mercredi 19 mai 2021

Joost Swarte : Total Swarte (2012)

Le déconfinement ! Enfin ! Pour les vieux geeks, c'est la certitude de pouvoir pianoter sur un MacBookPro flambant neuf (acquis à vil prix avec les indemnités chômage intermittent du spectacle) des articles de blog inutilement bardés de références et surchargés de liens hypertexte jusqu'au bout de la nuit du couvre-feu, reculé ce soir-là vers 21 heures (heure tardive à laquelle je suis d'habitude en train d'appeler les gendarmes pour dénoncer les incivilités de mes voisins, juste avant d'aller dormir du sommeil du juste) attablé en terrasse d'un troquet après avoir soudoyé le loufiat, en fumant clope sur clope, aussi gai que tous les tondus de la Libération, c'est-à-dire sans saluer personne, ne participant à aucune tournée générale ni libation imbécile se réjouissant avec une amnésie miséricordieuse de retrouver une liberté bien éphémère, fragile et surtout dérisoire, n'oublions pas, c'est important la dérision même s'il ne faut pas en foutre partout (de toutes façons vous êtes comme moi : votre prison n'a qu'un barreau, et vous tournez autour). 

"Quand j'ai publié "Esclaves de la seringue !" avec Willem,
dans Charlie Mensuel, j'avais trouvé mon style définitif
entre l'underground américain de Robert Crumb,
Vaughn Bodé ou Gilbert Shelton et mes lectures de jeunesse
- Hergé ou Brunhoff (auteur de Babar)."

Concernant Joost Swarte, j'avais tout oublié, et je me contentais très bien jusqu'ici de posséder charnellement mon recueil d'histoires brindezingues "L'art moderne" paru jadis chez Futuropolis, dans la traduction pleine de tournures étranges de son compatriote Willem, à qui les histoires de gandins timorés de Swarte font souvent songer, et d'ailleurs Willem en signe une au scénario. Autant je vénère Willem comme illustrateur et dessinateur politique, autant je n'ai jamais compris grand chose à ses albums de bande dessinée, à part les babioles cruelles qu'il ciselait pour la première série du Petit Psikopat Illustré. "L'art moderne" , donc : dos toilé, payé soixante et onze nouveaux francs cinquante à la Fnac en 1989, d'après l'étiquette adhésive qui a fusionné avec sa proie, alors qu'aller à la Fnac n'était déjà plus un geste politique aussi fort que d'acheter Charlie Hebdo, qui de toute évidence a cessé de paraitre entre 1982 et 1992.
Et la Fnac s'en était aussi pris une grosse dans les miches lors de l'attentat de la rue de Rennes en 1986; et dans "Esclaves de la Seringue", Willem et Swarte avaient quand même mis en scène un sosie de Moshe Dayan, ce qui revenait un peu à chercher la merde avec le Mossad; heureusement, à l'époque Francis Lalanne n'était pas encore complotiste, et n'avait pas fait de chanson pour donner du liant genre béchamel à ces évènements tragiques. "L'art moderne"  re-donc, recueil malicieux et acidulé d'histoires branquignoles, pataphysiques et sanglantes, légèrement nihilistes, aussi, mais sans poids réel, pas un truc réaliste et lourdingue comme Michel Fourniret en BD, juste quelque chose pour s'amuser en inventant le "trash clean®au passage, comme un improbable remède à la mélancolie, trait ligne claire impeccable, pantalons frais repassés, seul Ted Benoit se hissa un peu plus tard à ce niveau d'hergéification picturale, avec des scénarios moins destroys et plus ambitieux. 

Dans Total Swarte, on trouve les exercices de style de Raymond Queneau en BD (2008) :
un pas de plus vers la ligne Clerc.

Mais hélas, j'entendis récemment parler sur un blog concurrent, animé par un autre magicien de la plume et du pinceau (comme si nous fussions acculés par une antique malédiction à un duel fratricide d'illusionnistes du XXIème siècle dans un remake reboot-iké du Prestige de Christopher Priest) par un type qui avait visiblement usurpé mon avatar identitaire, d'autres ouvrages de bande dessinée bien plus récents de 
Swarte, qui choisit de faire de sa technique autre chose que du sous-Tintin parodique ou du Blake et Mortimer de salaison industrielle et d'essence réactionnaire. Je me penchai alors sur l'itinéraire créatif de Swarte, que je trouvai remarquablement retracé ici :
C'est ainsi que j'appris ce que nul n'est censé ignorer : que Joost Swarte inventa l'expression "ligne claire" lui-même en personne. Il y a des gens, ça leur aurait suffi. Lui, on l'avait repéré jeune, dans Charlie Mensuel, passant aussi inaperçu que si Hergé avait dessiné Tintin bourré en train de gerber, comme le chantèrent plus tard les SatellitesUn trublion de la BD comme elle en produisait alors beaucoup, issu de l'underground hollandais et de la bande à Tante Leny, que je salue au passage, bonjour tata. 
Aucun dessin de Crumb 
n'a mieux vieilli que les autres.
Sauf peut-être son biopic sur
l'expérience religieuse de Dick.
45 ans plus tard, on pourrait se dire que les blagues de Willem et Swarte à base de trafiquants concons et cupides dans un univers tintinoïde étaient punk, outrées et sans avenir, mais on aurait tort : ils eurent bien des descendants, légitimes ou naturels, tout aussi décalés qu'eux, chez Ferraille Illustré ou Aaarg !
On peut aussi les penser terriblement datés, puisqu'issus du mouvement Provo, et que la provocation, d'où qu'elle émane, vieillit encore plus vite et souvent plus mal que l'objet de son ressentiment, mais on se rappelle alors que Zap Comix, la légende du comix underground américain des années 60 et 70 n'est paru en français que l'an dernier, dans une édition luxueuse, donc laide et dévoyée, et surtout 50 ans trop tard, mais ne boudons pas notre indifférence, car l'underground peut encore susciter des vocations, étant donné que quand on se révolte contre cette société de merde on a toujours 20 ans, que les grands penseurs et contre-penseurs de la société de consommation, les Barthes, Baudrillard et consorts situationnistes ont énoncé des évidences dans lesquelles nous sommes toujours englués depuis les années 60, et notre perception de l'underground hollandais que nous méconnaissions jusqu'à tout à l'heure brille soudain de mille feux, surtout que Swarte a quitté la BD à peine après y avoir connu son heure de gloire, comme s'il avait été déçu par le potentiel du médium, cf son manifeste "Misère de la bande dessinée" (1985)

