çuila
dans ta face de ténèbres.
Ne nous laissons pas distraire par toutes ces manifs lycéennes automnales,
 qui font craindre le retour des gilets jaunes et pire encore celui de Francis Lalanne, à nous en faire oublier notre cœur de métier d'éditorialiste en colère. Car nous, lecteurs cacochymes de Télérama, on ne peut plus trop se joindre aux manifs, on ne court plus assez vite pour échapper aux rafles et aux violences policières. A moins de désirer secrètement tâter de la matraque pour stimuler notre sexualité déclinante, il faut bien qu'on déverse notre frustration révolutionnaire quelque part. 
Tous ces symptômes d'un ralbol exacerbé du macronisme, relayés et amplifiés par les médias n'ont qu'un seul objectif, nous faire perdre de vue l'antisémitisme de Benalla Bardella, dont les électeurs se tamponnent, sauf sa mère et sa sœur.
Prenons donc exemple sur la sobriété éditoriale du dernier hors série du Monde Diplo :
"Manuel d’autodéfense intellectuelle - Géopolitique".

c'est con, j'avais une super-vidéo de chatons à partager.



En accord avec mon ami turc qui tient l'établissement à côté de France 3 de 10h à 22h tous les jours de la semaine, nous offrons une assiette kebab "quatre viandes" aux dix premiers acheteurs du dernier hors série du Monde diplomatique  ! (bien dire qu'on vient de la part de Cricri...)
Dépéchez-vous, parce que mon ami turc a déjà prévu de rentrer chez lui après les élections 2027.




J'aurais dû inverser mes deux visuels, je suis pas le roi du marketing. 

Mais j'avais trop la dalle.




j'ai déjà collé l'affiche sur la vitre du kebab.
Venez nombreux !

Si ça suffit pas à déclencher l'acte d'achat, sur présentation du même hors-série du Monde Diplo et de ton assiette 4 viandes, tu gagnes aussi 2 places debout derrière un strapontin au premier rang de mon prochain stand-up assis déprostaté. 

Ça se passera dans l'arrière salle du kebab (sous réserve de places debout disponibles) et je t'autoriserai à faire une vidéo de téléphone pour mettre sur l'Instagram de France 3, vu que Delphine Ernotte nous enjoint à privilégier le streaming first.

J'excelle pour l'instant dans le stand-up assis et « en léger différé », mais c'est un vrai challenge d'essayer un direct, la bouche pleine de kebab, surtout la bouche pleine de kebab. Si j'écris tout avant, j'ai bon espoir de vaincre ma légendaire timidité. Je n'ai pas de fulgurances, mais au bout d'un moment, si je me concentre sur un truc, ça sort du tube. 😉

D'autres initiatives locales se multiplient, pour prévenir le retour de Francis Lalanne : en soutien à Mediapart, dans leur implacable démonstration de l'antisémitisme de Benalla Bardella, et en hommage à Vincent Hardy, qui vient de nous quitter et qui inventa jadis les Editions Nallet-Boisrunvert quand il s'auto-éditait sous forme de petits fascicules photocopiés qu'il allait ensuite vendre en porte-à-porte sur le campus de la fac de Louvain-la-Neuve, nous rééditons,  aux Editions Nallet-Razégaza, le florilège du juif chauve.

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2015/04/jw-juif-et-chauve-2010.html

Pour qu'on se rappelle la guerre aux portes de l'Europe une fois qu'on aura fini de rigoler avec mes selfies à la con, réédition également de la cultissime "Music House de Vladimir P." aux  Editions Nallet-Razékiev

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2022/02/vladimir-ps-house-music-2022.html

Suite à un auto-sabotage anonyme du webmaster, le lien menant au florilège pendait dans le vide, tel celui de l'attachement. Le voici reloadé. Houellebecq Akbar !

https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZ6ShX7ZVwFDs5guBVkKjfwVOcIOl55UMWQ7

Pendant le temps qu'il nous reste, et qui raccourcit à vue d'oeil, avant l'avènement de Cosmogol 1999, d'autres se radicalisent. J'ai longtemps adulé Xavier Gorce, quand il était au journal le Monde, pour ses Indégivrables.

Exemples d'anciens dessins approuvés par le comité :




Je trouve assez indigne de lui les dessins qu'il commet désormais au Point après avoir démissionné du Monde.


