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jeudi 16 mai 2024

Vivre et mourir à Berlin

Le tourisme noir, appelé aussi tourisme sombre, tourisme morbide, tourisme macabre, thanatourisme ou nécrotourisme, est une forme controversée de tourisme qui consiste à organiser la visite payante de lieux étroitement associés à la mort, à la souffrance ou à des catastrophes (par ce fait, on parle également de tourisme de catastrophe).

(le wiki à sa mémère) 


Pour les fans de dark tourism, Berlin est une destination idéale. 
La ville est chargée d'histoire. Elle en dégouline par tous les trous.
Il y a par exemple le musée de la Gestapo, malicieusement appelé Topographie de la Terreur 
- celui de la Stasi, la police secrète de l'Allemagne de l'Est
- le musée juif est gratuit (même si vous avez un prépuce)
...et tant d'autres ! Le musée d'art moderne situé dans l'ancienne gare de Hambourg abrite des horreurs indicibles, attestant s'il en était besoin de la mort cérébrale de l'art depuis au moins le surréalisme, sinon Picasso.

En 1945, pour trouver un Airb'n'b' près de la porte de Brandebourg, c'était galère.

La ville offre des occasions sans nombre d'évoquer et de se lamenter sur les charniers dont elle fut le lieu, le témoin et l'acteur (selon les périodes, rien qu'au XXème siècle, ça a charclé sa mère). Pour les déclinistes qui n'aiment rien tant que geindre sur la morbidité inhérente à la civilisation contemporaine, c'est que du bonheur. Mais il y a pire : la résilience dont Berlin a fait preuve. La vie semble avoir gagné son combat contre la mort et la déréliction. Sans doute momentanément, car rien ne dure, mais quand même, c'est impressionnant; les Allemands ont fait un gros travail sur leur passé, la mémoire et les cicatrices de la guerre, de l’holocauste et de la partition de la ville entre 1961 et 1989 sont présentes partout, mais en open data, et de façon très saine et transparente (je n'aime pas trop ce mot et le concept qu'il désigne, sali par des publicitaires de la communication politique.) 
L'aménagement urbain est exemplaire, les transports en commun prodigieux d'efficience, les espaces verts innombrables, et de regarder comment cohabitent Turcs, Vietnamiens, Congolais et Berlinois de souche fait un peu rêver sur le vivre-ensemble : ils interagissent dans le respect mutuel, la tolérance et le souci de l’autre, à tous les coins de rue. Aucune agressivité, et nous  n'avons perçu nulle trace de ce sentiment de communautarisme exacerbé et excédé qu’on trouve en France. Au retour, les témoignages de Français ayant vécu sur place convergent, avec la même lueur d'envie dans le regard.
Les Allemands semblent avoir réussi ce que les Français ont raté : l’intégration heureuse de leurs minorités ethniques et culturelles.
Peut-être que j’idéalise, et que l’herbe est toujours plus verte dans le champ du voisin ? En huit jours, même en étant allé m'encanailler en tramway dans les banlieues reculées de Berlin-Est, je n'ai pas pu tout voir. 
Et ici comme ailleurs, la montée de l'extrême-droite inquiète, mais il y a quand même à Berlin un art de vivre ensemble qui fait réfléchir les touristes …


     ...et la soirée diapos :

c'est au pied du mur qu'on voit le mur...
je n'ai pas pu emporter en souvenir ce petit bout
resté intact tout près du site Topographie de la Terreur 

La gare centrale (HauptBahnhof) fut un lieu d'émerveillement architectural.

je me sens obligé d'apporter la preuve d'achat de la gratuité du jüdisches museum : 
mon billet d'entrée pour l'expo.

Un camping car est-allemand des années 50.
Facile à retrouver sur le parking.

Une galerie commerciale luxueuse et totalement déserte en pleine journée.

Révisons nos langues avant de les laisser trainer n'importe où :
"Ne sois pas un trou du cul, ta voix contre l'extrême-droite"
suggère cette affiche électorale vue dans les rues de la ville
et déployée par Volt, un parti d'extrême-centre gauche.

Le Berliner Dom a connu des jours meilleurs.

Devant chaque immeuble où vivaient des Juifs qui furent raflés par les nazis,
les pavés s'ornent de petites plaques qui rappellent les noms, date de naissance
et lieu de mort des infortunés.. 



Merci à ma compagne (Brunhilde Warsen) pour m'avoir fait lire ces deux livres,
sans lesquels rien n'aurait été possible.


J'ai même pas pu foutre le feu au Reichstag, il était en travaux



Pour aller plus loin :






chez nous aussi, ça s'en va et ça revient...


jeudi 31 décembre 2020

Entre ici, 2021 !

allo... Houston ?
on a un problème avec 2021. Personne ne semble décidé à l’affronter. J'ai eu beau flinguer 2020, qui n'en finit pas de mourir, mon copain président du gRRR (groupe de Réalité Réelle Ratée) saute directement vers 2022…
et j'ai un autre pote, d’habitude raisonnable, qui se pique d’astrologie, et qui pré-voit une grosse perturbation pour janvier 2021. Pas dans le bon sens. Mais ce n’est peut-être que Trump barricadé à la White House avec une kalash, se faisant une fin à la Pacino dans Scarface. Je vais quand même retourner acheter du cassoulet en boite, et imprimer quelques dérogations d’avance.

On sait pas de quoi Micron et Castette sont capables. Et de toutes façons, ça sent la troisième vague, et donc la reconfination. Comique de répétition. D'autant plus que le cassoulet en boite donne des gaz. C'est hilarant, en principe, à condition d'être enfermé avec des gens qui en ont aussi mangé. A part ça, moi, en tant que bipolaire alcoolique fumeur abstinent obsédé sexuel blacklisté cancéreux avec des acouphènes dans l’oreille droite comme si j’étais allé voir AC/DC hier, je n’ai rien à reprocher à priori à 2021, à qui je transmets mes voeux sincères et chaleureux d’épanouissement personnel, mais si l’année nouvelle pouvait éviter de m’épiler les poils du cul à la perceuse avec une mèche de 12 comme sa grande soeur 2020, ça serait pas du luxe. 

