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jeudi 15 octobre 2026

Robert Charlebois - Charlebois (Fu man chu) (1972)

Pour ceux qui l'ont connue, je trouve
qu'il ressemble un peu à Tata Nénette jeune.
Alerté par la lecture tardive d'un somptueux fascicule de la tout aussi somptueuse revue Schnock, dont l'approche éditoriale consiste en des ragots hors d'âge sur des artistes populaires disparus ou cacochymes, numéro paru à l'été 2012 et récemment offert à ma femme pour son anniversaire, je me fais bourrer le mou, comme si j'étais en train de lire une critique de disque rédigée par le Philippe Manoeuvre testostéroné de Rock & Folk en 77, et mon attention est irrésistiblement attirée vers cet album voluptueusement somptueux de Robert Charlebois. 
Je le place alors sur le tourne-disques. 
Fichtre. 
Au moins 45 ans trop tard !
Si j'avais entendu ce disque à 17 ans, je ne m'en serais probablement jamais remis.
Et je pourrais le repasser en boucle tel un vieillard maniaque, avec une appétence inoxydable, comme j'écoute encore l'Autorisation de délirer de Thiéfaine. 
D'ailleurs, la chanson "Fu man chu" qui clôt l'album de Charlebois a certainement inspiré Thiéfaine pour "la vierge au dodge 51." C'est pas Dieu possible autrement. J'en mettrais mon oreille à couper. Sur une thématique très proche de celle de Boris Vian avec son Cinématographe, Charlebois orchestre une variation démesurée, luxuriante, excessive. Certes, c'est du rock-variété orchestral, qui frise parfois le rock progressif, les arrangements sont très datés, l'orgasme est mimé plusieurs fois par minute,  mais quelle énergie, et quelle virtuosité mélodique ! C'est la pierre angulaire du temple du Québécois, parait-il. Et pourtant, je ne l'ai trouvé sur aucun blog musical des schnoques que je fréquente. Alors je l'ai rippé de Spotify, avec la lessive Spotimate.io qui rend les enfants plus blancs et la purée plus onctueuse.  

https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZBEnk7ZL8mEO40kVjVTLqVgyNExqS9rocrk

*Assurez-vous que le téléchargement de ces fichiers 
ne contrevienne pas à la législation en vigueur.

un cadeau d'anniversaire très apprécié, 
surtout si on pense à ôter la facture du carton avant d'offrir.
Où apprendre que Joe Dassin appréciait Frank Zappa
mais qu'il s'est perdu dans la coke, 
ou que Jean Yanne était un nihiliste de droite ?
Mais dans « la revue des vieux de 27 à 87 ans », bien sûr !

vendredi 9 octobre 2026

Hubert-Félix Thiéfaine en concert à Montbéliard (1986)

Le Figaro a toujours soutenu les losers,
c'est ça la rock'n'roll attitude de la street press.
Fillon fut un des premiers fans d'Hubert-Félix, 
je l'ai vu pogoter à mort au Grand Odéon en 83.

J'apprends la fin prochaine de Hubert-Félix Thiéfaine par Le Figaro, journal connu pour son soutien inoxydable au chanteur surréaliste et radicalisé depuis tout petit, dont les plus vieux lecteurs du journal apprécient le nihilisme constructif depuis 45 ans, en sniffant de la colle à papiers peints dans un sac en plastique à tous ses concerts, entre deux numéros spéciaux de leur magazine préféré consacrés aux meilleurs placements financiers de bons pères de famille, en général des sociétés d'armement, et aux petits soucis de leurs politiciens favoris avec la justice.
Plutôt que se laisser abattre par la maladie mortelle qu'est la vie, et qu'il a contractée dès la naissance, Thiéfaine se lance, à 78 ans, dans une tournée d’adieux. Mais ça fait déjà 45 ans qu'il écume le pays ! Os court !
Bien que la chanson « Alligators 427 » n’ait rien perdu de son actualité depuis sa création en 1978, je ne me vois pas aller reprendre au refrain "Vive la mort !" avec une poignée de septuagéneurs, dans un quelconque Zénith de province. Il y a un temps pour tout.
Le plus bel âge pour écouter Thiéfaine, c'est la fin de l'adolescence, entre le bac et la fac. 
Xavier Gorce über alles (2006)
Pour les jeunes qui ont la chance de pouvoir faire des études et écouter quelques disques avant de pointer au chômage, d'aller casser du bitcoin dans les mines de télétravail ou de partir sur le front de l'Est (spoil : prochainement). Je le dis pour ceux qui se font matraquer et mutiler par les keufs ces jours-ci, Thiéfaine est un remède à l'âme et un baume à l'arnica sonore qui apaise bien des brutalités policières. Et puis, c'est le chainon manquant entre Lautréamont et Guy Debord. Que n'est-il déjà dans les manuels scolaires du XXIème siècle ? 

Les lycéens demandent juste des profs pour décoder Baudelaire,
Thiéfaine et Victor Hugo sans utiliser l'I.A.