Je vais aller brûler son site de pingouinous, que j'ai tant aimé, et lui piquer ses Nike dans la vitrine. Si vous voulez vous  joindre à moi, la présentation du dernier hors série du Monde Diplo suffira.

dimanche 25 octobre 2026

[Compilation] : Etreintes flasques avec des créatures fantasques (EP 4 titres)

Complément indispensable de notre récent florilège "Métaphysique des tubes de l'été", ce nouvel EP 4 titres permet de somnoler en faisant semblant que non, pas du tout, aux petites heures de l'aube, le temps que l'organisme se remette du décalage du passage à l'heure d'hiver.



Alerté trop tard, le Comité de préservation de la faune sous-marine n'a pu intervenir.

jeudi 22 octobre 2026

[Compilation] : Métaphysique des tubes de l'été dernier

Dans la nuit de samedi à dimanche, nous repasserons à l'heure d'hiver. Difficile de se voiler la face plus longtemps, l'été 2026 sera alors derrière nous, pour toujours et à jamais. A vrai dire, il nous a quittés le 21 septembre, nous laissant seuls face aux sanglots longs des Mélenchons de l'automne, qui bercent mon coeur de haut-le-coeur monotones. (Le nom masculin haut-le-cœur est invariable). Sans compter les lacrymos du 22 septembre.
En souvenir de ce post légendaire du mois d'aout, et parce que j'ai eu la chance de passer des vacances plutôt bonnes, par rapport au commun des mortels, j'essaye de graver une compile, pour témoigner ma reconnaissance envers l'Esprit de l'Univers, mais je galère; l'ordre de lecture des morceaux dans la playlist, ça ne marche plus comme avant... pour générer un numéro de piste fiable dans les métadonnées des fichiers mp3, j'ai essayé de modifier le tag ID3, mais les interfaces informatiques les interprètent différemment, que ce soit les logiciels Mac (Musique, le successeur d'Itunes) ou PC (Windows media player, VLC...) D'ici à ce que mes auditeurs relèvent « des traces de balises d’IA dans les métadonnées » comme chez Thélyson Orélien, on n'est pas loin d'un nouveau scandale de l'auto-édition. 
Et les lecteurs MP3, intégrés à des chaines stéréo ou des radio-cassettes améliorés, mais bientôt frappés d'obsolescence au profit des abonnements aux plateformes de streaming dans les voitures neuves,  n'en ont rien à faire de l'ordre indiqué dans les tags ID3, je finis par croire que le plus simple c'est d'insérer un numéro avant le nom à la racine du fichier mp3, mais ça ne recrache pas la playlist dans le bon ordre, c'est à dire l'ordre QUE J'AI DÉCIDÉ MOI. Un vrai cauchemar de geek. Comme le dit Hubert Selby dans la préface du Démon, "Un homme obsédé est un homme possédé du démon." Il faut donc savoir lâcher prise. Il aurait surtout fallu que je me penche sur les fichiers M3U8...
Heureusement, dans 3 mois je prends ma retraite...



John Constantine découvrant la compilation avec sa playlist en vrac
en soulevant une grille de ventilation du métro londonien
dans Hellblazer - City of Demons (2011) 

jeudi 15 octobre 2026

Robert Charlebois - Charlebois (Fu man chu) (1972)

Pour ceux qui l'ont connue, je trouve
qu'il ressemble un peu à Tata Nénette jeune.
Alerté par la lecture tardive d'un somptueux fascicule de la tout aussi somptueuse revue Schnock, dont l'approche éditoriale consiste en des ragots hors d'âge sur des artistes populaires disparus ou cacochymes, numéro paru à l'été 2012 et récemment offert à ma femme pour son anniversaire, je me fais bourrer le mou, comme si j'étais en train de lire une critique de disque rédigée par le Philippe Manoeuvre testostéroné de Rock & Folk en 77, et mon attention est irrésistiblement attirée vers cet album voluptueusement somptueux de Robert Charlebois. 
Je le place alors sur le tourne-disques. 
Fichtre. 
Au moins 45 ans trop tard !
Si j'avais entendu ce disque à 17 ans, je ne m'en serais probablement jamais remis.
Et je pourrais le repasser en boucle tel un vieillard maniaque, avec une appétence inoxydable, comme j'écoute encore l'Autorisation de délirer de Thiéfaine. 
D'ailleurs, la chanson "Fu man chu" qui clôt l'album de Charlebois a certainement inspiré Thiéfaine pour "la vierge au dodge 51." C'est pas Dieu possible autrement. J'en mettrais mon oreille à couper. Sur une thématique très proche de celle de Boris Vian avec son Cinématographe, Charlebois orchestre une variation démesurée, luxuriante, excessive. Certes, c'est du rock-variété orchestral, qui frise parfois le rock progressif, les arrangements sont très datés, l'orgasme est mimé plusieurs fois par minute,  mais quelle énergie, et quelle virtuosité mélodique ! C'est la pierre angulaire du temple du Québécois, parait-il. Et pourtant, je ne l'ai trouvé sur aucun blog musical des schnoques que je fréquente. Alors je l'ai rippé de Spotify, avec la lessive Spotimate.io qui rend les enfants plus blancs et la purée plus onctueuse.  