l'oeil de Willem dans Libération
Et si on se dit que quand même, les dessins politiques de Willem parus dans Libération ces 30 dernières années vieilliront mieux avec leur méchanceté vitriolée que les petits mickeys rétros de Swarte, on découvre juste après un article du blog que Jean-Pierre Filiu anime sur le Proche Orient, dans lequel Hassan Dekko, un trafiquant syrien déjà arrêté après la découverte en Malaisie d’un chargement de 16 tonnes de captagon, une amphétamine particulièrement puissante, est soupçonné d'avoir truffé un chargement de fruits (des grenades, en plus) de comprimés de sa chnouffe, en provenance du Liban et à destination de l’Arabie saoudite. 
Les cigares du Pharaon de Tintin sont enfoncés, défoncés, et on se prend à rêver d'un retour aux affaires de Willem (qui a récemment pris sa retraite de dessinateur politique) et de Swarte, qui a quitté la BD depuis belle lurette, après lui avoir reproché de n'être pas à la hauteur de ce à quoi elle pouvait potentiellement prétendre. 
Et Total Swarte devient un témoignage de plus sur le quart d'heure de la BD underground hollandaise, ultime avatar en date de la peinture flamande du XVIIeme siècle.


On peut aussi méditer sur la mauvaise humeur d'un lecteur de Swarte, dont les arguments sont plus ou moins fondés, mais qui écrit mieux qu'il ne dessine :
Un compte-rendu lors de la sortie de l'album :
Une interview de Swarte, bien après que la poussière soit retombée sur le champ de bataille :
Un blog épatant sur la ligne claire et sur Swarte 


Résumé : Joost Swarte a inventé le terme "ligne claire" mais aussi sa version le "trash clean®. Il a expérimenté le medium bande dessinée, puis il est parti voir là-bas s'il y était. Et en vérité, il y était.

Et en plus, comme ils le disent bien 
chez planète bd et sur le site d'amazon, 
l'album est tout petit ! 
Quelle bande de gougnafiers, chez Denoël !!!


mardi 18 mai 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2010

Live At Grace Cathedral (2010)

La Grace Cathedral est une église épiscopalienne de San Francisco, qui accueille toute l'année les confessions et traditions musicales issues de la diversité du terreau fécond de la spiritualité locale, du moment qu'on n'égorge pas le bedeau backstage et qu’on n’exécute pas les spectateurs sur les prie-dieu des premiers rangs pendant le concert, parce qu’on n’est pas chez les Frenchies.
Sans doute inspiré par le lieu, Steve livre une performance quasi-stratosphérique, et se montre aérien sans affectation, ce qui peut se dire d'un pilote de ligne au chômage technique, ou comme ici d'une honnête performance de « musique planante », car il faut bien finir par appeler un chat un chat. Les nappes se succèdent et se fondent les unes dans les autres sans se chevaucher (on est dans une église, quand même) dans une ambiance apaisée où l'on tutoierait les anges si on les connaissait par leurs petits noms - rien d'anxiogène ici, et puis chez Roach les anges sont laïcs, et souvent asexués, ou appartiennent à une tradition innomée, comme on l’a souvent reproché à la musique new age, tout comme à l’autre bout du spectre audiophile, on peut grommeler que le doom metal ruisselle d’un peu trop de testosterone et accorde un crédit d’estime à Belzébuth sans savoir vraiment de quoi il est capable.
Et pendant le temps qu’on perd à rouméguer, des traits de lumière sonique semblent jaillir de la flèche de la cathédrale pour venir éventrer les nappes de brouillard qui se forment au dessus de la baie de San Francisco à la fin de l'été, quand les masses d'air chaud déboulant de la Californie en flammes viennent se mêler aux courants d'air froid générés par les flux glacés d’eau salée pacifique remontant par la faille de San Andreas. Steve bâtit ici une cathédrale de grâce qui fera fuir les scotophobes (= ceux qui craignent la lumière)qui préfèrent se planquer dans les coins sombres et écouter Vidna Obmana casser la Barrack.
Idéal pour rater votre session quotidienne de méditation vipassana en projetant dessus des contenus émotionnels non-pertinents. La première pièce de 43 minutes est magnifique. La seconde un peu moins intense, mais plus longue, car il faut savoir durer. Il a dû s’en passer des choses, dans les chakras des spectateurs présent au concert.
« plus ça va plus j'aime le Grace Cathedral. ça a dû être assez génial là-bas dedans. » (une usagère réjouie)

(4/5)
https://steveroach.bandcamp.com/album/live-at-grace-cathedral



Truth & Beauty (2010)


rediffusion de (Cosmos) 1999
voir avec mon collègue :





Dream tracker (2010)
avec Byron Metcalf et Dashmesh Khalsa

Encore un beau rôti de veau sonique pour les gogos du C.A.O. (Chamanisme Assisté par Ordinateur) : le fidèle second couteau Byron Metcalf aux percus, et Dashmesh Khalsa au didgeridoo déguisé en trou d’évier cosmique.
Byron Metcalf, dont le patronyme apparait tout d’abord comme celui de l’avocat d’Hannibal Lecter dans les romans de Thomas Harris, sans que son avatar dans la Réalité Réelle ait pu justifier pourquoi son homonyme hante ces fictions outrancièrement dark ambientes.
Il se la joue un peu tambours marocains, tout au long d’une trance un peu platounette. Le minimum syndical. 
Décevant comme Deauville sans Trintignant; sans relief et sans vie. Peu d’idées, et beaucoup de remplissage. Où sont passés les gars qui nous ont jadis transportés sur The Serpent’s lair ? Les voici désormais en pilote automatique, avec de la moumoute synthétique sur le volant. Le new age tel qu’on aime le mépriser, quand on entend ses flonflons aseptisés dans les rayons de la supérette bio. C’est même un peu pompier et grand-guignol sur « Thunder Walk ».

