vendredi 4 avril 2014

Twenty Twenty - The Essential T-Bone Burnett (2006)

Son nom, au croisement de la cote de boeuf XXL et de l'auteur de polars, est déjà un chef d'oeuvre qui m'avait caressé l'oreille par le passé, mais son oeuvre m'était inconnue.

Comme il signe la B.O. de True Detective, la série qui fait des trous dans les détectives, je tends l'oreille sur Internet. 
Et j'apprends qu'il a aussi signé celle de O' Brother.

Ca veut dire qu'il sait bien choisir les morceaux qu'il écoute et qu'il met dans les oreilles des autres.

Est-ce que comme Trent Reznor, bien qu'officiant dans un tout autre périmètre musical, ce garçon ne réussirait-il pas mieux pour les autres que pour lui ?

En tout cas, rien qu'avec ces deux références, Total Respect.

D'autant plus qu'il a la tête de Peter Sellers dans The Party.

Ca vient peut-être des lunettes, mais quand même.

Et je découvre que musicien unanimement reconnu par ses pairs, il n'a jamais réussi à percer commercialement.

Voilà de quoi susciter ma sympathie, voire mon identification, moi qui ne suis que maudit, et encore, que par ma femme.

Allez, on écoute Twenty Twenty - The Essential T Bone Burnett, en 2 volumes.

Bon, à priori, c'est de l'Americana, ce genre musical auquel je n'ai jamais rien compris avant de taper le mot dans Wikipedia.

C'est un peu foutraque, son entrepôt : il y a de la variété américaine, mais aussi du rock, des échos de Roy Orbison, du folk déglingué, des guitares slides, et même un tango.

Il a produit Elvis Costello, ça ne m'étonne pas, même si je n'ai pas le temps ce soir de me pencher sur les paroles, je sens une proximité dans le songuewritingue, congue.

Je ne sais pas si l'anthologie suit un parcours diachronique, mais plus j'avance, plus je trouve ça sympa.

J'en ai trouvé un autre qui me plait encore plus mieux, et que je posterai demain.

CD 1

CD 2

jeudi 3 avril 2014

Dances in Dreams of the Known Unknown - The Skull Defekts (2014)



Le poison sonore coule dans nos veines psychiques.
Ca ne vous suffisait donc pas d'être suédois, encore fallait-il que vous fussiez noisy ?
Ingrédients de la galette : Incantations, guitares rageuses et darkness für alles.
Assez hanté pour figurer dans la bande son de True Detective.
En écoutant les paroles, on a peut-être même une chance d'en apprendre un peu plus sur le Roi Jaune et Carcosa, parce qu'avec Mathiou McCochonou, on est un peu restés le bec dans le marigot.
Mais bon, c'était du divertissement, là on est dans le dur.

Poussés par la pulsion prosélytique, qui nous pousse à diffuser le fruit de nos acquisitions, de vieux adulescents recopieront d’un clavier tremblant les versets psalmodiés par ces Défauts du Krähn (Skull Defekts) sur des blogs mortifères à vocation culturelle que personne ne lira, dans l’espoir toujours déçu d’attirer l’attention de filles faciles qui auraient été débectées, si elles étaient passées par là, par la pochette qui mixe pourtant habilement radiographie crânienne, dépistage du cancer du col de l’utérus et test de Rorschach.


http://exystence.net/blog/2014/03/25/the-skull-defekts-dances-in-dreams-of-the-known-unknown-2014/

mardi 1 avril 2014

[Repost] Lutin Bleu - Leur Bonheur est total (2002)


A l'occasion de la renégociation du régime d'assurance chômage, en particulier les annexes 8 et 10, il faut prendre le temps de réécouter "Ernest Antoine"(et Ségolène !!!).

A l'occasion de la nomination de Manuel Valls au poste de premier Sinistre, il faut prendre le temps de réécouter "T'sais quoi".

Honteusement méconnus, ces trois schtroumpfs ont enregistré quelques albums inspirés, dans la tradition du rock bruyant et rigolo.

Celui-ci, à l'époque je l'ai commandé chez eux, à Grenoble, et j'ai attendu trois semaines avant de recevoir une galette enveloppée dans du papier kraft taché de gras, comme si son contenu était plus que douteux, alors qu'au final c'était une bonne surprise, dans la lignée d'Odeurs pour les meilleurs titres et des Fatals Picards pour les moins bons.

Comme le groupe s'est auto-dissous après le relatif insuccès de leur épuisante formule albums autoproduits / tournées dans les MJC, et que les disques ne sont plus en vente nulle part, je m'autorise le postage de leur album studio le plus réussi sur le plan musical et textuel.

Ce qui les a tués, c'est peut-être la tentation rock fm, qui avait déjà bien amoché Raoul Petite (dont nous reparlerons) et d'autres...