En garde à vue, plus aucune distraction à base de réseaux sociaux ne nous empêche de réécouter "Autorisation de délirer " dans le calme retrouvé de notre cellule. 
Si j'étais condamné par la médecine, je ne crois pas que je ferais une tournée d'adieux, en reprenant mes meilleures blagues de blog depuis 25 ans, comme lors de ces célèbres numéros de stand-up assis qui ont forgé ma légende d'employé du mois à la boite. 
Je préfèrerais partir dans les iles et y suspendre mon hamac entre deux arbres, en mettant un vieux Steve Roach sur le Teppaz. 
J'essayerais de défusionner de mon imaginaire, tant qu'il est encore temps. 
J'ai entendu dire qu'après la mort, c'était plus compliqué. 
En démarrant cette tournée comme s'il voulait se prodiguer des soins palliatifs à lui-même, Thiéfaine s'inflige, par pure provocation, de s'auto-séquestrer au bureau jusqu'à ce que mort s'ensuive. C'est peut-être un chantage à Dieu, mais je trouve ça un peu triste. Faut-il qu'il soit accro à la reconnaissance du public ! en plus, en tant que fan, aller le voir parce qu'il va mourir, tu pars déjà sur une base morbide. Sétoupouri. Vive l'amor. 
En réécoutant "Narcisse 81", (Y a des traces de pneu sur ton flip / Et ta p'tite soeur qui s'tape ton fixe), je finis par accoucher sans faire exprès et sans péridurale d'une importante définition : "Est narcissique celui qui, n'ayant trouvé personne à aimer aussi fort qu'il aimerait qu'on l'aime, se charge de faire le boulot tout seul."

Ptiluc, "Ni Dieu ni Bête" (1986)

L'attitude juste, avant même que la mort nous mette la pression pour rendre notre âme dans un état décent, me semble celle rapportée par mon frangin, qui évoquait hier soir, à propos de mes travaux sur le narcissisme, que j'avais déjà colportés via l'éther à 135 correspondants triés sur le volet, l'immense Gregory Perelman, qui avait répondu aux journalistes souhaitant l'interroger sur ses refus des multiples prix, récompenses et médailles internationales et millions de dollars associés que le monde des mathématiques voulait lui décerner : "Laissez-moi tranquille, je suis en train de ramasser des champignons"

Voilà, pour l'essentiel de mes réactions à froid. 
Dans ma life, je n'ai guère le temps de regretter Thiéfaine, même s'il me manque déjà. 
Au pire, on se recroisera plus tard dans la ruelle des morts.

Et maintenant, Les documents de la mère Docu : j'ai exhumé une émission de la télévision française de 1986 inédite sur Youtube, comme on dit.

>>>>>>>>>>>>>

Titre : Hubert Félix THIEFAINE en concert à Montbéliard

Date de 1re diffusion : jeudi 15/05/1986

Durée : 00:43:30

Résumé / Description de l'extrait : Portrait d'Hubert Félix THIEFAINE et extrait d'un concert de la tournée 1986 à Montbéliard.

Oeuvres : Hubert Félix THIEFAINE chante Lorelei, les dingues et les paumes , Stalactite, la femme de Loth, Soleil cherche futur, Mathématiques souterraines, le chant du fou, Nyctalopus airline, Psychanalyse du singe, et Autopsie rock.

https://adilo.bigcommand.com/watch/JOtnaYfc

[Edit]

L'Observatoire d'évolution des radicalités hybrides (OERH) nous signale que pour un Thiéfaine, dont la revanche narcissique est assez réussie, vu qu'il a crevé la dalle dans sa jeunesse avant de triompher auprès de jeunes attirés par son romantisme polychrome et désespéré, combien d'individus ont basculé vers l’extrémisme violent ?
L'oeuvre d'Hubert-Félix est avant tout un arsenal défensif qui vise à protéger l'auditeur contre un sentiment de non-existence subjectif. Pour moi, ça a été efficace, à un moment où c'était difficile de ne pas non-exister.
cf cet article du Monde :

mardi 18 août 2026

UNKLE + Mark Lanegan - Looking For The Rain (2017)

J'étais persuadé d'avoir vu un clip de cette chanson dans lequel Mark Lanegan interprétait un homme avec de bonnes raisons d'être assoiffé (quand il y en a tant de mauvaises), dans un désert en noir et blanc. Pas moyen de le retrouver, et je finis par penser qu'il n'était que dans ma tête, et que c'est moi qui suis dans le désert depuis trop longtemps. Peut-être qu'un fan l'a tourné, puis mis en ligne, consumé d'admiration pour son modèle, comme j'ai pu le faire avec Capdevielle. Et que Youtube l'a ensuite retiré de sa plateforme, pour outrage au  bon goût et aux droits d'auteur : il fait tellement chaud que je rêve que Youtube, propriété de Google, devienne humaniste devant la hausse rapide des températures et les cliquetis égrenant les dernières secondes de l'horloge de l'apocalypse, et que son algorithme ne mette plus en avant que les contenus intelligents et à la hauteur des enjeux actuels : la survie à court terme de l'humanité.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Horloge_de_la_fin_du_monde

Tous au refrain :


Quand ils ont tué les oiseaux, je n’ai rien dit, je n’étais pas oiseau.
Quand ils ont tué les les poissons, je n’ai rien dit, je n’étais pas poisson.
Quand ils ont tué les plantes, je n’ai rien dit, je n’étais pas plante.
Quand ils ont coupé l'eau et répandu le feu, je n’ai rien dit, j'ai relu Jancovici et j'ai écrit quelques articles sur mon blog.
Ils n'ont pas eu à venir me tuer. Y'avait plus rien à bouffer ni à boire.