(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/dream-tracker




Sigh of Ages (2010)


Sérénité. Gravité. Majesté. Mélancolie. Le retour des notes, et bientôt des mélodies; enfin ! Puis un peu de séquenceur schultzien, sans surcharge. Une Immobilité dynamique® qui n’est pas ici usurpée, dans, le doux ronron des synthétiseurs analogiques, distillant des arpèges dans des tonalités chaudes et apaisantes.
Et « Return of the Majestic » est effectivement… majestueux, et très réussi.


(4/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/sigh-of-ages


Nightbloom (2010)
avec Mark Seelig

Steve étend des nappes imitant un bourdon oriental (le bourdon ne désigne pas ici un insecte aux yeux bridés mais une cloche ou jeu d’orgue au son particulièrement grave, dont on dit fort à propos qu’elle peut coller le bourdon). 
On pourrait aussi parler de drone harmonique continu, une astuce répandue chez Stevie quand il manque de wonder, qui lui permet de mimer sa présence au clavier même quand il dort debout devant, voire allongé dedans. Mark Seelig émet un chant diphonique (technique vocale permettant à une personne de produire simultanément deux notes de fréquences différentes) de style mongol.
Ca ne m’évoque que de très loin le bouleversant Hearing Solar Winds de David Hykes (pas le reptilien illuminati, l’autre). 
Mais qu’il y parvienne avec sa bouche, ou à l’aide d’une astuce technologique n’y change rien : ces longues plages harmoniques ponctuées de quelques tambours lointains conspirent pour me plonger dans un état de bienveillance par rapport à nos deux larrons; ce n’est pas la première fois que le travail de Mark Seelig retient mon attention; avant d’être musicien, il fut psychothérapeute. Je devrais peut-être consulter. Si vous aussi il ne vous laisse pas insensible, vous pouvez le joindre ici :
Je vous déconseille quand même de prétendre que vous venez de ma part.
(4/5)

dimanche 16 mai 2021

Jak Belghit - Le rêve d'un caillou (2020)

Manufrance, c'est vraiment la French Touch
de la bonne dérouillée que les Boches n'auront pas. 
Au lieu de faire chauffer ma machine à auto-flagellation que j'ai commandée à Manufrance pour Noël afin de me punir d'avoir uppé ici des disques qu'on ne trouvait plus dans le commerce mais des fois quand même, si, je me suis mis à en acheter sur Bandcamp. 
Des disques. Bien sûr, si on doit $100 000 à la Mafia, on ne s'acquitte pas de sa dette en achetant une pizza à la pizzeria Cosa Nostra du coin ! Mais il faut bien commencer quelque part.
Bandcamp rémunère les auteurs de façon plus satisfaisante que bien des sites de streaming. En tout cas c'est ce que j'en pensais avant d'oser poser la question à Jak : 
" Si j’achète ton disque virtuel sur bandcamp pour 10 €, le minimum syndical suggéré, combien tu touches ?
- Ils m'en prennent un peu mais je garde 82%, et pour aider durant la pandémie ils ne prennent pas de charge le premier vendredi de chaque mois..."
Alors maintenant, chaque premier vendredi de chaque mois, je parcours les immenses rayonnages de cette audiothèque virtuelle qu'est Bandcamp, et j'achète des disques. 
Je redécouvre le bon usage d'internet, loin de DarkSide et des ransomwares ukrainiens. Bien sûr, c'est fragile, surtout quand je retombe sur des blogs, des forums ou des trackers bittorrent en open bar, avec des sous-catégories plus affriolantes les unes que les autres, comme du porno lituanien LGBTQAI+ avec des oursons nains. 

Li-An est un génie.
Ou carrément ce site, véritable machine à tuer les libraires, sur lequel je déniche même des vieux bouquins de psycho comme l'Oeuvre complète Psychanalyse IV by Sandor Ferenczy pour aider ma femme à finir son mémoire sur l'inceste dans les temps, avec tout le linge qu'il lui reste à repasser, la pauvre.
Mais le disque de Jak Belghit, je l'ai acheté. Autant Ferenczy n'a pas besoin de moi pour vivre puisqu'il est mort, autant Jak Belghit, dont le génie est aussi peu reconnu que celui de Li-An ou de Francis Masse, je sais que pour lui, chaque euro compte.
Et je sais que c'est un artiste total : quand il vient manger à la maison et que pour faciliter sa digestion je lui propose de m'aider à scarifier la pelouse, quitte à lui faire l'honneur de lui prêter mon râteau Wolf Multi Star - UGM30, il est capable de passer 4 heures à jouer tout Gershwin sur les verres à moutarde en faisant semblant de ne pas m'avoir entendu.
Par rapport à l'album précédent de Jak, celui-ci est tout grésillant d'électricité, presque autant que quand Jeff Beck s'entoure d'un aéropage de jeunes femmes punkoïdes. 
D'ailleurs les deux disques commencent pareil, par des crépitements de cordes frottées pour faire se lever les orages désirés.
Le rêve d'un caillou, d'abord j'ai cru que c'était un hommage à Steve Roach, la personnalité de l'année selon certains influenceurs dont surtout moi, parce qu'il y a du didgeridoo dedans, mais après je me suis dit , ce disque, est-ce que c'est jak qui rêve d'un caillou ou le caillou qui rêve de musique, ou même de jak ? ce qui expliquerait sa résistance quasi minérale face à certains phénomènes apparus dans sa vie devant lesquels il ne rompt ni ne plie, et le disque est surtout plein d'expérimentations électro-acoustiques à base de samples, de percussions trafiquées, de couinements samplés et distordus mais faut pas le dire passque sinon ça fait trop peur et après on peut plus s'empêcher de penser à la séquence de la douche dans scarface avec la tronçonneuse, mais enfin tout un bestiaire  s'exalte ici, qui évoque les psychédélices à la fraise, les dragées au poivre, les acides à l'huile motul, et puis on ne sait jamais si c'est Jak qui rêve d'un caillou qui jouerait de la guitare ou l'inverse, mais je crois avoir déjà évoqué ce problème, et nos ingénieurs doivent déjà être sur le coup pour rectifier ça au prochain tir. Aucun titre ne nous guide vraiment vers la solution, ni "chronofer", onirico-concassant, ni "sirènes et cyclopes" , ni les autres.