Mais ça fait un peu mauvais esprit, et le mauvais esprit, il ne faut l'utiliser qu'à bon escient. C'est une question de dosage. Xavier Gorce fait ça bien, mais c'est Xavier Gorce. Heureusement que Warsen n'existe pas, sinon sous forme auto-fictionnelle jaillie de mon cerveau malade, sinon il serait invendable, et me resterait sur les bras. Pour rester dans le mauvais esprit avec erreur sur le dosage, si on a de la chance, j’aurai pas à attendre jusqu’à 2045 pour voir la planète mettre fin à son expérience la plus embarassante : nous. Alors j’ai fait une version un peu chargée de ma carte de vieux. Pourtant, hier après-midi, je suis allé à l’hôpital de jour communier au pembrolizumab, c'était peut-être pas la peine d’en rajouter. Ca risque de passer pour de l'acharnement très peu thérapeutique.



Je ne peux pas prétendre avoir beaucoup évolué spirituellement en 2020, mais pour éviter de sombrer dans le calimérisme et de me radicaliser sur internet encore plus que je ne le fais déjà, je dois bien reconnaitre que cette année, il m'est arrivé des trucs intéressants et inédits. Et des trucs assez cools à mes gosses. Donc faut pas être trop gourmand non plus.
On va pas passer le réveillon là-dessus, sinon ça va finir au blog opératoire.
Alors j'en demande pardon d'avance à Malraux, mais je veux pouvoir déclamer avec les autres :
"Entre ici, 2021, avec ton terrible cortège !"

mercredi 25 mars 2020

Gébé - L'an 01 (1973)

Une fois achevé, ce banc public sera prêt à accueillir
les fesses d'un (maximum autorisé) amoureux masqué 
Message à caractère distrayant envoyé par un ami menuisier qui vit en Allemagne, parmi cent autres messages assez gais envoyés par des Portugais et d'autres plutôt gnols envoyés par les Espagnols, vraiment, ma boite mail ne désemplit pas d'occasions de fous-rires discount, bien que certains soient quand même un peu navrants.

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Amis confinants ! Vous vous emmerdez à la maison, j'ai la solution: ça vient d'arriver dans mes mails : Une fois le banc terminé, vous pouvez confiner dehors, mais n'exagérez pas... Une heure seulement !! 

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Je ne sais pas chez vous, mais moi je m'emmerde pas du tout à la maison, même si certaines routines sont suspendues en un éther suspect au Royaume du non-dit et de l'Inconcevable, j'ai entrepris de relire tout Sandman pendant mon heure de chaise-longue règlementaire après le déjeuner, et je donne de mon temps et de mon savoir-faire pour réaliser des vidéos en toutes les langues étrangères possibles pour vulgariser et rendre accessible le message de santé public sur le Covid-19 auprès de publics éloignés de la langue française et des consignes sanitaires, ce qui m'a aidé à atteindre mon niveau 2 de dolorisme participatif, auprès de petites blacks qui me font faire de gros progrès en Peul et en Soninké. (au niveau 1 je ricanais avec les loups, et au niveau 3 je ferai la morale aux gens qui m’envoient des blagues de mauvais goût sur le fait que l'Espagne est en tête du classement et talonne  maintenant l'Italie, et qu'on est vraiment les branleurs de l'Europe)
Et le coup du banc à monter soi-même de mon ami d'outre-Rhin, il me semble qu'avant de faire marrer des ébénistes allemands qui toussotent nerveusement au bureau en attendant qu'on les renvoie dans leurs foyers(1) ça faisait marrer des gauchistes français qui toussaient aussi, mais à l'époque c'était parce qu'ils fumaient trop de tabac à rouler.
Jugez-en plutôt : dans l'An 01, Gébé prophétisait le coup du banc dès 1973... à l’époque ça s’appelait "le coup du radiateur".
______
(1) mon pote bosse encore, mais ça ne va sans doute pas durer autant que les impôts... attends... les impôts... ils sont pas prélevés sur mon salaire, maintenant ?... et mon salaire, en ce moment... mwah ha ha... bref, encore une expression qu'il va falloir repenser.



Hé oui y'avait pas Médiapart.

la science avance : en 2020 c'est plutôt :
"on est cloitrés, on s’ennuie, et c’est netflix... "
L’An 01 était une ode poétique à la décroissance, une utopie sans lendemain, un divertissement spéculatif sur ce qui se passerait si, soudain saisis d'un doute quand à la pertinence de notre mode de développement, une improbable prise de conscience collective provoquait la mise en pause du monde productiviste des trente glorieuses qui touchait déjà à sa fin pour laisser la place aux trente merdeuses
Un demi-siècle plus tard, tandis que nous glissons avec élégance vers une dystopie totalitaire soft, qu'une forme de vie très ancienne et rudimentaire nous rappelle avec une vigueur inédite qui c'est le patron ici, que la candeur spamoïde des réclames de chez Damart souligne crûment l'invraisemblance quasi-pornographique de  ces femmes souriantes de se voir si bien habillées,  on peut relire tranquillement L’An 01 à la lueur de ce nouvel éclairage, qui sera d'ailleurs bientôt coupé.