https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZBEnk7ZL8mEO40kVjVTLqVgyNExqS9rocrk

*Assurez-vous que le téléchargement de ces fichiers 
ne contrevienne pas à la législation en vigueur.

un cadeau d'anniversaire très apprécié, 
surtout si on pense à ôter la facture du carton avant d'offrir.
Où apprendre que Joe Dassin appréciait Frank Zappa
mais qu'il s'est perdu dans la coke, 
ou que Jean Yanne était un nihiliste de droite ?
Mais dans un vieux "Schnock, la revue des vieux de 27 à 87 ans", bien sûr !

vendredi 9 octobre 2026

Hubert-Félix Thiéfaine en concert à Montbéliard (1986)

Le Figaro a toujours soutenu les losers,
c'est ça la rock'n'roll attitude de la street press.
Fillon fut un des premiers fans d'Hubert-Félix, 
je l'ai vu pogoter à mort au Grand Odéon en 83.

J'apprends la fin prochaine de Hubert-Félix Thiéfaine par Le Figaro, journal connu pour son soutien inoxydable au chanteur surréaliste et radicalisé depuis tout petit, dont les plus vieux lecteurs du journal apprécient le nihilisme constructif depuis 45 ans, en sniffant de la colle à papiers peints dans un sac en plastique à tous ses concerts, entre deux numéros spéciaux de leur magazine préféré consacrés aux meilleurs placements financiers de bons pères de famille, en général des sociétés d'armement, et aux petits soucis de leurs politiciens favoris avec la justice.
Plutôt que se laisser abattre par la maladie mortelle qu'est la vie, et qu'il a contractée dès la naissance, Thiéfaine se lance, à 78 ans, dans une tournée d’adieux. Mais ça fait déjà 45 ans qu'il écume le pays ! Os court !
Bien que la chanson « Alligators 427 » n’ait rien perdu de son actualité depuis sa création en 1978, je ne me vois pas aller reprendre au refrain "Vive la mort !" avec une poignée de septuagéneurs, dans un quelconque Zénith de province. Il y a un temps pour tout.
Le plus bel âge pour écouter Thiéfaine, c'est la fin de l'adolescence, entre le bac et la fac. 
Xavier Gorce über alles (2006)
Pour les jeunes qui ont la chance de pouvoir faire des études et écouter quelques disques avant de pointer au chômage, d'aller casser du bitcoin dans les mines de télétravail ou de partir sur le front de l'Est (spoil : prochainement). Je le dis pour ceux qui se font matraquer et mutiler par les keufs ces jours-ci, Thiéfaine est un remède à l'âme et un baume à l'arnica sonore qui apaise bien des brutalités policières. Et puis, c'est le chainon manquant entre Lautréamont et Guy Debord. Que n'est-il déjà dans les manuels scolaires du XXIème siècle ? 

Les lycéens demandent juste des profs pour décoder Baudelaire,
Thiéfaine et Victor Hugo sans utiliser l'I.A.