Elle, si elle faisait des disques sur Bandcamp, 
je les achèterais pas.
J'irais plutôt la voir en concert. 
Ils sont bien, globalement, ces morceaux de rêves de cailloux, mais faut reconnaitre que dans cette vaste carrière de pierre à ciel ouvert y'a pas beaucoup de silences entre les sons, alors que chez Steve Roach, par exemple, on a le temps d'aller au frigo recharger en boisson aromatisée à l'ayahuesca entre deux déchaînements d'orgone ferrugineuse.
Force est toutefois de constater que même confiné aux heures sombres dans sa tour d'ivoire de Babybel, uniquement entouré de ses outils informatiques et ses guitares pendant que la femme qui l'aime lui fait à bouffer, l'homme de talent peut accomplir de fantastiques voyages d'Electro Rock Instrumental assis immobile dans son studio sans ressentir à tout bout de champ le besoin compulsif et stérile d'aller consulter sa messagerie gmail. En tout cas c'est vrai que j'étais là tout à l'heure à m'extasier mollement comme une quiche au jambon pas très cuite devant la carrière solo de Robert Plant, qui n'est pas resté les deux pieds dans le même plat de nouilles depuis la fin de Led Zeppelin, alors que Jak Belghit joue quand même beaucoup mieux de la guitare sèche, à condition de se produire sous une bâche pendant les giboulées saisonnières dans cette région quand même humide pour laquelle il a quitté la lésion parigienne depuis un an déjà.

samedi 15 mai 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2009

Spirit Dome - Live Archive (2009)


Rediffusion de l'album de 2004, de sinistre mémoire, jumelé avec son dark companion de 2000. 
Ils ont fait beaucoup de mal, mais qui serions-nous pour leur refuser le pardon ?
Qu’ils reposent en paix.
Sans être écoutés.




Dynamic Stillness (2009)

Le double album le plus intéressant, ou le moins décevant dans la veine spatiale et atmosphérique de ces années-là. Des nappes, certes, glissent les unes sur les autres, on a déjà entendu ça, mais dès l’ouverture de Birth Of Still Places, elles sont texturées, finement nervurées, leurs longueurs d’ondes sont comme des vagues qui avanceraient loin sur le rivage de la perception, et elles ne se retirent pas, d’autres viennent les recouvrir, les plaques tectoniques glissent harmonieusement sans faire de grands bruits qui font peur, et la magie opère enfin. Un certain nombre de concepts sonores ébauchés dans de précédents disques trouvent ici un épanouissement à leur mesure.
L’idée d’Immobilité dynamique®, qui fait ricaner le roachien sur tant de galettes frelatées, est révélée dans son immanente plénitude auto-satisfaisante pendant les 40 minutes du premier morceau. L’acédie, cette affection spirituelle qui se manifeste par l'ennui, le dégoût de la prière et le découragement, et qui atteint principalement les moines et les fans transis de Steve Roach, disparait soudain. Pas de traitre et angoissant vortex (tourbillon creux créé par un écoulement de fluide) nécessitant de se crisper sur les accoudoirs du fauteuil de peur de basculer dans la crevasse soudain apparue dans le plancher du salon. Tout n'est que calme et volupté.
Le reste du double CD est vaste et ample, quoi que moins chaleureusement habité. Eclats de soleil reflétés sur un lac d’altitude, caressé par la brise. Ondes gravitationnelles ascendantes. Sérénité scintillante du plateau roacheux peu inquiété par l’érosion tant qu’il fait sec et que le vent ne se lève pas.


(4/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/dynamic-stillness

Immersion IV (2009)

Je flotte. Certes. Mais le minimalisme des moyens mis en oeuvre m’évoque plus la blancheur clinique et chlorée d’une piscine de laboratoire plutôt que l’abyssal océan. Plus neuroleptique qu’hypnagogique, destiné à ceux qui croivent que les disques de Roach peuvent leur « faire » quelque chose d’agréable à l’insu de leur plein gré s’ils les passent en boucle et à bas volume toute la sainte journée, illusion engendrée par les gars du marketing, puis auto-entretenue par les auditeurs, grâce à l’abondante documentation qui encadre les sorties.
Je ne vais pas ricaner, j’ai fait partie du coeur de cible. Si ce disque me « fait » quelque chose ? oui, il est tellement ouaté et cellulosique qu’il me « fait » penser à racheter du papier toilette. 
Que voulez-vous, dans hypnagogue, y’a gogue.

(1/5)


Afterlight (2009)

Joute d’harmoniums désaccordés dans la cathédrale désertée (et pour cause). Derrière les vitraux, on devine de gros nuages qui zèbrent l’azur et assombrissent la nef et les visages émaciés des derniers fidèles qui s’y sont réfugiés, et qui rêvent encore de retrouver « leur » Steve, qui semble ici perdu pour toujours dans ses rêveries atmosphériques, même si ça ne dure que 74 minutes et que personne ne m’a obligé à l’acheter, moi qui rêve de voir le bedeau jaillir de derrière la sacristie avec son air de ne pas y toucher, et de m’asséner sa désopilante devinette sans doute empruntée au prêtre dans la saison 2 de Fleabag « qu’est-ce qu’un trou ? » avant de me murmurer d’un air égrillard, et sans attendre ma réponse « Un trou, c’est une absence, entouré de présence ». Puis il s’enfuirait en ricanant de sa trouvaille, sans savoir qu’il a ainsi évoqué un certain nombre d’oeuvres de Steve, sans parler du Magnificent Void. Mais ça n’arrivera pas : il s’est pendu en écoutant Afterlight dans l’espoir qu’il s’y passe « quelque chose » alors que la proposition sonore de l’album consiste à nous inciter à rentrer dans le temps géologique, et d’abandonner sur le bord du chemin, comme une guenille, cette obsession de passer sa vie à essayer de se trouver présent (et présent à quoi?) à chaque instant. 
En définitive, c'est peut-être le bruit de fond du temps qui passe, qu'on entend. Bien joué : je suis perdu du début à la fin de ce voyage immobile, et sans doute intemporel. 