La bédé de Gébé :


Le wiki à son kiki, qui dit comme moi, mais en mieux :

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27An_01

Le film éponyme de Jacques Doillon :
(du coup, même si c'est le père de Lou, il lui sera beaucoup pardonné)
https://peertube.gegeweb.eu/videos/watch/755d0a1c-2fe8-4839-b802-912c9fd6fe83

mardi 24 mars 2020

Lovecraft Facts (12) : L'abomination thermolactyle

Version en vinyle expansé d'un paragraphe inspiré ailleurs il y a bien une éternité (3 jours).
Je me suis juste laissé glisser dans la pente.
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Hier soir, ma soeur m’envoie ça :
J'ai reçu ça aujourd'hui !! Je me demande s'ils vendent des masques thermolactiles ??
mail transféré :

Le 20/03/2020, à 10:24, Damart a écrit :


du coup, ce matin j’y propose des éléments de langage pour sa réponse :


formulaire XB12 (fourni par le Ministère de l'Intérieur) de modèle de réponse standard au spam de chez Damart :


Mes chers compatriotes, 
tout d’abord merci de me rappeler, dans cette période difficile, que c'est le printemps, que la contagion arrive et que je n’ai plus rien à me mettre. 
En effet, quoi de plus gênant que d'être placée sous assistance respiratoire à l'hôpital d'Annecy dans une petite robette de l'année dernière ? 
Du coup, c’est vrai que je me tâtais pour acheter un de vos ensembles écrus au Super U, histoire de faire marcher le commerce de proximité, mais j’en reviens, et y’a vraiment une queue pire qu'en Pologne devant le supermarché, alors comme vous proposez de gros rabais sur la vente par correspondance, je crois que je vais me laisser tenter.
Seul petit bémol : le facteur de mon quartier n’a plus reparu depuis qu'il est parti en réanimation, alors je me demande bien comment vous allez pouvoir me livrer, c’est ballot, je vous aurais bien pris aussi des masques thermolactyles, s’il vous en reste, j’ai peur d’être un peu juste. Mais je ne les vois pas sur votre catalogue en ligne, c’est ennuyant : j'ai parcouru votre site, depuis que mon employeur m’a mise au chômage technique, je n’ai plus que ça à faire de la journée, et je me dis que si cette pénurie de masques perdure du fait de notre désindustrialisation, et si la situation de l'hôpital public persiste à se dégrader du fait du grignotage du plan de santé ourdi par le gouvernement depuis des lustres, Damart sort quand même une très jolie collection de coussins avec imprimés fleuris pour étouffer ses enfants s'ils toussent trop, c'est bien pratique en cas de coup dur. 
Mais les enfants sont peu affectés par le virus, sauf exception ils ne font que le colporter aux adultes, comme dans un film de John Carpenter, tout le monde sait ça. 
Dois-je les préalablement les envoyer embrasser leur papi, de façon à respecter les différents stades de l’effondrement de la pyramide des âges ?
Merci de me répondre rapidement, j’ai hâte de claquer le pognon qu’il me reste peut-être sur mon compte (je n'ai pas osé aller voir) de manière intelligente.
Si vous prenez vous-même la livraison en charge, seriez-vous assez gentils pour me faire suivre le dernier Télérama, je ne l’ai pas reçu depuis la mort du facteur, et je ne sais pas trop quoi regarder la semaine prochaine à la télé, je suis déjà un peu lassé des actualités, j’ai l’impression que ça tourne un peu en boucle. Hier soir j'ai chialé devant un reportage Arte bien raide sur l'Italie, ça ne m'était pas arrivé depuis septembre 2001.
Enfin, pourriez-vous joindre à votre colis un de vos spameurs publicitaires (n’oubliez pas les petits trous dans la caisse pour qu’il respire) j'ai hâte de l'attraper par son col de chemise, de le mettre dans un micro-ondes et de le passer 30 secondes sur décongélation (200 watts, pas plus), c'est un traitement expérimental dont j’ai lu le plus grand bien sur un blog naturopathe : j’ai la quasi certitude que le virus n’y survit pas. 
Si le publicitaire n’a pas été testé positif chez vous, c’est pas grave, j’ai des voisins malades, on se débrouillera.

Cordialement, et puis tu signes.

Merci qui ?

sinon, pour ceux qui ont eu la gentillesse de me lire jusqu'ici, mais aussi pour les autres, les déshérités de l'âme qui ont tout sauté jusque-là, j'ajoute mes pensées du jour en eau peu profondes : 

Ca, ça sera vraiment le dernier recours.
La solution finale.
- pas un seul spam téléphonique depuis 1 semaine; j'attends impatiemment que les employeurs de ces petites mains sous-payées rebondissent et fassent accéder leur prolétariat au télétravail, mais quelque chose me dit qu'ils se demandent si c'est une bonne idée.
- hier un ami m'a parlé d'une de ses connaissances qui vient d'être libéré, il y a 3 jours, après 10 ans de prison. C'est quand même pas de bol.
- mes acouphènes ont quasiment disparu depuis dimanche, alors que j'ai cessé de pratiquer les exercices de sophrologie qui devaient les tenir à distance et dont le thérapeute m'avait bien dit qu'il fallait continuer. Je ne crois pas qu'Yves Montand soit dans le coup, mais je vais aussi ressortir un vieux Guy Béart, pour voir.