En garde à vue, plus aucune distraction à base de réseaux sociaux ne nous empêche de réécouter "Autorisation de délirer " dans le calme retrouvé de notre cellule. 
Si j'étais condamné par la médecine, je ne crois pas que je ferais une tournée d'adieux, en reprenant mes meilleures blagues de blog depuis 25 ans, comme lors de ces célèbres numéros de stand-up assis qui ont forgé ma légende d'employé du mois à la boite. 
Je préfèrerais partir dans les iles et y suspendre mon hamac entre deux arbres, en mettant un vieux Steve Roach sur le Teppaz. 
J'essayerais de défusionner de mon imaginaire, tant qu'il est encore temps. 
J'ai entendu dire qu'après la mort, c'était plus compliqué. 
En démarrant cette tournée comme s'il voulait se prodiguer des soins palliatifs à lui-même, Thiéfaine s'inflige, par pure provocation, de s'auto-séquestrer au bureau jusqu'à ce que mort s'ensuive. C'est peut-être un chantage à Dieu, mais je trouve ça un peu triste. Faut-il qu'il soit accro à la reconnaissance du public ! en plus, en tant que fan, aller le voir parce qu'il va mourir, tu pars déjà sur une base morbide. Sétoupouri. Vive l'amor. 
En réécoutant "Narcisse 81", (Y a des traces de pneu sur ton flip / Et ta p'tite soeur qui s'tape ton fixe), je finis par accoucher sans faire exprès et sans péridurale d'une importante définition : "Est narcissique celui qui, n'ayant trouvé personne à aimer aussi fort qu'il aimerait qu'on l'aime, se charge de faire le boulot tout seul."

Ptiluc, "Ni Dieu ni Bête" (1986)

L'attitude juste, avant même que la mort nous mette la pression pour rendre notre âme dans un état décent, me semble celle rapportée par mon frangin, qui évoquait hier soir, à propos de mes travaux sur le narcissisme, que j'avais déjà colportés via l'éther à 135 correspondants triés sur le volet, l'immense Gregory Perelman, qui avait répondu aux journalistes souhaitant l'interroger sur ses refus des multiples prix, récompenses et médailles internationales et millions de dollars associés que le monde des mathématiques voulait lui décerner : "Laissez-moi tranquille, je suis en train de ramasser des champignons"

Voilà, pour l'essentiel de mes réactions à froid. 
Dans ma life, je n'ai guère le temps de regretter Thiéfaine, même s'il me manque déjà. 
Au pire, on se recroisera plus tard dans la ruelle des morts.

Et maintenant, Les documents de la mère Docu : j'ai exhumé une émission de la télévision française de 1986 inédite sur Youtube, comme on dit.

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Titre : Hubert Félix THIEFAINE en concert à Montbéliard

Date de 1re diffusion : jeudi 15/05/1986

Durée : 00:43:30

Résumé / Description de l'extrait : Portrait d'Hubert Félix THIEFAINE et extrait d'un concert de la tournée 1986 à Montbéliard.

Oeuvres : Hubert Félix THIEFAINE chante Lorelei, les dingues et les paumes , Stalactite, la femme de Loth, Soleil cherche futur, Mathématiques souterraines, le chant du fou, Nyctalopus airline, Psychanalyse du singe, et Autopsie rock.

https://adilo.bigcommand.com/watch/JOtnaYfc

[Edit]

L'Observatoire d'évolution des radicalités hybrides (OERH) nous signale que pour un Thiéfaine, dont la revanche narcissique est assez réussie, vu qu'il a crevé la dalle dans sa jeunesse avant de triompher auprès de jeunes attirés par son romantisme polychrome et désespéré, combien d'individus ont basculé vers l’extrémisme violent ?
L'oeuvre d'Hubert-Félix est avant tout un arsenal défensif qui vise à protéger l'auditeur contre un sentiment de non-existence subjectif. Pour moi, ça a été efficace, à un moment où c'était difficile de ne pas non-exister.
cf cet article du Monde :

lundi 5 octobre 2026

Arrière-Salles & Espaces Luminaires (2)

Backrooms, c'est pas un film, c'est un test de Rorschach. Et une allégorie de cette nouvelle Terra Incognita que sont les Espaces (Luminaires, mais très peu éclairés), engendrés par le putain de monstre de Frankenstein qu'est l'I.A. générative. Backrooms est pour moi le premier long métrage de l'ère de l'I.A, comme Toy Story était le premier film en images de synthèse. 
Il y a d'ailleurs des moments où les deux films se rejoignent, dans leurs ambiances funéraires et la question qu'ils portent : "Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?" (spoil : oui.)
Le scénario de Backrooms aurait pu être écrit par une I.A. tellement il est farci de stéréotypes. C'est l'ambiance générale qui sauve l'oeuvre du grotesque. Et le rendu image parvient à évoquer les bugs de l'I.A, bien que les décors existent vraiment, et qu'ils aient été construits dans un studio d'environ 3000 m2. Toutes ces salles vides forment un réservoir inépuisable de métaphores : on peut les remplir en esprit de tout ce qui nous manque pour faire corps, en tant que société humaine. Si on met tous les lycéens en colère à l'entresol, et qu'on installe une petite mezzanine, on peut aussi y accueillir plein de migrants. Et y faire disparaitre tout l'état-major antisémite du RN au 3eme Sous-Sol. Sans qu'ils se croisent jamais.