(2/5)

Destination Beyond  (2009)

Essayez donc de passer plus d’une heure sur le même accord de Cm7sus4 en contenant les hordes de séquenceurs chevelus et de yakuzas acouphéniques au-delà de l’horizon des collines, tel qu’il apparait délimité par la ligne bleue des Vosges de l’Arizona prises en photo sur la pochette. Vous verrez si c’est si facile que ça de pondre de la musique new age au kilomètre. Même en injectant d’infinies variations tapissières aux motifs du carrelage mural, vous aurez du mal à ne pas vous lasser, au bout d’un moment. Steve, lui, il peut. No souçaille. C’est un mauvais procès que de lui reprocher sa mono-tonie, qu’on ne fait pas aux ragas de l’Inde du Sud. Ca frise donc la discrimination. J’ai cru tout du long qu’on allait arriver quelque part, qu’un basculement allait survenir, qu’une destination allait surgir, même lentement. Mais non, le paysage est intégralement embrassé dès le début, et jusqu’à la fin, le départ et l’arrivée se confondent, l’alpha et le mégalo, comme dans le court métrage L'Appel de la nature réalisé par Piotr Tenmin qui non seulement commence au milieu et finit au milieu mais aussi qui reste au milieu pendant tout le long du film. La critique a accusé le film d'être "une simple photo", mais cela n'enlève rien au génie de ce réalisateur.
Pour revenir à Destination Beyond, caricature de musique planante à la ramasse ou incroyable voyage qui ne peut prendre fin du fait de n’avoir pas commencé, la rédaction de Télérama est partagée mais tranche dans le vif, parce que ça va bien, maintenant. 

(1/5)

jeudi 13 mai 2021

Jeff Beck : Loud Hailer (2016)

Il y a une grosse ristourne en ce moment
sur le Wolf Multi Star - UGM30.
Ca serait ballot de ne pas en profiter.
Comme Robert Plant et Ry Cooder, Jeff Beck n'en finit plus de rajeunir. 
Depuis longtemps, toute leur classe d'âge a sombré dans l'océan de l'indignité, sauf les petits malins qui ont eu la décence et trouvé le courage de mourir plus jeunes. 
J'écoute Loud Hailer en scarifiant ma pelouse avec le nouveau chat (non, je ne l'ai pas enfilé sur le manche du scarificateur, il n'a pas encore les griffes assez longues pour remplacer le Wolf Multi Star - UGM30, d'une remarquable tenue dans le temps à condition d'affûter ses lames régulièrement à l'aide d'une pierre à aiguiser Pradel Excellence) et je trouve ce disque très plaisant. Des riffs qui arrachent, des sons de guitare saturés/trafiqués qui font parfois penser au ZZ Top de la grande époque (jusqu'à Deguello, quoi) ou à Hendrix, des voix féminines délurées, des éléments de funk et de rap, et pourquoi pas ? 
Que ne pourrait-on se permettre quand on a 72 ans et plus rien à prouver ? 
Franchement, à écouter ça, j'ai hâte d'avoir le même âge et de jouer de la musique bruyante et de mauvais goût, entouré de greluches abrasives.
Je signe où, monsieur Lucifer ?

Jeff Beck Loud Hailer (Full Album 2016) from Nowhere Man on Vimeo.

Une fois que le chat a validé son stage et qu'il a le scarificateur bien en main, je lui laisse finir la pelouse et je me renseigne sur les composants du cocktail que j'ai ouï, car on trouve tout à la Samaritaine. J'aime bien traîner sur les blogs musicaux, j'ai l'impression de feuilleter des fanzines chez les buralistes de gare sans en acheter aucun.

https://www.albumrock.net/album-jeff-beck-loud-hailer-7562.html

http://fp.nightfall.fr/index_9353_jeff-beck-loud-hailer.html

https://www.lagrosseradio.com/rock/webzine-rock/chronique-rock/p15686-jeff-beck-loud-hailer.html

Je trouve ça plus rock FM que rock garage : si je jouais comme ça dans mon garage, y'a longtemps que les souris auraient quitté le grenier pour venir m'écouter. 

Bones UK.
Le remède à la myxomatose
dans vos élevages.
Peut-être que le vieux loup montre les dents pour épater les jeunes chèvres. 
Peut-être que c'est l'inverse. Peut-être que des femmes qui jouent du rock industriel incitent à se dépasser, sans pour autant devenir les victimes potentielles des injonctions type "Soyez des Gagnants" comme en atteste la mésaventure arrivée jadis à Patrick Font :
- Depuis ma naissance j'essaye de me dépasser moi-même, mais la voie est si étroite que je m'encule !"
Les copines de Jeff sur cet album, elles ont un groupe, Bones UK. Soit disant du Nine Inch Nails féminin; genre. J'ai beau être un peu vieux pour ces conneries, je vais aller voir. Ca peut plaire au chat, qui est jeune et joueur. Surtout quand il me déchiquette les fesses dès potron-minet pour avoir son petit déjeuner. Encore heureux qu'il n'ait pas les clés du tourne-disques.
c'est marrant : quand on voit des filles faire les kékés (les kékettes ?) et adopter les postures des musiques genrées mâles, on voit tout le ridicule de l'affaire, qui nous sautait pas à la figure avant.