Par exemple, ça pour moi c'était moins probant, bien qu'énergique.
Ils ont dû se dire que ça ouvrirait les portes vers le grand public.
Et ils ont plié les gols juste après.

Je ne vise pas à l'encyclopédisme du rock parodique, mais je pense qu'avec celui-ci, on commence à avoir fait le tour.

samedi 29 mars 2014

True Detective (2014)

Attention ! Cet article est entièrement dépourvu de spoil !
Par contre il est plein de trous. L'enquête et les personnages aussi.



Le poison télévisuel coule dans nos veines psychiques.
Un jus noir, épais, saturé de sanie et d'humeurs corrompues, grouillant de microbes plus infectieux les uns que les autres, et dont certains votent même FN (Tea Party en v.o.)
C'est vous dire si l'on se sent chez soi dans la série True Detective, qui met en scène deux inspecteurs de la brigade criminelle de Louisiane, l'un apparemment droit dans ses bottes et aussi bon chrétien que les ploucs du coin (Woody Harrelson), le second présenté d'entrée de jeu comme lunatique, voire borderline (Matthew McConaughey, que je vous défie de prononcer correctement. On peut partir sur "cochonou", ou "cochonné", selon l'humeur)
Ils sont sur la piste d'un tueur ritualisant aux ambitions artistiques assez clairement satanistes.
On se laisse embarquer dans une enquête classique, promettant son quota d'effroi bourgeois.
Mais assez rapidement, la trame du récit est contaminée par la relation étrange qu'entretiennent les deux inspecteurs, qui se livrent à d'interminables trajets en bagnole entre les points A (scènes de meurtre) et les points B (bureau, domiciles des témoins dans le bayou), et en profitent pour échanger un peu.
Quand Woody Harrelson sonde Mathew McCochonnou sur ses valeurs intimes, on a droit à un monologue halluciné qui révèle les gouffres amers hébergés par le taciturne inspecteur, comme s'il avait lu  tout Florence Ghibellini et tout Emil Cioran avant de mixer les deux pour se forger une cosmologie très personnelle.

Extrait :
" Je crois que la conscience humaine est une tragique erreur de l’évolution. Nous sommes devenus trop conscients de nous-mêmes. La Nature a créé une chose séparée d’elle. Nous sommes des créatures qui ne devraient pas exister naturellement. Nous sommes piégés dans l’illusion d’avoir notre propre personnalité. Cet accroissement des sens, de l’expérience et des sentiments nous convainc que chacun d’entre nous est quelqu’un. Alors qu’en fait, tout le monde n’est personne.
Je pense que la chose honorable à faire pour les espèces est de nier la façon dont on est programmé, de cesser de se reproduire, et de marcher main dans la main vers l’extinction, une dernière fois frères et soeurs, en choisissant de renoncer à un marché de dupes.
- Mais alors, quel intérêt de se lever le matin ?
- Je me dis que je suis là pour en être témoin, mais à l’évidence c’est la façon dont je suis programmé, et mon absence d’inclination pour le suicide.
- Bon sang, quelle chance d’avoir demandé à te connaitre aujourd’hui. En trois mois, tu ne m’as rien dit de toi et…
- C’est toi qui as demandé…
- C’est vrai, et maintenant, je te supplie de la fermer."

Des allers-retours incessants entre passé et présent (l'enquête date de 1995, tandis qu'en 2012 les deux flics sont interrogés séparément par la Police des Polices dans le cadre d'une nouvelle affaire criminelle qui ressemble fort à la première) sèment le doute : que s'est-il passé pour qu'en l'espace-temps de 17 ans, Harrelson se soit juste un peu aigri et beaucoup dégarni, alors que MacCochonnou semble avoir traversé plusieurs enfers, si l'on en croit sa tête de prédicateur du Néant pour Tous, et se lance pendant son interrogatoire dans de longues envolées mystico-nihilistes ( Conception cyclique du Temps, Impossibilité Ontologique de se soustraire à la Répétition, Inanité des Espoirs Humains) ?
Il est aussi dépité et obsédé par l'affaire non résolue que l'enquêteur du film Zodiac; d'ailleurs la série baigne dans une lumière glauque et crépusculaire digne de David Fincher.
Mais toutes les réponses attendues sont éludées.
Pour une étude vraiment sérieuse de la malignité du Mal, on se réfèrera à un ouvrage de référence comme Moi, Lucifer.
Néanmoins, si vous appréciez la pornographie du désespoir, bien qu'elle se révèle finalement un peu soft, vous en aurez pour votre argent.
Le poison télévisuel coule dans nos veines psychiques.

jeudi 27 mars 2014

Effondrement(s)

Nous sommes perdus.

