jeudi 2 septembre 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2020

Stillpoint (2020)

Overdose de vagues de sérénité en suspension pour $12.99, frais de port en sus. Tout cela est bien monotone, et finit par se révéler anxiogène face aux vagues successives de Covid_19, tout aussi insistantes à nous léchouiller les arpions quand les variants se grimpent dessus, se tirent à la courte paille et se font la courte échelle pour bouter l'Humain hors de la surface de la Terre, puisqu'aucun arrangement n'a pu être trouvé entre Gaïa et ses amants désunis. Le second cédé est plus intéressant en termes d’harmoniques et d’intensité, même si y’a pas d’quoi, en signe de joie, se passer les paupières à la crème de chester avec une tringle à rideau de fer. (Pierre Dac)


(3/5)

Quiet Music 1/2/3
 35th Anniversary Remastered 3-Hour Collection (2020)

Joan Cornellà
La précédente rediffusion de la série Quiet Music ne date que de 2011.
En 2020 parait pourtant une version Telephone Explosion (Vinyl) de l'hommage( appuyé) que voulait rendre Steve au ... silence en 1986, sous la forme de trois cassettes audio. Consacrer tant de disques au silence, ça m'évoque une remarque assez juste de mon père sur "les bibliothèques entières qui ont été écrites sur les vertus de la prière." Et si je lui envoyais le disque, à Papounet ? En termes de contenu, si je compare les noms des  morceaux et leur durée, ils varient fort peu d'une réédition à l'autre, malgré les dénégations du service marketing qui vante les subtiles variations, troncatures et extensions des sorties successives. Honte à eux. Héry et moi avons de longue date proclamé l'insipidité de cette série. On va pas non plus se mettre la rate au court-bouillon devant cet hommage raté au silence. Mes blogs sont tout entiers un hommage raté au silence. Sauf quand je m'y tais.

(0/5)



The Sky Opens (2020)

Les grands succès du Maitre revisités en concert dans une église méthodiste de Pasadena. Les églises ont toujours réussi à Steve Roach.
Le premier cédé se caractérise par des pièces amples, placides comme un lac de montagne, comme ce Structures From Silence beaucoup entendu à travers ses incarnations successives ces dernières années, mais franchement, on ne s'en lasse pas. Qui se lasserait d'un lac de montagne, même si ses fenêtres donnaient sur icelui ?
Second Cédé : largement en dessous de tout ce que j'ai pu entendre dans le même genre (les live de 2011 à 2013), pour moi c'est l'album public à l'église du canyon  du coin de trop, celui du moins-disant culturel. En tout cas, je suis loin d'être transporté. Alors soit il cesse de produire des disques, soit je cesse de les écouter, mais il est temps d'en finir.

(2/5)


https://steveroach.bandcamp.com/album/the-sky-opens



Nectar Meditation (2020)

avec Serena Gabriel

Une collaboration avec une femme. Serena Gabriel (harmonium, voix, clochettes tibétaines et balayage du temple quand tout le monde est parti). C'est si rare qu'on se dit qu'il va y avoir du sang neuf dans l'astronef. Hélas, pendant 74 minutes, des masses nuageuses générées par l'harmonioume s'accumulent mais surtout se répètent dans le coin supérieur gauche de l'écran, vaguement épaulées par une pulsation tribale distante, mais qui reste à portée de biniou. Même la veillée funèbre de Nusrat Fatih Al Khan a dû être un peu plus enjouée que ça. La situation climatique n'évolue guère. C'est peut-être un disque à passer à bas volume en surveillant son curry de poulet vegan en train de bouillonner dans le caquelon de la tante Meera. Quand on pique du nez, bien avant la fin du disque, tante Meera nous envoie un petit coup de clochettes tibétaines, nous invitant à quitter notre transe, ou à y entrer, mais ça reste un effet d’annonce. Dommage.

(2/5)


https://steveroach.bandcamp.com/album/nectar-meditation


POV2 : The Case For Square Waves While Searching For Happy Accidents (2020)

avec Peter Grenader et Miles Richmond

Inattendue, une triangulaire, avec de vrais instruments. On reconnait des guitares, et plein de sons qu'on ne reconnait pas.
On est ici dans le registre d'une certaine placidité, ouatée et bienveillante. Avec tout qui est un peu déphasé, je veux dire avec des échos qui semblent provenir du futur, comme dans Tenet mais en moins prise de tête.
Southwestern Businessmans's Association réinvente presque les Frippertronics. Hattusha encore plus. On est dans l'expérientiel, entre potes, comme l'indique le titre de l'oeuvre : Le cas des vagues carrées lors de la recherche d'accidents heureux.
"L'idée maîtresse de POV était de sculpter un paysage sonore multitimbral forgé à partir d'une confluence de sources sonores.(..) Ultimement, c'est à propos de la musique elle-même. Le point de vue fourni ici est le vôtre, ouvert à une myriade d'interprétations."
Avec ça, si la mutuelle nous rembourse pas, c'est à désespérer.