vendredi 13 mars 2020

Lovecraft Facts (11) : Gilles25

Quand on lit "Epouvante et Surnaturel en Littérature", l'essai que Lovecraft consacre en 1926 à la littérature de terreur avant d'y engloutir le reste de sa vie consciente, on est abasourdi de sa lucidité et de l'étendue de ses connaissances; on sait qu'il a absorbé et digéré l'intégralité du roman gothique pour maitriser son sujet, mais quand même... Et que n'applique-t-il ensuite sa science à ses oeuvres ? ses fictions fantastiques postérieures seront hérissées d'épithètes désuètes et périssables, dans un style hyperbolique et suranné, à mille lieux des bonnes pratiques littéraires du livre de pétoche qu'il édicte. 
Aujourd'hui, je ne sais pas, il faudrait attraper un ado, le séquestrer dans une cave en restreignant son accès à la nourriture en fonction du nombre de pages de Lovecraft déchiffrées chaque jour à la lueur d'une chandelle de mauvaise qualité, parce que dérobée dans une église presbytérienne tombée en déréliction. Aurait-il seulement peur ? Si on l'interroge en le frappant patiemment à coups de bottin, il risque fort de louer les idées et l'inspiration du Maitre, mais de cracher sur le style, trop ampoulé pour les jeunes générations nourries au théorème sujet verbe complément sujet verbe complément du père Ellroy. Les jeunes de maintenant ne respectent plus les Grands Anciens, mais c'est parce qu'ils ne sont plus en état de les entendre, avec la débauche de distractions modernes qui s'offrent à eux.
Profitons-en pour lui souffler la bougie, renverser le broc d'eau sale et murer la cave avant qu'il nous transmette le coronavirus, le Président nous ayant révélé hier soir à la télé que les jeunes salopiauds sont porteurs sains de la pandémie, mes chers compatriotes, ça lui fera les pieds. J'espère qu'il a abrité Brigitte dans un caisson stérile, elle est dans le coeur de cible du virus. 

Les livres de Cthulhu,
c'est plus ce que c'était.
Bien sûr, lorsque nous dévorions fiévreusement des traductions low cost de Lovecraft, inconfortablement assis contre un des piliers du préau du collège, par de visqueuses et interminables après-midis d'automne, si un sentiment d’horreur nauséeuse s’emparait indiciblement de nous, c’est surtout parce qu'à l'époque, il n’y avait rien d’autre pour geeker : la télévision ne possédait que 2 chaines en noir et blanc, le magnétoscope, le jeu vidéo et l’internénette attendaient patiemment dans les limbes de l’imaginaire d’inventeurs pas encornets que quelqu'un pense à eux pour les faire advenir.
Aujourd'hui, bientôt un siècle après que le calvaire de sa vie terrestre ait pris fin, Lovecraft est revendiqué comme source d'inspiration par tout un tas d'artistes plus ou moins bien intentionnés et inspirés, hier j'ai vu un film soi-disant tiré de La Couleur tombée du Ciel qui tirait sur le rose bonbon - rose bonbon ! en lieu et place du vert-de-gris nauséeux que tout lecteur de Lovecraft a bien sûr visualisé en s'injectant la nouvelle d’origine, allons, vous divaguez.
Bien sûr, j’admets volontiers que mon vert-de-gris nauséeux n’est qu’une déclinaison qui m’est propre de son univers sale, et qu’il y a finalement autant de Lovecrafts que de lecteurs, et que c'est seulement la prétention de savoir qui est Lovecraft, qui peut donner lieu à cette confusion et ces malentendus. Libre à chacun de faire prospérer la franchise comme il le sent. On ne saura jamais qui était vraiment Lovecraft, bien que certains faits puissent être établis et qu'on puisse constater par ailleurs certaines malédictions objectives : ses phobies administratives raciales et réactionnaires, largement dictées par son milieu, son inaptitude à vivre de sa plume, les impasses qu’il a dû murer sur certains royaumes de l’existence humaine, faute de pouvoir y pénétrer.
Ca, pour murer, dans la fraternité des adorateurs du Calmar géant, on est là.
Mon vert-de-gris kryptonite, c'est même l'essence du totalitarisme : déclarer qu'il y a une réalité Lovecraft, et que tout le monde devrait la percevoir. Au plan imaginal, il y a autant de Lovecrafts que de consciences qui le perçoivent, et au plan ultime, Lovecraft est le seul à savoir qui il était, et il sera toujours le seul, dans les Siècles des siècles.
Et pendant ce temps-là, au final le film ressemble à ce que j’avais perçu/projeté émotionnellement sur l’affiche : moitié Disney, moitié Cronenberg. Et selon Houellebecq, qui commit en début de carrière une petite biographie du Grand Malade de Providence, pour Lovecraft, comme pour tous les racistes, l’horreur absolue, plus encore que les autres races, c’est le métissage.
Et quoi de plus métissé que ce film ?
Si Howard Phillips s’en retourne dans sa tombe, c’est bon signe : c’est qu’il est encore vivant.
Du coup, je suis repassé devant la cave murée l'autre jour, et j'eus la surprise d'y découvrir un feuillet hâtivement griffonné avec ce qui semble être des excréments humains qui dépassait de sous une brique.

_histoires-drôles_n°5545
Envoyé 27 December 2019 - 13h25 :Jour 356 à la station spatiale orbitale. Il y a 7 jours que Gilles25 est né. Comme tous les autres, il a d'abord cru être l'unique Gilles. Quand je lui ai montré les autres, il a prétendu qu'ils étaient ses clones. il y avait Gilles12, encore en vie malgré ses blessures, Gilles 17, le Gilles à lunettes, et le Gilles obèse, le tout premier (à ma connaissance). Gilles25 s'est adressé au Gilles obèse. Sous les couches de graisse, il ne ressemblait plus à un Gilles mais le second lui a tout de même dit : comment sais-tu que tu n'es pas un clone. Alors le premier Gilles (à ma connaissance) l'a regardé et a dit : Quand je mange, je ressens une sensation. Cette sensation, c'est moi qui la ressens et non toi. Je pourrais la décrire alors que toi, tu ne pourrais que faire semblant, de l'extérieur. Voilà pourquoi, tant que je mange, je suis le premier Gilles. [...] Bien sûr, nous ne lui avons pas dit ce que Gilles mangeait ...
Ha ben voilà, tu vois quand tu veux ! j'ai descellé deux-trois briques pour le féliciter, en quelques lignes il était parvenu à reproduire l'essence de l'esprit du reclus de Providence, l'horreur naissant de l'implicite, du non-nommé... mais il m'a vite avoué qu'il s'était inspiré du film "Moon", de Duncan Jones.
Heureusement, il me restait un peu de mortier frais, j'ai tout rebouché.
Salauds de jeunes.