mardi 11 mai 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2008

The Memory Pool / Revealing the Secret (2008)

pack promotionnel de 2 albums : 
The Memory Pool + Revealing The Secret
soit les deux tiers restants du triple album Ascension of Shadows de 1999 dont le premier tiers provisionnel avait été partiellement réédité sous le titre Somewhere Else (2005), et c’est à en perdre le peu de latin space-ambient 
qu’il nous restait;
Habemus papam tribalum ambientem.
déjà chroniqué par votre droguiste habituel :

https://www.rythmes-croises.org/steve-roach-retrospective-1982-2000/

https://steveroach.bandcamp.com/album/ascension-of-shadows-complete

A Deeper Silence (2008)

Décidément, la nature a horreur du vide, sauf dans les disques de Steve Roach.
Qui nous gratifie d’une nouvelle boucle stratosphérique d’une minute trente avec la réverbération réglée sur « 2 jours », boucle ensuite autogreffée ad nauseam, comme sur Darkest before dawn. « Cet espace sonore sert comme une sorte de portail vers des états de conscience subtile, et est également parfait pour le soutien d'un sommeil plus profond. » dit la pochette. En plus, vous pouvez caler une armoire avec. 
C’est quand même pratique.
« Ce disque, véritable pavé en mousse lancé sur la mare gelée de l'insomnie, n’a pas fini d’y ricocher muettement, et fera grand bruit chez les sourds. »
(Jaune Ouarsène, Télédrama)

(0/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/a-deeper-silence


Empetus (2008)


ressortie de 1986 + 1 CD inédit
séquenceur irrespirable séquences d’arpèges en continu variations infimes ça fait du bien quand ça s’arrête et d’ailleurs veuillez excuser mon écriture saccadée
naïveté et improvisation (substitués plus tard par rouerie et programmation de claviers à base d’ingrédient secret)

(0/5)


Nada Terma (2008)
avec Byron Metcalf, Mark Seelig


Pour moi, en espingouin écorché, mâtiné de latin de cuisine, « Nada Terma » signifie « pas de douche ce soir, 
señor » ou alors  « aller au bout du rien, au terme du néant ». Alors que les gars du marketing traduisent ça par « découvrir des trésors spirituels à travers le monde du son », et que pour eux Nada Terma fusionne les frontières de la musique ambiante, de la musique du monde et des styles sacrés-méditatifs, où les tonalités indiennes se mêlent aux percussions de transe de type soufi immergées dans des atmosphères, des dérives et des bourdonnements, induisant un état de conscience détendue et concentrée. La pièce de 73 minutes tissée en continu est séquencée en sept segments discrets, parfaits pour le yoga, la contemplation et le travail corporel. J’ajouterai la sieste lucide, une nouvelle discipline émergente au bout de tant de disques se réclamant de la transe en danse pour rester relativement immobile pendant tout l’album. Même équipe et mêmes principes que Mantram, Metcalf et ses percus, Seelig et sa diphtonie réelle ou simulée, sa flûte bansuri… Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on dirait un peu une caricature de new age mainstream, il y a bien des clichés dans le mille-feuilles de couches d’instruments superposés (drone, flute, tam tam…) et un certain entêtement à entonner la lambada mono-tonique, au risque de la lassitude : comme pour Mantram, l’intime conviction que quelque chose ne démarre pas, qu’on erre dans les prémisses, au lieu de parvenir enfin au terme du Rien. Ce qui nous permettrait ensuite de passer à autre chose. En principe.
Il y là l’essence même des mauvaises raisons pour lesquelles on écoute Steve Roach : comme un support audio pour voyage intérieur qui se substituerait aux tutoriels mp3 de méditation de pleine conscience lus par Christophe André et chiants comme la pluie. Sans doute ue musique qu’il ne faut pas essayer d’écouter ou même d’entendre, mais de ressentir à la lisière de la conscience, mollement alangui dans un canapé Roach et Bobois pendant que les enfants sont au ski grâce à votre gendre espagnol qui a pu leur avoir des forfaits en Andorre.

(2/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/nada-terma

Landmass (2008)

Tableau garanti peint à la main. L'artiste parcourt le Grand Canyon à bord d'un 4x4 prodigieusement à l'arrêt : les variations paysagères sont imperceptibles au grand angle. En contrepartie, chaque brin d'herbe, chaque rocher est minutieusement décrit. Magnifiquement lassant par moments. Mais comme c’est un live enregistré dans les locaux d’une radio amie, il y a quand même de la nénergie qui circule, et ça en principe c’est bon. En tout cas un peu meilleur que les superproductions minimalistes précédentes.

(2/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/landmass


Stream of Thought (2008)

Steve vit en Arizona, pays très chaud.
Erik Wøllo vit en Nørvège, pays très frøid.
De leur association nait une musique violemment tiède.

(0/5)

samedi 8 mai 2021

Grasscut - Overwinter (2021)

Ze Britiche Teutche. Tro la class.

Plus j'écoute Steve Roach, et plus je me baigne habillé sans bronzer (mon mélanome me l'interdisant désormais) le long de ses infinies plages immersives de guérison atonale baignées de trois soleils bleuâtres, et plus ça développe mes super-pouvoirs de ch@man tribal-ambient d'Internet, surtout quand tu n'as pas oublié ta carte bleue avant de te pointer à l'entrée de mon cyber-ashram. 
Ainsi de mes talents latents de précog, qui m'ont fait pressentir depuis quelques jours la sortie d'un nouveau disque de Grasscut, ce duo d'anglais qui imaginent depuis plus de dix ans une musique d'une originalité suffocante, à faire se terrer beaucoup de zicos actuels dans les broussailles en laissant dépasser leurs fesses pour qu'on les fouette, car ces deux gars créent une pop serpentine, élégiaque, mélodieuse et presque trop riche pour mon régime basse calories, mais j'essaye de rester digne de l'honneur qui m'est fait de les connaitre et de les apprécier. De fait, je viens de me renseigner, et leur nouvel album m'attendait sagement depuis deux mois à la garderie bandcamp, sot que j'étais à m'enivrer de mes propres billevesées.
Mes super-pouvoirs de cham@n d'Internet (surtout le Dark Net pendant les pannes de courant) me permettent aussi de percer à jour la présentation de leur quatrième album par bandcamp, inutilement trompeuse : on a l'impression de n'avoir droit qu'à un seul morceau en écoute, alors qu'en fait on peut tout à fait naviguer dans la playlist de titre en titre. Mais avec des zozos pareil, je n'ai ni besoin d'écouter le disque ni d'attendre qu'il soit encensé dans Télérama pour me jeter dessus comme le Covid-19 sur Francis Lalanne les sectes chrétiennes fondamentalistes. 
En résumé, plus j'écoute Steve Roach, plus j'aime Grasscut.