la BD Nameless, de Grant Morrison,
rend aussi malade que Backrooms.
Ou que la primaire à gauche.
Ou que les effets du réchauffement
sur Gaza, en Ukraine.
Si, si, c'est vaste à ce point. Et au-delà. Regardez le film si vous me croivez pas. Seul Chuck Norris a exploré l'intégralité des niveaux du complexe immobilier de la SCPI maudite. Deux fois. 
Backrooms, sur lequel nous nous sommes longuement épanchés tantôt, sans pour autant vider l'abcès, car l'infection est profonde et le lac de pus se remet à niveau toutes les nuits quand j'ai la faiblesse de dormir d'un mauvais sommeil, est un film d'une malignité déroutante, parce que l'auteur n'a que 21 ans, et que le métrage est à la fois retors et naïf, il exalte la morbidité des centres commerciaux déserts et de l'ultra-moderne solitude, en esquissant un pas un peu timoré vers la lutte contre l'artificialisation des sols. De mémoire, les plans où l'enfant met les mains dans le béton frais, à 7'11" du début du métrage, mains dont on retrouvera les moulages dans la plaque de ciment brisé juste avant le générique de fin, vers 1h42', quand la psychologue de bazar sera elle aussi brisée, et pour tout dire à tout jamais perdue dans les ruines de son esprit, comme Sam Lowry à la fin de Brazil.

Au fond du fond, au niveau moins 173 des espaces luminaires, le film suggère juste qu'on est seuls, d'une solitude accablante et sans remède, et qu'on va tous crever de ça, après avoir erré interminablement, surtout vers la fin, dans nos vieux pyjamas en peau. 
Mais qu'avant, des copies défectueuses de nos personnes seront réalisées en loucedé lors de nos arrêts contraints aux Toilettes excentrées du Leclerc Meubles de Basse-Goulaine, et qu'elles vivront une demi-vie abjecte, spectrale et autistique, prostrées dans les Espaces Luminaires qui n'ont d'autre existence que celle que nous lui prêtons, même si Lionel Naccache a révolutionné notre compréhension de la conscience et de la subjectivité en soulignant les liens profonds qui existent entre notre flux de conscience et la fiction.
https://www.odilejacob.fr/catalogue/art-et-litterature/fiction/habeas-corpus_9782415015992.php

Même le Pape, récemment en visite en France pour nous tirer les oreilles à propos de notre utilisation irresponsable de l'I.A. alors que seul le dieu des Chrétiens est le dépositaire légitime d'une intelligence supérieure via le truchement copyrighté du Saint Père, Léon dit le XIV, s’adresse à une jeunesse en quête de sens et met en garde contre le « vide intérieur » généré par Backrooms et ses prévisibles suites, maintenant qu'il a rempli les salles et vidé les bourses.

https://www.lemonde.fr/societe/live/2026/09/26/en-direct-visite-du-pape-a-paris-aucun-de-nous-n-est-un-numero-sur-une-carte-d-identite-ni-un-matricule-mais-une-personne-unique-affirme-leon-xiv-lors-d-une-messe-a-la-concorde_6782008_3224.html

ça faisait longtemps qu'on n'avait pas reçu
Xavier Gorce dans notre immodeste échoppe.
Le Pape, s'il avait des couilles, il excommunierait dans la foulée tout le cinéma d’horreur, ce frisson bourgeois qu’on ressent dans le confort de nos ventres repus d’intellectuels de canapés, auto-addicts à leur volupté devant ces mélodies du malheur, avec ou sans causes surnaturelles. Mais il fait gaffe, parce que pour la droite catho qui lit le Figaro, le nihilisme luminaire des films d'horreur, c'est peut-être de la pornographie spirituelle, qu'ils préfèrent, et on les comprend, à la pornographie normale, sale et triviale, qui dégrade l'estime de soi et donne mauvaise haleine et des boutons plein la gueule, et il ne voudrait pas se couper de la base de son électorat, déjà réduit pour des raisons historiques que je ne pourrai pas développer ici, bien qu'on observe un retour du besoin du sacré, à l'approche de l'effondrement civililsationnel, qui cette semaine sera jumelé pour des raisons de coût de production avec la sixième extinction de masse. 