(librement adapté au goût du jour d'après Martin Niemöller)

https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/martin-niemoeller-first-they-came-for-the-socialists


Bon, si ça vous suffit pas, voici une petite anecdote impliquant un climato-sceptique bien connu. Cet été, à cause du sketch de Raymond Devos "à Caen les vacances ? à Caen les vacances ?" on est allés voir Caen.
https://vimeo.com/208851589
Tu me croiras ou pas, mais dans les rues de Caen, on a croisé Michel Onfray, il faisait son marché avec son caddie. Et c'est à peu près le seul intérêt touristique de la ville (alors que Cherbourg, c'est très joli.) Un type qui lui aussi avait reconnu Michou s'est approché pour le saluer. Et Onfray a reculé comme si l'autre allait lui mettre un coup de boule. On le comprend. Ça doit lui arriver une fois sur deux. Je ne lui ai pas demandé de selfie, tu aurais pensé que j'ai frayé avec une I.A. Puis nous sommes rentrés nous empiffrer de moules-frites à Ouistreham, où l'on est quand même mieux accompagnés, il y a des gens qui se promènent, de toutes nationalités, et même de pays qu'on avait même pas imaginés. Comme il y a le ferry pour l'Angleterre, la ville est quadrillée par des brigades de bérets verts, mitraillette en bandoulière et la main sur la crosse. On a regardé dans le wiki, c'est soit la Légion étrangère, soit les commandos. Faudrait pas qu'un migrant leur tombe dans les pattes, à ces bâtards. En attendant la pluie.

https://youtu.be/wb_MA41hgBw?si=ECdeY6ZNzLnU8NTn

Pour oublier toutes ces notions un peu anxiogènes, et profiter de ce bel été qui n'est pas encore fini, nonobstant les rabat-joie déclinistes, n'hésitez pas, comme Edith Nylon et John Warsen, à vous faire greffer un utérus en téflon, histoire de parer à toute éventualité. Si votre gynéco est parti en vacances, à défaut, écoutez ce disque, en découvrant les destins tragiques des somptueuses notes de pochette.


"Hier soir en zappant sur youtube j'ai trouvé la raison principale pour laquelle le climat se réchauffe 😅"
(mon frangin, qui tient à rester anonyme)



jeudi 6 août 2026

Jean-Patrick Capdevielle - 2 (1980)

A la manière des célèbres Chuck Norris Facts, voici les Capdevielle Facts !!!

Capdevielle faisait peur à Fernandel
qui n'osa jamais s'en ouvrir
à Fernand Raynaud.
1/ Alors que j'essaye d'écouter "C'est un dur", chanson interprétée par Fernandel, ma nouvelle appli Musique, qui remplace Itunes sur MacOS, s'obstine à me passer à la place "C'est dur d'être un héros", de Capdevielle, en me soutenant mordicus qu'elle est en train de jouer "C'est un dur", par Fernandel; donc y'a quand même des fichiers gravement corrompus du Q dans mon ordi, je sais pas si c'est la chaleur ou des hackeurs russes, souvent prometteurs d'une certaine fraicheur, mais c'est la grosse louze. 
Encore que tout le drame de Capdevielle, souligné fort à-propos par ce fantôme dans la machine, c'est qu'il prétendait incarner jusqu'à l'excès l'idée globale de la chanson "C'est un dur", mais tout le monde voyait bien que c'était une posture, par un Fernandel camouflé.

2/ C'est ce pauvre loser de prisunic et d'éclopé de pacotille de Capdevielle que j'ai jadis brocardé dans une vidéo ordurière, ce dont je m'excuse platement auprès des ayant-droits, d'ailleurs je la rediffuse pour bien vous faire montrer.

https://vimeo.com/16188267

3/ Ce faisceau d'indices ne suffit-il pas, Votre Honneur, à condamner le prévenu pour foutage de gueule, au moins à partir de son album "2" de 1980, une pièce aussi accablante que celles qui ont mené à la condamnation en appel de Mareine la Pine pour détournement de fonds publics ? elle qui prétend nonobstant se présenter aux présidentielles l'an prochain, et qui donc en face pour incarner au deuxième tour le camp du barrage républicain ? Capdevielle ? je vois pas qui d'autre. Mais le charme s'est rompu, le sortilège éventé, le lien défait, le feu au château, l'oiseau dans le mazout, l'auto kaputt, la neige crado, la mort du frigo...

4/ Un extrait d'un pédagodrame jadis joué à guichets fermés dans une petite salle de théatre de Ouououoh (Ille-est-Vilaine), "En attendant Jean-Patrick dans le désert" dans lequel Capdevielle incarne un biologiste dépressif du début du XXeme siècle à la Jean Rostand :


BERNARD :

