jeudi 8 avril 2021

Le petit Steve Roach illustré : Une année 2002

All Is Now (2 CD) (2002)

Des fragments anonymisés des précédents albums (Core, Streams & Currents, Early Man et Innerzone) sont capturés vivants, retravaillés en concert, ramenés à la maison, malmenés au remixeur à légumes, noyés d’overdubs, puis renvoyés chez leur mère la queue entre les oreilles. Les notes de l’album précisent que cette approche d’autogreffe et d’allers-retours permanents entre le studio et la performance live s’est révélée plus payante que celle consistant à rester-en-tournée-jusqu’à-tomber, ivre d’ayahuesca light et de bière sans alcool entre deux groupies macrobio à grosses…lunettes.
Le concert à Portland, sur le premier CD, nous précipite dans des catacombes chantantes, qui débouchent inopinément sur un vaisseau spatial en partance pour le Big Nowhere, sa destination favorite.
En chemin, on transite par des endroits soniquement inconfortables, mais on ne s’éternise pas. Brian Enorme nous en préserve ! San Francisco et Oakland offrent des paysages variés, cauteleux, lysergiques et nauséeux à souhait. Le second disque propose un festival de glissandos de guitares spatiales ouatées de tonnes d’écho, avec apparition et disparition de sections rythmiques spectrales. 
Les amateurs de train fantôme sont à la fête. 
Si c’était un peu plus articulé, on jurerait entendre Jon Hassell. 
Mais ça ne l’est pas. 
Et pour un live, il y a beaucoup de temps morts.

(2/5)

https://music.apple.com/us/album/all-is-now-live-2002-live/649840784?app=itunes&ign-mpt=uo%3D4

Darkest before dawn (2002)


Une boucle atmosphérique d’environ 1’30’’ restitue à s’y méprendre le moment où la noirceur de la nuit nocturne s’assombrit encore quand elle comprend que l’aurore va la faire pâlir. Malheureusement, cette tentative de traduction sonore du moment tant redouté des condamnés à mort mais aussi à vie est éhontément bouclée et rebouclée pendant 74 minutes pour abreuver nos microsillons. L’auditeur lambda passe de l’émerveillement à la déconvenue en moins de temps qu’il n’en faut pour mettre à jour la supercherie. Nonobstant la plaisance de la séquence répétée à l’infini.

Raconte comment tu as râlé auprès des opérateurs de télémarketing qui assurent le SAV et le contrôle qualité 24/24 chez Steve sans faire usage d’insultes à caractère discriminant (6, 99€ la minute)

(0/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/darkest-before-dawn

Day Out of Time (2002)

Que peut-on dire de la bande-son d’un film sans en avoir vu les images ? Ben en fait, c’est pas très grave : les créations sonores de Roach sont une invitation constante à fermer les yeux et se créer des films phosphéniques de cinéma gratuit, paupières closes. Certains fans hardcore y parviennent même les yeux ouverts. L’illustration de la pochette nous propose un rendez-vous avec nous-mêmes au milieu d’une plaine sableuse parsemée d’artefacts géologiques énigmatiques sous un ciel plombé, et induit la notion d’espaces désolés, ayant pris leur forme bien avant le début du disque, et qui persisteront longtemps après que l’auditeur sera retombé en poussière. 
A l’écoute il y a aussi une note de sérénité aquatique, comme un requiem pour crapauds. Pas de notes, pas de mélodies, cette année il n’en a pas plu, mais des états sonores semi-gazeux apparaissent, puis disparaissent. Méditons sur l’impermanence. Tranquillité des cratères martiens, sous lesquels des océans gelés patientent. 
« N’est point mort celui qui éternellement dort » pouvait-on lire dans le Necronomicon, vers qui s’applique souvent au fan de Steve Roach, tant il règne en ce lieu une atonie, 
un manque de vitalité, de vigueur qu’on peut vivre comme un lieu de repos ou de convalescence, loin des foules déchainées, parce que pas encore vaccinées.
Pour avoir crapahuté dans les canyons de l’Utah et de l’Arizona, et rêvé sur les turbulences nuageuses qui les surplombent, la bande-son est appropriée. 
Un acouphène minéral sous-tend tout l’album, une rémanence.
Encore un disque publicitaire déguisé, vantant les avantages d’être constitué de roches métamorphiques (granit, gneiss) : une sagesse minérale s’en exhale, parce qu’à part méditer, la seule activité pratiquée par les cailloux du coin, c’est l’érosion sous l’effet du vent et de la pluie.
Il rêgne ici un mystère qui manque parfois cruellement ailleurs.
Final très apaisé.

(3/5)

https://steveroach.bandcamp.com/album/day-out-of-time


Trance Spirits (2002)
avec Jeffrey Fayman et Robert Fripp

La tribu s'agrandit, donc la grotte aussi, mais malgré la présence de Robert Fripp aux Guitar Soundscapes et de Jeffrey Fayman aux percussions, l'impression d'ensemble reste froide. Glaciale, même, la faute aux nappes aux tonalités mineures et vaguement menaçantes, comme si nos guerriers sous tension allaient se lancer dans un nettoyage ethnique de la tribu d'à-côté, sans jamais mettre leur menace à exécution. Ils font du surplace, on entend bien le bruit du moteur mais jamais y'en a un qui aurait l'idée d'enclencher la première vitesse. Sur plusieurs morceaux (Trance Spirits et les suivants) j'entends un peu des échos de Jon Hassell, période Dream theory in Malaya, et c'est toujours ça de pris, mais ça ne nous rend pas le Steve techno-tribal ambient qu'on a connu dans les années 90 (et encore moins le Steve Maia Caniço tombé dans la Loire en 2019, mais c'est une autre histoire).

Ces gars-là, y viennent d’inventer l’ambiance oppressante et neurotoxique, au lieu d’inventer la roue. Bien sûr ils sont ravis de leur trouvaille, on les sent éprouver la joie de taper sur le même clou, mais le tribal ambient synthétique, ça reste aussi plaisant qu’un piano mécanique sous de tristes tropiques.

(1/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/trance-spirits

InnerZone (2002)


Emergence du concept expérimental du "tranquillement dérangeant", à ne pas confondre avec la quiétude troublante. Les disques cosignés avec Vidna Obmana durant cette période ne sont pas de tout repos. Le nom des coupables : un fujara, sorte de flûte traditionnelle slovaque systématiquement désaccordée dès lors qu'on joue en mi dièze, et une guitare électrique trafiquée de chez trafiquée, chromatiquement altérée par une multitude de processeurs d'effets électroniques. C’est parfois beau comme un défilé de chenilles processionnaires un peu ivres, et inquiétant comme une cérémonie de solstice qui partirait de travers, comme dans Midsommar. 
On cultive ici la limbe, la stase. 
Une oeuvre contemplative qui séduira ceux qui se sont laissés imprudemment enfermer à la cave et qui, à l'usage, découvrent que finalement ils ne détestent pas méditer à califourchon sur le tas de charbon. Ou errer dans les catacombes de leur esprit en espérant trouver la sortie par la respiration consciente et la cohérence cardiaque.
Clapotis amplifiés, dissonances antiques, jusqu’au malaise vagal. 
Où peuvent-elles être, ces clés de la cave ?
C’est diablerie, messires.

(1/5)

https://projektrecords.bandcamp.com/album/innerzone

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