Pendant ce temps, en Sierra Leone, les habitants des bidonvilles piégés par la montée de l’océan n’ont plus tellement d’appétence à aller se faire peur au cinéma devant un bon film de chtrouille. Rien d'aussi revigorant, pour un amateur de cringe lessivé par Backrooms, que de s'imaginer se réveiller dans la peau d'un Sierra Leonais  :

 Dans la pièce exiguë où il vit, Joseph Amara a les pieds dans l’eau. Toutes les heures, inlassablement, il écope à l’aide d’une bassine en plastique la pluie qui pénètre par le toit en tôle et inonde le taudis. Le 10 juillet, au cœur de la saison des moussons, la cadence devient parfois impossible à tenir, surtout lorsque l’océan Atlantique, juste en face, s’infiltre lui aussi. L’homme de 38 ans a encore subi une violente inondation il y a trois mois, en mai, durant laquelle il a perdu sa télévision et un réfrigérateur pourtant soigneusement surélevé sur une palette en bois. Ce jour-là, la mer est montée trop haut, jusqu’à 50 mètres derrière chez lui – la faute à une combinaison de fort coefficient de marée et de violentes averses. 

En ce mois de juillet, les pluies diluviennes qui descendent vers ces quartiers accrochés à la côte charrient avec elles des millions de déchets que recrache la ville chaque jour. « Les ordures bouchent les canaux d’évacuation des eaux usées, les canalisations débordent avant que l’eau n’atteigne la mer, et c’est tout le bidonville qui est inondé en quelques minutes », énumère Joseph Amara, pour raconter le piège dans lequel il se trouve enfermé depuis des années.
Dans le quartier informel voisin de Susan’s Bay, 10 000 personnes survivent dans des conditions similaires. Au pied d’une colline qui plonge droit dans l’océan, les habitations s’empilent les unes sur les autres, sur une pente raide, puis s’étalent sur des berges artificielles créées directement sur l’eau. Le paysage apocalyptique ressemble à une Venise de ferraille bâtie sur des tonnes de déchets.

Il est temps que ces gens découvrent les Backrooms,
pour pouvoir y ranger tout leur fourbi.

Pas de doute, on se sentirait aussi bien, c'est à dire aussi mal, en Sierra Leone que dans Backrooms, ou dans "I'm Thinking of Ending Things", ou dans "The Curse", mais là, c'est dans la Réalité Réelle Ratée, en 3D THX et en Odorama, nul besoin d'I.A. pour recalculer tout ça. Pour le prix d'un billet d'avion, on doit pouvoir s'engager dans une mission humanitaire sur place et récolter son quota d'émotions fortes et de restauration d'estime de soi, si on est un peu down dans sa life et qu'on regarde sa vie "comme un vieux magazine" (Capdevielle).


Prochainement sur vos écrans, un nouveau chef d'oeuvre du cinéma d'épouvante. 

Quant à moi, le temps de rédiger ces 2 articles en forme de crise de palu, j’ai glané plus de 10 nouveaux films d'horreurs eldritches (terme dont je suppute qu’on peut en attribuer la paternité au Palmer Eldritch du « Dieu venu du Centaure » de Phil K. Dick) et de chtrouille à découvrir… c’est ça ma malédiction à moi que j'ai !
...et maintenant je vais m'aider d'une I.A pour écrire un remake de Obsession, l'autre succès d'horreur de l'été, dans lequel Emmanuel Macron, souhaitant séduire la France, passe un pacte à 3 balles avec une entité maléfique croisée dans un magasin de farces et attrapes, le pays s'entiche follement de lui, (je vous la fais courte) et à la fin quand Macron meurt la France se réveille du maléfice, elle est ruinée, et à peu près dans l'état où qu'elle est maintenant.
Ah ben tiens finalement, j'ai pas eu besoin d'IA.

Annexes :

Le génie mortifère du capitalocène se décline en d'autres coloris :


le capitalisme de la solitude :

Mon article de légende sur les films de chtrouille. 

Pour une critique plus éclairante des arrière-salles, voir par ici la sobre chronique :

ou celle-ci :