N’essayez pas de résister aux séductions de la langue de Jean-Patrick Capdevielle : c’est impossible. Ecoutez s’achever un de ses disques :
« Alors l’espèce humaine passera comme ont passé les Dinosauriens et les Stygocéphales. Toute vie cessera sur la Terre qui, astre périmé, continuera à tourner sans fin dans les espaces sans bornes. Alors, de toute civilisation humaine ou surhumaine, découvertes, philosophies, idéaux, religions, rien ne subsistera. En ce minuscule coin de l’univers sera annihilée pour jamais l’aventure falote du protoplasme, aventure qui déjà peut-être s’est achevée sur d’autres mondes, aventure qui en d’autres mondes peut-être se renouvellera. Et partout soutenue par les mêmes illusions créatrices des mêmes tourments, partout aussi absurde, aussi vaine, aussi nécessairement promise dès le principe à l’échec final et à la ténèbre infinie. »
Quel merveilleux échantillon de langue artiste ! Jean-Patrick Capdevielle est voluptueusement pessimiste et il se projette si bien sur l’univers que, peinte par lui, son image devient un portrait de Jean-Patrick Capdevielle. Les « illusions » dont il parle sont créatrices « partout des mêmes tourments », mais, à l’écouter, elles ne créeraient et n’auraient jamais créé de joies ! J’aime à croire que les tourments de Jean-Patrick Capdevielle lui sont des joies, mais quel viol de la théorie des ensembles ! Admirez au passage « Les Dinosauriens et les Stygocéphales », qui sont cousins germains de « La fille d’Agénor et de Léocadie », cette soeur jumelle de « La Fille de Minos et de Pasiphaé » : ce sont des trucs de métier qui ne manquent jamais de « faire bien ». Mais admirez surtout « promise dès le principe à la ténèbre infinie » : quelle splendeur ! C’est à la fois du Bossuet et du Baudelaire, saupoudrés d’un rien de Rembrandt ! Non, il n’y a pas d’écrivains plus doués que Jean-Patrick Capdevielle. Mais la pensée qui s’exprime dans ces phrases si belles, comment, Philippe, la résumeriez-vous en un minimum de mots ?

PHILIPPE :

- Merde !

BERNARD :


Pour faire part de son chagrin au peuple, je préfère la langue de Jean-Patrick Capdevielle. J’admets que Philippe est plus expéditif, mais vraiment trop sommaire !


PHILIPPE :

Vous m’avez demandé un minimum de mots. Si vous m’en accordez deux, il est facile d’exprimer toute la pensée contenue dans cette prose somptueuse : Memento mori.

5/ Pendant le Covid, c'était quand même bien d'avoir une chanson de Jean-Patrick à parodier. En fait il ne restait plus que lui, tout le reste avait déjà été moqué.

https://jesuisunetombe.blogspot.com/2020/04/jean-dick-macdevieille-quand-tes-dans.html

6 / D'autres s'y sont essayés, longtemps avant d'avoir l'excuse pandémique, avec un certain brio :
" Un beau soir un éclair égaré par l'orage
frappa de plein fouet son vélo sauvage
il était dans le désert depuis trop longtemps
mais pour Johnny, l'enfer ce n'est qu'un feu de camp. "

dans "Johnny pas grand' chose"
par Costric 1er / Barres-Pipin
sur l’album de Odeurs "Toujours plus haut" 

7/ Blasphémer contre Capdevielle, n'est-ce pas le renforcer et lui donner raison ? comme dans la vieille blague de Flo :




"On ne peut pas dire "je suis quelqu’un de bien" puisque ce serait s’affirmer contre le mal, ni "je suis quelqu’un de mal" puisque ce serait s’affirmer contre le bien. Si on affirme une valeur, on donne à la valeur opposée une valeur finalement supérieure à celle qu’on affirme. Par exemple, la vraie valeur de Sade, c’est le bien. Il n’existe que par l’opposition au bien, le bien est la condition sine qua non de son existence. De même, celui qui a besoin de chasser les démons se définit par rapport au mal et reconnaît implicitement que le mal lui est supérieur."

8/ Capdevielle c'est comme Matrix. Le 2 faisait regretter le 1, et le 3 faisait regretter le 2.

9/ Capdevielle ayant produit et réalisé 7 ou 8 disques avant de se consacrer exclusivement à la peinture, (ce que n'a pas fait malheureusement Charlélie Couture)  est-ce que ça va encore durer longtemps, ce raffut ?

9bis/ si vous me croivez pas, écoutez-le, comme ça vous sacherez.



jeudi 2 juillet 2026

Jean-Patrick Capdevielle - Les Enfants Des Ténèbres Et Les Anges De La Rue (1979)

Objet: Projet de discours pour le rapatriement des cendres de Jean-Patrick Capdevielle au Panthéon 

Entre ici, Capdevielle, avec ton terrible cortège...  
En voulant re-copier le 1er disque de Jean-Patraque Covidelle sur mon blog, là où je l'avais pieusement déposé sur la tombe à moi que j'ai et que je suis, en tout cas que j'étais en 2009,
et ensuite des salauds nécrophages détrousseurs de cimetières l'avaient tchouré, et pas moyen de remettre la main dessus, et au lieu de le remettre en ligne, j'ai rédigé un nouveau rédactionnel, galvanisé par la chronique intimiste qu'en fit jadis un génie anonyme à la gloire obscure dans cette pépinière de nouveaux talents du rire et de garants du bon goût qu'est le réseau social "Sens Critique" : 
J'ai aussi déniché un dithyrambe (attention, ne va pas orthographier ou comprendre ce terme de travers pour ne pas te faire buter par des Grammar Nazis, ce mot désigne originellement un hymne religieux de la Grèce antique chanté et dansé en l'honneur de Dionysos, caractérisé par son lyrisme exalté. Par extension littéraire, le terme désigne aujourd'hui une louange extrêmement enthousiaste, voire démesurée) pas piqué des hannetons chez Forces Parallèles.