Le premier Gilles s'appelait en vérité Edouard - archive photo : 
au moment de la reprise du procès de "l'abomination de Karachi"
après le rejet de ses pourvois en cassation.
Ca fait encore plus peur que Lovecraft.

jeudi 26 décembre 2019

Hildur Guðnadóttir - Joker Soundtrack (2019)

Enlève ton masque, Mélenchon, on t'a reconnu.

En cherchant autre chose, je tombe sur une interview de Bernard Lahire dans les Inrocks.
Genre la super-excuse après-coup pour avoir regardé "Joker", le film, la veille, si jamais j'avais besoin d'un alibi culturel fourni par Edouard Leclerc dans ses Espaces éponymes. 
Je ne voulais pas le voir, je croyais que c'était un film de super-héros, ces types en costumes grotesques qui ont les super-pouvoirs du Père Noël mais qui sont en fait au service de Trump,  et qui jouent les utilités dans ce que Scorcese appelle non pas des films, mais des parcs d'attraction, et que Alan Moore désigne en des termes moins polis.
Quelqu'un qui m'est assez proche pour que je lui télécharge ce qu'elle veut avant même qu'elle en ait fait la demande a émis l'idée de le voir, et finalement ce fut une soirée télé très honnête. 
Comme le dit Lahire, c'est un film sur les causes socio-économiques du Mal. Joaquim Phoenix, qui a l'héritage difficile de Jack Nicholson et de Heather Ledger à faire fructifier, s'en sort bien.
Il y a une belle lumière de chef-op, le montage est cohérent et sans esbroufe, pas d'effets spéciaux à part De Niro atrocement vieilli par effets numériques normaux, bref ce n'est pas un de ces blockbusters décérébrés pour vieux ados.



Si le film se laisse regarder, la musique se laisse écouter. Certaines ritournelles patrimoniales de  l'ère républicaine sont revisitées à l'aune du déclin de l'Empire, dont on ne parle plus guère dans Star Wars. Le versant funèbre de l'injonction à la Joie, aussi lumineux qu'un clerc de notaire à l'occasion des fêtes de fin d'année, est exploré. N'hésitez pas à prendre des notes pour y revenir plus tard, quand les effondrologues auront triomphé sur leur humble tas de ruines.
A notre prochaine réunion Tupperware, nous aborderons les bonnes raisons de regarder du porno éthique en famille.
N'oubliez pas d'amener vos cirés, au cas où ça tourne mal.

http://download-soundtracks.com/movie_soundtracks/joker-soundtrack-expanded-by-hildur-gudnadottir-va/



samedi 30 novembre 2019

Le Black Saturday des blogs musicaux

Daniel Goossens est un génie.
Un des facteurs qui ont contribué à me faire taire, au moins sur ce blog, c'est la découverte de Born Bad Records. En lisant un article remarquablement documenté sur Pierre Vassiliu. Dans Schnock.
L'équipe de Born Bad Records exhume des disques improbables et rédige des rédactionnels somptueux - ils ont la même classe que les Inrocks y'a 25 ans, quand c'était une revue trimestrielle à dos carré.

D'autres trouvailles, plus récentes, ont conforté mon mutisme : Poutine s'étant attaqué à la racine de l'alcoolisme en Russie, des millions de malheureux en sevrage se sont rués sur le peer-to-peer pour oublier qu'ils ne pouvaient plus boire, et ont fait de rutorrent le secret le moins bien gardé et le mieux achalandé du multivers du bittorent, excédant largement mes capacités d'avidité compulsive. C'est là que j'ai trouvé le Soundtrack de Memories of Matsuko, que même sur Israbox ils l'avaient pas. Et une quasi-intégrale des comics underground de Robert Crumb en 1832 fascicules, à tel point que je n'ose taper "Richard Corben" dans leur moteur de recherche.
Et puis quelqu'un a évoqué le nom de Piero Scaruffi sur un forum hyper-secret.
Il m'a suffi de lire quelques unes de ses chroniques musicales, sur son site à l'architecture remarquablement dépassée (mes premiers blogs pas du tout interactifs avaient à peu près la même apparence) pour me convaincre que j'étais en présence du chaînon manquant et transalpin entre Nick Tosches, Dieu le Père et Philippe Manoeuvre, quoiqu'avec moins d'effets de manche. 
Sans parler d'un nouvel ami qui conçoit une remarquable émission d'ouverture aux musiques du monde sur une obscure radio rennaise et qui m'a bien fait comprendre quand je me suis retrouvé à essayer de faire un best of de son podcast en mp3 avec Adobe Première que mon attitude dénotait d'un passéisme affligeant, et que doré navrant l'heure était aux flux et à la fluidité !
Tout cela ne peut que me renforcer dans l'expression explosive de mon silence le plus attentif.

mercredi 17 janvier 2018

Le dernier San Pellegrino (3)

Aaah crottalors, j'ai toupaumé les fichiers pour publier la suite de mon article sur le dernier San Pellegrino.

Je les avais laissés à l'arrière de ma 203, vous savez, jamais 203, comme cette troisième tentative pour boucler l'affaire San Pellegrino, et enfin passer à autre chose.

Même revenir aux joies simples de passer des disques volés à la Fnac quand les caissières ont le dos tourné.
Mystérieusement, mes fichiers sont réapparus chez la concurrence, sans doute pour faire gonfler les stats de fréquentation de son autre blog.