jeudi 6 mai 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2007

Immersion III (2007)

Moins angoissant que ses prédécesseurs. Richement texturé en drones stratosphériques. Méditations tonales pour de profondes immersions dans l’espace de vie, nouveaux prétextes aquatiques à explorer l’état hypnagogique entre veille et sommeil, dit le prospectus. Sans blague. Si vous n’avez jamais mis la tête dans un bidet rempli, c’est vrai que c'est peut-être le moment de tenter l’expérience. Ou pas. 
Alors, lumineux ou lugubre ? un peu des deux, mais vous n’osez pas vous l’avouer, hein, au prix que ça coûte, un triple CD, même dédicacé par l’auteur comme il le fait bien volontiers sur simple demande quand on lui achète par correspondance. Des fois il joint à son envoi un petit caillou de l'Arizona, dédicacé lui aussi, là-bas ils ne savent plus où les mettre alors quand il arrive à en glisser un dans l'enveloppe, ça débarrasse un peu, pensez donc, je me rappelle que comme c'est un triple album il m'avait envoyé la moitié de Monument Valley (celle qui joue la réserve Cheyenne dans les films de John Ford alors que c'est la réserve navajo) stabilotée au marker gros grain, et le facteur avait gueulé parce que les frais de port (2 timbres à $5,50) avaient été un peu sous-dimensionnés.  
Interminable Immersion, en tout cas. Pas aussi pénible que le supplice de la baignoire, mais quand même, il me semble que même le fan le plus hardcore de Steve en ressort éprouvé, et plus qu'humide : imbibé. Sur le CD 2, Sleep Chamber, la dynamique du son est curieusement étouffée, comme un disque pirate de Steve Roach enregistré sous la pluie à travers un sac de couchage. Quant à Still, sur le CD 3, le son est raréfié, et l’air rationné, dans cette pièce achromatique, idéale pour garder la chambre funéraire.
Je mets une étoile pour la patience de l’auditeur qui s’aventurera dans cette flaque. N’oubliez pas d’acheter le flacon de crème à récurer pour ravoir le bidet après.

(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/immersion-three

Fever Dreams III (2007)

Attiré par l’idée d’ « Electro Erotic », à priori aussi incongrue pour Steve que de voir un jour Robert Fripp danser le lac des cygnes en tutu avec Toyah Wilcox dans son jardin
on se laisse prendre par la main par une basse un rien groovy (…) au bout de 2 heures, on aimerait commencer à aimer ça et mouiller ses draps avec autre chose que de la sueur de fils à pénible, mais ça flottouille, ça trainaille, ça piétine et ça glougloute, c’est fiévreux dans le sens grippé, mais ça reste curieusement aseptisé, et la température ne s'élève pas au dessus de 37°4 le soir. Tout commence pourtant par un riff de basse groovy, un chorus de guitare molle passé à l'envers devant huissier, comme si les notes venaient du futur, mais les rêves fiévreux promis se diluent maladivement dans une ambiance oppressante. Le genre de disque que les détracteurs de Steve Roach adorent détester : entre malaise et neurasthénie, on lâche le thermomètre pour les antibiotiques, en attendant que ça passe. On sait que la durée syndicale minimum dans ce type de voyage immobile à travers un paysage sonore non remboursé par la Sécu est de 74 minutes, alors on patiente. On se traine tout au long du cylindre dans des limbes terreuses du début à la fin. Melted Mantra, sur le second CD, voit débarquer un avatar de Byron Metcalf zombi, qui s'en vient à notre rencontre spectrale en tapotant quelque tambour funéraire d'une main alourdie par un deuil récent, pour un show tribal-ambient dépressif éprouvant, répétitif et lourdingue.
Cet épisode pince-sans-rire d'un lugubre achevé servira à merveille de fond sonore à votre déclamation de poèmes de Houellebecq au funérarium où vous accompagnez un de vos ancêtres parti trop vite bien qu'à la réflexion, il trainait dans le désert depuis trop longtemps, mais à côté de Fever Dreams III, l'Enfer ça n'est qu'un feu de camp.

(0/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/fever-dreams-iii

Arc of Passion (2007)

Le Secret du tir à l’Arc de la Passion ? je vous le révèle gratuitement si vous m'envoyez votre numéro de carte bleue : l'album passe pour un album studio, mais a été enregistré dans des conditions live devant 80 personnes réelles IRL (In Real Life) dans la RRR (Réalité Réelle Ratée), soit en petit comité, comme la majeure partie de ses prestations scéniques, bien qu’on n'entende jamais s’élever autre chose qu’un silence explosif, attentif et quasi-religieux de la part des premiers rangs, sans applaudissements ni toussotements gênés dans les passages chiants. L'album est magnifique : 3 pièces de sérénité envoûtée, cristalline, bienfaisante, loin des cavernes ectoplasmiques hantées naguère avec Vidna Obmana.

Steve devrait enregistrer tous ses disques en public. Y'en aurait presque que des bons.
"Moment of grace", c'est ambitieux comme titre, mais le contenu est à la hauteur.
Les séquenceurs s'invitent doucement dans la suite "Arc of Passion", mais sans envahir la Pologne comme ils le font parfois chez Steve, ça plane pour eux, et pour une fois ça n'est pas la grosse Bertha.
Un didgeridoo qui louche sur le multivers crache un vortex non-létal et illumine de l’intérieur "Views Beyond", le final spectaculaire et serein.
Heureusement qu'aucun morceau n'est titré "Humility", car dès qu'on s'en vante, elle s'évanouit.