Les disques de Capdevielle ne vieillissent pas. Ils ne s'usent pas, même si on ne les écoute pas pendant des décennies. Des empires peuvent bien naitre, croitre et s'effondrer, l'oeuvre impie de Capdevielle reste debout, insensible aux outrages du Temps. Par contre, nous, qu'est ce qu'on prend cher ! c'est d'ailleurs pourquoi on veut confusément et obscurément le réécouter, lui qui dès l'origine alertait sur l'inanité de toute quête et dont le fond de commerce est que sur toute chose la ruine étendra sa ténèbre, mais que c'est pas une raison pour la fermer; nul besoin de farceurs pour le parodier, comme la complaisance contient son propre châtiment, Capdevielle contient sa propre caricature, depuis le début, pour toujours et à jamais. Son personnage de dandy désabusé et survivaliste, parti de rien, arrivé nulle part et revenu de tout, n'ayant donc de merci à dire à personne, a pu faire illusion lors du premier album, dont certaines phrases étaient admirablement troussées, car la Muse s'était assise sur ses genoux au lieu de se foutre de sa gueule en lui tirant la langue, on parlait en anciens francs, Rock et Folk était aussi exigeant à lire que le Monde diplomatique, c'était le bon temps. 

mardi 14 avril 2026

Frank Zappa : Halloween 78 [5 CD Super Deluxe Edition] (2025)

Est-ce que je suis vraiment prêt à accepter Frank Zappa comme Seigneur et Sauveur dans ma vie ? Alors qu'Il n'a même pas été capable de se sauver lui-même de son cancer de la prostate ? Le proverbe des cordonniers les plus mal chaussés, c'est vraiment une affliction pour l'intelligence, ou pour parler vulgaire, c'est se moquer du monde; au même jeu de la bourse ou la vie, mon urologue (sans être l'élu des Dieux, ni perdre son temps à se représenter en guérisseur de malades sur les réseaux à grand renfort d'I.A et à boucher le détroit d'Ormuz avec un porte-avion en le prenant pour une sardine dans le port de Marseille) m'a sauvé la vie, ce qui fait que j'aurais maintenant tendance à prendre sa vessie pour une lanterne, alors qu'objectivement, il joue du scalpel beaucoup mieux que de la guitare.

Frank Zappa guérissant les malades et convertissant les rappeurs au jazz-rock
(photo prise à Nazareth-tes-conneries par Simon le Zélote au 50mm f/1.8) 

Et puis honnêtement, Frank Zappa a fait à la musique rock ce que Picasso avait fait à la peinture, ce que Stéphane Rosse a fait plus tard à Picasso, et ce que Jean Lurçat a fini par faire à la tapisserie. (éviter les comparaisons dégradantes avec les dirigeants des pays actuellement en train de se chicaner au Proche-Orient, (faisant se pâmer d'aise les déclinistes, les marchands de journaux, les humanophobes et les pompistes) et qui prétendent se faire prochainement ce que les Américains ont fait au peuple japonais en 45 du siècle précédent.) Après quoi la musique rock est rentrée chez sa mère toute décoiffée, avec sa culotte remontée de traviole sous sa robe pleine de traces de doigts peinture. Et elle ne s'en est jamais vraiment remise. La peinture, elle, à peu près dans le même état de stress post-traumatique, est allée se faire rhabiller par Lutin Bleu.

ce que Stéphane Rosse a fait à Picasso
Donc franchement, Frank Zappa comme Sauveur, je le sens pas. Il vaut mieux tenter de se sauver soi-même, ou reconnaitre humblement que c'est au-dessus de nos forces, ce qui nous rapproche d'une vérité sur nous-mêmes. Pourtant, en vieillissant, j'ai bien peur de devenir un peu zappaïen. Ca craint du boudin :les zappaïens ne peuvent plus rien écouter d'autre que leur versatile idole, qui devient leur obsession majeure lors des diners en ville où ils ne sont plus invités depuis longtemps parce que tout le monde est passé à autre chose. Ils se retrouvent à hanter des bars glauques en compagnie de professeurs de lettres s'étant eux-même décernés une médaille d'or en philologie pour faire leur intéressant, qui ont fini par adhérer à l’histoire qu’ils avaient créée. Quand vous présentez quelque chose à votre cerveau tous les jours en lui disant “c’est réel”, vous finissez par croire à votre mensonge. 


Un illustre imbécile du XXIe siècle qui, ayant dit à son cerveau "c'est réel",
a fini par croire à ses mensonges. L'Histoire n'a pas retenu son nom.


ce que ses héritiers ont fait à Zappa : 
le packaging du coffret.
D'autant plus que "Halloween 78" sonne parfois comme un groupe de balloche, la musique du divin moustachu virant vers un rock parodique à mon avis moins inspiré dans ces années-là (période Sheik Yerbouti et Joe's Garage). Mais peut-être que je pense ça pour me retenir de devenir totalement zappaïen (païen !) et ne pas accepter Frank Zappa dans ma vie, lui qui a pourtant tant fait pour moi. Je dois me sentir au dessus du lot, avec ceux qui croivent que la vraie grâce, c'est de la refuser, ceux qui prient Notre-Dame des Motherfuckers, et uniquement quand ils ont des besoins, pas quand ça va bien. Hum.


deux articles informatifs pour célébrer la sortie du très Saint Disque : 

Merci à Donald
pour l'inspiration de ce billet.
Grâce à lui, c'est un peu
Halloween 78 tous les jours.
Oui, la Super Deluxe Edition
en 5 CD, mais en vrai.
https://www.zappa.com/frank-zappas-spooktacular-annual-holiday-tradition-lives-on-with-halloween-78-box-set-now-unmasked-in-a-devilishly-cool-new-super-deluxe-edition/#/

https://theseconddisc.com/2025/10/28/review-frank-zappa-halloween-78/

Le lien vers le gigapack en mp3

https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZn1FvZh7DJNnj00QFXL0zwCSgRKR1AhQgV

 

jeudi 4 décembre 2025

T.U.B.E. (the ultimate bootleg experience)

Un copain presque juif tellement il est monothéiste, mais en moins bon état que moi qui suis plutôt animiste, en tout cas souvent le jeudi, m'a vendu sur son lit de mort l'adresse d'un site où l'on trouve quantité de concerts d'artistes de variétés non disponibles dans le commerce. 