Mais l'un dans l'autre, c'est pas le Pérou, dans le Landerneau de ma cyber-auto-addiction.




On dirait que les bots ont déserté massivement ma tombe.
Je pensais qu'ils étaient peut-être partis chez 
(illustration)


mais je vois que ça fait 7 ans qu'il a lâché l'affaire.



Quand à mon hyper-secret, son succès reste confidentiel.

Jamais 203 : heureusement qu'il me reste mon tumbler pour blurrer des photos floues, plateforme sur laquelle je n'ai pas encore pu localiser le bouton statistiques, et pourtant il est là, quelque part.
Veuillez nous excuser pour la gène occasionnée.
Je ne promets pas de ne pas recommencer.

mercredi 3 janvier 2018

Le dernier San Pellegrino (2)

Début janvier 2018.
La France se réveille avec la jambe de bois, et se rend clopin-clopante, qui à son bureau, qui à son chômage, qui à son garage pour bricoler des vieux feux d'artifices périmés qui n'ont pas explosé le 31 décembre, la clope au bec et la fleur au fusil, bien décidé à en découdre avec les installeurs de compteur Linky en rut intelligent s'ils osent se pointer malgré nos refus polis au téléphone face à leurs relances de tafioles.
Souhaitons-leur à tous bon courage, nous qui surfons sur la vague du télétravail à distance de l'ordinateur (50 mètres minimum, et les pains dans les moches).
Par contre, j'ai pas que d'autres bonnes nouvelles à vous transmettre.
Malgré mes pressants et déchirants, que dis-je, pressés et déchirés appels à fréquenter mes autres succursales, lors de ma harangue du 29 décembre, déjà une paille puisque c'était en attendant l'année dernière, j'ai eu vos résultats, les enfants, et franchement, les chiffres viennent de tomber, et ils ne sont pas très encourageants.

Premier de la classe, sans doute du fait de l'abondance de vélos rouillés et grinçants sur les bas-côtés des autoroutes de l'information, dérobés et recyclés par un personnel peu regardant dans des filières à Bakou (capitale de l'Azerbaïdjan)



Là où je sue sang et eau, quelques rares aventuriers de la conscience se risquent à lire parfois un demi-article, puis lâchent l'affaire en route pour aller aux commissions, petites et grosses, parce qu'on a tout mangé au Jour de l'An alors qu'on pensait bien qu'il resterait des restes.



Et là, franchement, y'a pas de mots. Les bras m'en tombent.
Tout un plan media à refaire.
Ma vocation tardive d’écriveur quantique est mise en échec, jour après nuit.
On voudrait m'inciter à écrire des choses que je pourrais regretter par la suite, ou à m’abimer dans une correspondance absurde avec des gens que je n'ai pas pas vus depuis 25 ans, qu'on ne s'y prendrait pas autrement. C'est pourquoi je déclare une grève sans préavis et reconductible ad vitam de la graphomanie, et le blocage en raffinerie des camions de mots qui étaient prêts à ravitailler l'article en panne et en cale sèches sur le dernier San Pellegrino.

C'est décidé, je reprends ma guitare sèche, et j'attaque une reprise de "mon père était tellement de gauche" des Fatals Picards avec un fort accent nazi, ça c'est du facile, ça marche toujours, ils comprendront ce qu'ils perdent en boudant mes saillies de Roi du Gag.
Et puis ça me reposera les doigts, parce que franchement, y'a des fois, c'est comme après un concert de feu mon voisin Totorhead, ça fait du bien quand ça s'arrête.
Si Abou Hamza Al Mouhajer veut me remplacer, qu'il se manifeste. Si ça me gratte, je me produirai dorénavant sur mon blog hyper-secret, genre de peinture à l'huile bien plus beau quoique plus difficile que la peinture à l'eau.



Je reviendrai quand vous serez calmés,
et que les stats de mes blurgs ressembleront à ça :


et mon firewall à ça :


Tempêtes en janvier, t'en chies en février, dit l'almanach du marin breton.
M'en fous, c'est pas tous les jours février.
Cyber-kenavo !


[Edit]


Mwah ha ha ! 
Je vois que France Télévision fait bien pire que moi, 
mais qu'ils s'en font une fierté !
S'affranchir de ses défauts en s'en réclamant, 
ça fait au moins 6 mois qu'on me l'avait pas faite !
J'ai hâte de voir la tête de leur projet pour concurrencer Netflix !
Des heures de rire en perspective !
Bonne année à touffes et à toutes !
Houhouhou, je m'en étouffe, 
par prayzelorde et fuczefoc !

vendredi 29 décembre 2017

Un petit geste envers les déshérités du Net qui ont attrapé la fracture numérique en couchant sous les ponts

Le métro, ça mène à tout.
A condition d'en sortir.
Entendu dans le métropolitain :
"Bonsoir messieurs-dames.
Je ne fais pas la mendicité. 
Mon camarade et moi-même, nous sortons de prison, vous savez, celle qui n'a qu'un seul barreau autour duquel nous tournons, et si vous pouvez nous dépanner d'une pièce ou deux, d'un ticket resto ou même d'une offre d'emploi, n'hésitez pas. Ca nous permettra de rester propres et de nous loger. Et accessoirement, de conserver notre dignité."

J'achève un déplacement sur Paris, qui m'a permis d'éviter un regroupement familial toxico-maléfique, ainsi que de participer à  un regroupement familial bénéfique.
Ne boudons pas notre plaisir.
Ils sont si rares, et si chers, les plaisirs gratuits.
Je veux bien que Paris soit une ville-lumière, mais elle ne l'a pas à tous les étages.