(2/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/pov2-the-case-for-square-waves-while-searching-for-happy-accidents



A Soul Ascends (2020)


Très contemplatif. Ca c'est sûr, madame Chaussure. Mais j'ai dépassé depuis trop longtemps la dose de trop. Je deviens allergique à ce minimalisme, que je trouve à présent d'un mortel ennui. Mon blog aussi, mais lui c'est une tombe, il s'en fout. Je suis néanmoins perdu pour la cause.

(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/a-soul-ascends





Timeroom Livestream 8 - 22 - 2020 (2020)


Sortie directe de la table de mixage du premier concert en direct depuis la Timeroom (le home-studio de Steve chez lui). Une demi-heure assez placide, jumelée avec une vidéo qui dévoile le faisage de la création : un gros plan des vieilles mains toutes burinées de Steve, pleines de ses doigts calleux, à force d'avoir sculpté tant de dièzes et tordu de bémols, ses grosses mains qui pèsent le poids discographique d'une bonne moitié de l'histoire de l'ambient music, que la caméra suit amoureusement en train d’effleurer les batteries de clavier disposées dans la Timeroom pour en extraire le suc de l'ambient-qui-flotte, tout calme et tintinnabulant ; ça commence à 4:35 sur la vidéo.
https://www.youtube.com/watch?v=fkOKOPQUU4Q
(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/timeroom-livestream-8-22-2020



Tomorrow (2020)


Des séquenceurs chromés et rutilants, avides d'aspirer tout l’espace sonore, déroulent leurs volutes harmoniques, tantôt cristallins, tantôt suffocants, engendrant la sensation acoustique du déjà vu, trop entendu. Je crois que je suis devenu allergique à Steve. Mais au moment où je m’apprête à fondre en larmes sur ma médiocrité d’écoutant blasé si chèrement acquise, l’océan des arpèges retire ses vagues et révèle la plage miroitante de HeartBreath à marée basse, suffocante de sérendipité, cristalline et ruisselante comme si Chloé et Hiromi venaient de faire pipi dessus, et alors là c’est tout de suite plaisant, serein, et carrément magique, comme une crème de jour passée à la tombée de la nuit. Où se cachait le magicien qui se révèle soudain ici ? La piste rachète le disque, et moi aussi.

(4/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/tomorrow


LiveStream 09 26 2020 The Desert Eternal


Les plus grands succès du cowboy solitaire de l’ambient atmosphérique exécutés « live » depuis son studio de l’Arizona. Au début, les pièces (extraites de Structures From Silence et de Dreamtime Return) sont chiches en oxygène et en cliffhangers : on est dans la nappe synthétique anaérobie méditative anxiogène de base.
A partir de Prometheus Rising, une section rythmique vient raffermir notre attention défaillante, toute en vrombissements, stridulations et criquètements. Des entités caverneuses affligées de gros problèmes respiratoires font de fugaces apparitions, faisant disparaitre à notre vue les membres de l’assistance. Et là, l'univers bascule : soudain, l'irruption de la vie dans la morne plaine pulvérulente. Bien sûr, ces séquences insectoïdes en évoquent très fortement d’autres, dont elles sont issues et dont on peine à retrouver le nom et la source, tant la discographie est labyrinthique et protéiforme, mais qu’importe ? On baigne dans une inquiétante étrangeté, et c’était le but. La section rythmique ectoplasmique nous escorte pendant le reste de la performance, plutôt variée, explorant les versants amont et aval du tourisme chamanique, avec didgeridoo et tout le tremblement (qu’on appelle « vibrations telluriques » dans le jargon new age), on peut parler de « rétrospective » à prix malin. Rien qu’on n’ait déjà entendu sous une forme ou une autre, mais rien d’inaudible non plus.

(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/livestream-09-26-2020-the-desert-eternal

Remembrance in Waves (2020)

avec Serena Gabriel

Nouvelle collaboration avec Serena Gabriel. Au début on entend sa jolie voix spatiale s'étirant dans l'éther.
L’aspect solennel de la pièce, de la part d'un duo peu porté sur la gaudriole, provient de son inspiration :
"Cette pièce a été créée à la mémoire de tous ceux qui ont honoré nos vies, sont passés de l'autre côté et dont la présence reste si profondément ancrée en nous." 
Vu de ma fenêtre, c'est une performance live à la gloire des morts, c'est pas mal pour clouter ce mémorial.
La vidéo est visible sur la chaine youtube de steve.
C’est pas mal, mais c’est un peu court, du coup.

(3,5/5)

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