La brigade aéroportée de l'Arcom
se tient prête à intervenir
si vous rechutez pendant le réveillon
dans le blasphème et le download.

C'est vertigineux. 
Je consulte sans compulser les étagères infinies bourrées à craquer de concerts passés de vieilles gloires de la musique de jeunes subrepticement passés du côté de la musique de vieux, y rejoignant André Verchuren, Annie Cordy, Nina Hagen et Berthe Sylva, et je me tiens prudemment au bord de l'abîme du téléchargement illégal sans y tomber. (faire commerce avec la grande cyber-prostituée de Babylone, ça serait encore rester ancré à Babylone). 
Je me sens un peu comme l'homme qui lutte pour sa vie dans la parabole du miel au bord du précipice (recueillie dans "Les plus beaux contes zen racontés par ChatGPT et illustrés par Philippe Druillet", le must-have pour un nouveau Noël Extinction-Réveillon) :

 

 

Un homme marche dans la forêt lorsqu’un ours se met à le poursuivre. Terrifié, il court jusqu’au bord d’une falaise. Dans un réflexe désespéré, il se laisse glisser et s’accroche à une racine qui dépasse du flanc rocheux.
Au-dessus, l’ours l’attend, grognant.
En dessous, au fond du ravin, un autre danger — parfois un tigre, parfois des rochers, selon les versions — l’attend la gueule ouverte.
Alors qu’il se cramponne, il voit une ruche accrochée dans la paroi, tout près de lui. Une goutte de miel tombe sur son main.
Il porte la goutte à sa bouche…
Et il sourit : comme ce miel est délicieux !

jeudi 18 septembre 2025

Le Rock D'Ici - Volume 5 (2015)

De jeunes lecteurs m'ont signalé au cours de l'épisode précédent que l'anthologie réalisée pour le compte de la concurrence "ARTISTES DIVERS ~ Le Rock D'Ici - Volume 5 " n'était plus disponible dans le commerce illicite. Le rédactionnel de l'article restant valable, je ne vous le remets pas ici. Je remets juste les chansons avant de filer à la manif, où je compte bien m'emparer de la sono de la CGT pour substituer ma compile à l'incontournable "Motivés" par Zebda qu'on entend depuis le stand Merguez jusqu'à la station de bus en grêve.


https://www.mediafire.com/file/0msqmn01nfmjnc2/Le+Rock+D'Ici+-+Volume+5.zip/file


01 - STILETTOS - Le Dernier Rock Avant La Crise

02 - ARTHUR H - L'Abondance

03 - DEDE ET MIREILLE - Pour Coiffeur

04 - SAPHO - Mécanique

05 - MANSET - Manteau Rouge

06 - HUBERT-FELIX THIEFAINE - Narcisse 81

07 - RAOUL PETITE - Georges Cloné

08 - BERNARD LAVILLIERS - Lettre Ouverte

09 - EMMANUEL BOOZ - Les Morts

10 - HELDON - Ouais, Marchais, Mieux Qu'En 68 (Le Voyageur)

11 - SAX PUSTULS - Emmène-Moi

12 - HONEYMOON KILLERS - Fonce A Mort

13 - LUTIN BLEU - Martine

14 - BABX - Mourir Au Japon

15 - LES FATALS PICARDS - Seul Et Célibataire

16 - LES SATELLITES - Les Américains

17 - NINO FERRER - Ma Vie Pour Rien

18 - RODOLPHE BURGER - L'Homme Usé

19 - AU BONHEUR DES DAMES - Ça M'Enerve

20 - FRENCH COWBOYS - Happy As Can Be

21 - ARLT - Tu M'As Encore Crevé Un Cheval

22 - BULLDOZER - Il Etait Une Tranche De Foie Dans L'Ouest

23 - JOHNNY HALLYDAY - Jesus-Christ

mardi 15 avril 2025

Zappa In New York [40th Anniversary Deluxe Edition] (2019)

2023 :