Le canal Saint-Martin
(vue d'artiste)
(ma fille)
Les pauvres pullulent sous les ponts du canal Saint-Martin, et en plus ils n'ont sûrement pas le wi-fi gratuit.
Je revois aussi en un douloureux flashback ce père de famille ukrainien flanqué de ses deux enfants en bas âge, se blottissant tous trois sous des cartons humides et des sacs de couchage qui avaient connu des jours meilleurs, au pied de la vitrine d'une librairie polonaise,  simplement parce qu'il ne savait pas lire, sinon il serait allé étaler sa crasse sous la devanture d'une librairie russe, par repli communautariste.
Affreux affreux.




Le canal Saint-Martin
(vue réelle)
(moi)
Du coup, je pense à tous ces déshérités du Net : mes autres blogs, qui dorment sous les ponts par manque de traffic, démédiatisation rampante, et statistiques maigrichonnes.
En particulier https://johnwarsen.blogspot.fr
sur lequel je déploie des efforts méritoires, et dont certains articles pourraient en remontrer en matière d'illisibilité au gérant de celui que vous êtes en train de lire.
Mais je songe aussi à un autre miséreux, https://dedemireille.blogspot.fr
blog furieusement responsive,
qui évoque le destin tragique d'artistes de music-hall injustement oubliés après avoir été tragiquement méconnus, et qui sont pourtant toujours vivants et en bonne santé.
Si vous pouvez leur faire l'aumône d'une visite, d'un petit mot gentil, en cette période de fêtes si cruelle envers les dépressifs et les personnes âgées, merci d'avance, le Bon Dieu vous le rendra au centuple.

Et tant qu'on y est, n'oublions pas non plus d'avoir un peu de compassion pour les riches.

samedi 2 décembre 2017

La dérisoire effervescence des missiles balistiques

Cloudy with a risk of meatballs :
figure 1

L'heure est grave.
Non seulement Trump et Kim Jong-truc s'invectivent comme deux roquets atteints de la rage, et semblent lancés dans un pissing-contest dont l'issue pourrait  sonner le glas de l'humanité toute entière, faisant de nous les otages impuissants mais les téléspectateurs lucides d'une crise de démence comme on en voit dans certains couples pathologiques, dont on ne voit pas bien comment on pourrait envisager la désescalade,  même en fredonnant "les joyeux bouchers" de Boris Vian pour se donner du coeur à l'ouvrage, mais de plus, la concentration en particules plus ou moins fines de cyber-conneries sur ma tombe atteint un seuil alarmant, au-delà duquel on flirte avec la dose létale, pour les lecteurs comme pour le rédacteur, qui il est vrai sont souvent confondus, mais n'empêche.

figure 2

La civilisation étant menacée, j'ai voulu revenir à ses sources, bien comprendre ce qui est en jeu et que nous risquons de perdre en cas de conflagration nucléaire, et, plus fâcheux, si internet tombait en panne.
Je me suis replongé dans l'oeuvre d'un chanteur qui a bercé mon enfance, irrigué mon âme  à tous les âges de ma vie, bref quelqu'un qui, parce qu'il était lui, fait que je suis moi aujourd’hui. 


Je veux bien sûr parler de Serge Prisset, affreusement oublié, honteuse amnésie dont nous partageons tous une part honteuse de responsabilité honteuse et d'amnésie honteuse mais aussi oublieuse, et qui fut lâchement abandonné par ses fans sur une aire de repos des autoroutes de l'information au mitan des années 70, alors qu'il aurait sans doute pu rebondir comme l'a fait Cabrel dans les années 80 en troquant cardigan et fromage de chêvre contre une putain de gratte électrique et nous revenir sous les traits d'un fringant moustachu, nous prophétiser que ça continuait encore et encore, alors qu'il venait de ramer quelques années à bord de sa panoplie de baba du sud ouest.
Serge, permets-moi de t'appeler Sergio, mon ami, parce que j'ai passé trop de temps en ta compagnie, sans jamais te rencontrer IRL, pour ne pas éprouver une chaleureuse et désarmante familiarité avec toi, que je ne demande qu'à partager avec les inconnus qui me liront et je l'espère seront emballés comme je le fus, alors si un jour tu lis ces lignes, je t'en conjure, tu me fais un mail, un comm', un smiley, et même s'il est rédigé comme un spam, je comprendrai, je saurai que c'est toi, et mon coeur sera content.


"Kao Kao", c'est le premier titre que j'ai entendu de toi, et j'en ai été KO tout de suite. Mais c'est surtout la B-side, "Tes lèvres ont le gout du beaujolais nouveau", fredonnée un soir d'ivresse rituelle un troisième jeudi de novembre à la face B de celle qui allait devenir ma femme, face B d'un noir d'ébène de vinyle de 45 tours, qui m'a assuré le succès de ma conquête, et ce n'est que le lendemain au réveil que je m'aperçus qu'elle était blanche et qu'après être arrivé, le beaujolais nouveau est reparti, mais bon, ça peut arriver à tout le monde, je ne t'en veux pas, sans rancune, Sergio, elle m'a fait de beaux enfants, qu'importe leur couleur. 






Le deuxième coup au plexus solaire de mon coeur, tu me l'as asséné avec la face B, décidément ça devient une manie de dissimuler ton génie sur la face cachée des 45 tours, un reste d'humilité maladive héritée des cathos, de "mais si mais si" (si je me rappelle bien, au refrain les chœurs entonnaient "mais non mais non", mais à l'époque tu n'as pu être inculpé, tu avais les flics et les procs dans ta poche) "Ne mets plus d'eau dans ton vin", auprès duquel les brûlots métaphysiques de Gérard Manchié m'ont soudain paru bien fades et insipides.