La civilisation est condamnée à brève échéance.

« C’est pas trop tôt » ajouterait  Rust Cohle, le policier militant (ou en tout cas sympathisant) de la sixième extinction interprété par Matthieu Mac Cochonnou dans la première saison de True Detective.

Dès lors, à quoi bon se raser ?

mercredi 26 mars 2014

Eivind Aarset Trio - Wolf Extract (2004)

Sur un serveur russe que je persiste à fréquenter au lieu de le boycotter par solidarité avec les Ukrainiens, je suis tombé sur un Eivind Aarset que je ne connaissais pas.
Vous non plus ?
C'est un guitariste étonnant et plein de ressources, qui a beaucoup travaillé avec Nils Petter Molvaer, et qui fusionne habilement le nu jazz, la musique électronique contemporaine, un certain nombre de tricks persos, et même des torrents de métal bouillu quand la météo est bonne.
Voilà voila.
Ferme ta gueule et passe-nous Le disque.

lundi 24 mars 2014

Le saviez-vous ?

On parle de vote obligatoire dans les pays où ne pas se rendre aux urnes un jour de scrutin est passible de sanctions.

La même, en images.

samedi 22 mars 2014

The Crimson ProjeKCt – Live in Tokyo (2014)

Avons-nous vraiment besoin d'une énième version "en concert" des plus grands succès de King Crimson, réinterprétés ad nauseam devant une poignée de nippons transis par les Exclus de la  dernière formation canal historique du légendaire groupe de rock progressif, et contraints par Robert Fripp à changer de nom ?
Ne feraient-ils pas mieux de s'atteler à écrire de nouvelles compositions, puisqu'ils semblent encore assez en forme pour livrer des prestations décentes de leurs antiennes passées ?
Sont-ils comme le Daniel Goossens d'hier prisonniers de leur système ?

King Crimson aujourd'hui, c'est un peu comme le Parti Communiste Français après l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques en 1981:
alors que le PCF tentait tant bien que mal de s'aligner sur Moscou et de justifier la légitimité de l'invasion russe, il y eut bientôt plus d'intellectuels cocos exclus du parti pour s'être élevés contre cet impérialisme guerrier qu'il n'en restait à l'intérieur.

La chronique :

http://www.clairetobscur.com/article-the-crimson-projekct-live-in-tokyo-122728764.html

Le disque :

http://exystence.net/blog/2014/03/19/the-crimson-projekct-live-in-tokyo-2014/#more-136963

La photo détournée et sa légende stupide :


Dernière tentative de réconciliation entre Robert Fripp et Adrian Belew 
lors d'une garden party dans les jardins de l'Elysée : 
No more, mister Nice Guy.

vendredi 21 mars 2014

Passions - Daniel Goossens (2014)

On m'informe qu'un nouvel album de Daniel Goossens (qui, comme Francis Masse, est un génie) est sorti hier.
Comme ça, je suis bien informé.
Néanmoins, comme le disait Clémenceau, le meilleur moment dans un nouveau Goossens, c'est souvent quand on l'achète chez le libraire.
Son exploration enthousiaste et jadis novatrice des arcanes du Grotesque se sclérose d'année en année, frisant parfois la pantalonnade franchouillarde, et ne m'arrache plus les hurlements d'extase de jadis. 
Un peu comme ma femme, quoi.

Autant dans ce domaine il m'est facile de voir pourquoi le temps aux plus belles choses se plait à faire un affront et a su faner vos roses comme il a ridé mon front, et de l'accepter derechef puisque personne n'est fautif, autant dans le cas de Goossens, j'ai du mal, tant je l'idéalise, à accepter de ne pas être sur le cul à chacun de ses albums, plutôt rares, en plus.

A tel point que la couverture du dernier Fluide Glacial me ferait presque plus sourire que le dernier Goossens avant de l'avoir lu (je peux en faire une preuve goossensienne si je la bosse un peu, mais j'ai pas le temps).

Il a dû lui arriver ce qui arrive à certains génies, sauf Einstein... et le Goossens de naguère qui écrivit sa recommandable biographie sobrement intitulée "la vie d'Einstein" : il s'est contemplé par hasard dans le miroir de son oeuvre, et paf, il a pris un coup de soleil.

Il aurait peut-être dû mettre de la crème solaire et relire Henri Michaux :
"Il plie malaisément les genoux, ses pas ne sont pas bien grands, mais il reçoit mieux n’importe quel rayon, celui qui jamais n’a été disciple".
Goossens n'était disciple de personne, et il savait capter et renvoyer plein de rayons, avant que ses intuitions se rigidifient en système.

Bon, d'un autre côté, Goossens a quand même été Goossens, et rien que pour ça, chapô.









Il y a quand même encore du bon chez ce garçon.