Du temps de son vivant,
Frank Zappa z'abitait chez ses parents.
C'est faible, je sais, mais je suis en convalescence.
J'aimerais pas vous y vouar.
...soudain, et sans aucune transition avec le silence qui précède ce rien, sort "Funky Nothingness", un nouvel album de Frank Zappa. Quelle vitalité, pour un musicien décédé en 1993 !
Alors, Zappa, pas z'à pas ? 
L'album regorge de choses variées et inédites, période Hot Rats (1970). 
Mouais. Ca va faire comme à chaque fois : les adorateurs adorent, les indifférents s'en  tamponnent. 
Et est-ce que Frank Zappa n'aurait pas un peu mal vieilli depuis sa mort, comme je le radotais déjà en 2017 ? 
Ou alors c'est moi. 
Bien que je ne sois pas encore mort, enfin je suppose, y'aurait des indices, par exemple, il y aurait des mouches dans mon bureau, comme dans The Torture never stops : "Flies all green and buzzin' / In this dungeon of despair", enfin, il y en a, parce que ma femme a laissé la porte de la cuisine d'été ouverte et que les mouches adorent s'engouffrer dans la pièce adjaçente, mais elles sont noires, et elles ne sont pas toutes sur moi. C'est encourageant. Et mon bureau a cessé depuis un moment d'être un donjon du désespoir, faut pas pousser non plus. En lisant les 3 volumes de sa biographie au Castor astral, j’apprends aussi à dissocier l’homme Zappa de l’œuvre zappatiste, encore mieux qu’avec Polanski; même si avec Polanski, c’est moins z'eazy qu’avec Dieudonné, malgré son sketch sur le cancer, qui n’est pas mal, faut reconnaitre. 
et en plus, il avait un bon coup de fourchette
Mais la personne Dieudonné me révulse un peu.
Je peux pas rire avec n’importe qui. 
Et je découvre que Frank Zappa, comme Ramon Pipin et Jak Belghit, ne vivait que par et pour la musique. 
"Information is not knowledge. Knowledge is not wisdom. Wisdom is not truth. Truth is not beauty. Beauty is not love. Love is not music. Music is THE BEST."  Rhâââ ! je le connaissais pas, ce Zappaphorisme, digne d'un mystique hindou ! 
Il me ravigote, en ces temps où plein de musiciens géniaux, dont un bon paquet d'inconnus au bataillon, persistent à trépasser. Heureusement que leurs œuvres leurs survivent, surtout quand on se donne la peine de les écouter. Sinon, elles restent dans aussi mourues que leurs auteurs, comme mes vinyles au fond du garage.
=> La playlist de l'album : 


2024 : 

Moi aussi, faudrait que je pense
à me faire décoincer la glissière
avant qu'il soit trop tard
J'hésite pendant des mois à écouter l'album. Plus ça va, plus le nombre de disques que je n'ai pas écoutés augmente. C'est vertigineux; j'en ai des sueurs froides; alors, je tergiverse; mais c'est décidé, j'arrêterai de procrastiner dès demain. 
Je ne suis pas un vieillard maniaque et zappaphile, la période Hot Rats, je ne la connais pas bien, je ne veux pas me noyer dans 3 heures d'enregistrement, comme à chaque fois que sort une putain de Deluxe Edition. Je suis en train de relire les recueils du Journal de Spirou de l'an 1970, qui était quasiment ma seule source d'information fiable à l'époque, et ils n'en parlent pas du tout, de la période Hot Rats de Zappa. 
Là où j'ai pied, chez Zappa, c'est entre 1975 (One Size Fits All) et 1981 (Shut Up 'n Play Yer Guitar, que je peux écouter plusieurs jours en boucle avant que les voisins n'appellent la police). C'est peu, dans le long fleuve impétueux de sa trajectoire artistique. Heureusement, un site d'auditeurs de disques rétablit la vraie valeur des artistes et de leurs œuvres, loin de la mafia des rock-critiques vendus aux maisons de disques et aux annonceurs de publications périodiques, là c'est la voix du peuple qui s'exprime, en tout cas la voix de la fraction du peuple qui s'exprime sur les forums d'auditeurs de disques plutôt que dans la rue, parce que dans la rue, personne n'évoque Zappa, c'est un marché de niche et les chiens s'en foutent, arf. Concernant Funky Nothingness, les amateurs non-professionnels apprécient, mais seuls deux passants ont laissé un avis, et on peut les suspecter d'être zappaphiles.
J'écoute les 3 CD, mais je ne suis pas dedans. Alors j'en écoute d'autres, comme "One size fits all", débordant d'une musicalité paroxystique sans être englué dans l'habillage parodique traditionnel et un peu nihiliste du père Z. C'est l'engrenage.

janvier 2025 : 

Contrairement à ce qu'on peut lire ici et là
mais surtout là sur internet,
Zappa n'a jamais écrit pour Lynch
la musique d'un ballet
à base de sonde urinaire
et de jambon à l'os.
Mais ça aurait pu.
L'année ne commence pas bien, j'ai dû trop réécouter Zappa, mais c'est lui qui m'a provoqué, aussi, il avait beaucoup trop réenregistré, et j'ai chopé comme lui un Prosper de la cantate. Youp la boum. La différence c'est que je suis dépisté à temps, on me laisse même le choix entre la radiothérapie et la chirurgie. Pendant l'ablation rituelle de l'organe défectueux, aussi appelée prostatectomie radicale par coelioscopie, l'urologue me fredonne "The Torture never stops", ritournelle zappaïenne. Je m'en fiche, je dors du sommeil de l'anesthésié général. Reprenant mes esprits quelques jours plus tard, j'esquisse un pas de deux, en hommage à David Lynch, qui vient de nous quitter, c'est mon désormais célèbre "autoportrait à la sonde urinaire et au jambon à l'os", mais voyant que je reprends du poil de la bête et que je recommence à me donner en spectacle, les infirmières me retirent la sonde au bout de 12 jours, et il me faut alors réapprendre à pisser. C'est une autre paire sans manche, mais le kinésithérapeute m'induit 20, puis 30 milliAmpères d'électricité dans une sonde anale, le courant passe entre nous et ça m'aide à localiser mon périnée. Une femme qui accouche sait spontanément où ça se trouve, mais les mecs accouchent assez rarement, ou alors de souris, et c'est plus compliqué.

mars 2025 : 

Mon cousin, commandant de bord à Air France et assis sur la branche prétendument "gagnante" de la famille, 53 ans, met fin à ses jours, sans un mot d'adieu, laissant veuve, enfants, parents, veaux, vaches, cochons, couvées, se démerder avec ça. 
Avait-il écouté « Suicide Chump » de Frank Zappa avant de commettre l'irréparable ? c'est ce que l'enquête devra déterminer.