Vient encore un coup de maitre, "Debout les hommes, au lit les femmes" : tu as décidé d'assumer pleinement et en face A ta filiation avec Sardou, c'est courageux à l'époque où s'épanouissent sous les projecteurs de libidineux gauchistes rive gauche (Le Forestier, Maurice Bénin, Font et Val, le pédophile et le moraliste)










Mais la position que tu occupes alors au hit-parade ne peut être tenue ad vitam aeternam, car quand on est au top, on ne peut que descendre, et tu as fait des jaloux. "L'amour c'est fatiguant" marque le début des désillusions, les difficultés d'érection au réveil se font gênantes, l'élocution est pâteuse, on sent que quelque chose s'est cassé, trop de bon vin et de filles insatiables, que veux-tu, nous ne sommes que des humains et pour ma part je n'ai qu'une vieille pétoire à un coup, il faut savoir se retirer avant la dégringolade du grand escalier.



Ton dernier single, "Colombe ivre", ne convainc personne. La fièvre est passée. Peut-être parce que ton interprétation de la chanson avec un pigeon que tu forces en direct à boire un litre de muscadet avec un entonnoir dans le bec sur le plateau de 30 millions d'amis est un dernier pied de nez courageux mais vain aux biens-pensants de la cause animale qui prennent le pouvoir sur les plateaux télé à la fin des années 70. Si tu fais l'unanimité, comme le proclame la jaquette, c'est contre toi, mais c'est imprimé en tout petit, on peut pas bien lire.



On a de la peine à te reconnaitre, après quelques années d'errance, amaigri par les privations tel un Vernon Subutex avant l'heure c'est pas l'heure, cachetonnant dans "La Nativité", reconstitution sujette à controverse de la crèche du petit Jésus, à tel point que les services sanitaires de la Préfecture feront interdire le spectacle, pourtant haut en couleurs, après seulement deux représentations (le manche à balai n'a pu être inculpé car il était majeur et consentant)
C'est l'époque où je me décide à pousser la porte des Alcooliques Anonymes et faire mes premiers pas dans la spiritualité vivante, la fête est finie, comme le chante Orelsan.


On me dit que de ton côté, tu trouves tardivement la voie de la rédemption chez les Témoins de Gévéor, mais mes nouvelles sont comme moi, elles ne sont pas très fraiches. Il est vrai que si on sait quand on entre chez les Témoins, on ignore quand on en sort, c'est ce sur quoi Coluche voulait alerter l'opinion en s'exclamant de façon imagée comme à son habitude dans sa parabole restée célèbre après son départ trop rapide : "Avec Nicolas, vous y seriez déjà, avec Gévéor vous y seriez encore", juste avant d'être ratatiné par un camion bourré de conspirationnistes en service commandé par les Illuminatis, désireux d'étendre l'empire du compteur Linky sur Terre, car il avait franchi la ligne rouge à moto, qu'il avait pris pour une ligne blanche car il ne sniffait pas que de la coke.


Puisque ta place est restée vacante, Michel Leeb tente alors de capitaliser grossièrement sur ton succès en sortant "Les huîtres c’est comme les filles", préfigurant le rap moderne : sur un tapis de boites à rythmes syncopées et de samples de morues dessalées travaillées au marteau piqueur, il débite son boniment à vitesse grand V : " Les huîtres c’est comme les filles, et c’est les mecs qui doivent les ouvrir / dès ce moment, le mec est considéré comme un moyen (le couteau qui va ouvrir l’huître) / donc ça ne risque pas de marcher. / d’où la frustration / on a juste pété le bord de la coquille, mais l’huître est toujours fermée / si l’huître pouvait voir qu’elle a en face d’elle un individu, un vrai, ça irait beaucoup mieux. / et vice-versa / si les mecs arrêtaient de voir les nanas comme des poubelles où déverser leur frustration / ça irait mieux aussi, Yo ! "
Mais le public ne suit pas, et c'est l'échec.
Néanmoins, les années passent, et ton souvenir demeure.
Quand j'entends ton "goéland" massacré par les ex-gauchistes de Canal + à 24'30'' de ce pot pourri des riches heures de la variété française, j'enrage.
Et le binoclard à 11'17'' est énorme.
Surtout quand il revient à 12'39''.


L'OEIL DU CYCLONE - 105 > POT-POURRI from alain burosse on Vimeo.


C'est pourquoi je tenais à rétablir la vérité ce soir.
Enfin, au départ je voulais juste faire une blague méchante sur un mec qui porte ton patronyme et qui travaille dans une station de télévision régionale, qui s'est mis lui-même
Il jouit d'une dispense papale depuis 137 ans,
et pourtant ils schlingue le Scout mort
dans tout le Super U.
au ban de la société qui l'emploie et de ses collègues de bureau, tel un curé nantais qui arpenterait les couloirs de la station de télévision régionale avec une démarche étrangement chaloupée avec les mains croisées sur son giron en arborant l'énigmatique sourire de l'autosatisfait alors qu'il n'est même pas fichu d'envoyer les images de sa caméra en 4G quand il est au fin fond de la Loire Atlantique et qu'on est à la bourre pour l'édition du soir, un curé nantais dont il ne faudrait pas faire un fromage malgré sa chevelure à la Châteaubriand et son air pénétré de relents de laïcité lubrique et revancharde sur le clergé breton, un curé nantais dont les Vatican Leaks révélées par 60 millions de cochonsmateurs ont pu nous informer au péril de la vie de leurs sources que s'il avait un goût de scout, c'était du fait de son penchant avéré pour les gastronomes en culottes courtes, mais j'ai été un peu dépassé par mon élan, tout en sublimant mon agressivité,  et puis qui serais-je pour le juger, désolé, mais ça fait du bien par où ça passe.


Remerciements crédits images :
http://www.encyclopedisque.fr/artiste/3811.html
j'ai même pas la force de l'écouter je vais au lit.