(4/5)

samedi 1 mai 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2006

Sous les pavés de mai, la plage.
Et sous la plage, les vortex de Steve Roach
https://sculpttheworld.smugmug.com/
1er Mai
: Avouez que la Fête du Travail est un chouette oxymore. La Fête du Télé-Travail, c'est pire.
Bien sûr, c'est l'Entreprise, qui nous ferait détester le travail, tout comme l'Education Nationale avait tenté de nous dégoûter de la littérature. Leurs contributions au massacre de l'humain en nous ne jettent l'opprobre ni sur le Travail, ni sur l'Art.
La preuve : ce matin au lieu d'aller défiler j'ai fini de repeindre mon portail de jardin en écoutant un vieux Môrice Benin, et le rendu IRL de la teinte choisie chez madame Bricolage se révèle affreux une fois posée. 
Tant mieux : les Témoins de Jéhovah y réfléchiront à deux fois avant d'affronter les mines anti-personnel dissimulées sous la pelouse. En signe de joie et de ralliement à moi-même, ainsi qu'à tous les aficionados de la non-dualité, je poursuis mon écoute intégrale de Steve Roach.
Encore des disques prompts à nous faire abandonner toute idée de rejoindre les syndicats pour un défilé unitaire, par devant et par derrière.


***




Kairos (2006)

Des bourdons accordés en la mineur résonnent dans des souterrains si profondément caverneux que l’isolement des combles n’était certainement pas à 1 €. D’inquiétants rôts, de ceux que l’on obtient en ralentissant un son numérique jusqu’à ce qu’il soit quasiment à l’arrêt, montent de la fosse aux entités.

A moins que ce ne soit Motard des Grottes qui passe dans le champ auditif avec des pneus neige.
Grâce à la magie d’internet, qui n’oublie jamais rien sauf quand on le lui demande expressément, les clips vidéo pour lesquels ces musiques furent composées sont là :
https://steveroach.com/Features/Kairos/
Ce déchainement de C.A.O. (chamanisme assisté par ordinateur) démontre que les animations graphiques en fausse 3D de métastases, de vieilles radiographies de poumons et de couchers de soleils sur ta mère morte vieillissent assez mal.
Quelques sorciers désoeuvrés viennent taper le carton sur des peaux synthétiques, mais rien de notable ne s’ensuit au niveau groove.
Ou alors l’altimètre est cassé.
Tout cela me semble un peu périmé, dans le Landerneau du caillou qui grince et du clapotis verdâtre. Vrombissements et grognements digitaux. Stridulences d’abysses. La routine, quoi. Certains fragments d’intemporel supportent mieux l’épreuve du temps que d’autres. Laborieux.

(1/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/kairos-the-meeting-of-time-and-destiny

Immersion One (2006)


Steve met pour la première fois la tête sous l’eau à la pistoche, déguisée pour l’occasion en océan primordial.

- Et ?
- Ben, glouglou.
- Et à part ça ?
- Ben, glouglou, quoi ! on perçoit vaguement des harmoniques au fond du bassin, près de la pompe de filtration, mais avec les bouchons d’oreilles, c’est quand même pas top. Dans les disques d’ambient comme « On land » de Brian Eno, il y a quelque chose d’à la fois naturel et aléatoire dans l’arrangement des sons. Ici, tout est artificiel, lissé, les ondulations sont géométriques, ça sent le chlore et la javel.
Glouglou.

(0/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/immersion-one

Immersion Two (2006)

Des nappes se succèdent par vagues, et ces vagues viennent mourir au bord des oreilles, en exhalant des soupirs dissonants et anxiogènes. Musique de fond déconseillée, même à bas volume, dans la salle d'attente d'un oncologue.


(0/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/immersion-two

Terraform (2006)


Collaboration très décevante avec Loren Nerell, dont les créations sonores sont pourtant moins mortifères d’habitudes, sauf à être un fan de paysages sonores statiques, plus sableux que roacheux, où du début à la fin il ne se passe rien. Mais alors, rien de rien. Je me répète, mais eux aussi. 
Dans les romans de science-fiction correctement documentés, la terraformation d'une planète de taille moyenne comme Mars prend au minimum quelques siècles. Peut-être faut-il essayer d’accélérer Terraform 10 000 fois dans un logiciel audio spécialisé avant de pouvoir y déceler la présence des crickets, de l'eau, le cri des lichens ou l’écho des savanes, d'un signe qui attesterait de la présence de la vie, éléments qui sont vantés dans la brochure promotionnelle et que je ne retrouve pas dans cette longue plage ambiente à côté de laquelle le "On Land" de Brian Eno passerait presque pour le séminal « Overkill » du regretté Motorhead.
Un court moment, au début de Texture Wall, on perçoit des bruits caillouteux, on se dit qu’il va se passer quelque chose, mais non, c’est Steve qui s’était endormi dans la cabine du bulldozer et dont le faux mouvement en entrant dans le sommeil a accidentellement actionné le bras de la pelle mécanique.

(0/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/terraform


Proof Positive (2006)

Les séquenceurs crachent leurs rafales de double-croches, mais des courants de vif-argent pulsent en même temps sous la surface brillante des arpèges mitraillés. Un mariage équilibré des pulsions schulziennes et du Roach atmosphérique. Enfin, pour ceux qui aiment ça, parce que perso, je trouve ça un peu saoulant, et moins planant que stakhanoviste, à part le dernier titre, éponyme de l’album, antidote efficace à la gravité terrestre.


(2/5)


https://steveroach.bandcamp.com/album/proof-positive

Storm Surge Live at NEARfest (2006)

Steve enchaine à fond des extraits de disques récents comme un monstrueux pot-pourri (les morceaux font 4 minutes à peine ! des morceaux de steve roach de 4 minutes ! non mais allo, quoi !) c'est pas un disque live, c'est une bande démo de 45 minutes qui ne lui rend pas honneur. Mieux eut valu un Steve Roach Unplugged, avec un didgeridoo et un piano en bois d'arbre à pains dans le mix.


(0/5)