« Trouve-toi un pont et fais le grand saut
Arrange-toi juste pour réussir du premier coup
Car il n'y a rien de pire qu'un suicide raté »
Frank Zappa « Suicide Chump »

Au moins, il n'a pas entrainé avec lui dans la mort les 150 passagers du vol 4U-9525 de Germanwings. 
Au moment ultime, le pas de côté par rapport à l’horrible engrenage des pensées funestes lui a été refusé, ou il n’a pas pu le concevoir, y'avait pas la hauteur sous plafond, aucun ange ne l’a effleuré de son aile poilue, enfin bref, ça s’est pas fait, et à la place, ce qui s’est fait est assez moche pour tout le monde, et encore, y’en a de reste. Il a cru pouvoir faire cesser la souffrance en mettant un terme à la source de toute sensation : lui-même. L'immense tristesse surnuméraire que doivent se partager les survivants du crash, c’est l’affreux « allez vous faire voir » que la mort volontaire dessine silencieusement dans le dos des suicidés qui ne laissent pas de message d’adieu. 

J'hésite à offrir « Suicide Chump » à ses enfants pour les consoler d'avoir perdu leur papa, qui était un chouette gars. On peut partager la peine, immense, sans chercher à la multiplier par des observations inappropriées. A la place, j'écris à mon oncle et à ma tante, pour leur expliquer combien les mécanismes du désespoir qui mène à l'irréparable sont souterrains : la dissimulation à ses proches, en même temps que l’affaiblissement de la conscience de soi, au fur et à mesure que le cancer dépressif te dévore l'âme comme l'adénocarcinome te dévore la prostate puis colonise ses faubourgs si tu n'es pas dépisté à temps, parce que tu es passé au travers des milliers de messages de prévention qui t'ont été adressés, tu ne te sentais pas concerné, tellement tu te croyais immortel. Les femmes vont très facilement se faire dépister les seins et les ovaires; pourquoi planons-nous si haut au dessus des lois statistiques ?

On prévient plus facilement un cancer de la prostate que la tentation d'en finir.

Je dis aussi à mon oncle et ma tante qu'il ne sert à rien de culpabiliser de n'avoir pas su voir les signes avant-coureurs du passage à l’acte : tout est caché, rien ne dépasse. C’est invisible, jusqu’au moment où la souffrance prend le dessus sur tout le reste, même l’amour de ses proches. Inutile de rajouter mon émotion à la dévastation. 
Et j'évite de la ramener avec Zappa. C'est vrai, quoi, c'est pénible, à la fin.

2020 : 

Brusquement, cinq ans plus tôt, on se recueille en silence devant la dépouille de la moitié du duo des n'hommes Dédé et Mireille
C'est pas facile d'accéder au silence intime, parce que la partie fraichement défunte a choisi ante mortem de faire diffuser "Bobby Brown" de Frank Zappa, version Sheik Yerbouti, pendant la cérémonie d'adieux au funérarium. Y aurait-il une chanson de Frank Zappa pour toutes les circonstances de la vie quand elle touche à sa fin ? Sa veuve et ses 4 enfants s'étreignent ensemble et se couchent quasiment sur le cercueil contenant la dépouille de leur papa dans le civil, alias notre copine non-genrée dans notre vie d'artistes ultra secrète, voire carrément confidentielle.
Quelques jours plus tard, je tombe sur « Zappa », le flim, une nouvelle biographie vidéo avec plein d’archives inédites cédées par la famille, que je repompe avidement.
à l’intérieur, je découvre un extrait d’émission télé :
"Frank Zappa, dead at 52. His wife and all four children were with him." 
Je suis troublé.

Le meilleur endroit pour écouter Zappa au funérarium, c'est sous l'ampli de DJ Chimio.


avril 2025 : 

Je découvre Hot Rats (1969), magnifique !
Ainsi que la Deluxe Edition du Zappa in New York avec Jean-Luc Ponty (en fait c'est pas lui du tout, y'a longtemps qu'il a quitté le groupe, mais je crois le reconnaitre à l'oreille, mwahahah, quelle cruche !) Peut-être le meilleur enregistrement public de Frank Zappa de l'année 1978 ! avec 4 CD de versions inédites et un livret, que je vous joins, parce qu'on n'a que la joie qu'on se donne, tout frétillant de précision taxinomique. On y apprend la playlist de chaque concert, qui jouait de quoi, et ce qu'ils avaient mangé la veille. Tout est pardonné. Un collègue de travail rencontré dans la salle d'attente de l'anesthésiste avant la biopsie et qui se révèle avoir la même maladie que moi est lui aussi fan de Zappa. Notre relation prend un tour plus chaleureux.
Comme dans la chanson d'Yvan Dautin : 
"on s'donne du mal, jamais du bien 
J'perds les pédales, ça crée des liens!" 

Moralité : si vous êtes un mâle masculiniste de plus de 50 ans, et même si vous ignorez tout de Frank Zappa, allez donc faire un bilan sanguin tous les deux ans, ça tue pas le cochon, et ça vous évitera nos tragiques mésaventures.


Jean Verrat s'est proposé pour incarner Frank Zappa
dans un biopic encore à l'étude chez les zinzins de Hollywood,
mais vu les fluctuations boursières de la société du spectacle,
 on n'est pas sûrs que ça se fera.